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écrivit avant l'arrivée en Italie de ces artisans. La nationalité de Théophile paraît être allemande, quoique des auteurs italiens la revendiquent pour PI talie. Théophile dédie son livre : v

A tous ceux qui veulent éviter ou dompter la paresse de l'esprit et l'égarement du cœur, en se livrant à l'utilité d'une occupation manuelle et à la douce méditation .des choses nouvelles.

FIG. (52. XIVe SIÈCLE.

(Manuscrit latin du Vatican.)

Il veut montrer :

Combien il est honorable, combien il est parfait d'éviter l'oisiveté et de dompter la fainéantise et l'indolence; combien encore il est doux et délectable de se livrer aux exercices des divers arts utiles.

Il écrit sous forme de conseils à un élève « à qui Dieu a mis au cœur le désir d'exploiter le vaste champ des arts divers ». Avant d'aborder la technique, il indique l'état des arts dans les pays qui les cultivaient alors et explique le but de son travail :

Ainsi, mon bien-aimé fils, toi que Dieu a rendu parfaitement heureux, en ce. sens qu'on t'offre ici gratuitement ce

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que beaucoup d'autres n'acquièrent que par de pénibles efforts, en fendant les flots de la mer au plus grand péril de leur vie, exposés aux rigueurs de la faim et du froid, ou bien assujettis au long esclavage de l'école, et tourmentés par l'insatiable désir d'apprendre; saisis avec des regards avides cet Essai sur divers arts, lis-le avec une mémoire fidèle ; embrasse-le avec un amour ardent. Si tu l'approfondis attentivement, tu trouveras là tout ce que possède la Grèce sur les espèces et les mélanges des , diverses couleurs; toute la science des Toscans sur les incrustations et sur la variété des nielles ; toutes les sortes d'ornements que l'Arabie emploie dans les ouvrages faits au moyen de la malléabilité, de la fusion ou de la ciselure; tout l'art de la glorieuse Italie dans l'application de l'or et de l'argent à la décoration des vases, ou au travail des pierreries et de l'ivoire ; ce que la France recherche dans l'agencement des précieux vitraux; les ouvrages délicats, d'or, d'argent, de cuivre, de fer, de bois et de pierres qu'honore l'industrieuse Germanie.

La leçon sur la verrerie commence par la construction des fours; il en faut trois : un four de travail pour la fonte, un four de refroidissement, un four de dilatation et de nivellement; les dimensions de la construction, la confection^ des creusets sont marquées avec précision. Elles nous apprennent que les fours étaient de quinze pieds sur dix, ce qui est une grande dimension et prouve une fabrication puissante. Puis Théophile continue en indiquant comment il faut s'y prendre pour faire un vase et des anneaux en verre, comment on se sert en fabrication des moules en fer et des moules en bois; nous n'hésitons pas à citer le texte même en omettant seulement ce qui se rapporte aux vitraux1. L'ou-

i. Nous préférons copier textuellement les auteurs qui marquent dans l'histoire des arts, plutôt que d'analyser leurs écrits,

vrier prend un tube de fer et le plonge .dans le creuset rempli de verre fondu.

Tournez le tube dans votre mairf jusqu'à ce que le verre s'agglomère autour en aussi grande quantité que vous voudrez; puis, le relevant, mettez-le à votre bouche et soufriez un peu et en l'éloignant aussitôt; tenez-le près de votre joue, pour ne point attirer la flamme dans votre bouche en reprenant haleine. Ayez une pierre unie devant la fenêtre (du four), sur laquelle vous battrez un peu le verre brûlant pour lui donner partout le même volume, avec rapidité

soufflez et éloignez alternativement lorsque vous aurez

soufflé selon la quantité que vous désirez, vous la détacherez en entier du tube avec un bois trempé dans l'eau; puis, chauffant le tube, vous le ferez adhérer au fond. Présentant le vase à la flamme, vous le chaufferez et avec un bois rond vous élargirez l'ouverture d'où vous avez séparé le tube, en travaillant et dilatant à volonté les bords. Vous agrandirez le fond autour du tube, en sorte qu'il soit creux à la partie inférieure. Si vous voulez faire au vase des anses pour pouvoir le suspendre, prenez un fer mince, plongez-le jusqu'au bout dans le verre; quand il en aura pris un peu, enlevez et placez sur le vase où vous voudrez; lorsqu'il aura adhéré vous chaufferez pour consolider. Faites ainsi un tel nombre d'anses qu'il vous plaira, tenant le vase près de la flamme, de façon qu'il se conserve chaud sans se fondre. Prenez aussi un peu de verre dans le four, de manière qu'il traîne un fil après lui, et le plaçant sur la partie du vase que vous préférez, roulez autour près de la flamme, pour qu'il adhère. Cela fait, selon l'usage, vous ôterez le tube, déposant le vase dans le fourneau de refroidissement. Vous opérerez ainsi tant que bon vous semblera.

Pour fabriquer des flacons à long col, faites ainsi. Après avoir soufflé du verre chaud, en forme de grande- vessie,

une analyse pouvant paraître une sorte d'approbation au profit de celui qui la fait.

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fermez l'ouverture du Jubé avec votre pouce, de peur que l'air ne s'échappe, agitant le tube avec le verre qui y est suspendu, par derrière votre tête, comme si vous vouliez le jeter au loin. Le col s'étant développé en longueur, levez votre main en haut et laissez le tube avec le vase pendre audessous de peur que le col ne se courbe; alors séparant avec un bois humide, mettez dans le fourneau de refroidissement. .

Les Grecs font aussi avec les mêmes pierres de saphir des coupes précieuses pour boire. Voici comment ils les ornent d'or. Prenant de la feuille d'or, dont nous avons parlé plus haut, ils en fabriquent des images d'hommes, d'oiseaux ou de feuillages, et ils les posent avec de l'eau sur la coupe partout où ils. veulent. Cette feuille doit être un peu épaisse. Ensuite ils prennent du verre très clair comme du cristal qu'ils composent eux-mêmes, et qui, en sentant la chaleur du feu, se dissout. Ils le broient soigneusement sur une pierre de porphyre avec de l'eau et en appliquent avec le pinceau une couche très fine sur toute la feuille ; lorsque cela est sec, ils le placent dans le fourneau dans lequel se cuit le verre pour les vitraux peints dont nous parlerons dans la suite, et mettent dessous du feu avec des bois de. hêtre parfaitement séchés à la fumée. Quand ils voient la flamme pénétrer la coupe au point qu'elle prenne une légère rougeur, aussitôt, enlevant le bois, ils bouchent le fourneau jusqu'à ce qu'il soit refroidi, et l'or ne se détachera jamais.

Ils emploient aussi un autre moyen. Prenant de l'or moulu dans un moulin, dont on se sert pour les livres,, ils l'étendent d'eau ; de même pour l'argent. Ils en font des ronds et dans ces ronds des images, des animaux ou des oiseaux d'un travail varié ; ils les enduisent du verre très brillant dont nous avons parlé. Ensuite prenant du verre blanc, du rouge et du vert, en usage dans les incrustations, ils broient sur une pierre de porphyre chacun de ces verres à part avec de l'eau, et ils en peignent de petites fleurs, des nœuds et autres petits ornements, à leur choix, avec un travail de

différentes couleurs entre les ronds et les nœuds, et la broderie autour du bord; et cela d'une épaisseur moyenne; cuisant dans le fourneau d'après les procédés déjà indiqués. Ils font aussi des coupes de pourpre et de saphir léger, et des fioles à col médiocrement allongé, les entourant avec des fils faits avec du verre blanc, et y plaçant des anses du même verre. Ils ornent encore à volonté leurs divers travaux d'autres couleurs.

Dans son impartialité, Théophile ne néglige aucune occasion de parler de l'habileté des Français. A propos de mosaïque, il dit :

On trouve dans les antiques édifices des païens, parmi les ouvrages de mosaïque, différentes espèces de verre, savoir : du blanc, du noir, du vert, du jaune, du saphir, du rouge, du pourpre. Il n'est pas transparent, mais opaque comme du marbre. Ce sont des espèces de petites pierres carrées dont on fait des incrustations dans l'or, l'argent et le cuivre.

On trouve aussi divers petits vases de ces mêmes couleurs qui sont recueillis par les Français, très habiles dans ce travail. Ils fondent dans leurs fourneaux le saphir en y ajoutant un peu de verre clair et blanc, et ils fabriquent des feuilles de saphir précieuses et assez utiles dans les fenêtres. Ils en font autant du pourpre et du vert.

On le voit : Théophile s'exprime en termes clairs et précis, il parle en homme qui a vu et qui sait ; il l'avoue du reste. Dans une de ses exhortations, il dit qu'il s'est livré à de scrupuleuses expérimentations et aux investigations de l'œil et de la main. Dans notre pensée il n'y a aucun doute : Théophile a été peintre de figures et de manuscrits, verrier, orfèvre et facteur d'orgues ; pour un moine instruit, passionné au travail, dégagé

des préoccupations de la vie matérielle, la pratique de ces divers arts était chose aisée et chose sainte, car elle tournait à la glorification de son Dieu. Théophile nous représente, en plein moyen âge, le type parfait de ces artistes à la fois peintres, sculpteurs, orfèvres, graveurs, qui plus tard, pendant la Renaissance, ont, à Florence et à Nuremberg, élevé à un haut degré les arts décoratifs.

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Il est très difficile de déterminer, même approximativement, Pépoque où les premières verreries furent établies à Venise. Les historiens italiens veulent les faire remonter à la fondation de la ville, au ve siècle ; si, en effet, il y eut des verreries alors, elles n'étaient que de médiocre importance et n'ont pas marqué dans l'histoire. Les plus anciennes mosaïques de la cathédrale de Saint- Marc se trouvent à l'intérieur, au-dessus de la porte d'entrée ; elles représentent le Christ, la Madone et Saint-Marc et datent du xe siècle ; or, une verrerie qui fond les émaux pour la mosaïque est certainement en état de fabriquer aussi des pièces de service. Mais les émaux des mosaïques primitives de Saint-Marc, les smaltes, comme on dit en Italie, proviennent-ils d'une verrerie vénitienne ? La question peut se discuter. Au ixe siècle, Charlemagne fit décorer de mosaïques la chapelle palatine du dôme d'Aix-la-Chapelle, au moyen de matériaux italiens ; de notre temps, les mosaïques décoratives du théâtre de l'Opéra de Paris ont également été exécutées avec des matériaux italiens. 11 est

VENISE

donc possible que les smaltes des premières mosaïques de Saint-Marc soient venus d'Orient : à l'appui de cette hypothèse, nous pouvons citer le texte de Léon, évêque d'Ostie, qui assure qu'en 1066 Didier, abbé du Mont-Cassin, fit chercher en Orient des ouvriers habiles dans l'art de la mosaïque pour apprendre aux enfants du monastère le travail des métaux, de l'ivoire, de la pierre et du verre. Théophile, dans l'énumération qu'il fait des arts pratiqués par « la glorieuse Italie »

ne mentionne pas le verre. On prétend avoir trouvé, dans les archives d'une famille patricienne de Venise, mention d'un certain Petrus Flavianus qui, en 1090, était phiolarius. Cette inscription n'a pas une grande valeur, car, s'il existait des verreries à Venise au xe et au xie siècle, ce qui n'est ni prouvé ni dénié, elles étaient certainement fort peu productives, et, à cette

FIG. 6j. VENISE. XVe SIÈCLE.

(Collection Slade.)

époque, c'était toujours à l'Orient qu'appartenait la fabrication. Les soldats de Venise firent partie de l'expédition dont le résultat fut la prise de Constantinople en 1204; le gouvernement, toujours attentif au développement des intérêts matériels de la République, sut attirer à Venise les verriers orientaux et, dans le cours du xme siècle, l'industrie de la verrerie prit une très grande extension dont nous trouvons la preuve dans les actes officiels.

Le plus ancien document authentique est un article du traité conclu, le ier juin 1277, entre Bohémond VI, prince d'Antioche et comte de Tripoli, d'une part, et J. Contarini, doge de Venise, d'autre part. L'article renferme la stipulation suivante: « Et si Venicien trait verre brizé de la ville, il est tenuz de payer la dhime ». Le verre cassé, le groisil en terme du métier, est nécessaire à une bonne fabrication de verrerie ; il provient, non seulement des objets brisés, mais encore des déchets de la fabrication. Nous avons dit qu'à Rome, au temps de l'empire, les juifs et d'autres marchands ambulants échangeaient des allumettes contre du groisil ; les verriers de Venise avaient donc reconnu la nécessité de l'emploi de cette matière dont l'usage leur avait été sans doute enseigné par les Orientaux, et ils en consommaient en si grande quantité que les déchets de leur propre industrie ne leur suffisant pas, ils durent recourir à l'importation. Le traité prouve que les verreries vénitiennes étaient déjà, en 1277, en plein fonctionnement et que les verreries orientales travaillaient encore avec activité.

La Sérénissime République avait un goût très pro-

VENISE

nonce pour la réglementation, non seulement dans un but de sécurité publique, mais aussi en vue du développement de Tindustrie et de la qualité des produits ; elle pensait que le système des privilèges, des corporations, des inspections, était de nature à favoriser le travail et le commerce. C'est par cette raison que la verrerie « qu'elle

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