FIG. 3$. VERRE ORBICULAIRE JUIF
tures, sans se soucier beaucoup de l'origine de ces objets.
M. de Longpérier a donné avec raison une origine juive à un petit flacon en verre blanc opaque trouvé en Asie Mineure1. Il est élégant de forme et porte sur ses
i. Bulletin archéologique de VAthénéum français. Janvier i856.
LES CHRÉTIENS ET LES JUIFS
métopes la grappe de raisin, la grenade et le cédrat, emblèmes juifs. Le flacon est moulé, ce qui indique que la fabrication du modèle était courante.
L'objet ainsi que deux autres flacons de verre ont été trouvés par M. Peretié, chancelier du consulat de France, à Beyrouth.
FIG. jC>. VERRE JUIF.
Lorsque l'empereur Constantin transporta à Byzance le siège du gouvernement, il résolut de donner à la ville un éclat incomparable. Non seulement il fit enlever de l'Italie et de la Grèce les chefs-d'œuvre des arts, mais il appela dans la cité les artistes et les artisans et les protégea d'une façon particulière. Une loi de l'an 337 exempte de toutes charges publiques trente-six professions : les architectes, lambrisseurs, stucateurs, charpentiers, médecins, lapidaires, ouvriers en argent, maçons, vétérinaires, tailleurs de pierres, scieurs de long, constructeurs d'escaliers, peintres, sculpteurs, tourneurs, menuisiers, statuaires, mosaïstes, ouvriers en bronze, forgerons, marbriers, doreurs, fondeurs, teinturiers, ouvriers en marqueterie, orfèvres, miroitiers, constructeurs de chars, fontainiers, verriers, ivoiriers, tabletiers, fouleurs, potiers, plombiers, pelletiers. Les privilèges furent confirmés par les codes de Théodose II et de Justinien ; il est possible de voir dans ces actes le germe des maîtrises qui, pendant tant de siècles, concentrèrent le travail dans des catégories spéciales, mais
à l'époque qui nous occupe, le législateur n'avait d'autre but que de faciliter l'exercice de la profession et l'apprentissage, et suos filios erudere. La protection porta ses fruits et les verriers furent nombreux à Constantinople ; ils habitaient un quartier de la ville, près de la porte de la Verrerie. Ils se répandirent à Thessalonique, à Alexandrie, en Perse et dans le bassin oriental de la Méditerranée, où déjà les verreries de l'antiquité avaient prospéré.
A de très rares exceptions près, aucun des verres de la fabrication orientale des premiers siècles après la fondation de Constantinople n'est arrivé jusqu'à nous, ou du moins est-il impossible de prouver d'une façon certaine l'origine des verres que l'on attribue à cette époque ; nous en sommes donc généralement réduits à des textes. La fabrication comprenait la verrerie com^ mune, les verres à vitre, les pièces de luxe et l'imitation des pierres précieuses. Les architectes de Sainte-Sophie de Constantinople, Athémius de Tralles et Isidore de Milet, garnirent de verres les fenêtres de la basilique de Justinien, dédiée en 537. Les historiens arabes rapportent qu'à Sanaa, dans la partie de l'Arabie nommée le Yemen, il y avait un palais haut de sept étages; à l'étage supérieur, existait une grande salle dont les fenêtres étaient garnies de vitres de couleur. Le soir, lorsque les lampes étaient allumées, on voyait briller la lumière à une très grande distance. Le palais de Sanaa fut détruit par Osman, qui régna de 644 à 656.
Le vie siècle nous a laissé un monument très important, conservé par le Cabinet des médailles de la Biblio* thèque nationale de Paris ; c'est une coupe dont le fond
8a L'ART DE LA VERRERIE.
est formé par une feuille d'or (fig. 3 y). Le métal est découpé en compartiments à jour circulaires dans lesquels on a fixé des médaillons de cristal de roche et de verre; ce procédé semble avoir été abandonné par les orfèvres depuis l'invention des émaux cloisonnés à jour. La coupe paraît avoir été donnée au trésor de l'abbaye de Saint-Denis par Charles le Chauve; elle fut, en 1797, envoyée à la Bibliothèque nationale. Le médaillon principal, en cristal de roche taillé, représente un personnage assis sur un trône ; les losanges et médaillons sont en verre moulé de couleur blanche, rouge violacé et vert émeraude ; la matière est très limpide et les couleurs sont très franches et très brillantes. A l'abbaye, la pièce était désignée sous le nom de .coupe de Salomon, et on pensait qu'elle avait été envoyée à Chaiiemagne par le calife Haroun-al- Raschid.
Elle est enrichie de hyacinthes par le bord et au dedans de grenats et d'esmeraudes très fines, au fond d'un très beau saphir blanc sur lequel est entaillée, à demy relief, la figure dudit roy (Salomon) séant en son throsne, tel que l'Écriture saincte le représente au troisième livre des Rois, chap. 10 1.
Une savante dissertation de M. de Longpérier2 a démontré que l'opinion des religieux de l'abbaye de Saint-Denis était erronée ; ce n'est pas le roi Salomon, mais Chosroès Ier, de la race des Sassanides, roi de Perse de 53 1 à 579, qui est représenté dans la coupe.
1. Catalogue du trésor de l'abbaye royale de Saint-Denis. La description, de i638, est de Dom Germain Millet.