RÉFLEXIONS PRELIMINAIRES
Si la science de la géométrie ensetgne les méthodes nécessaires pour obtenir les dimensions d'un pays, on peut , pour ainsi dire, exprimer sa figure par le laf^is ; on parviendrait, en quelque sorte, à imiter la nature dans ses formes et ses couleurs. Nous pensons donc que les connaissances mathématiques et celles dans Fart du lavis des plans sont presque également indispensables à ceux qui, par état, sont dans le cas de lever et dessiner des plans et des cartes sur de grandes échelles.
Car, ainsi que les géomètres, ils doivent représenter les différentes parties du terrain suivant les rapports de son étendue et de ses détails et 5 comme dessinateurs, donner aux objets de la carte qu'on veut laver les couleurs et les ombres que la nature indique*
Les cartes topographiques et les plans géométriques en général, d'ailleurs levés avec toute
l'exactitude possible, n'offrent pas précisément le modèle du terrain : c'est parce que le géomètre ne porte son attention exclusivement qu'à obtenir en masse les dimensions géométri-* ques du pays dont il fait la carte , sans s'occuper s'il résultera de leur ensemble la vraie figure du terrain. l\ faudrait donc, d'après notre façon de penser, pour obtenir un résultat vraiment satisfaisant, que l'on reconnut, à l'inspection d'un plan, le pays dont il doit être l'image; il pourrait alors prendre le nom de paysageplan.
Pour attçindre ce but, il ne suffit pas de savoir tracer et mesurer des lignes et des angles : il faut encore que le géomètre sache dessiner , et ait acquis beaucoup d'usage à figurer le terrain, et à bien exprimer ses formes et ses contours. Il ne doit non plus omettre aucun détail: tel qu'un arbre situé au coude d'une rivière ou d'un chemin^un buisson remarquable ; le commencement, l'interruption et la fin d'une haie vive ou morte; les fossés, et s'ils sont bordés d'arbres , il faut les figurer sur le plan avec leur nombre et leur espace (il doit en être de même pour les routes, canaux, etc.). Les ponts et aqueducs , les ruisseaux et ravins , doivent être figurés avec toutes leurs sinuosités (on sent qu'il faut encore moins omettre les sinuosités des rivières et canaux); on dessinera aussi les monticules , etc. , etc. , et en général tout ce qui peut concourir à exprimer la figure du terrain. 11 est bien entendu que tous ces objets doivent être
placés dans leur situation respective (*)^ en les subordonnant à l'échelle du plan. Tous ces petits détails, qui pourraient paraître minutieux à quelques personnes, concourent beaucoup à faire reconnaître les lieux représentés par le plan géométrique; et si le géomètre joint aux connaissances mathématiques Fart du lavis des plans, il exprimera sur le papier, comme nous lavons dit, le modèle du terrain^
Laver un plan est donner aux objets qu'il représente la couleur ou la teinte de ceux du terrain, en prenant la nature pour modèle. En effet, un artiste habile qui réunirait aux connaissances mathématiques l'art du lavis des plans, pourrait, en imitant la nature au moment où elle se revêt de sa plus brillante parure, au printemps, offrir un tableau gracieux (sans cependant altérer les dimensions géométriques), qui aurait toute la fraîcheur et le coloris qu'on admire dans le grand modèle : on y remarquerait les ondulations des rivières; la surface unie des étangs; la transparence des eaux, dont les parties déliées réfléchissent la couleur des objets qui les environnent; la chute des cascades; le mottes) Si l'on se sert d'une planchette, tous ces détails pourront être exprimés sur le plan avec beaucoup plus d'exactitude que si l'on faisait usage de tout autre instrument: car ils seront dessipés sur les lieux, et sans les perdre de vue, avec toutes leurs dimen^ sions géométriques et leurs contours (voyez l'article Usage de la planche tte,psig. 126), surtout sî^ comme nous l'avons dit, le géomètre a un coup d'œil juste, et a acquis l'usage de figurer le terrain. On pourrait alors obtenir ( du moins autant qu'il est possible de le faire) le modèle proportionnel du terrain, et par le lavi* e?î, faire un paysage-plan.
vement précipité des torrens, dont les eaux turbulentes s'échappent à travers les rochers ^ et prolongent souvent leur cours sur des cailloux et sur des pentes plus ou moins rapides, qui pourraient indiquer à l'artiste les différens degrés d'agitation des eaux. La verdure des bois et des bosquets 5 l'émail des prés et des jardins, les vignobles, les terres labourables et incultes, s y distingueraient par des touches plus ou moins fortes, et des nuances toujours analogues aux couleurs locales ; les collines et les montagnes s'y représenteraient telles qu'elles sont dans la nature, couronnées de forêts ou dépouillées de verdure; les rochers, les précipices, les escarpemens, y seraient représentés avec leurs formes diverses et tous les accidens qui les accompagnent ordinairement.
Pour compléter ce tableau , et ajouter à l'illusion, l'artiste le couvrira d'un ton local et aérien, afin d'adoucir le paysage, et de concourir à l'harmonie de la nature. Il fera aussi ressortir chacune des parties de ce paysage-plan, par des touches savantes qui rendront sensibles les effets de la lumière et des ombres.
Mais, la nature variant ses formes à l'infini, les différens effets de la lumière et des ombres^ j qui sont le principe des couleurs, exigeraient | une étude et une application sérieuses, et un tact qu'on ne peut obtenir que par une expérience consommée dans Tart (encore si peu connu) d'imiter la nature : ainsi, pour laver j un plan dans la perfection de Fart, il faudrait ,
donc connaître les effets plus ou moins sensibles de la réflexion des rayons de lumière (*) et la science de l'optique (laquelle se divise encore en plusieurs branches), qui est, en quelque sorte, la racine de toutes les brandies d'imitations visuelles, et principalement de la perspective. On voit qu'on pourrait écrire plusieurs volumes sur ces matières : aussi nous bornerons-nous, dans ce court abrégé, à indiquer seulement la manière de lai^er un Plan y en renvoyant le lecteur aux ouvrages qui traitent particulièrement de l'art du lavis
Nous avons divisé cette matière en deux articles. Dans le premier nous parlerons de la mise au trait; et le lavis sera l'objet du deuxième.
ARTICLE PKEMÎER,