Prudence. Carmina, hymne xn
Au vue siècle, nos artisans français avaient acquis une telle renommée, que non seulement ils fabriquèrent des vitres pour la cathédrale d'York, sur la demande de Tévêque Jean Wilfrid, mais qu'en 670 ils furent appelés en Angleterre. Le roi Egfrid avait concédé à l'abbé Bénédict Biscopus un terrain à l'embouchure de la Wear ; l'abbé y fit construire un grand monastère, mais comme il n'y avait pas de verrerie en Angleterre, il dut faire venir des verrriers de France ; les vitres pour les fenêtres du couvent furent fabriquées surplace.
L'orfèvre, devenu ministre du roi Dagobert, employait le verre dans les travaux de son métier. La fameuse croix faite par « monsieur saint Éloi 1» pour l'église de Saint- Denis avait «au bas d'icelle., sous un grand verre à façon de tableau, une petite croix d'argent
doré Le champ de ladite croix tant
devant que derrière était (couvert) de verres ressemblant à jacinthes, grenats, esmeraudes et saphirs. »
Un évêque de Rouen se servait de burettes en verre. Isidore de Séville, qui fut évêque de 601 à 636, tout en constatant dans son livre, les Origines des étymologies, qu'autrefois on fabriquait du verre transparent en Italie, dans les Gaules et en Espagne, dit que le verre de couleur foncée est la meilleure matière pour les miroirs.
Le trésor de Guarrazar, du musée de Cluny, est, dans certaines parties, recouvert de pâtes de verre; ce trésor provient de Recesvinde, roi goth de l'Espagne,
1. Inventaire du trésor de l'abbaye de Saint-Denis en France en date, au commencement, du 27 mai 1634. Archives nationales.
qui mourut en 672. Vers 678, il existait à Mayence une verrerie dont un ouvrier fut appelé en Angleterre.
"""A la fin du vme siècle, l'abbé Gozbert remercie le comte Arnolt de renvoi de fenêtres à plusieurs couleurs fait à un couvent de la Bavière.
Au ixe siècle, un calice en verre garni d'or se trouve dans la chapelle du comte Evrard, gendre de Louis le Débonnaire. C'est sans preuve que l'on attribue au même siècle le verre dit de Charlemagne, du musée de Chartres. En 8o3, le concile de Reims et plus tard le pape Léon IV, dont le pontificat eut lieu de 847 à 855, interdisait l'usage des calices en verre cassant, en bois, en cuivre, « quia provocat vomitum », et en corne impure; l'interdiction du verre ne semble pas avoir été généralement observée. Pendant le même ixe siècle, l'abbé Ansigise fit don à l'abbaye de Fontanelle d'un grand vase à boire et de deux coupes en verre orné d'or. En Suisse, Salomon, abbé du monastère de Saint-Gall, possédait des vases en verre « plus précieux que les vases d'argent et d'or. » Près du monastère de Constance, il existait une verrerie. A l'abbaye de Fulda,en Allemagne, les religieux se servaient de verres à boire en verre. Louis le Débonnaire donna, en 825, un diplôme à l'abbaye de Saint-Mesmin, près d'Orléans; dans le document, il est question d'un lieu appelé « portus vitrariae », port de la verrerie. Une charte de Charles le Chauve de 863, contenant donation en faveur de Saint- Amand en Pevèle, renferme les noms de deux verriers, Ragenut et Balderie. On a découvert, en Normandie, une aiguière que les archéologuent attribuent au ixe siècle ; le verre est blanc, il est
décoré en relief de filets et de rangs de perles en verre.
Le reliquaire de l'église de Saint- André, à Trêves, fabriqué dans le dernier quart du xe siècle, est garni en certains points d'un fond de verre rouge.
Saint Bernard, évêque d'Hildesheim, mort en 1022, avait, dit-on, fabriqué lui-même un calice en verre ; Henri II, dit le Boiteux, empereur d'Allemagne, mort en 1025, donna à l'église de Saint- Viton, à Verdun, des burettes et un calice en verre. Geoffroy de Champ- Aleman, évêque d'Auxerre, institua sous Henri Ier, roi de io3i à 1060, des prébendes pour des prêtres dont l'un serait peintre, l'autre vitrier et le troisième orfèvre.
Voilà donc le bien médiocre résultat de l'enquête; c'est à peine si elle prouve que le verre, dans ces temps obscurs et tourmentés, est resté en honneur, puisque nous le trouvons dans les objets précieux et sacrés et dans les cadeaux des souverains; c'est à peine si la verrerie était restée un métier en Occident : assurément elle n'était plus un art. Il n'y avait plus trace en Italie même de la belle production antique, ec le pays doit recourir aux Grecs dont l'abbé Didier, supérieur du célèbre couvent du Mont-Cassin, avait remarqué l'habileté, lorsqu'il était légat du pape à Constantinople. De retour en Italie, il fit venir en 1066, de l'Orient, des artistes non seulement pour décorer l'église du monastère, mais afin de former des ouvriers dans diverses branches des arts décoratifs. Léon, évêque d'Ostie, historiographe du couvent, consigne le fait en ces termes :
Et comme, depuis plus de cinq cents ans, le génie de ces arts s'était éteint en Italie, par ses soins, sous l'inspiration de Dieu, cet homme prudent (l'abbé Didier) s'appliqua à faire
instruire les enfants du monastère en ces deux arts (la mosaïque et les incrustations) ; et il ne s'en tint pas là seulement, il fit former par les siens de très studieux ouvriers dans toutes les œuvres qui emploient l'or ou l'argent, l'airain, le fer, le verre, l'ivoire, le bois, le gypse ou la pierre.
Le monde chrétien avait été pris de terreur vers la fin du xe siècle; selon quelques lignes de l'Apocalypse1, mal interprétées par la superstition, on croyait à la fin du monde pour l'an mil. On a relevé, sur des actes authentiques du temps, ces mots mundi terminum appropinquante. Tout avait été abandonné, la culture de la terre, les lettres, les arts. Vasari reconnaît que l'Italie ellemême :
La malheureuse Italie, avait vu disparaître, au milieu d'un déluge de calamités, tout ce qui portait le nom d'édifices et même les hommes qui cultivaient les arts.
Pour l'Italie, le « déluge de calamités » remontait au delà du xe siècle, et fut plus grand que dans les autres pays, car de la fin du pontificat de Pascal Ier, qui occupa la chaire de saint Pierre de 817 à 824, jusqu'à celui d'Innocent II, qui fut pape de n3o à 1143, la mosaïque, si particulièrement protégée par les pontifes romains, fut abandonnée. Cependant, lorsque les peuples chrétiens furent convaincus de l'erreur qui les avait affolés,