‹ L'art de la verrerieChapitre 7 sur 112 · CREAVIT FILIO III ET FILIAM · texte numérisé non relu

CREAVIT FILIO III ET FILIAM

EX QVIBVS HIS OMNIBVS NE

POTE VIDITE DEOS SVPEST

ITES SIBI RELIQVIT...

Et à la mémoire éternelle de Julius Alexander, né en Afrique, citoyen de Carthage, homme excellent, faiseur d'ouvrages de l'art de la verrerie. Il vécut soixante-quinze ans, cinq mois, treize jours, sans aucun affaiblissement d'esprit. Avec son épouse Virginia il vécut quarante-huit ans et en eut trois fils et une fille. De tous ses enfants il vit naître des petits-enfants et les laissa tous lui survivant.

Il est assez fréquent que dans la verrerie les enfants continuent le métier de leur père; il est possible que Julius Alexander ait fondé à Lyon une dynastie de verriers.

Nous allons maintenant étudier la verrerie antique au point de vue de la fabrication, de l'usage et de l'art décoratif. Nous nous appuierons surtout sur les pièces que nous avons eues sous les yeux au musée de Naples, cet établissement ayant sur les autres l'avantage de posséder une collection ne provenant pas seulement des tombeaux, mais bien de maisons habitées où la vie a pu être surprise en pleine activité1.

Un coup d'ceil d'ensemble sur une collection de verres antiques fait remarquer aussitôt l'aspect général de la matière; les objets ont une teinte laiteuse et semblent plongés dans une buée. En examinant de plus près, on voit des verres restés clairs ; d'autres ont perdu à des degrés différents leur qualité essentielle, la transparence ; il en est enfin que le toucher fait tomber en poussière. Ces états sont l'effet direct d'une décomposition dont les agents les plus actifs sont l'air ambiant et l'humidité; d'autres éléments, tels que le temps et la composition de la pâte, contribuent aussi dans une certaine mesure à la transformation, mais ce sont l'air et l'humidité qui jouent le rôle principal.

La décomposition se manifeste d'abord par une

i. Le musée de Naples renferme plus de pièces de verrerie antique que tous les autres musées réunis ; il y a quelques années, le nombre des objets dépassait six mille, et il augmente toujours.

légère irisation, puis par des reflets métalliques, verts, jaunes, blancs, azurés dont les couleurs nacrées se confondent; enfin la matière s'effleurit en lamelles et finalement tombe en poussière au moindre contact. Les objets trouvés dans les tombeaux hermétiquement clos ont gardé une< certaine transparence et de la solidité. Les verres de Pompéi sont, en général, bien conservés; ceux qui ont échappé à Faction des matières lancées par le Vésuve ont été enfouis dans la cendre ; la couche, haute de plusieurs mètres, s'est tassée et a formé une enveloppe impénétrable à l'air et à l'humidité ; on a dit que la cendre avait activé la décomposition du verre, c'est une erreur. Il suffit d'assister à une fouille pour constater que les parois des murs revêtus de couleurs sont restées vives et brillantes ; si la cendre n'a pas eu d'action détériorante sur la peinture, elle n'a pu agir sur le verre beaucoup plus résistant. Nous avons recueilli quelques morceaux de verre dans les thermes romains de l'Esquilin que Titus fit élever sur une partie du palais d'Or de Néron; après leur abandon, les salles et les cours furent comblées par des gravois, des poteries brisées et des matériaux de toutes sortes; l'air et l'eau

(Musée du Louvre.)

ont pénétré dans ces décombres mal tassés à cause de la forme des débris et qui font murailles sur les parties vides des ruines. En comparant ces morceaux de verre avec ceux de Pompéî, on constate une différence dans la décomposition; c'est à peine si, dans les verres les plus détériorés de Pompéi, quelques minces lamelles nacrées se détachent, tandis qu'il est difficile de toucher le verre des thermes de Titus sans Panéantir. Nous avons pris dans la main le morceau inférieur d'un vase à pied; sous une légère pression des doigts, ce qui restait de la paroi s'est détaché par feuilles ; le pied a résisté davantage à cause de son épaisseur, mais un faible grattage l'a réduit symétriquement à la moitié de son volume. Nous avons recommencé en d'autres endroits cette facile expérience, et nous avons toujours constaté, en observant des qualités et des épaisseurs semblables, que le verre le mieux conservé était celui qui avait le moins subi le contact de l'air et de l'humidité. L'action du temps est beaucoup moins importante que celle, de la composition chimique ; le verre à teinte verdâtre dans la tranche, le verre bleu, se conservent beaucoup mieux que le verre blanc, toutes choses égales d'ailleurs en ce qui concerne le milieu ambiant. Il est inutile de réfuter l'assertion qui veut que l'irisation des verres antiques ait été voulue. Lorsque les anciens faisaient du verre blanc ordinaire, ils avaient évidemment, comme nous, l'intention de fabriquer un objet transparent, et non pas de détruire la qualité essentielle du verre, qui est précisément la transparence. Ce serait une erreur que d'attribuer à l'antiquité tous les verres irisés; chacun a pu remarquer des traces de décompo-

sition très apparentes sur les verres à vitres à couronne de nos anciennes maisons.

L'analyse chimique du verre antique démontre que les substances employées étaient les mêmes que de notre temps 1 ; il ne faut attacher aucune attention à quelques différences dans les dosages, car de semblables écarts existent dans les produits modernes, ni s'étonner de ne pas retrouver par l'analyse toutes les matières de la composition primitive , l'action du feu en faisant disparaître une partie pendant la fonte. Les anciens se servaient du cobalt pour le bleu, de l'oxyde de cuivre pour le bleu et le vert, du plomb pour le cristal, qu'ils fabriquaient à l'effet d'imiter le cristal de roche2. Comme de nos jours, ils ajoutaient au sable et aux produits chimiques une certaine quantité de verre cassé ; les juifs amenés en captivité par Titus et d'autres petits

(Collection Charvet.)

i. Voici, entre beaucoup d'exemples, deux analyses comparatives.

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