DEUXIÈME SUITE DE LA TROISIÈME LEÇON
Des Pronoms.
"Les pronoms forment une classe de uiots qui tiennent de très près aux noms substantifs, qui figurent à leur place dans le discours, et qui dispensent de les répéter chaque fois qu'on en veut rappeler l'idée. Je, tu y lui, elle , il , le , la , sont une manière abrégée de dénommer les personnes ou les objets dont le retour trop fréquent formerait une cacophonie insupportable à l'oreille.
Si les pronoms se confondent ainsi dans leurs fonctions avec les noms substantifs, ils doivent donc être assujétis aux mêmes modifications qu'eux, c'est-à-dire, aux modifications du genre, du nombre et des cas. J'observerai cependant, relativement au genre, qu'aucune langue ne semble avoir appfiqué cette distinction au pronoms 7^ et tu qui forment les pronoms de la première et de,la seconde personne. La raison en est
simple, c'est que ces deux pronoms iic pouvant se rapporter qu'à des individus qui sont en présence, il était inutile que leur sexe fût indiqué par un pronom mascidin ou féminin. 11 n'en est pas de même de la troisième personne; comme elle peut être absente ou inconnue, la distinction du genre devient nécessaire. Quant aux cas, ils ont été conservés en partie pour les pronoms , même dans les langues qui n'en donnent point aux noms substantifs, sans doute afin d'cx[trimer plus brièvement les relations , les pronoms étant d'un usage très- fréquent dans le discours.
Dans la grammaire française, on donne plusieurs attributions aux pronoms, et on les distingue en personnels ^ j'elatifs , absolus y indéfinis ^ démonstratifs et possessifs.
Les pronoms personnels sont ceux qui désignent directement les personnes, ou qui tiennent la place du nom des personnes. Ils se subdivisent en trois ordres. Je y me, moi, nous, sont les pronoms personnels de la première personne, ou de celle qui parle, tu , te y toi y vous, sont les pronoms de la seconde personne, ou de celle à qui on parle; il y elle , elles , soi, lui ^ eux , leur y sont les pronoms persormelsde la troisième personne, ou de celle de qui on parle.
J-tes pronoms relatifs sont ainsi nommés, parce qu'ils ont une relation ou un rapport avec un nom qui précède : ce sont les pronoms qui, que , lequel , laquelle , lesquels, lesquelles, dont, quoi, y et en. «L'honnête homme jouit en paix des biens qu'il a acquis par des voies justes» : dans cette phrase, que est un pronom,
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il réveille l'idée des biens; il les remplace j c'est comme si Ton disait : l'honnête homme jouit en paix des biens, lesquels biens il a acquis par des voies justes.
Lorsque les pronoms qui, que y quoi, quel, lequel, laquelle , s'emploient sans rapport à un nom qui précède, on les nomme pronoms absolus , ils sont surtout en usage dans les phrases interrogatives , et dans celles qui expriment le doute , l'hésitation et l'incertitude, ce Qui doute que celui qui cultive les sciences et la vertu , ne goûte un bonheur plus solide que celui qui passe sa vie dans l'indolence ou la débauche?» Dans cette phrase, le premier qui est absolu , les autres sont relatifs. Les pronoms où et d'oz/ se rangent aussi dans la classe des pronoms absolus quand ils sont au commencement de la phrase , et qu'on peut les tourner par quelle chose, ou par ^z/ê"/ suivi d'un nom substantif, comme dans cet exemple : Où aspirez-vous? c'est-àdire, à quoi, ou à quelle chose aspirez-uous7 Par où passerons-nous ? c'est-à-dire , par ^z^^/ lieu passeronsnous ?
Les pronoms indéfinis sont ceux qui tiennent la place d'un ou de plusieurs noms, et qui expriment ordinairement leur objet d'une manière générale et indéterminée. Ces pronoms sont : oii , quelqu'un, quiconque , chacun , personne , rien , autrui , Vun , Vautre y plusieurs , quel, quelque, quoi, même , nul , aucun. Quand je dis : quiconque a médité les ouvrages de Cicéron, doit savoir en quoi consiste la véritable éloquence : j'emploie , dans le mot quicon-
que , un pronom indéfini , et c'est comme si je disais : toute personne qui a médite, etc.
Pai- \cs pronoms démonstratifs ^ on indique ou on montre l'objet dont il s'aj^it dans le discours. Ce ^ cet, celui, celle, ceci, cela ^ celui-ci y celui là , celle-ci , celle-là , sont les mots qui forment cette classe de pronoms.
Enfin les pronoms possessifs: sont ceux qui indiquent la possession et la propriété de quelque chose, comme quaiîd on dit : M.a maison , mon livre , potre fortune y son ouvrage. Telles sont les fonctions des pronoms dans la langue française : dans cette langue, comme dans toutes les autres , ils sont à- la-fois les termes les plus généiaux et les plus distinctifs; ils sont ordinairement irréguliers, et d'une étude pénible, parce qu'étant les mots les plus utiles, ils sont aussi les plus sujets à de fortes variations.
Des Adjectif a.
Les adjectifs , ou plutôt les mots qui désignent dans le discours un objet par sa qualité, sont les plus simples de toute la classe des termes qu'on nomme attributifs} ils existent dans toutes les langues, et la date de leur invention doit remonter très haut; car il était impossible de distinguer Ks objets les uns des autres, ou de traiter d'aucune affaire relativement à cet objet, avant d'avoir donné des noms à leurs différentes qualités.
Dans les langues grecque et latine , les adjectifs sont assimilés complètement aux noms substantifs ; on les
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décline de même, et ils sont également assujétis aux distinctions de genre et de nombre.
Dans la langue française , l'adjectif subit différentes modifications : i° il s'emploie souvent pour le substantif ou dans le sens du substantif. Dans ces vers :
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable. Nous devons pre'fe'rer l'utile à l'agréable.
le i^rai est mis pour la vérité. L'utile à Vagréahie sont pour la chose utile à la chose agréable.
2° Les adjectifs peuvent exprimer les qualités des cboses avec plus ou moins d'étendue*, et les manières dont ils expriment ces qualités des cboses , s'appellent degrés de signification ou de comparaison. Quand l'adjectif exprime sinjplement la qualité d'un objet, il est diM positif ; quand, outre la quabté, il exprime la comparaison , il est au 'Comparatif ; enfin , quand il exprime la qualité dans <in très baut ou dans le plus baut degré , on le dit an superlatif.
5° Il n'est pas indifférent dans la langue française d'énoncer le substa)ilif avant l'adjectif, ou l'adjectif avant le substantif: quelquefois de la position réciproque de ces mots dépend une idée entièrement opposée. Un homme grande par exemple, est un bomme de grande taille : dites un grand homme y et vous exprimerez l'idée d'un bomme d'un grand mérite. Une sage-femme est uneacconcbense, et une femme sage est une femme qui a de la vertu. \Jair mauvais est un extérieur menaçant , le mauvais air est un extéricur ignoble, un maintien déplacé.
Des f'^erbi-a.
Le i>erhe est le mot par excellence; il exprime la manière et la forme de nos pensées : il n'y w pas une seule sentence, pas une proposition complète dans laquelle il n'y ait un verbe exprimé ou sous-entendu; car tous nos discours ont pour but d'assurer qu'une chose est ou n'est pas, et le mot qui exprime cette assertion ou affirmation est un verbe. C'est cette prééminence dans le discours qui lui a fait donner, par distinction, le nom de verbe y imité du mot latin verhwn.
Cette importance des verbes dans le discours doit en avoir nécessité l'invention dès les premiers essais de la formation des langues. Il a fallu , sans doute, un laps de temps fort long pour en fixer les modes, tels que nous les voyons aujourd'hui; mais il est probable que le verbe impersonnel, qui est le verbe primitif ou radical, appartient aux premières époques de la formation des langues.
L'usage du verbe est d'indiquer les distinctions du temps; quelques observations feront sentir à ce sujet l'admirable exactitude qui existe dans la construction des langues. Ce q\ù frappe en général dans le temps , ce sont les trois grandes divisions dont il est susceptible , en présent, passé et futur y et il semblerait que des verbes qui exprimeraient ces trois divisions pourraient suffire. Mais l'action du verbe est infiniment plus étendue ; elle divise le temps en très petites parties, comme ne s'arrêtant jamais; mais ayant
perpétuellement son cours; elle considère les choses passées comme plus ou moins complètes , et les futures comme plus ou moins éloignées. C'est ce qui a produit la grande variété des temps dans presque toutes les langues.
Indépendamment des temps ou du pouvoir d'expripier le temps, les verbescomprennent aussi une distinction de l'actif et du passif, selon que l'affirmation concerne une chose faite, on une chose soufferte, comme dans cet exemple : J'aime on je suis aimé. Us ont aussi la distinction du niœuf destinée à exprimer l'affirmation sous des formes différentes , soit qu'elle soit active ou passive. Le mœuf ou mode indicatif, par exemple, déclare simplement une proposition -.j'écris ou j'ai écrit j l'impératif sollicite , commande , menace : écjis ou qu'il écrive; le subjonctif présente la proposition sous la forme d'une condition , ou sous la dépendance de quelque chose à quoi elle a rapport : je pourrais écrire j j'écrirais ^ si le cas était ainsi. Cette manière d'exprimer l'affirmation sous tant de formes diverses, jointe à la distinction des trois personnes ,ye j tu , il , constitue ce qu'on nomme la conjugaison des verbes , qui comprend une très grande partie de la grammaire dans toutes les langues.
Conjuguer un verbe , c'est le réciter avec toutes les différentes terminaisons dont il est susceptible.
Les terminaisons des verbes dans la langue française se réduisent à quatre : la première comprend les verbes terminés en er , comme aimer , penser, blâmer; la seconde comprend les verbes terminés en ir, comme
finir, ravir, accueillir ; la troisième comprend les verbes en oir , comme recevoir} et la quatrième comprend les verbes terminés en j'e , comme rendre ^ défendre, prendre. Quelque multipliés que soient les verbes dans la langue française , ils peuvent tous se rapporter à l'une ou à l'autre de ces quatre terminaisous.
La conjugaison des verbes en français est défectueuse, comme elle l'est dans toutes les langues modernes : les terminaisons du verbe y sont très peu variées : pour suppléer à celte variation , on a été oblige d'avoir recours aux deux verbes auxiliaires auoir et être , qui, appliqués au participe, remplacent les différentes terminaisons des modes et des temps qui formaient la conjugaison des anciennes langues. L'étude de ces deux verbes auxiliaires est une condition préliminaire et indispensable pour ceux qui veulent connaître le mécanisme de la langue française, quant aux verbes qu'elle emploie.
On distingue encore dans les verbes français les personnes, les nombres, les modes, et les temps.
Les verbes étant susceptibles de différentes terminaisons, selon les différentes [)ersonnes qui font l'action qu'ils expriment , les grammairiens sont convenus d'appeler première personne celle qui parle, seconde personne celle à qui s'adresse le discours, et troisième, la chose ou l'objet dont on parle. Les pronoms, je ^ tUj il ou elle pour le singulier, et nous, i^ous , ils. ou elles pour le pluriel , sont emplo^ es. pour marquer les personnes du verbe.
rjo l'art de lire
Les nombres se disent de îa propriété qu'ont les verbes de marquer si le mot doit être entendu d'une seule personne , ou si on doit l'entendre de plusieurs j on les connaît par la différence des terminaisons, et par les noms ou pronoms qui les précèdent.
Les modes servent dans la grammaire française , comme dans toutes les autres , à exprimer l'affirmation sous des formes différentes. On en distingue quatre , savoir , F indicatif y le subjonctif, rimpératif et r infinitif.
Quant aux temps du verbe, leur objet dans la langue française est le même que dans toutes les langues j il sert à indiquer les distinctions du temps. Il n'existe pas de grammaire où l'on ne présente le tableau de leurs divisions et sous-divisions : leur énumération serait ici supcrllue et inutile.
Des Adverbes.
Les adverbes forment dans toutes les langues une nombreuse classe de mots qui servent à modifier ou à indiquer quelque circonstance d'une action ou d'une qualité, relativement au temps, au lieu, à l'ordre ou à quelqn'autre propriété qu'on veut spécifier. Les adverbes ne sont, pour la plupart, qu'une manière abrégée de s'expj-imer et de rendre, par un seul mot, ce qu'on pourrait exprimer autrement en employant une périphrase , c'est-à dire deux ou plusieurs mots appartenant aux autres parties du discours. Il résulte de ces notions que les adverbes peuvent être considérés comme moins nécessaires, et d'une invention
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plus récente que la plupart des autres classes des mots; et ce qui le prouve autlienliquemeut, c'est qu'ils sont prcscpie tous dérivés d'autres mots introduits précédemment dans le discours.
Les j^rannnairiens Irançais distinguent plusieurs sortes d'adverbes ; adverbes de temps : aujourd'hui y maintenant , hier, demain, autrefois ; adverbes de lieu : ailleurs y deuant ; adverbes de quantité: médiocrement, amplement y etc. Dans la langiîe française, plusieurs adjectifs sont quelquefois pus adverbialement , comme dans ces phrases : il iA\?i\\\.Q faux , il voit clair , il sent bon. Les mots faux , clair y bon, joints aux verbes , les moditient, en expriment quelque circonstance ,et sont des adverbes. Enfin l'adverbe est toujours indéclinable, et n'est jamais suivi d'aucun régime.
Des Prépositions et des Conjonctions,
Les prépositions et les conjonctions sont des mots beaucoup plus essentiels au discours que la plupart des adverbes •, ils forment la classe des mots qu'on nomme connectifs , sans lesquels les langues ne pourraient pas exister. Leui- objet est d'exprimer les relations Gue les choses ont entre elles, leur influence mutuelle, lein- cohérence et leur dépendance. Par les prépositions, on lie les mots, en indiquant la relation d'unsubstantifavecun autre substantif, et en employantlcs termes r/^^, par, à, dessus, dessous, devant, après, etc. Parles conjonctions, on lie les sentences ou les membres des sentences , en employant ces mots,
et j parce que , donc , quoique , etc. j d'où il résulte que ces particules connectives sont d'une utilité indispensable dans le discours, puisqu'elles indiquent les relations et les transitions qui transportent l'esprit d'une idée dans une autre. En formant la liaison des idées , elles forment la base de tous les raisonnenions, et quoique, dans les siècles d'ignorance, la collection de ces mots fut sans doute peu nombreuse , elle doit nécessairement s'être multipliée à mesure que les hommes ont fait des progrès dans l'étude du raisonnement et de la réflexion', aussi voyons-nous que c'est dans la langue grecque que ces particules connectives sont en plus grand nombre.
Dans la langue française , les prépositions ne s'emploient jamais sans régime, et quand il n'est pas exprimé, il est sous-entendu. Elles se placent presque toujours avant les mots qu'elles régissent. Seules , elles ne forment point de sens \ elles n'ont aucune des propriétés qui conviennent aux noms, elles n'on t ni masculin , ni féminin , ni singulier, ni pi u riel . La seule a ttention qu'elles exigent, c'est la manière de les employer avec leurs régimes •, et, à cet égard, la languefrançaise a des règles et des exceptions particulières. Par exemple, ce serait une faute de dire : il regarde au travers les vitres ^ ou à travers des i^itres ; il faut dire : il regarde au travers des vitres , ou à travers les vitres. On dit encore , il est hors de la Francej et cependant il fautdire et écrire : tous les juges furent du même avis , hors le président. U y a des circonstances où les prépositions deviennent de vrais noms substantifs, susceptibles d'articles
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et do nombre, comme (juaiid ou dit : le dei^arit de la porte; prendre les deuans , les r/^f/a/z5 d'une maison; les dehors de la ville.
Quant aux conjonctions y la langue française en admet de simples et de composées.
\ucs conjonctions simples y sont celles-ci : ou , mais, si, car, ni, aussi, or, donc, etc.; et on reconnaît les composées lorsqu'on dit : à moins-que , pourpuque , afin- que , soit-que , de sorte-que , parce-que , par-conséquent , etc. Ces dernières conjonctions sont formées, comme Ton voit, de noms, d'adverbes, de verbes mémo. Par exemple, soit est un verbe qui fait l'office de conjonction quand on dit : soit que vous vouliez ^soit que vous ne le vouliez pas. Condition est un nom substantif; mais il devient conjonction lorsqu'on dit : je ferai cela à condition que vous serez de la partie , parce qu'alors il lie les membres de la première phrase à la seconde. Le pronom que est mis aussi quelquefois au nombre des conjonctions ; ainsi lorsqu'on dit : il possède la musique aussi bien que
la philosophie que est une conjonction. Voyez les
grammaires de Wailly, de Restaud, de Lhomond, etc., poui- y suivre avec plus de détail l'emploi des prépositions et des conjonctions , ainsi que des autres parties du discours.