VENISE. XVe SIÈCLE
(Musée de Cluny.)
aimait comme la prunelle de ses yeux » 1 , fut soumise à des règlesstrès sévères.
La verrerie a été de tout temps ce que le gouvernement avait de plus précieux. Une infinité de mesures ont été prises pour en augmenter, pour en perfectionner les travaux, et pour en avoir autant que possible un débit exclusif dans les pays voisins comme dans les contrées les plus lointaines.
Dès 1289, un ordre du Grand Conseil, Maggior Consiglio, interdit d'établir des fours de verrerie dans
1. Carlo Marin. Histoire civile et politique du commerce des Vénitiens. Venise, 1800.
i4a L'ART DE LA VERRERIE.
la ville, à moins que le verrier ne fût propriétaire de la maison affectée à la fabrique. Cette mesure ne suffit pas pour empêcher les incendies et, le 8 novembre 1 29 1 , une nouvelle délibération ordonna la destruction de tous les fours existant dans la cité et dans révêché de Rialto, défendit d'en construire de neufs sous peine d'une amende de cent livres, et relégua l'industrie dans l'île de Murano. Peu de temps après, le 1 1 août 1292, le Grand Conseil modifia le décret et autorisa l'établissement dans la ville de fours de petite dimension, à la condition qu'ils seraient isolés des maisons, de tous les côtés, par une distance de quinze pas au moins ; la fabrication dans l'intérieur de Venise fut ainsi limitée aux menus objets et à la fonte du verre coloré. Dès le xmc siècle, la République prohiba, sous des peines très sévères, l'exportation du verre cassé et des matières premières nécessaires à la fabrication, et, ce qu'il était plus difficile d'empêcher, la divulgation des procédés de fabrication.
L'intelligence et l'activité d'un citoyen de Venise, Marco Polo, ouvrit à la verroterie vénitienne des débouchés nouveaux. Son père, Nicolo Polo, et son oncle, Matheo Polo, étaient d'une famille patricienne ; en i25o, ils partirent pour Constantinople où leur frère aîné, Andréa, avait une maison de commerce; ils trafiquèrent dans les ports de la mer Noire, dans la région du Caucase et du Volga et se rendirent auprès de Khoubilaï-Khâan, empereur mongol de la Chine. Dix ans après, ils retournèrent à Venise, pour en repartir bientôt avec Marco Polo qui fut présenté à Khoubilaï, en 1275. Le jeune Vénitien sut gagner la confiance de l'empereur
VENISE
qui le chargea de nombreuses et importantes négociations. Il visita successivement la Cochinchine, la Bir-
manie, diverses provinces delà Chine actuelle, la Perse, les Indes, Java, Sumatra, Ceylan, Madagascar, l'Abys-
sinie, rÉgypte et tout le bassin oriental de la Méditerranée. Marco Polo avait tantôt la fonction de commissaire en second du Conseil privé, tantôt celle de gouverneur de province; il fit des expéditions militaires
FIG. 66. VENISE. XVe SIÈCLE.
(Décoration émaillée d'un verre à boire.)
et remplit des missions diplomatiques ou commerciales; de retour à Venise, en 1295, il tint, avec ses parents, un rang distingué dans la société, et mena l'existence fastueuse que lui permettaient les richesses et les objets précieux rapportés d'Asie. La guerre éclate entre Venise et Gênes. Marco Polo arme une galère à ses frais, est fait prisonnier à la bataille de Layas, en 1296, et emmené à Gênes ; durant sa captivité, Rusta Pisan écrit
VENISE
en français sous sa dictée la relation de ses voyages.
Rentré à Venise, Polo est nommé membre du Grand Conseil et meurt en 1324.
On le désignait dans son pays comme « le meilleur citoyen de Venise ». C'est par son influence , par ses récits de voyages , par les renseignements commerciaux, qu'il fournit, par les itinéraires qu'il a tracés, que les verriers de Venise ont été déterminés à exploiter à leur profit le goût des peuples orientaux pour la ver-
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