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Pline. Lib. XXXVI

L'ANTIQUITE. xi

maïs; le cours en est lent, l'eau malsaine à boire, mais consacrée aux cérémonies religieuses. Ce fleuve, limoneux et profond, ne montre qu'au reflux de la mer le sable qu'il charrie. Alors, en effet,, ce sable, agité par les flots, se sépare des impuretés et se nettoie. On pense que, dans ce contact, les eaux de la mer agissent sur lui et que sans cela il ne vaudrait rien. Le littoral sur lequel on le recueille n'a pas plus de cinq cents pas et, pendant plusieurs siècles, ce fut la seule localité qui produisit le verre. On raconte que des marchands de nitre y ayant relâché, préparaient, dispersés sur le rivage, leur repas ; ne trouvant pas de pierres pour exhausser leurs marmites , ils employèrent à cet effet des pains de nitre de leur cargaison : ce nitre soumis à l'action du feu, avec le sable répandu sur le sol, ils virent couler des ruisseaux transparents d'une liqueur inconnue, et telle est l'origine du verre.

Depuis, comme l'industrie est ingénieuse et avisée, on ne se contenta pas de mêler du nitre au sable et on imagina d'y incorporer la pierre aimant, dans la pensée qu'elle attire à elle le verre fondu comme le fer. De la même façon, on se mit à introduire dans la fonte divers cailloux luisants, puis des coquillages et des sables fossiles. Des auteurs disent que le verre de l'Inde se fait avec du cristal brisé et que, pour cela, aucun ne peut lui être comparé. Pour la fonte, on emploie du bois léger et sec, et on ajoute du cuivre de Chypre et du nitre, surtout du nitre d'Ophir. On le fond, comme le cuivre, dans des fourneaux contigus, et on obtient des masses noirâtres, d'un aspect gras. Le verre fondu est tellement pénétrant qu'avant même qu'on l'ait senti, il coupe jusqu'aux os toutes les parties du corps qu'il touche. Ces masses se fondent de nouveau dans les fourneaux, où on leur donne la couleur ; puis, tantôt on le souffle, tantôt on le façonne au tour, tantôt on le cisèle comme l'argent. Jadis Sidon était célèbre pour ses verreries; on y avait même inventé des miroirs de verre. Telle fut anciennement la fabrication de ce produit. Aujourd'hui, à l'embouchure du fleuve Vulturne, en Italie, sur la côte, dans un espace de six mille pas, entre

,a L'ART DE LA VERRERIE.

Cumes et Liternum, on recueille un sable blanc très tendre; on le broie au mortier et à la meule ; ensuite on y mêle trois parties de nitre, soit au poids, soit à la mesure; le mélange étant en fusion, on le fait passer dans d'autres fourneaux : là il se prend en une masse à laquelle on donne le nom d'ammonitre. Cette masse est mise en fusion et elle donne du verre pur et des pains de verre blanc. Cet art a passé même en Gaule et en Espagne, où l'on traite le sable de la même façon. On raconte que, sous le règne de Tibère, on imagina une mixture qui donnait un verre malléable, et que toute la fabrique de l'artiste fut détruite pour empêcher l'avilissement du cuivre, de l'argent et de l'or. Ce bruit a été longtemps plus répandu que le fait n'est certain; mais qu'importe? Du temps de Néron,, on a trouvé un procédé de vitrification qui fit vendre 6,000 sesterces 1 deux coupes assez petites qu'on nommait ptérotes.

Il n'est pas difficile de distinguer dans ce récit l'erreur de la vérité. On ne peut admettre la découverte du

3s. verre telle que Pline la rapporte, par la raison bien simple qu'une température de 1,000 à 1,200 degrés centigrades est

absolument nécessaire pour fondre et vitrifier une masse composée de sable et de nitre, et que ce n'est pas avec un feu en plein air destiné à cuire des aliments qu'on peut arriver à une pareille chaleur. Le verre malléable à froid, sur lequel Pline émet du reste un doute, est une fable; quant aux détails sur la fabrication, ils sont exacts et

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