‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 69 sur 77 · ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE

Gornalia rapporte, d*après Galenius^^^ que ie premier mûrier qui fut planté dans FEurope centrale le fut, dans Tannée 988, par le comte palatin Hermann, dans le jardin de l'abbaye de Braunweiler, à roccasion de son mariage avec Mathilde, sœur de l'empereur Othon III ^^^

On faisait un peu de soie, au xyi* siècle, dans la province de Brandebourg, en Prusse, et cette soie était tissée dans le pays^^^. ' LafTémas écrivait, en i6o3, dans un de ses opuscules : «Pour connoistre la vérité, il s'en fait (des soyes) en Flandre et en Ailemaigne, paîs beaucoup plus froids que la France.» Cette pauvre petite industrie domestique attira l'attention des protestants français qui s'étaient réfugiés en Prusse à la suite de la révocation de l'édit de Nantes. Elle s'étendit alors, grâce à eux, mais ce premier essor ne fut pas aussi soutenu pour la sériciculture que pour le tissage, et ce fut Frédéric 11, Frédéric le Grand, qui, entreprenant en Prusse ce que Marie-Thérèse avait fait en Autriche, et le faisant avec plus de vigueur, créa en quelque sorte de toutes pièces dans ses états la partie la plus difficile du travail de la soie. Chose singulière : Pierre le Grand, Marie -Thérèse, Frédéric II, les trois grands monarques du xyiii*^ siècle, ont apporté tous les trois la même volonté et la même passion à cette entreprise contre nature. Rien n'arrêta Frédéric le Grand ^^^ : il fit planter des mûriers sur les routes, sur les places publiques, dans les parcs des châteaux; il fit distribuer des graines; il éleva des magnaneries et des filatures; il excita par des primes la production. Pour rendre

t^) Galenias, De magnitudinê, p. 389.

(') Monoffrt^ del Bombice del gêlto, p. 16.

W La princesse Élisabelh-Madeleine, duchesse douairière de Brunswick, qui résidait à Berlin el qui y est morle en 1695, éievail des vers à soie en grande quantité.

^*) Frédéric le Grand fut secondé dans celte entreprise par son ministre des affaires étrangères, le comte de Hertzbeiig.

ALLEMAGNE, BELGIQUE, PAYS-BAS, SUÈDE. ààS

celle-ci pi as certaine, il édicta des lois de contrainte. Quand on songe aux difficultés quoppose le climat de Brandebourg, de la Poméranie et des provinces voisines, on s'étonne que, de 1 77 A à 1 78/i , on ait obtenu chaque année, en Prusse, de 6,5oo à 7,000 kilogrammes de soie grège ^'^.

Frédéric II mort, tout tomba dans l'abandon, et les paysans, que tant de soins si mal payés lassaient, ne furent pas les moins empressés h se dérober à la tâche qui leur avait été imposée dans bien des cas. Toutefois celte grande expérience, dont la durée est vraiment surprenante, est encore très instructive.

Pendant les guerres terribles du commencement de ce siècle, l'œuvre de Frédéric II fut détruite. Le Gouvernement abolit les lois qui la protégeaient, les paysans arrachèrent les mûriers. Mais, depuis iSso, dans un espace de plus de quarante ans, on observe une succession d'efforts qui ont été quelquefois heureux. On comptait en Prusse, en 18&0, près de 5 00 magnaneries; Legentil remarquait en 18&&, à l'Exposition de Berlin, les produits de s& exposants de soie allemande, dont se étaient Prus* siens, et constatait le mérite de celte soie. «(Elle était, dit-il, presque toute d'un beau blanc, et les brins avaient été dévidés à quatre ou cinq cocons ^^^9 Le mouvement, encouragé par le Gouvernement, prit de l'extension, et, en 1861 , la récolte de cocons fut de aâ,ooo kilogr., dont 6,000 kiiogr. pour le grainage.

Les vers élevés en Prusse étaient généralement de race italienne. Pendant l'épidémie, on a tiré des graines de Prusse; les vers qui en sont sortis ont été promptemcnt atteints par la maladie.

Il est à remarquer que la soie de Prusse est une des plus tenaces et des plus élastiques :

TBHACITé. ÉLASTIClTé.

(le France 1 a.o 1 h.à

B<we> de cocons^ ^ ?™^ >?-9 ^^'^

de Brousse U.o 1 a.i

de Chine 4.3 7.3

<*) E. Mayel, Dm manufaciureê de soie et du mûrier, 1810, p, 68 el a 09, ^*) Legenlil, Repperl swr rExpotiUon des produits de Vindustris aUemande, Doeuments sur k commerce extérieur, Association a)icm«ode, n*^ 6, i8&5, p. laS.

àkà SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.

La sériciculture n'a pas en Prusse d'intérêt industriel. On s'y livre néanmoins dans toutes les provinces, principalement dans les provinces de Brandebourg, de Poméranie et de Silésie; mais, depuis une vingtaine d'années, le produit est à peu près nul. Il a été de a,65o kilogrammes de cocons en tSya ^^\

Le produit est encore moindre dans les autres états de l'Allemagne : dans la Hesse,le Brunswick, le Wurtemberg ^^^ les grands duchés de Mecklembourg , la Saxe, etc. On n'a récolté, en 187s, dans tous ces états, qu'un millier de kilogrammes de cocons ^^^

Nous nous sommes arrêté à dessein sur les entreprises prussiennes à raison de la signiGcalion qu'elles ont. On voit quelle valeur ont les soins dans l'élevage : sous le ciel rigoureux du Brandebourg et de la Poméranie l'homme a surmonté tous les obstacles naturels ^^\ L'inclémence du climat est un très réel obstacle , et on l'a bien compris : dans aucune école d'agriculture allemande (et les écoles ont été en Allemagne l'agent le plus énergique de l'amélioration du travail rural), l'éducation des vers à soie n'a été l'objet d'un enseignement régulier.

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