‹ L'Art de lire à haute voixChapitre 6 sur 48 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

l'objet particulier de mon sujet, j'indiquerai les moyens de les rendre justes et vraies par l'analyse des principaux mouvcmens de l'âme y par la connaissance des 6gui'es qui les expriment dans le discours, et par l'emploi des Ions ou des inflexions de la voix humaine qui répondent à chacune des passions du cœur humain.

Enfin dans la quatrième, qui comprendra les moyensde pai'- 1er aux yeux, ou l'art de l'aclioti extérieure j j'entrerai dans le détail des lois qui constituent ce ressoi't puissant , en le considérant dans tous les moyens physiques d'expression qui appartiennent à l'homme, dans la contenance et le maintien de son corps, dans le jeu de sa phy>ionomie et dans son geste. Que de notions importantes viendront se langer dans cette série de principes, pour former le nouveau système de lecture que je vous propose! Quoiqu'elles ne puissent vous être étrangères pour la plupart, vous aimerez sans doute à les voir s'enchaîner pour faire de leur ensemble un corps de doctrine , d'où résultera l'art de lire avec intérêt. Il n'y aura rien, peut-être, de nouveau dans les principes de littérature, de grammaire ou de philosophie que nous appellerons à notre secours , pour marcher avec succès dans la carrière que nous nous proposons de parcourir; mais ce qui le sera (parce que nul auteur que je sache n'a encore traité de • cette manière l'art de bien lire)., ce seront les applications que nous en ferons , et les conséquences que nous en tirerons pour nous former au grand art de porter la parole.

Un mitre avantage du plan que j'ai embrassé sei'a d'ajouter aux notions importantes qui doivent en former les bases , d'autres notions accessoires non moins satisfaisantes pour l'esprit et pour le cœur. Ainsi, lorsque nous fv^rons 1 application de nos principes généraux à la lecture des ouvrages ài'élocjuence j qui ne sent pas qu'il sera aussi intéressant qu'utde d'entrer dans quelques détails svu- la naissance, les progès et les vicissitudes de l'art oratoiie, d'en connaître

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la nature et les effets , et de passer en revue les plus belles productions de l'éloquence humaine? Ainsi, lorsque nous nous exercerons à la lecture des ouvrages àe poésie , quelle autre carrière s'ouvrira à nos regards, en parcourant les différentes branches que comporte ce genre, et en discutant leur caractère particulier pour appliquer à chacun d'eux le ton qui lui convient ?

Et si de ces avantages nous passons encore à d'autres j si nous faisons attention aux connaissances nombreuses que nous pourrons recueillir dans les diverses lectures que nous nous proposerons , aux idées morales que nous y trouverons consignées, et aux principes de goût que nous y vei'rons exprimés , principes que nous sentirons bien plus vivement encore dans nos lectures raisonnées; qui pourrait dire que nos leçons, dont le premier objet sera l'art de lire , ne seront pas en même temps des leçons de grammaire, de liti térature , de philosophie et de goût?

J'ai développé mes idées sur la nécessité du Cours que je propose; j'en ai développé le plan , l'ensemble et les résul--iats : c'est à vous, Messieurs , à juger si mes conceptions bur cette partie si intéressante de nos communications mu^ tuelles, sont dignes de leur objet, et méritent de fixer votre confiance. Je me suis depuis lopg-temps pénétré de l'utilité de mon projet , et j'ai pensé que je donnerais lieu à une institution heureuse, quand bien même je ne ferais qu'ins-r pirer à d'autres le désir d'exécuter , avec plus de tajens ^ue pnoi, l'idée nouvelle que j'ai conçue.

Quel bienfait ne serait-ce pas pour la société entière, pour les lettres , et pour le succès des plus grands intérêts, si des hommes instruits et inspirés par le bon goût , se dévouaient au rôle pénible, mais honorable , que je me propose de remplir; s'attachaient à formçr à une lecture rai-» sonnée les jeunes gens , et surtout ceux que levir destinée peut appeler dans les carrières qui sont du domaipe de la

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parole! Et quand ces intèiêt> généianx no nous toiiclieraient pas. quelle sali>l.irlion plus seti>ible pour Tliomme, que tellf <ie fîxor, par une diction nob'e et aJlachante , l'attention pid)l q<ie, de m iîtri>er les cœurs, et de faire entrer lies auditeurs Iroids et impusî-ihles tians toutes les jouissances que peuveut donner les plus belles productions du génie?

Représentez-vous, ce que vous avez siîrement vu quelquefois, une asseiiibîée nombreuse qui . faîig .de et comme écrasée sous le poids d'une lecture languissante et monotone, se léviille tout a coup à la voix dun lecteur qui parle à l'.une et ai.x yelix ; repré-fntez vous ce murmure de plaisir cjui sin-eède aux long- bulleuuîns qu'avait provoqués rin>ipid«' lecteur qui vient de (disparaître ^i heureusennnt de la tribune j cette fixité de regards et d'attention qvii annonce les doubles jouissances dtî l'esprit et de l'Ame : est-il pou- l'amour- propre une satisfaction plus réelle?Kstil un empire qui tienne davantage à ce désir de supériorité qui vit dans le <œur de pre-que tous les hommes, et que les taleiis et les vertus peuvent seuls ennoblir et justifier?

J'achève le tableau des couNioérations préliminaire»; que j'avais à vous exposer avant d'entrer en matière: réunis par un même infé.êt, celui de nous é< hiireret de nous instruire mutuellement, nous n'a!)porlerous ici ni la morgue du pédanti-me, ni les meuitrières préventions de l'esjU'it de | ai ti, ni le fioid et stérile ai'ou'U !e l'amour-pronre quisecioit su 'érieur à •'instruc'iou. Mon zèle vous est assure , votre bienveillance fera le reste.

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