FIG. 6. EGYPTE
(Musée du Louvre.)
i6 L'ART DE LA VERRERIE.
que de nos jours. Les formes sont celles des alabastrons, des canthares, des pyxis, des flacons à verser que l'on retrouve partout dans l'antiquité, en Assyrie, en Asie Mineure, en Grèce, en Étrurie, Les Egyptiens portaient des amulettes et des colliers en verre; ils se servaient du verre dans les usages funèbres; mais c'est avec réserve qu'il faut interpréter Hérodote, Strabon et Diodore de Sicile, lorsqu'ils assurent qu'à Alexandrie et en Ethiopie les morts étaient placés dans des cercueils en verre. Strabon dit également qu'il existe en Egypte une matière spéciale, indispensable à certaines couleurs pour la verrerie de luxe; mais ce n'est là qu'un texte, car aucun monument de ce genre n'est arrivé jusqu'à nous. On assure que les Egyptiens savaient dorer le verre; qu'ils fabriquaient des verres avec des figures peintes dont les couleurs changeaient selon le point où l'on se plaçait pour les regarder; que certains de leurs hiéroglyphes étaient recouverts d'une couche de verre et qu'à Diospolis, capitale de la Thébaïde, il y avait des verreries où l'on produisait les vases murrhins si célèbres dans l'antiquité. Avant de se prononcer sur ces questions, il convient d'attendre que les fouilles aient mis au jour quelques pièces authentiques1.
i. On ne saurait prendre trop de précautions lorsqu'il s'agit de déterminer la date d'un objet de haute antiquité; en voici un exemple : l'archéologue italien Rosellini rapporta d'Egypte un petit vase de porcelaine chinoise, trouvé par lui dans un tombeau égyptienjqui n'avait jamais été ouvert, et dont la date remontait, selon lui, à une époque peu postérieure au xvme siècle avant notre ère; l'opinion de Rosellini fut confirmée par Wilkinson; or ce vase, ainsi que d'autres pièces absolument semblables, portait une inscription qui plus tard fui déchiffrée par Stanislas
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La Grèce eut ses verreries, et c'est à elle qu'on doit les premières fontes de verre opaque pour la mosaïque; la Grèce, cependant, ne paraît pas avoir atteint dans l'art de la verrerie la perfection des Égyptiens et surtout des Romains; elle appelait le verre « pierre fusible ». Les auteurs anciens ne signalent aucun objet d'art en verre de fabrication grecque. Sidon conserva longtemps le monopole, pour ainsi dire, de la fabrication, et l'activité commerciale des Phéniciens répandit l'usage du verre dans tout le bassin de la Méditerranée. Il est probable que les verres trouvés dans les tombes étrusques ont été importés, soit par les Phéniciens de Tyr, soit par les Phéniciens de Carthage, qui étaient en relation avec les habitants de l'Italie dès le vie et le ve siècle avant notre ère. Syracuse paraît avoir eu une verrerie, puisque c'est là qu'Archimède avait fait fabriquer une sphère céleste en verre.
Mais insensiblement la fabrication s'étendit en Italie, en Espagne et dans les Gaules. Rome, au commencement de l'empire, avait des verreries près du cirque Flaminius et du mont Ccelius; elles se multiplièrent dans la suite, car Alexandre Sévère mit leurs produits au
Julien; il fut alors démontré que les caractères de l'inscription appartenaient à une écriture inventée en Chine entre les années 48 et 33 avant Jésus-Christ, et que le texte était tiré de l'œuvre d'un poète qui vivait sous la dynastie Thang, de 713 à 741 de l'ère chrétienne.
Etant à Pompéi au moment d'une fouille, nous avons vu mettre au jour une bouteille à vin, cassée, en verre déjà irisé, qui se trouvait à côté d'objets antiques; la bouteille ne pouvait guère dater que du siècle dernier, d'après sa forme et sa matière ; elle avait sans doute été abandonnée après un repas et recouverte à la suite de fouilles postérieures.
rang des arts somptuaires ; les verreries de Cumes acquirent une certaine célébrité ainsi que celles de Sorrente, dont les coupesgravées étaient recommandéespour boire le vin du pays; c'est de Sorrente sans doute que provenaient en partie les verres de Pompéi, car les recherches spéciales auxquelles nous nous sommes livré ne nous ont fait découvrir dans les ruines, jusqu'à présent mises au jour, aucune trace de fours de verrerie.
Sous la domination romaine, l'Egypte continua à fabriquer et comme précédemment à exporter la verrerie sur le littoral de la mer Rouge; ses navigateurs poussèrent même jusqu'à l'embouchure du Gange et peutêtre jusqu'en Chine. Hadrien, qui aimait l'Egypte au point d'avoir fait adopter le style égyptien par les décorateurs romains, reçut en présent, pendant un de ses voyages, des verres de couleur provenant d'un temple ; il les envoya à Rome, à son beau-frère, le consul Servianus, et lui recommanda de les servir aux convives les jours de fête. Sous Aurélien, un impôt fut établi sur la verrerie égyptienne, ce qui indique qu'elle faisait concurrence aux verreries de l'Italie.
Dans les Gaules, il existait certainement des verreries : Pline l'affirme et les témoignages matériels aussi; on ne saurait conclure à coup sûr à la présence de fabriques par une accumulation plus ou moins considérable de pièces de verres anciennes, mais il y a présomption que des fabriques se prouvaient en Normandie et certitude qu'il y en avait en Poitou; dans ce pays, certaines localités ont été longtemps désignées sous les noms de verraria, vitreria, portus vitrariœ, et, à côté de débris de verre, on a trouvé des scories. A Lyon, on a décou-
vert à Saint-Irénée, en 1757, une stèle funéraire qui fit partie de la collection des Génovéfains pour être ensuite déposée au palais des Arts. Nous donnons le texte de la première partie de l'inscription :
ET MEMORISE STERNE IVL
I ALEXSADRI NATIONE AFRI CIVI
CARTHAGINESI OMINI OPTIMO OPIF