‹ L'art de la verrerieChapitre 14 sur 112 · BIBE VIVAS MVLTOS ANNOS · texte numérisé non relu

BIBE VIVAS MVLTOS ANNOS

La collection Lionel de Rothschild renferme un vase du même genre, maisencore plus intéressant :

à la place du réseau, l'artiste a mis une composition à personnages qui paraît représenter Lycurgue, roi de Thrace, puni parles Satyres pour avoir persécuté Bacchus; c'est un sujet bien approprié à un vase à boire. Comment ces pièces ont-elles été fabriquées? Il ne paraît pas probable que le corps ait été soufflé à part et ensuite engagé dans le réseau ; il faudrait donc admettre que

FI G. l8. ANTIQUITE.

(Vase de Strasbourg.)

les cordons comme les lettres de l'inscription ont été posés à chaud? Quelle que soit l'hypothèse, les diatreta sont d'un travail extraordinaire et constituent un véritable chef-d'œuvre de métier.

La décoration à froid laisse à l'artiste beaucoup plus de temps et de liberté ; dans cet ordre, les anciens ont employé trois moyens : la taille, la gravure en creux, la ciselure en relief, sculptura vitri. La taille enlève des parties de la matière; les verres à boire à facettes plates sont taillés à la meule; elle laisse en saillie au niveau normal les ornements et creuse le champ. L'antiquité a été assez sobre de la taille, à moins cependant d'admettre que les diatreta soient taillés, ce qui nous paraît douteux. La gravure en creux a été, au contraire, d'un usage assez fréquent, elle se fait à la pointe de diamant' guidée par la main, ou bien à la molette et au foret montés sur un tour; l'instrument est en mouvement; le verrier approche le vase du tranchant de la molette, qui égratigne et mord; il dessine ainsi à sa volonté, inscriptions, ornements, figures, bacchanales, sujets de chasses et de luttes et même plus si l'on en croit Pline 1, et Clément d'Alexandrie qui dit : « La prétentieuse, inutile et vaine gloire des graveurs sur verre tend à faire trembler ceux qui s'en servent et doit être exterminée par nos bonnes institutions. » Les verres antiques à décorations gravées ne sont pas rares. On peut voir au musée du Louvre un fragment de coupe provenant de la collection Campana dont le décor représente un satyre dansant devant une ménade; le trésor de l'église

i. « Auxere et artes vitiorum irritamenta. In poculis libidines cselare juvit et per obscenitates bibere ».

So L*'ART DE LA VERRERIE.

Saint-Marc de Venise possède deux verres avec une chasse à courre et une ronde; le British Muséum, une coupe avec Diane surprise au bain par Actéon; le musée de Berlin, une coupe avec la création de Fhomme ; les collections particulières, de nombreux exemples de décors conçus dans le même esprit. Récemment, le musée du Louvre a reçu en don des fragments de verres trouvés en Dalmatie, à Dukle, l'ancienne Docléa1. La coupe mesurait près de quarante centimètres de diamètre ; les morceaux conservés semblent indiquer un sujet bachique de satyres et de ménades; l'intérêt de la pièce réside surtout dans sa dimension primitive, car Fexécution est grossière et fort inférieure à d'autres motifs antiques traités en gravure. Les décors en relief et ciselés sont le point culminant de la verrerie antique. Le vase de Portland du British Muséum et le vase de la Vendange du musée de Naples sont les pièces les plus- fameuses de cette espèce, et méritent d'être spécialement étudiés. Le vase de Portland provient de la collection Barberini dont il a longtemps porté le nom; il avait été trouvé au xvie siècle dans la campagne de Rome, enfermé dans un sarcophage qui paraissait alors être celui de Fempereur Alexandre Sévère. Acquis par la famille ducale de Portland, il fut déposé à titre de prêt au British Muséum de Londres où un fou le brisa en morceaux. On se plaît à répéter que la réparation en a été si bien faite qu'il est impossible de s'apercevoir de l'accident ; c'est là une exagération : le vase a sans

i. Le don a été fait par M. Saski, officier de dragons, auteur de la découverte. La coupe a été étudiée par M. Mowat, dans la Revue archéologique, novembre 1882.

L'ANTIQUITÉ. ji

doute été restauré aussi soigneusement que possible,

fig. 19. — antiquité. — (British Muséum.)

mais sa forme a souffert visiblement; en elle-même

Si

cette forme est, du reste, assez médiocre et peu digne d'une si noble décoration. On a discuté sur le sujet : on a voulu y voir une allégorie de la naissance d'Alexandre le Grand ou une allusion au songe qu'eut Julie, la mère d'Alexandre Sévère. Le Père Montfaucon s'est absolument trompé en faisant une Léda de la femme

Fia. 20. — antiquité. — (Détail du vase n° 19.)

au serpent. Millingen donne l'explication la plus plausible.

Le vase représente le mariage de Thétis et de Pelée. La femme assise, tenant un serpent dans la main gauche, est Thétis; l'homme auquel elle donne la main droite est Pelée. Le serpent rappelle les différentes transformations au moyen desquelles elle comptait échapper au mariage. Le dieu placé devant Thétis est Neptune. Un amour planant dans les airs réunit les deux époux : le portique, derrière Pelée, signifie probablement le palais de ce prince, ou bien le sanctuaire dans lequel Thétis recevait les honneurs divins. Sur le re-

vers, on voit encore The'tis assise, tenant un flambeau renversé, emblème du sommeil ; l'homme assis à ses pieds est Pelée. L'autre figure, qui porte une lance, est la nymphe du mont Pélion, où la scène se passe *.

L'archéologue que nous citons n'a pas vu la figure

eig, 21. — antiquité. — (Détail du vase n° 19.)

qui se trouve sous le pied du vase (fig. 22). Elle ne paraît à Montfaucon se rattacher en aucune façon au motif principal; il la décrit ainsi :

La figure d'homme porte un bonnet phrygien et tient le doigt sur sa bouche, à la manière des Harpocrates.

La composition du vase de la Vendange ne donne lieu à aucune hypothèse; elle est simple et se lit à première vue. Sur le fond se déroulent des ceps de vigne

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