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dans les esprits, que par cet ordre méthodique qui en facilite les opérations, qui subordonne les principes, qui assigne à chaque idée sa place naturelle , les assortit les unes aux autres, et les enchaîne pour en former un tout régulier dont l'ensemble et l'harmonie répandent la vérité de toutes parts. Mais, pour donner à sou discours cette unité, cet ensemble si précieux, il faut avoir tout vu, tout pénétré, tout embrassé; et c'est, dit Fénélon , ce qu'un déclaraateur , sans la science de la philosophie , ne pourra Jamais discerner. En vain sait -on s'exprimer , si on ne sait pas penser; et en vain pense-ton , si on ne sait pas construire ses pensées en observant l'ordre que la nature et la raison prescrivent. Ce célèbre Athénien qui le premier , porta la foudre de Jupiter sur sa langue , ne surpassa, selon le témoignai^e de Platon, tous les orateurs de son temps, que parce qu'il fut disciple d'Anaxagore. Il avait appris de ce grand philosophe , non-seulement à définir^ à diviser, à sentir la liaison des conséquences avec leurs principes , à découvrir les contradictions et les équivoques, mais encore a exciter ou à calmera propos les différentes passions des hommes. C'est -là le triomphe de l'orateur ; c'est aussi tout le sublime de la morale, de cette partie si importante de la philosophie qui présente le spectacle continuel de l'homme à l'homme , et que Socrate estimait comme le plus puissant mobile de l'éloquence.
Et après avoir porté la conviction dans l'esprit par les procédés d'une logique saine et rigoureuse, comment l'orateur viendrait-il en effet à bout d'émouvoir
A HAUTE VOTX. SSy
les cœurs, d'inclinor ou de vauicre la volonfé , s'il n'avait pas étudié les mœurs des lionimes, leurs pcnclians, leurs intéiéls divers, leurs devoirs à l'égard de l'Etre-Suprèuie et envers la société. Comment pourrait-il lutter avec succès conlre les passions, s'il n'avait pas combiné ce que peuvent sur l'homme l'empire de l'éducation, de la coutume et des lois, la tyrannie du préju<;é, la force de l'habitude et de l'exemple, l'aiguillon de la honte ou des louan<^es, l'attrait du plaisir, des honneurs et de la réj)utation? Détail infini qui, comprenant en entier la science de l'homme, demande toute l'àme d'un philosophe et démontre fju'à lui seul appartit'int la gloire d'être véritablement éloquent.
Mais c'est principalement à l'éloquence du barreau que l'esjiiit philoso[)hi(|ue prête luj appui décisif et certain. Comment sans lui, se frayer une route sûre pour arriver à la vérité à travers les ténèbres rassemblées et épaissies par la cupidité et la mauvaise foi? Comment repousser avec succès les sophismes de la chicane, ou en dévoiler l'i.nposture? Comment démêler sous les apparences de la justice, les combinaisons iniques d'un intérêt vil et odieux? Comment percer les nuages de l'hypocrisie jionr arriver au cœur humain et le montrer dans sa hideuse difformité? . A^ous donc que le sort destine au ministère de l'éloquence du barreau , attendez que la philosophie vous y conduise à pas lents; attendez qu'elle vous ait démontré que l'art de la parole, devant convaincre avant de persuader, doit tirer sa principale force de l'art du raisonnement ; qu'elle vous ait appris à n'avoir que des
idées saines, à ne les exprimer que d'une raanière claire,, à saisir tous les rapports et tons les contrastes des objets, à connaître et à faire connaître aux autres ce que chaque chose est en elle-même. En continuant d'agir sur vous, elle vous remplira des lumières qui conviennent à l'honorable profession que vous voulez exercer -, vous étudierez sous ses yeux les différentes espèces de gouvernemens et de lois, les intérêts des nations, la nature de l'homme et le jeu mobile de ses passions.
Mais il faut en convenir, Messieurs, cette science achetée par de si longs travaux, céderait facilement au souffle contagieux de la corruption, si elle n'était soutenue par des qualités morales capables d'en garantir constamment la bienfaisante application.
Représentez -vous un orateur parfait , mais dont Pâme est remuée par l'intérêt, l'ambition ou la haine; que deviendra l'éloquence entre ses mains? Une arme meurtrière, et d'autant plus dangereuse qu'il saura l'art de la manier avec adresse. Voyez-le broyer à loisir les fausses couleurs dont-il veut enluminer son langage: quel mélange perfide de trahison et de force ! Que d'impostures , ou plutôt que de barbarie sous le voile de la bonne-foi!
Pour lui rien n'est sacré: les opinions les plus contraires lui sont égales, pourvu qu'il puisse les rendre probables , suivant le besoin de sa cause; les vices les plus odieux sont excusés, justifiés, ou même annoncés comme des excès de vertu; les atlenlats de l'orgueil sont transformés en grandeur d'âme , ceux de la ven-
j^eancc en courage , les excès de la prodigalité en libëralit(;, les fureurs de la colère en expressions de franchise. Pour accabler un adversaire, il le peindra des plus noires couleurs •, il agravera ses moindres fautes •, il empoisonnera ses plus belles actions : quelcpiefois il comonncra sa victime avant de l'abattre à ses pieds ; il commencera par lui donner des éloges ; et après avoir écarté loin de lui tout soupçon de partialité ou de mauvaise foi , il enfoncera à loisir le poignard dans son cœur.
Est-ce là l'éloquence d'une ame pure et pénétrée de la dignité de son ministère ?Sont-ce là les véritables ornemens de la j>lus belle des fonctions ? Est-ce là le cortège de la justice et de la vérité ? Heureusement le prestige ne dure pas long-temps *, la corruption , la ruse et l'imposture percent tôt ou tard , et alors l'homme corrompu reste seul avec le mépris qui le suit.
Vous qui aspirez à la gloire de l'éloquence , voulezvous acquérir celle qui est à l'épreuve du temps et des occasions , celle qui fera toujours l'impression la plus vive? donnez-lui pour appui toutes les vertus généreuses du cœur humain ; faites-vous de bonne heure une habitude des scntimens louables et honnêtes, et travaillez assidûment à perfectionner vos qualités morales. Acquérez surtout ce zèle ardent de la justice, de l'ordre et de la vérité , qui rend inaccessible à tous les ménagemens, à toutes les séductions. Entretenez dans vos cœurs une haine implacable pour l'oppression et un mépiis invariable pour la mauvaise foi , la bassesse et la corruption. Ouvrez votre àme aux nobles
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^eDtimens qM'inspire l'amour des lois et de la patrie. Ayez un zèle ardent pour toutes les vues d'utilité publique et une profonde vénération pour tous les grands caractères qui ont bien mérité de l'humanité. A ces dispositions, joignez une grande sensibilité pour les souffrances , les injures et les malheurs de vos semblables 'j et alors vous aurez le droit de développer au barreau ce qui est véritablement juste ; alors vos discours , devenus les organes de la vérité , auront la simplicité , l'énergie , la chaleur et l'imposante digtjité qui la caractérisent. Ils s'embelliront moins de l'éclat de votre éloquence que de celui de vos vertus, et tous vos traits porteront, parce qu'on sera persuadé qu'ils viennent d'une main qui n'a jamais tramé de perfidies.
De la diction et de l'expression extérieure de l'orateur au harreau.
Je n'ai point l'intention, Messieurs, dans cette dernière partie des conditions de l'élocpience judiciaire , de ramener vos esprits sur les principes de diction qui doivent, en général, diriger un lecteur dans les diverses parties d'un discours oratoire , et que j'ai particulièrement consignés dans la seconde section de mon cours. ( f^of. p. \\Ç) et suip. ) Mon dessein est de me renfermer uniquement dans la position particulière où se trouve un orateur au barreau, et de vous présenter ce que ses rapports avec l'exercice de sa profession et avec les convenances de son ministère lui prescrivent à l'égard de sa diction et de son expression extérieure.
La mémoire me paraît être le premier ()l)jet qu« l'orateur du barreau doit particulièrement soij^ner. Ce n'est point assez pour lui d'a|)prendre par cœur ce qu'il a composé par écrit, il faut encore qu'il se mette en état de retenir ce que son adversaire pourrait lui objecter; et cette nécessité va si loin qu'il ne lui suffit pas souvent de dire et de ré[)éter les objections \ il faut de plus qu'il saclie les mettre en la place la plus avantageuse à sa cause : ce qui ne peut s'exécuter que lorsqu'on a long-temps cultivé sa mémoire^ et qu'on l'a disposée à subir ces épreuves difficiles.
Mais que d'autres écueils pour la mémoire peu exercée d'un avocat , lorsque , dans la clialeur d'une réfutation qui souvent change de face une affaire , il doit parler sur-le-champ et sans préparation , citer les lois, les arrêts , les ordonnances , les réglemens , en un mot, tout ce qui peut regarder une question de droit ! Quel immense recueil d'autorités ne faut-il pas avoir fait pour se préparer à ces sortes de débats ! Mais (]ue deviennent ces ressources , quand la mémoire ne peut les fournir et qu'elle laisse l'orateur dans l'impuissance de les produire ! Je crois voir un guerrier qui , soudainement attaqué , ne se souviendrait pas qu'il a sous sa main un amas d'armes pour sa délense , et qui succomberait victime de cet oubli fatal.
La mémoire , Messieurs , est sans doute un des dons les plus précieux de la nature; mais c'est celui qui demande le j)lus à être entretenu et cultivé. \ oyez quels sont les caprices, les inrgalitésde cette étonnante faciUté : elle laisse quelquefois échapper les objets les plus récens
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et rappelle les plus anciens; elle nous refuse ce que nous lui demandons , et nous l'accorde, quand nous n'y pensons pins -, elle s'enfuit et elle revient avec la rapidité de l'éclair. Mais, si cette instabilité de la mémoire arrête souvent et déconcerte ceux qui l'exercent avec le plus de soin et de constance , que sera-ce de ceux qui la laissent dans l'inaction et sans exercice ? N'attendez alors de ce ressort ni puissance , ni réaction ; il est détendu , et pour jamais jieut-êtie incapable de se rétablir. C'est dans la jeunesse surtout qu'il faut travailler à entretenir et à ausmenter cet heureux don de la nature.; on le prend alors dans la plénitude de sa force, et l'activité qu'on lui injprime rend désormais faciles les plus grands efforts. Qui de vous n'a pas été étonné quelquefois de la vérité, de la force, des beautés et du brillant de la mémoire de quelques-uns de nos plus célèbres orateurs du barreau? Pensez-vous que cet avantage qui ajoute tant de charmes à leur éloquence , qui les rend si libres dans leurs mouveniens , qui leur laisse tous les moyens de déployer la puissance de l'action extérieure , soit en eux l'ouvrage des instans qu'ils ont consacrés au développement de leur cause ? Non 5 c'est le résultat des précautions de leur jeunesse. De bonne heure , ils ont senti que pour parler avec justesse, avec ordre et avec méthode, il fallait associer leur mémoire à leurs études, et se mettre en état d'énoncer littéralement devant les tribunaux ce qu'ils écriraient avec réflexion et dans le silence du cabinet , pour l'intérêt de leurs clicns. Yoilà quels sont les avocats qui peuvent
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se promettre d'emporter au l^arreau les palmes de l'éloquence ; et liou ceux rpii , par paresse ou par vanité se couteotcnt d'apprendre imparfaitement leur cause , et viennent débiter au barreau des plaidoyers interminables, remplis de redites et de choses inutiles pour les juges et pour leur affaire , où ils se coupent , se troublent et s'embarrassent à chaque instant,et dont les plus lacheux résultats sont de mettre eu danger la cause qu'ils ont plaidée si indiscrètement.
Après les soins qu'un orateur du barreau doit à sa mémoire y viennent ceux qu'il doit à Xa prononciation y et ici , Messieurs , la même imprudence <\\\\ fait négliger la culture de la première porte un égal préjudice aux avantages de la seconde. Que de jeunes gens ont la prétention de figurer dans la carrière active du barreau , se confiant uniquement dans quelques talens qu'ils ont reçus de la nature, et qui, s'imaginant au surplus qu'il n'y a d'autre éloquence qu'tuic certaine facilité de parler , regardent les règles et les préceptes qui perfectionnent dans l'art de bien dire comme des entraves qui embarrassent et corrompent les plus heureuses dispositions ! Mais quelles sont les suites de ce système inconsidéré? L'expérience en fournit les principaux traits ; les voici : arrivé au terme de son ambition , ce jeune homme se présente enfin pour faire ses premiers essais ; il élève la voix , et aussitôt se manifestent les erreurs de son inexpérience dans l'art de porter la parole. Toutes ces dispositions heureuses dont il s'était si maladroitement flatté, toute cette facilité trelocution sur laquelle il avait fondé ses cspé-
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rances, s'évanouissent en présence du rôle immense et inconnu dont il s'est chargé. La vue d'un public avec lequel il n'est pas familiarisé, la majesté de l'audience, l'afflucnce et le silence des auditeurs qui ont tous les yeux fixés sur lui, achèvent de le déconcerter. N'ayant jamais fait l'essai devant un maître des facultés de son organe , ni des justes limites dans lesquelles il faut le contenir devant une assemblée , ou il parle trop haut, et parla il perd insensiblement la voix et devient incapable de la varier-, ou il parle trop bas, et il dérobe à ses auditeurs le fruit de leur atlention , et il exprime d'un même ton les choses les plus opposées. Sans principes fixes sur la bonne prononciation, ses mots mal articulés se perdent dans une masse de sons confus qui répandent l'obscurité sur tout ce qu'il énonce. Sans dignité dans son débit , il ôte à ses paroles toutes les apparences de la gravité qui convient à son ministère ', toujours hors de mesure , il ne sait ni se posséder dans les momens de chaleur , ni conduire sa voix dans les transitions successives de son plaidoyer. Tantôt il parle trop vite, et le désordre , la confusion , marchent à la suite de sa volubilité ; tantôt il est trop lent , et il fatigue son auditoire par les symptômes de son embarras. Que diie encore de ses mouvemens, de sa contenance , de toute son expression extérieure? Nul empire sur lui-même, nul accord entre son geste et les choses qu'il énonce, nulle empreinte de gravité sur son visage et dans les poses de sa tête et de son corps. Il a cru que la nature seule et ses prétendues dispositions lui fourniraient toutes les convenances de sa profession,
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et au moment de l'épreuve, au moment où il tant concilier tant de moyens oratoires à-la-fois , la nature , ses dispositions , tout le trahit , et il reste livré à toutes les erreurs (\\n l'exposent au ridicule, en manifestant son ignorance et sa présomption.
Combien est plus sage celui qui, se méliant des instigations perlidcs de l'amour-propre, et ne prenant point pour du talent, ni pour des dispositions heureuses, ces vains essais de diction publicpie, faits le plus souvent devant de mauvais juges, ou de\ant des flatteurs, songe, avant d'aborder le théâtre de l'éloquence du barreau, à s'y préparer par l'élude et par la pratique de toutes les convenances extérieures qui appartiennent à cette belle profession. Qu'apprendrat-il. Messieurs, dans cette étude anticipée, si l'instruclion en est bien dirigée et bien conduite? Le voici: Que la diction d'un avocat reste toujours imparfaite lorsqu'elle ne va qu'aux oreilles , et si les j nges l'entendent sans en sentir la force, et sans en recevoirdans l'esprit les caractères formels et les images les plus vives.
Qu'une prononciation juste, correcte et soignée donne un ascendant et une grâce puissante à un plaidoyer", qu'un discours faible, mais bien prononcé, fait toujours plus d'effet , et paraît plus beau qu'un autre, quoiqu'excellent, qui n'est pas soutenu par une belle [)rononeiation ; que tout homme qui parle en public, cl qui n'a pas le don d'une juste élocution , défigure par ses expressions tout ce qu'il dit, et qu'un discours, quelque parfait qu'il soit, s'avilit dans sa bouche, se dégrade et perd toute sa beauté.
Qu'il faut, autant pour sa réputation, que pour l'intérêt de ses cliens , qu'un avocat apprenne l'art de porter dignement la parole, et qu'il ne doit point se présenter au barreau dépourvu de moyens oratoires, parce que les premières impressions ont une influence souvent décisive sur l'o})inion , et qu'il n'y a ni considération à attendre, ni causes à espérer, pour celui qui , dans ses premiers essais , a publiquement manifesté son insuffisance pour la condition extérieure la plus imposante et la plus utile de sa profession.
Voilà, Messieurs, les principes qu'il y recueillera; et si Tinstruction s'étend jusqu'aux règles de détail, il y apprendra comment et avec quelles bienséances un orateur du barreau doit conduire son débit , et de quelle manière il doit lui associer le langage de l'action extérieure.
Il saura qu'avant tout , et pour donner à sa voix et à son action le ton général qui convient aux discours du barreau , l'avocat doit être fortement pénétré de la dignité de son caractère , de la gravité de ses fonctions, de l'importance de ses desseins, de la majesté des tribunaux, et du respect qu'il doit aux dépositaires de la justice; parce que, dans sa carrière comme dans toutes les autres, il lai serait impossible de s'identifier exactement avec le caractère de sa profession, s'il n'en connaissait pas les lois ou s'il n'avait pas suffisamment réfléchi sur les bienséances qu'il impose.
Dès-lors il restera bien convaincu qu'un avocat au barreau ne doit jamais abandonner les tons de la décence et de la modestie, joints à ceux de l'autorité et
de la gravite qui sont dans l'essence de son ministère.
Qu'il doit toujours mesurer son action à la qiuillté du sujet qu'il traite; c'est-à-dire parler avec élévation et avec majesté dans les grandes causes , et d'un ton plus sin)j)lc et plus uni dans les alFaires moins importantes.
Qu'en plaidant, il ne faut employer ni des tons trop hauts, ni trop bas; mais se renfermer dans un juste milieu , de manière cependant que la voix soit toujours proportionnée à l'étendue du lieu , à la nature de l'affaire et aux forces de l'orateur.
Qu'il laut éviter de se mettre hors d'haleine en commençant, ce qui serait comme im jiilote qui échouerait et briserait son vaisseau en sortant du port*, mais prendre d'abord un ton modéré et s'élever ensuite par degrés jusqu'aux tons convenables à la cause que l'on défend.
Que la prononciation doit toujours être claire, nette, pleine, flexible, gracieuse et sotitenue, afin que, ne laissant rien échapper à l'oreille des auditeurs, elle fixe et réveille leur attention.
Que pour conserver à la diction la grâce et la force qui lui sont nécessaires, l'orateur, jusque dans les morceaux les plus véhéraens de son plaidoyer, doit toujours s'écouter et se posséder, se gardant à -la-fois, ou de faire des pauses trop longues , ce qui détruirait l'enchaînement de ses penséesj ou de parler trop vite, ce qui jetterait de la confusion dans son discours ; ou de s'énoncer trop lentement, ce qui refroidirait son action ou en empêcherait l'effet.
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Qu'en plaidant, l'avocat doit toujours tenir sa tétc droite et dans son jétat naturel, sans la trop l'élever ni trop la pencher* évitant néanmoins ou de la fixer dans un trop grand état d'immobilité, ou de l'abandonner à une continuelle agitation ; mais la portant avec décence et réserve, tantôt à droite et tantôt à gauche, et dirigeant principalement ses regards sur les juges, qui sont les seuls auxquels il a affaire.
Que toute contorsion, soit de la tête, du visage , des yeux , de la bouche ou du corps, doit être bannie de l'action convenable au barreau ; que le geste de l'orateur , toujours noble et naturel , doit suivre le sens de son discours plus encore que celui de ses paroles; que la chaleur, qu'il est quelquefois nécessaire d'employer pour exciter les passions des juges, doit être toujours contenue dans les bornes de la njodération et de la décence; que jamais l'avocat ne doit chercher à faire rire ses auditeurs, et que si cela arrive quelquefois par la nature des circonstances , il doit toujours garder le sérieux qui convient au respect qui est dû la justice et à celui qu'il se doit à lui-même; et qu'enfin le ministère du barreau n'a et ne peut avoir d'autres bases que la gravité , la dignité, et que c'est entièrement le méconnaître et le dénaturer, que de le soumettre à d'autres principes et d'en faire l'instrument du caprice , de la déraison , de l'ignorance ou d'un amour-propre désordonné.
Mais c'est surtout en lisant les modèles de l'éloquence judiciaire que vous vous convaincrez. Messieurs, de la vérité de ces principes. Nous n'irons pas
les cliorclici" , cesmodôlcs, p.-irmi les ancirns : (jikIqti iinposmis que soient its uoms des o... leurs du barreau de Rome, i\c^ Marc- Antoine , dtr Crassus , des Sulpilius y dcîs Cotta , des Hortensius y et pardessus tous, celui de Cicéron : nous ne trouverions pas dans les ouvraj^es de ces hommes célèbres le caractère e^act de l'éloquence pro[)re à notre barreau. Cliez nous les particuliers ne sont point accusateurs; il n'y a point d'affaires conlenticuses portées au tribunal du peuple. De nouvelles mœurs ont amené de nouvelles formes d'éloquence judiciaire ; et sous ce rapport peut-être notre barreau ne s'est pas moins rendu célèbre que celui de Home.
Le Maître fut un des premiers qui préparèrent l'éclat où il devait parvenir; il fut pour l'éloquence judiciaire ce que furent pour l'éloquence dramatique Maïret ç\. Rotrou • c'est-à-dire que, comme eux , il vint dans un tonjps où le goût n'était pas Ibrmé, et oii il ne put faire résulter de ses moyens que dos eifets conformes à l'état où se trouvait alors l'esprit de sa nation. Cependant on trouve du feu, de l'énergie, et par fois de la bonne éloquence dans ses plaidoyers. Patrie y qui vint après lui, écrivit avec plus de goût; il mit dans ses ouvrages de la clarté et de la méthode; économe de citations , il s'occupa beaucoup plus à raisonner qu'à élaler une érudition (jui étoufîb les grands mouvemens. Sonore , nombreux, correct, Lenonnand montiR de l'élévation, de la justesse dans^ l'es[)nt. des lumières, et un fonds adrnirajjle de raison qui allait jusqu'à lui faire deviner la loi, lorsqu'elle
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fuyait de sa mémoire. 11 fut l'oracle du public j et la confiance qu'inspirait sa probité fut si grande, que les deux parties s'en rapportaient souvent à sa décision : cet éloge fait autant d'honneur à ses vertus qu'à ses talens. Sous la plume de Cochin y les beautés du genre judiciaire se multiplièrent et frappèrent d'étonnement tous les esprits. Né avec une imagination féconde , active et brillante , il emprunte des figures la pompe éclatante , des images la vivacité et la force , du langage la dignité et les fleurs , des pensées la solidité. Dès qu'il trouve une preuve triomphante, il s'y attache de manière à la présenter sous toutes les faces , à la tourner et à la retourner, mais toujours sans satiété, parce qu'il la peint sous des points de vue toujours nouveaux et toujours gracieux, effets de sa fécondité qui seraient un défaut dans tout autre genre, et qui, dans l'éloquence du barreau, ne font qu'ajouter à sa force et à son ascendant. Enfin parut T)' Aguesseau qui sera vraisemblablement jugé par la postérité l'égal de Cicéron. Où trouver en effet un style plus noble, plus harmonieux, plus vif et [)lus orné que celui de ce giaud magistrat; où trouver un écrivain qui discerne avec plus de vérité, qui raisonne avec plus de justesse, qui applique avec plus de sagacité, qui pèse avec plus d'exactitude, qui soit en un mot plus abondant, plus clair, plus convaincant et plus persuasif que D'Aguesseau? Je vois votre empressement. Messieurs; ^oici le recueil de ses discours; nous nous y arrêterons jusqu'à ce que nous en ayons épuisé la lecture. Je ne vois rien de plus beau à vous offrir
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pour VOUS donner l'idée du caractère du barreau français, et pour vous former eu même temps à la diction qui convient au genre judiciaire. Quand on trouve tant de gravité et de dignité, tant d'ordre, de force et de justesse dans l'expression écrite d'un autcui", il est impossible de ne pas empreindre l'expression orale, de ces mêmes principes : et, sous ce rapport, je le répète, nul écrivain ne me paraît plus propre à produire cet effet sur ses lecteurs que D'Aguesscau. Ce n'est pas qu'en avançant vers nos temps modernes , nous ne trouvions encore des modèles dignes d'arrêter notre attention. Il me suffira pour cela de vous rappeler les noms des Seri^an , des Lachalotais , des Linguet , des Elie-Beawnont , des Gerbier y des Beaumarchais y des TDéprèmenil , des Bernasse y des Lally-Tolendal ; et de tant d'autres dont le barreau français présente la liste si honorable. Dans l'impuissance de parcourir tous ces modèles, nous prendrons les fragmens les plus importans de leurs ouvrages, et c'est ainsi cpie nous terminerons une leçon à laquelle j'ai cru devoir mettre un intérêt particulier par l'analogie qu'elle présente avec les études de la plupart d'entre vous, et avec la carrière qui est le but de vos travaux.
Nota. Six. séances , au moins, devront être consacrées à ces lectures.
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