PREMIERE LEÇON
Avant de déclamer j il faut savoir parler :
a dit lin de nos poètes , qui a consacré sa plume à l'art de la déclanjation [Dorât). Une prononciation exacte , nette et régulière, est en effet la première condition de l'art de la parole , c'est celle qui set t de base à toutes les autres ; et , prétendre aux succès brillans de cet art , sans avoir aiij^aravant appris à Lien parler , c'est s'abuser étrangemejit, c'est lesscnibler àpcu-près à un peintre mal-liabile , (jni voudrait revêtir des nuances les plus délicatt-s do la peiutiire , une esquisse dégradée ou f^rossièremeut préparée. JNi la
beauté du geste , ui la richesse des inflexions , ni le charme d'une physionomie expressive, ni les éclats d'un organe sonore et mélodieux , rien de tout cela ne peut couvrir les vices d'une prononciation défec- ' tueuse. Que dis je? tous ces dons, au contraire, disparaissent et se flétrissent quand ils n'ont pas pour appui une prononciation correcte , pure, et conforme au génie de la langue que l'on parle.
Parcourez les difîerens théâtres de l'art de la parole, et cherchez pourquoi tant d'hommes y échouent ou y restent toute leur vie dans une humiliante médiocrité : vous verrez que toujours la première cause de leur disgrâce est dans leur mauvaise diction et dans leur débit irrégulier.
Pourquoi en efîet tel lecteur y excite-t-il tant de dégoût? c'est qu'il y parle comme une langue qui lui est étrangère, et qu'il y outrage, par les fautes les plus grossières , les premières lois de la prononciation française. Pourquoi tel autre y traîne-t-il tant d'ennui pour ses auditeurs ? c'est qu'il n'y fait entendre que des sons confus et incertains, des mots tronqués, à demi exprimés , des syllabes à peine énoncées ; en un mot, c'est qu'il n'y a aucune sorte de netteté ni de clarté dans son articulation. Et ailleurs, pourquoi le débit public est-il accompagné de tant de sécheresse et d'insipidité ? c'est que l'orateur n'y prosodie aucun de ses mots; que souvent, "au lieu de marcher, il se traîne pesamment , allongeant outre mesure toutes ses syllabes j et que plus souvent encore , au lieu d'avancer avec méthode , il court, il se précipite.
ne laissant aucune trace de ses idées : semblable à celui fjui, voulant faire remartjucr les beautés d'un tableau , le coulerait rajùdement sous les yeux de l'obsciNalcur , ot le forait disparaître immédiatement après. Et ailleurs eufm , poiuipioi tant de rudesse , d'erMi>arras et de dissonances dans les discours soutenus? c'est fjue celui qui les prononce ij^nore le j^rand art de la liaison des mots-, qu'il tourmente son or«|;ane dans les passages (jii'il devrait adoucir , et qu'il restitue à la langue toutes les aspérités des siècles de barbarie et de mauvais f^out.
Je donnerais troj) d'extension à ce tableau , si je voulais vous retracer ici tous les inconvénieus d'une mauvaise prononciation. L'organe le plus important, et en niême temps le plus difficile à contenter , qui s'interpose entre le lecteur et ses auditeuis , est celui de l'oroille. On est généralement indulgent sur les impressions qui frappent les autres , parce qu'on sent bien qu'il n'est pas donné à tous les hommes d'exceller dans l'action extérieure : mais on est inexorable sur les impressions qui s'adressent à l'oreille , parce que le premier devoir de celui qui parle en public est de se faire bien entendre, et que la première condition de celui (jui écoute est de saisir sans peine, sans étude , sans efforts , les idées qu'on veut lui transmettre.
Quintzl/ien j traitant le même sujet, emprunte, pour le rendre sensible , une image frappante : il compare l'oreille à \\n vestibule. Si les paroles, dit-il , y arrivent en désordre, confuses, sans caractère, ou faussement exprimées, elles sont repoussées, rejetées.
et l'entrée du coeur et de l'esprit leur est interdite. Nihil potest intrare in affectum, quod in aure quodam pestibulo statini offendli.
D'après cela , Messieurs , comment caractéiiser la conduite de ceux qui s'exposent à l'épreuve des leC' tures publiques, sans avoir préalablement réformé les vices de leur prononciation, qui revêtent d'inflexions tranchantes et oratoires une diction pitoyable? Rien n'est plus ridicule que cette prétention et cet alliage. Ce sont les bases qu'il faut d'abord solidement asseoir pour parvenir aux beaux effets de l'art de la parole : c'est la prononciation qu'il faut d'abord soigner et régulaiiser. Quand cela est fait , alors les prétentions sont permises 5 alors le débit peut recevoir tous les ornemens que l'intelligence , le goût et la sensibilité du lecteur peuvent lui inspirer; alors tout est en harmonie dans la noble fonction que l'homme exerce en pailant en public ; alors il a droit d'aspirer au projet de maîtriser les cœurs et les esprits par l'irrésistible empire du plus beau des arts.
Cette partie de mon cours se rapportant tout entière à la manière dont un lecteur doit grammaticalement s'énoncer , je la réduis à quatre points de vue généraux : premièrement , à la manière de former et d'émettre les sons élémentaires, soit simples ou articulés, qui servent de base au langage; secondement, à celle de combiner et de lier ces sons et ces articulations , pour en faire résulter des syllabes et des mots régulièrement exprimés; troisiènjement , à celle de donner aux sons, dont les mots sont formés, la valeur proso-
(iiqnc cjiii Icnr convient ; (juatrlcmcmcnt enfin, a la nianlèie d'encliaîner ou do diviser les mots dans le discours; le tout fondé sur ce que les lois et le génie de la langue française prescrivent à cet égard.
Du génie ile la Langue française , quant à la forniafion des son.s simples et des sons artu-ulês qui constituent son alphahct.
L'invention de Valphabet est sans contredit unç, des pins belles découvertes de l'espiit humain-, elle fut, comme presque toutes les autres , le résultat du iDCSoin.
Après s'être long-temps occupés des moyens de se communiquer verbalement leurs pensées, à l'aide des sons et des mots, les hommes durent sentir que ces moyens ne suffisaient pas encore à l'étendue de leurs relations ; ils imaginèrent donc , pour converser avec les absens , des signes ou des caractères qui , parlant à la vue de ceux à qui on les adressait, devaient leiu' transmettre distinctement une suite d'idées ou de faits.
Les premiers essais de ce genre furent très certainement des peintures. L'imitation est si naturelle à l'homme, que, dans tous les temps et chez tous les peuples, on a inventé quelque expédient pour copier ou pour tracer la ressemblance des objets sensibles. La seule écriture connue des Mexicains, lorsque l'Amérique fut découverte , consistait dans des peintures
6 i/art de lire
historiques, destinées à retracer les souvenirs des principaux évéïiemens de leur empire ; mais ces sortes d'annales étaient trop imparfaites pour suffire long' temps aux besoins des hommes. Les peintures peuvent représenter la partie des événemens qui frappe les yeux , mais non pas leurs liaisons : elles ne peuvent ni décrire les qualités qui échappent à la vue, ni donner une idée des discours des hommes et de leurs dispositions.
Aux peintures historiques succédèrent les caractères hiérog1yj)hiqucs , c'est-à-dire l'usage de certains syml)oles destinés à représenter dos objets invisibles , avec lesquels on supposait que ces symboles avaient de l'analogie : ainsi , un œil était le symbole hiéroglyphique de la science; et l'éternité qui n'a ni commencement ni fin , avait un cercle pour emblème.
C'est en Egypte surtout, (pie la science des hiéroglyphes f\it cultivée et portée à sa pins grande perfection : les prêtres s'en servaient pour transmettre leur science mystérieuse si vantée. Cependant, comme la propriété des objets qu'ils prenaient pour base de leurs hiéroglyphes , étaient pour la plupart imaginaires, et leurs explications ambiguës et forcées, cette sorte d'écriture, nécessairement énigmatique et embrouillée , ne put servir que très faiblement à répandre quelques connaissances parmi ceux qui en a\aient adopté l'usage.
Ailleurs , quelques nations avaient fait un pas de plus vers l'al|)habet , en enjployant des signes arbitraires qui n'avaient ni analogie , ni relation avec les
.\ JiAi'ii: AOix.. 7
objets (|irils rcprcscutalcut. Telle était , par exemple , l'éerltuie des Périuieus* cpii se servaient de petits cordons de dllVérentes couleuis , et dont les nœuds plus ou moins gros , et dUléremment arranges , formaient des signes de convention propres à transmettre une suite régulière de pensées.
Mais tous CCS n)oycns de communication n'étaient pas encore ceux que l'esprit humain avait à désirer pour son perfectionnement. On commença enfin à soupçonner que des signes qui n'exj)rimeraient pas directement les choses , mais les mots dont on se sert pour les représenter dans le discours, oûViraient bien plus d'avantages que toutes les tentatives qui avaient été faites jusqu'alors. La réflexion fit découvrir que , quoique chaque langue eût un grand nombre de mots , les sons articules qui composent ces mots se réduisaient à un petit nombre ; que ces mêmes sons revenaient sans cesse , et que les mots se formaient de leurs différentes combinaisons. Le premier résultat de cette découverte fut l'invention d'un alphabet de syllabes qui précéda probablement l'alphabet des lettres chez quelques-unes des anciennes nations. Enfin, arriva l'heureuse cpo(jue où quelque génie découvrit les plus simples élémens des sons de la voix humaine, et appliqua d'une n)anière fixe , à chacun de ces élémens , les signes que nous appelons aujourd'hui des lettres .
La reconnaissance publique ne sait à qui payer le tribut de ses hommages pour une découverte aussi précieuse , et qui forme la plus grande époque peut-
8 Ij ART DE LIRE
être dnns les annales de l'humanité. Les ténèbres de Panliiunlé en dérobent l'auteur à toutes les recherches de la criti(juc et de l'histoire, et sa mémoire reste privée des honneurs qui lui sont dus. Cadmus , à qui les arjci(Mis attribuaient universellement l'invention de l'alphabet, l'apporta dans la Grèce (i)j il ne contenait, dit-on, à cefte époque, que seize signes ou Lettres. Dans la suite, on ajouta les autres à mesure que le défaut de caractères, pour certains sons, se fit senti)'. Bientôt on se sersit avec empressement d'une inverstion aussi utile et aussi simple , et toutes les nations éclairées du globe en devinrent les dépositaires.
On entend par alphabet d'une langue, la ta1)le ou la liste des caractères ou des signes qui entrent dans la composition de cette langue. Toutes les nations qui écrivent leur langue ont un al[ habet qui leur est propre , ou qu'elles ont adopté d'une autre langue (dus ancienne. Pour nous, nous n'avons pas d'alphid)et qui nous soit particulier. Il en est de même des Italiens , des Espagnols, et de quelques autres de nos voisins; nous avons tous adopté l'alphabet des Romains.
Ses divisions sont les mêmes que celles de tous les autres alphaljets quelconques : on 3^ distingue les signes propres aux sons simples, qu'on appeWe i^oy^elleSj et les signes propres aux sons articulés , qu'on nomme consonnes.
(1) Phaenices primi , famae si creditur , ausi Mansuram rudibus vocem signare figiiris.
LrciAN.
A HAUTi: \OlX,
JJcs sons simples ou voyelles , et premièrement des signes orthographiques (jui les modifient.
Les sons simples, qui forment la prcniière division de notre alphabet, ne sont antre chose que la voix humaine elle-même, sans aucun mélange d'articulation. Ces sons dépendent, dans la prononciation, d'une disposition particulière de la langue, des lèvres et des dents. Quand la disposition de ces organes est fixe et pernianen te, alors le son voyelle reste le même ; dans cet état, il est susceptible d'une durée plus ou moins longue, et il peut recevoir tous les degrés d'élévation et d'abaissement possibles. Quand la disposition des organes se modifie, alors le son change de nature. De ces premières facultés de la voixyréMiltcnt les sons simples ou voyelles, au nombre de cinq ; qui sont a , e , i on y f o y u.
T/importance de ces premières notions , sur la manière de modifier les sons simples, me parait d'autant plus digne de remarque , que c'est précisément parce qu'on les méconnaît, que la lecture ou le débit de tant d'hommes est constamment sec, aride, et sans grâce ; on sent , en effet , qu'il n'est pas possible de donner le moindre développement a un son qui se brise si^r les dents, ou qui sort par une ouverture de bouche étroite et resserrée. Mais , qu'on l'ouvre complètement pour les sons qui l'exigent; alors, il est évi-
lO L ART DE LIlli;
dent qu'on pourra leur donner de l'harmonie, de l'élendne , de la force , du caractère •, en un mot , que l'on pourra approprier le débit à la nature des sentimens ou des idées que l'on aura à transmettre.
Mais Ja difficulté n'est point, en général, de présenter à un son une ouverture de bouche plus ou moins grande ; elle consiste plutôt dans la connaissance des circonstances où les sons demandent à être modifiés de cette manière. Si nous avions des signes qui indiquassent à chaque mot, la modification particulière des voyelles qui le composent jl'embarraa disparaîtrait sans doute ; mais nos signes sont en trop petit nombre poui- sufFne à cette fonction: la langue française, il faut Favouer , est très pauvre sous ce rapport, surtout en considérant la grande variété de nos sons voyelles dans la prononciation ; et delà vient que l'étude de notre langue est si difficile pour ceux qui sont jaloux de la parler correctement. La plupart de nos à graves et de nos è moyens et ouverts , manquent de signes : et cependant que devient la prononciation française, lors<]ue ces sons ne sont pas émis régulièrement, et avec les diverses modifications qui conviennent à leur position?
Les signes qui indiquent, dans notre langue, les modifications des sons , se réduisent à trois : \] accent aigu (/) • Vaccent grape (\) , et Vaccent circon" jlexe (a).
L'accent aigu ne se place que sur la voyelle é , et son objet est d'indiquer quand cette voyelle doit être prononcée fermée, comme dans honte, pénétré.
A HAUTT. \OIX. n
La fonction de l'accenl «^ravc est d'indicjucr les sons d«'(nl ouxcrts ou moyens, comme dunti père j collage. On le [ilace aussi sur à préposition, pour le distinguer orlljoj^rapliiquement do a^ troisième personne du présent du \erl)e atwir ; sur là adverbe, pour empêcher de le confondre avec la article ou |)rononi. Si on eût consulté liiilérèt de la prononciation , raccent j^rave aurait dû cire attaché plutôt à la troisième personne du verJje avoir, qu'à la préposition à; celle-ci étant toujours aii^në , tandis que 1 autre se prononce toujours un peu ouverte.
Quant à l'accent circonflexe, il affecte toutes les voyellis indiatinctement. Dans beaucoup de mois, il annonce la suppression d'une lettre employée dans l'ancienne oi ihographe; m;iis, en même temps , il indiipie la j)rononciation de ces mots; cartons les sons (pii en sont affectés, sojit j^énéialemcnt ouverts et longs. Cet accent pourrait être de la [)lus grande utilité , si son emploi élait plus général, et si on le plaçait sur tous les sons très ouvei ts et longs. Cette répétition ne chotjuerait point les yeux. Ce ne serait point un nouveau caiactère introduit dans la langue, et l'on aurait, parce moyen, une prosodie abrégée; tout le monde étant averti que les voyelles surmontées de l'accent circonflexe sont très ouvertes et rigoureusement longues.
\j Outre ces trois accens , il y a encore , dans notre langue, d'autics signes orthographiques , qui, sans affecter aussi pai ticulièrement lessonssinq)les, ontnéanmoins une grande influence sur la prononciation. Ils
sont au nombre do sept : VapostropJie ^ la cédille y le tréma, le irait cV union j la parenthèse y le si^nc adniiratif y et le signe interrogatif.
\2 apostrophe est nne virgule qui se met an haut (l'une lettre pour indiqiier l'élision d'un son simple: et ce cas a lieu quand le mot suivant commence par une voyelle ou par un h muet ou non aspiré , comme dans Vamitié , V humanité.
La cédille est un signe en forme de c renversé qu'on place au dessous de la consonne c, quand elle forme syllabe avec les voy^ellesa, o et z/. Il a la propriété de modifier le son dur qu'elle a dans ce cas , et de lui donner le son d'un c doux. Il ejfaça ^ façon . reçu. Autrefois, on écrivait un é» entre le cetla voyelle suivante : 1 1 effacea , faceon , receu.
On appelle voyelle tréma ^ un son simple, qui est surmonté de deux points; et ce signe indique que ce son doit être détaché dans la prononciation de la voyelle qui le précède immédiatement , comme dans na-ï-i^eté y ha-'ir. Ce signe est trop rarement employé dans notre langue; on ne le met que sur \l, \u et \e muet", il serait cependant bon qu'on le mît aussi en certaines occasions sur \a et sur l'o ^ comme dans les mots : // argua , nous arguons , qu'on écrit comme dans largua^ larguons, et qu'on prononce néanmoins si différemment.
Le trait d'union sert à montrer la liaison que doivent avoir dans la prononciation deux ou trois mots réunis parce signe, et qui sans cela devraient avoir chacim leur pulsation distincte et particulière , comme dans
(•'ûst'à (lire, conjonction, que l'on doit prononcer l)ion (lilVcroninicnt dans cette phrase: c'es/ à dire cela que uoiis deu'cz t'oiis attacher.
On nomme parenthèse ^ deux crocliels renfermant nnc citation ou une proposition (pii ne font point j^artio du corps de la phrase, mais qui servent à y jeler un grand jour, ou à certifier la vérité d'un fait qui s'y trouve avancé. La manière de prononcer ces sortes de propositions incidentes , appartient à Vart de phrase r, dont je développerai ailleurs les principes.
Enfin , les signes admiratifs (!) et interrogatifs (?), sont employés poui" caractériser un sentiment , et pour indi<picr les inllcxions qui lui conviennent 5 on les place à la fin des phrases ou à la suite des interjections qui renferment ce sentiment. Je traiterai particulièrement de leur influence dans la troisième partie de cet ouvrage.
Ces principes posés, parcourons sommairement les modifications dont les sons simples sont susceptibles vtlans notre langue.
De l'A. Cette voyelle , la première des sons sim- [)les, et celle dont l'émission est la plus naturelle à l'homme, est proférée dans sa modification la plus étendue, non-seulement avec la plus grande ouverture de bouche , mais encore en procurant au son le passage le plus spacieux , par le plus grand abaissement de la langue : elle est grave dans cot état-, et si le son se prolonge , elle est grave et longue en même temps j ses modifications diniinucnta mesure que l'ouverture de la bouche se resserre; de sorte qu'à la ri-
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gueur, on peut en distinguer de trois sortes : la plus étendue dont nous avons parlé; la moyenne et l'aij^uë: vous verrez dans la prosodie quels sont nos a ouvcits et longs, et nos a aigus 0!i brefs.
De l'E. La voyelle e est celle qui joue le plus grand rôle dans noire langue, par l'intporlance et par i.i variété de ses modifications : c'est elle qui répand le plus de vie dans le discours, qui donne, tantôt le plus de douceur et de rapidité, tantôt le plus de force et de caractère à nos indexions oratoires , qui forme les liaisons les plus euphoniques et les plus coulantes de nos mots, et dont les modifications se coml)inent le mieux pom- peindre les images et 1rs pensées pittoresques.
Vous pou\ez juger par-là combien il importe de saisir avec justesse les divers sons de cette voyelle et d'en étudier la prononciation. Je mettrai d'autant plus d'intérêt à vous les faire remarquer dans nos lectures, que je regarde comme un grand pas de fait vers la belle prononciation française, quand on est parvenu à rendre les modifications de ce son avec le plus d'exactitude et à les nuancer avec pureté.
Sans nous arrêter au grand nombre de modifications que quelques grammairiens ont cru trouver dans la voyelle e , nous n'en distinguerons que les principales et les plus distinctes : elles se réduisent à quatre. L'^ fermé ou aigu , comme dans été (saison J; Vè un peu ouvert ou moyen, comme dans père; l'è trèsouvert, comme clans tête , et enfin Ve muet, comme dans les deux premières syllabes du mot recevoir y auquel j'associerai l'e guttural dont il diffère par une
inodificMlion srnsihlc, f|uoi(|ii'il soit également muet.
Mais il ne suffit pas de connaître les principales n)0- <lilications de l'<?^ il faut encore savoir distinguer les variétés <ju'il éprouve suivant sa position dans nos mots. I^e son de IV fernjé conserve presque tonjouis son caractère, et ne varie qu'aux infiiiitlfs des veihes de la |)reniière conjugaison , et dans les uiots terminés en /er, où il devient moyen, quand le ;• se lie avec la voyelle iniîi;dc du mot suivant; mais ïé moyen varie singulièrement , non-seulement sous le rap|)ort du plus ou du moins d'ouverture qu'il exige , mais encore sous le rapport de son caractère propre.
Je dis sous le rapport du [)lus ou du moins d'ouverture qu'il exige : il y a en .effet une différence sensible dans la prononciation de beaucoup de nos mots où se trouve l'è moyen. Dans les mots collage , cortège , Vè est bien moins ouvert que dans sectaire y et il l'est encore moins dans hjmèii , examen , où on le prononce presque ferme. Quand on a saisi avec justesse la prononciation des hommes de goût, on sent facilement ces nuances délicates qui sont loin d'être minutieuses, et qui contribuent plus qu'on ne pense, à la beauté et à la bonté de la diction.
J'ai ajouté que \è moyen variait encore sous le rapport de son caractère propre j il devient en effet souvent el très souvent muet suivant la nature des syllabes qu'il précède ; il est moyen dans : il appelle, parce que la syllabe qui le suit est féminine ; et il est muet dans // appelait ; parce qu'il est suivi d'une syllabe masculine. Il devient souvent encore fermé dans les
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mots qui dérivent les uns des autres; il est moyen dans zèle j et il est fermé dans zélateur. Enfin , il se change quelquefois eu ê ouvert, comme àans procès y quoiqu'il soit moyen dans procèssij]
Quant à Ve muet, il éprouve aussi un très grand nombre de variétés. Quelquefois, il est si raj)ide, qu'à peine son émission est sensible; comnje dans pureté j dureté j que l'on prononce à peu- près purtéj durté. Ailleurs, il disparait entièrement \ comme dans les mots, maniement) dévouement ; comme dans les futurs et les conditionnels de queLjues verbes , vous louerez , je l'avouerais. Enfin , il disparaît en général quand il s'agit de prononcer deux monosyllabes muets de suite, comme dans ces exemples : Je le pense , ■ — Je le sais y — je ne puis , dans lesquels on ne fait entendre que la consonne du second monosyllabe. Non que je veuille généraliser ce principe, comme quelques grammairiens l'ont fait: il n'est pas en effet toujours vrai et il pourrait induire en erreur dans quelques applications. Le monosyllabe te y par exemple , doit toujours recevoir une pulsation marquée dans ce cas : il faut dire : je te connus bientôt y et non pas , je t' connus bientôt. 11 en est de même du monosyllabe que y on dit ; ce que vous dites là , et non pas , ce q' vous dites là.
Au reste, nous verrons plus en détail dans nos exercices, les variétés qu'éprouve la voyelle ej ce que j'en disici, n'est que pour vousen donner uneidée générale, et pour vous montrer combien il importe d'étudier sa prononciation : car je ne saurais me lasser de le répéter ,
tant j'altachc de yiriv à cet objet : C'est de la manière dont on prononce les ë j que dépend snrtont la régulaiitc du débit, et lem- étude est un préliminaire indispensable et de rigueur.
De l'I. La valeur primitive et propre de 1'/ , est de représenter le son faible , délié et peu susceptible de développement que presque tous les peuples de l'Europe font entendre dans les syllabes du mot latin : inimici. Ce son n'est susceptible d'aucune modification par l'effet de l'ouverture de la bouche ; il est toujours aigu de quelque manière qu'on le prononce; il ne peut être que prolongé, et dans ce cas, il est toujours surmonté de l'accent circonflexe comme dans (lime j nous fîmes y etc.
De l'Y. Cette voyelle a trois fonctions différentes dans notre langue : premièrement celle de Vi pur , comme dans la particule y } il y va , on y pense , et dans quelques mots venus du grec, où on l'a conservée pour en marquerl'étymologie, comme hymen, hymne. Secondement , celle de deux i dont le premier se joint à la voyelle qui le précède pour en changer le son , et dont le second conserve le son de IV pur, comme dans pays, abbaye y que l'on prononce pai-ïs , abai-ïe ; troisièmement, celle de voyelle et de consonne tout ensemble, où il représente également deux i, avec la différence que le second est le mouillé de deux / affaibli, comme dans crayon y moyen, que l'on prononce crai'io?!, moi-ien. C'est la propriété la plus remarquable de Vy et celle dont les applications sont les plus fréquentes dans notre langue. Mais il est
l8 li'ART DE LIRE
singulier combien cette manière de prononcer IV, dans ce cas, est généralement méconnue , quoique le piincipeea soit proposé par tous les grammairiens. J'ai entendu peu d'hommes l'observer dans les discours publics, et j'ai peine à me rendre compte de ce vice presque général deprononciation.il me semble pourtant qu'il ' n'est pas plus difficile de dire ai-iant ^ que a-iant , voi~iage (\ae, vo-iage , moi-ien que mo-ien j et d'ailleurs , quand cela serait plus difficile , il faudrait au moins s'attacher à parler français quand il s'agit de s'exprimer dans cette langue', car rien n'est plus barbare que de la défigurer dans ses principes les plus élémentaires de prononciation.
De l'O. Cette voyelle a , dans notre langue , deux modifications distinctes : Vo aigu et l'o grave et long ; leur distinction est de rigueur dans la prononciation. On sent, en effet , qu'il ne peut jamais être indifférent de prononcer également un sot et un saut j des mots ou des maux , autel ou hôtel. L'o bref ou aigu se prononce avec une faible ouverture de bouche et sans aucun prolongement de son ; \6 grave se prononce avec une plus grande ouverture de bouche, et , avant de sortir, il se fortifie à la faveur d'une certaine disposition de la langue et des autres organes , qui le rend plein , grave et complètement oral. L'émission particulière de ce son a besoin d'être étudiée : elle contribue singulièrement à la beauté de la diction , et il en résulte des inflexions qui la rendent harmonieuse , énergique et riche , tandis que l'emploi constant de l'o bref et aigu la rend aride , sèche et sans caractère.
A HAUTE VOIX. ig
De l'U. L'w avait , dans la langue latine , deux. diflereiiles atlril)ntioiis : il clait f|uelqiu>fois vo\clle ot (]url(jncfuls consonne. Quand il était \ovelIe , il représentait le son on ^ et tjnaiid d élait consonne, il exprimait l'articulation semi-laluale et failde du çf. En prenaîjt l'alphabet latin , nos pères n'y tron\èrent que la lettre u pour voyelle et povu' consoiuie, et celte équivoque a subsisté long-lenjps dans notre écritme. La révolution qui a amené la distinction entre la voyelle u et la consonne i^ est si peu ancienne , qu'on trouve encore , dans queKjues dictionnaires , les mots qui commencent par // et par ^ y mêlés et confondiis.
La valeur propre de Vu est de représenter ce son sourd et constant, <]ui est le réstdtat du rapprochement des lèvres et de leur projection en-dehors. U n'est point susce[)tible d'être modifié autrement que par le prolongement ou par la brièveté du son qui lui est propre. Dans ces deux cas, la disposition des organes reste la même. Quand Vu est long , il porte l'accent circonflexe, comme dans les mots affût , brûler, bûche , mûr, nous dûmes , uous fûtes , etc.
Des sons composés.
Toutes les voyelles se combinent entre elles , et de leur réunion résultent , dans notre langue, ou de nouveaux sons simples j i\\n augmentent et mnlliplient les ressoinces du langage , ou des sons analogues aux sons simples , et qui les reproduisent sous
20 li ART DE LIRE
d'autres formes, ou enfin des sons mixtes ou doubles ^ qu'on exprime par une seule émission de voix.
Tous ces sons composés sont généralement appelés diphthongues , avec cette différence cpie les unes sont oculaires j et les autres auriculaires. Quand on les prononce par une seule émission de voix , et que l'oreille n'entend qu'un son, on les appelle diphthongues oculaires ^ c'est-h-d\ye que l'œil seul distingue que le son est composé de deux ou de trois voyelles , comme eu et eau. Quand on les prononce par une seule émission de voix , dans laquelle néanmoins l'oreille entend distinctement deux sons , comme dans diacre , on les appelle diphihongues auriculaires. C'est à ces deux classes générales que se rapportent tous les sons composés dont il s'agit , et dont nous allons dire un mot.
Les premiers des sons simples composés , ou des diphthongues oculaires , sont eu et ou , auxquels il ne manque que d'être figurés par un seul caractère, pour faire partie des voix élémentaires dont nous avons parlé ; car ils en ont tous les caractères et toutes les propriétés.
L'emploi de Veu est très fréquent dans notre langue, et il en varie singulièrement la prononciation , quoiqu'il soit un peu sourd et obscur de sa nature: il est susceptible d'une modification grave. On a un exemple des variétés qu'il éprouve , sous ce rapport , dans les mois Jeune (d'âge) et Jeune (abstinence). Nous en avons quelques-uns où il perd son caractère propre et où il se change en u. Tels sont les mots gageure .
que l'on prononce g-o/wr^j et 'feus y tu cus^ il eut j etc., oh l'on ne £iit entendre qu'un u : y us ^ tu us j il ut y etc.
L'ow^ comme le précédent, n'a point d'identique parmi les sons élémentaires , et il n'en représente aucun: il est le résultat du mouvement et de la prolatiou des lèvres en-dehors. Celte disposition des organes retient le son et le concentre dans la bouche , où il contracte l'espèce de sonorité sourde qui lui est propre. 11 est peu propre aux éclals des hautes inflexions , et on ne peut que l'abréger ou le prolonger , comme dans /ow^bref, et /oz/slong.
A l'exception de ces deux sons composés , qui sont uniques dans leur caractère grammatical , les autres servent à représenter des sons élémentaires , et à les reproduire sous d'autres formes..
L'a est représenté par les diphlhongues oculaires ae ,ao , ea : Caen , Laon jpaon , il mangea , prononcez : Can , Lan ,pan , il manja.
\Je se retrouve avec ses diverses modifications dans ai, ei , eai , œ et ey. Il est ouvert dansye hais y je reconnais , jamais ; moyen dans haleine et geai { oiseau), et fermé dans tous les prétérits et les futurs des verbes terminés en ai: ] aimai y fai/nerai, ainsi que dans les mots (Edipe y Œcuménique.
Lo a pour représentatifs les sons au et eau , qui sont toujours graves , comme dans autel , chapeau y Leur emploi est très fréquent dans notre langue , et leur prononciation est très souvent vicieuse par l'analogie qu'on leur donne avee Vo bref et aigu. Ce >'ice ,
outre qn'il peut jeter dans de très grandes équivoques de sens , ôte à la diction une partie de ses charmes , en la prixant de ces sons pleins et harmonieux que rendent les dlphthongues oculaires dont il s'agit, quand ellts sont légulièremçuit émises.
Uou et Veu sont figurés , le premier par aou , dans les mols<3oz^/ et aoûteron (moissonneur), que l'on prononce : oût et oûteron , et le second par œu^ comme dans œuvre, œuf, œil, dites : euvre, euf, euil , etc.
Telles sont les diphthongues oculaires , leurs fonctions el leur caractère. Quant aux diphthongues auriculaires y voici en quoi consiste leur essence : premièrement qn'il n'y ait pas , du moins sensiblement , deux pul ations marquées dans leur prononciation , et , en second lieu , que l'oreille sente néanmoins distinctement les sons dont elles sont formées, par la même émission de voix. Dans le mot Dieu , par exemple , j'entends Xi et le son eu ; mais ces deux voix se trouNCnt réunies en une seule syllabe, et sont énoncées dans un seul temps. C'est cette réunion de sons, résultat d'une seule émission de voix , qui constitue l'essence de la diphlhongue auriculaire.
II serait bien à detirer que nos grammairiens fussent d'accord entre eux sur le nombre de ces sortes de diphthongues; mais nous n'en sommes pas encore à ce point. Les uns les restreignent trop , et les autres les multiplient sans mesure et souvent sans raison. La poésie , (jui \ient là-dessus avec ses licences , concourt encore à jeter du trouble dans le système des grammairiens , et il résuite de ces contradictions une in-
A iiautj: \OîX. 2J
certitude sur l'état fixe de nos diplitliongucs , qui durera sans doute long-temps encore.
Cependant quelle partie de notre langue mériterait davautage d'être tixée ? Il y a iiiic grande diflcrencc entie prononcer nn mot com|)osé d'une diphthongue et un mot dlssyllabi(pie. DansJa conversation , cela ne se sent pas autant ; mais , dans la lecture soutenue , la méprise n'est pas tolérable. On en a un exemple frappant dans les deux mots :fLer{(\yx\ a de la fierté ) , et /îéT^^qul a de la confiance), où Vi doit recevoir, dans les deux , une pulsation si différente , et qu'il serait si vicieux de confondre dans la prononciation. Ce sont des nuances à la vérité j mais ces nuances sont nécessaires à une bonne diction. Les hommes instruits et de goût les saisissent , et elles font , dans leur ensemble, le charme du débit oratoire.
Voici les dlphthongues auriculaires dont l'existence m'a paru incontestable.
^il f eil et euil y comme dans attimil y vermeil y fauteuil , où le son de 1'/ , quoique extrêmement nuancé , se fait néanmoins sentir.
Aim j eim et ein ^ comme dans essaim j Reims , teindre.
Ja y comme dans diacre y fiacre.
lé y que l'on entend dans a?nitié y métier.
len, comme dans soutien.
leu, comme dans Dieu, milieu.
lo y comme dans fiole y carriole.
Ion. C'est la diphthongue auriculaire qui se reproduit le plus dans notre langue : elle est la finale d'un
24t LART DE LIRE
nombre considérable de substantifs , presque tous dérivés du latin , où ils sont terminés en io. On la retrouve encore dans nos verbes , comme : nous aimw7is ) nous lirions ^ et généralement elle conserve partout , du moins quant à la prononciation , son caractère de diphthongue : Occasion , ambition^ etc.
IoUyi\w.G l'on entend dans Mojitesquiou^ chiourme.
Oé , comme dans Boete , moelle y moelleux , que l'on prononce hoate , moalle , moalleux.
Oi\, que Ton prononce oa ou oua j comme dans moi , noise , etc.
Oin , comme dans besoin y joindre.
Oua , uè , ui y comme dans équateur ^ équestre , équitation, nuit , etc.
Ouè j que l'on entend dans ouest, pirouette.
Ouen y comme dans Rouen ^ Ecouen.
Oui, comme dans le monosyllabe oui, Louis.
Ouin y comme dans babouin y barragouin.
Vin y comme dans Juin, Quintillien.
Des so?is nasah.
Je fais une classe à part des sons nasals^ à raison de l'importance qu'ils ont dans notre langue. Beaucoup de grammairiens ont voulu les ranger dans la catégorie des sons articulés; mais cette opinion n'a. point prévalu. Qu'est-ce en effet qu'une voix nasale? C'est un son pur et simple, comme celui de Va de Vé , de Vi, de Vo ou de Vu , lequel étant intercepté par un mouvement des organes de la parole, va expirer dans le ïiez et devient le son harmonique de la vois qui Ta
précédé. Ce son fugitif, ce retentissement est exprime et fîjjurédans l'écriture par les deux consonnes m et n. C'est-à-dire que si le son est intercepté par le mouvement des organes de la parole qu'exige la consonne ni , alors cette consonne est le signe de la voix nasalée*, il en est de même du son nasal qui a pour signe la consonne n.
Je reviendrai ailleurs sur la prononciation des voyelles nasales (voyez le Traité de la liaison des voyelles et des consonnes finales y dans le volume qui accompagne celui-ci ) ', il me suffira pour le moment de vous présenter le tableau de nos sons nasals et de vous faire remarquer les modifications qu'elles subissent dans notre langue.
Tableau des sons nasals.
Ani \ Ambition.
An I Antiquité.
Ean. Même son , an. . . \ Songeant.
Em J Emploi.
En / Entier.
Remarquez que am et en prennent quelquefois une autre modification, comme ddius Jérusalem , hymen, examen j où fe se prononce moyen : comme dans amnistie , Abraham , Priam , Siam , où le m conserve son articulation propre.
Im
In. Même son , ein.. . . j F;
Impol
in.
Aim l Faim.
Ain i Pain.
ï^in / Peintre.
Il y a également des exceptions pour ces nasales. L'i y conserve quelquefois le son aigu , comme dans Ibrahim jSèlimj comme dans les mots ou le m redouble après la nasale : dites im-matériel j im-mense y^eic.
Oin ] Ombre.
On. Même son, on. . . > Onde.
Eon ) Bourgeon.
Le son de la voyelle nasale on , dans presque toutes ses applications , a un caractère particulier que l'on n'a point suffisamment remarqué. Ce n'est point le son complètement oral de l'o; mais un son sourd et guttural qui apprcclie plutôt de oun que de on prononcé joaturellement; on ne dit pas en effet, on fait y comme mon fait. C'est un son véritablement français que les étrangers doivent s'attacher à saisir dans la prononciation de ceux qui parlent bien cette langue. La même observation s'applique aux diphthongues auriculaires en ion.
Um I Parfum.
Un. Même son , t??/?!^ . . > Commun. Eun ] A jeun.
Tels sont les sons simples ou composés : dans la section prochaine , nous traiterons des sons articulés.
Des sons articulés , ou consonnes.
La parole , dernier résultat des sons combinés avec les divers mouvemens des organes de la voix est le prodige le plus étonnant qui puisse fixer l'attention
des hommes. Du cote des sons; avec quelle f;iclllté lis subissent les cliaui^eniens elles nioiiitieationsqu'il nous con\ient de leur donner pour l'expression d<; nos idées! El du côté des organes de la voix qui les coupent à l'iulini , avec quelle surprenante mobilité, ces organes remplissent ces fonctions, exécutées dans le plus étroit espace, et à la faveur de la disposition (juebpiefois la plus insensible! Les voyelles forment la base et pour ainsi dire le support de la parole j mais ce sont les articulations ou les mouvemens des organes, qui la composent et la complètent. Les consonnes ^ résultat de ces mouvemens , ne peuvent rien sans leur secours ; elles n'ont aucun sou par elles-mêmes; semblables à des touches d'un instrument qui n'aurait point de sonorité : delà vient qu'on les appelle consonnes , mot venu du latin, consonnans ^ qui sonne avec.
On divise les consonnes en certaines classes que l'on appelle du nom de l'organe particulier qui paraît le plus contribuer à leur formation. Ainsi, les unes sont appelées labiales parce qu'elles sont le résultat du mouvement simultané des lèvres; d'autres linguales ou palatales j parce qu'elles sont formées du mouvement de la langue vers le palais; d'autres dentales ou si^antes y parce qu'elles résultent du rapprochement des dents; d'autres nasales , parce qu'elles retentissent dans le nez; d'autres enfin gutturales , parce qu'elles se prononcent avec une aspiration forte et par un mouvement formé dans la gorge. Quelques-unes peuvent être dans l'une et dans l'autre de ces classes , lorsque divers organes concourent à leur formation.
28 i.'art de lire
Le nombre des consonues n'est pas le même partout. La diversité des climats et des mœurs cause ces différences dans la prononciation des langues : il y a des peuples qui mettent en action certains organes dont les autres ne font aucun usage. 11 y aussi des variétés dans la forme et dans la manière particulière de faire agir les mêmes organes. On en contracte l'habitude par l'éducation, et quand les organes ont pris une certaine marche, il est bien difficile de leur en faire prendre une nouvelle. Delà vient qu'il y a des peuples qui ne sauraient prononcer certaines lettres. Les Allemands, par exemple , ne peuvent pas distinguer le z d'avec le s : ils prononcent zèle comme sèle. Ils ont bien de la peine encore à prononcer nos articulations mouillées : ils disent Jîle , au lieu de jille. Chaque langue offre les mêmes difficultés à ceux qui n'ont pas l'haljitude de sa prononciation.
Nos consonnes, ainsi que nos voyelles, se divisent en consonnes pures, figurées par un seul signe et en consonnes complexes formées de deux ou trois caractères. Les premières sont au nombre de dix-huit, savoir -.hyC dur ^kQwq i d,f, g dur ou gue y h aspiré; j ou g doux: /, jrij n^p, r ^ s ow c doux; t j u et z. Le X n'est point rangé dans la classe des consonnes pures; parce qu'il n'a point de son qui lui soit propre : c'est une lettre double que les copistes ont mise en usage pour abréger. Quant aux sons articulés qui manquent d'un caractère particulier, et qui sont représentés par deux ou trois signes; on en compte quatre, savoir : le che que l'on prononce dans cheval;
A HAUTE VOIX. 2i)
le gnc que Ton entend dans règne ; les ille et les // que Ton îippclle mouilles, comme dnnsfamillej avrils et ly lorsqu'il représente le son mouillé faible, comme fayence , pajen. Enfui, nous avons des consonnes composées dont la propriété est de rendre des sons pareils à ceux de quelques consonnes simples : tels sont \ephe est le the , dont le premier représente un fy comme ôixus phénomène j et le second un ^^ comme dans théâtre. Ce sont des caractères conservés des langues anciennes, et par respect pour l'étymologie des mots auxquels ils appartiennent.
Je classciai encore au nombre des sons articulés une prononciation moderne qui gagne singulièrement dans notre langue, et qui y jette un nouveau principe d'euphonie; je veux parler du q et du c dur que l'on entend dans les mots cœur, vainqueur , bouquet, etc., dont on fait disparaître la dureté, en les adoucissant par une articulation qui tient du mouillé. Celte modification que l'oreille peut facilement saisir dans la prononciation des hommes qui parlent bien, est récente, et l'effet du génie particulier de notreilangue qui tend toujours à tout adoucir ; elle est susceptible de s'étendre , et je ne doute pas que dans la suite , il ne faille la classer parmi nos sons articulés dont la connaissance deviendra nécessaire pour l'étude de la bonne prononciation française. Je saisirai dans nos lectures toutes les occasions de vous la faire remarquer , ainsi que les diverses lois auxquelles la prononciation de nos consonnes est soumise suivant leur position dans nos syllabes et dans nos mots.