‹ L'art de passer son temps au bord de la merChapitre 9 sur 37 · Scène de pêche · texte numérisé non relu

Scène de pêche

après une heure de besogne un panier bien garni. Nous ne parlons pas de la pêche en pleine mer que nouslaisserons aux gens du métier. Il y asuffisamment à récolter sous les varechs et dans les rochers pour la satisfaction du petit monde des pêcheurs et la tranquillité des parents. Le plus beau dans la partie de pêche est le costume. Nous allons en donner une description sommaire; pour les garçons il est impos-

sible de trouver mieux qu’une culotte et un jersey de laine bleue ou noire; la culotte sera fort courte, bien entendu. Les pieds seront chaussés de souliers à semelles de caoutchouc, sans bas dedans ; pour les petites filles, on leur fera un pantalon et une jupe froncée ou plissée de molleton bleu, rouge foncé ou brun, un jersey chaud, et par dessus un veston court toujours en molléton. Le veston sera muni d’un capuchon afin de garantir la tête et les oreilles en

FLE in

Panier de pêche.

cas de vent; mêmes chaussures que pour les garçons.

Les jeunes filles peuvent aussi mettre une jupe courte pour pêcher, cela est beaucoup plus convenable que de relever sa robe sur des jupons de couleurs variées,

On portera en bandoulière soit un panier d’osier à couvercle percé, soit une boîte de fer-blanc; cette dernière est préférable si l’on veut rapporter les sujets vivants pour en garnir un aquarium. Pour pêcher, il faut se munir d'engins divers suivant la pêche à laquelle on veut se livrer ; si c’est pour at-

traper des crevettes, il est nécessaire d'emporter des filets spéciaux avec une barre de bois à l'avant ; on les traîne sur le sable, au fond de l’eau, en prenant cette barre comme point d'appui.

Pour la pêche aux crabes, on se servira d’une espèce de pique -de fer | recourbée à une extréà SA mité,puisd'un tout pe- ZW} tit filet appelé épui- . WTA} 1 sette; pour arracher K 1,748 7. 7 À L, les patelles ou flies des #Y#% ‘À rochers, on aura un couteau très large du bout et assez fort pour s’en servir comme d'un levier; enfin, pour la pêche aux équilles, c’est une bêche bien longue et bien solide qu'il faut prendre. Ne pas oublier du sel pour les manches de couteau.

Les filets les plus employés pour la pêche sont : le haveneau, mais il ne sert que dans la pêche en pleine Engins depèche. mer; sur les côtes, c’est le trouble qui est le plus à la portée de tous; il est de plusieurs dimensions.

Cet engin est formé d'un demi-cercle de bois dont les extrémités sont reliées par une corde raide, une poche en filet est établie au-dessous du cadre auquel on adapte un manche pour le mouvoir.

Le bouteux est encore un filet de la même forme que le trouble; on s'en sert de la même facon que

les jardiniers se servent du râteau dans le jardin.

La balance est une poche de filet dont on fait usage pour prendre les crustacés.

Il y à de plus les hauts-parcs, les bas-parcs, mais ces sortes d'engins appartiennent aux pêcheurs de profession. Il existe un grand nombre de filets trainants ; le plus connu parmi eux est le chalut, employé pour prendre des poissons plats; la drague se traîne aussi au fond de la mer, mais pour s’en servir il faut être en bateau. On peut faire soi-même ses filets ; on dessine la forme de l'engin sur un grand morceau de papier, et avec le modèle sous les yeux on doit suivre Ja forme voulue en agrandissant ou diminuant à volonté; ilnefaut pas prendre de la ficelle trop càäblée, car elle se tortille, ce qui rétrécit beaucoup l'ouvrage. I] faut avoir soin de visiter les filets tous les jours et de les raccommoder soigneusement soit à la navette, soit à l'aiguille ; moyennant une légère rétribution, on trouve facilement des enfants ou des fillettes de pêcheurs qui sont aptes à remplir cette besogne. |

La pêche aux crevettes. — Les crevettes sont de jolis petits crustacés qui semblent des homards en miniature ; vivantes elles sont blanches et transparentes, fines, et d'une agilité peu commune ; il y en a un assez grand nombre d'espèces parmi lesquelles se trouvent : la crevette commune ou cragnon, etla crevette rose ou palæmon ; on la rencontre fréquemment sur les côtes de la mer du Nordet dela Manche; la squille mante, qui vit exclusivement dans la Méditerranée, atteint jusqu’à 19 ou 20 centimètres

de longueur, elle est connue vulgairement sous le nom de langoustine à cause desa ressemblance avec une petite langouste. Les crevettes grises, chevrettes ou salicoques sont les plus répandues; on peut en pêcher partout, principalement sur les plages de sable, elle abondent dans certaines localités.

Les crevettes roses ou bouquet sont plus difficiles à rencontrer, c'est au large souvent qu’elles se prennent; le plus beau bouquet et Le plus estimé vient de Cherbourg ; on va le pécher en pleine mer, derrière la digue.

On en rencontre beaucoup près de l'île

Crevette bouquet. Crevette.

de Noirmoutier. La crevette grise, sans être aussi recherchée que le bouquet, est délicieuse quand on la mange toute fraiche, c'est-à-dire quelques heures après qu'elle a été pêchée. Le moment le plus favorable pour la pêche à la crevette est sans contredit le matin, quand la mer se retire de bonne heure; car il est nécessaire d'effectuer cette pêche à marée descendante. Pour pêcher la crevette à une heure aussi matinale on peut mettre son costume de bain, et sur la tête un chapeau à larges bords, mais bien maintenu par un ruban afin que le vent ne l’emporte pas au loin. Le filet employé pour pêcher la

crevette s'appelle une turbe; il est de taille moyenne, et fort léger. On en trouve facilement au bord de la mer, dans toutes les villes ou villages ; avec ce filet, il faudra se munir d'un panier dont le couvercle est orné d’une petite ouverture, destinée à laisser passer les crevettes chaque fois qu'il y en a une de prise, sans être obligé d'ouvrir le panier ; on le passera en bandoulière sur une épaule.

La pêche à la crevette.

Il faut avoir le soin de se chausser d’espadrilles ou de chaussures de bains de mer afin d'éviter les blessures que pourraient occasionner les débris de coquillages ou les morceaux de verre qui se rencontrent trop souvent sur le sable ; les plaies du pied étant généralement fort dangereuses et pouvant facilement amener la mort, on ne saurait prendre trop de précautions. |

Pour procéder à la pêche aux crevettes, il ne faut pas craindre d'entrer dans l’eau jusqu’à la ceinture ;

il est bien entendu que les enfants se contentent de

prendre quelques-unes des sauteuses restées dans les grandes mares (je parle des petits bébés). Les crevettes viennent du large sur le bord, il faut donc aller à leur rencontre, en poussant son filet devant soi, tout en l’appuyant sur le fond du sable de la mer; de temps en temps on lève pour en retirer ce qui à été pris. Les surprises ne manquent pas, souvent c'est une petite plie, une sole moyenne, de petits turbots, des grondins et des vives qui rem-

placent la crevette désirée. Ces captures inattendues ont un grand charme, comme vous le pensez : il est d'usage de rejeter à la mer les trop petits poissons ; on doit même le faire, afin de ne pas la dépeupler inutilement. Nous recommandons pourtant à nos lecteurs qui veulent avoir un aquarium, d'en garder quelques-uns, ceux qui leur paraitront les plus vigoureux ; dans cette intention, ils se

seront munis, à l'avance, d’une boîte en fer blanc .

assez grande pour contenir une certaine quantité d'eau qu'ils renouvelleront de temps en temps; ils placeront cette boîte au bord de la mer, et iront y déposer leurs poissons quand ils en trouveront; s'ils

l’attachaient à leur ceinture, ils courraient le risque de voir les futurs habitants de leur aquarium massacrés au bout de peu de temps, par les chocs qu'ils recevraient le long des parois de la boîte.

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, il se trouve quelquefois des vives dans le filet aux crevettes; nous voulons, à ce sujet, faire quelques recommandations toutes spéciales à cause des dangers que présente ces poissons. La vive comprend quatre variétés : le toquet ou petite vive, et la vive commune, qui se rencontrent sur toutes les côtes de France, puis la vive à tête rayonnée et la vive araignée, qui sont spéciales à la Méditerranée. Ces animaux s’enfoncent dans le sable à une petite profondeur, on évitera donc d’être piqué par eux en se chaussant ainsi que nous l'avons recommandé. Toutes les vives sont munies aux nageoires, à la face dorsale et sous le ventre, d’aiguillons fort durs qui sécrètent un liquide essentiellement venimeux; les blessures qu'elles produisent sont d’une extrême gravité ; la rapidité avec laquelle se développent les accidents a quelque chose d’effrayant : une violente douleur se fait sentir subitement, et le membre atteint enfle tout d’un coup. Des phlegmons diffus, des panaris peuvent être la conséquence d’une telle piqûre. Les vives ont été reconnues si dangereuses

qu'une ordonnance de police avait imposé aux pêcheurs l'obligation de couper les épines de ces poissons avant de les porter au marché; cette ordonnance est encore mise en vigueur dans les villes du Midi. Ë

S'il arrive que l’on soit piqué malgré tout, la première chose à observer est de faire saigner la plaie le plus possible en la pressant avec force, puis on la cautérise aveç de l’ammoniaque ou de l'acide phénique. Il est toujours prudent d'aller trouver un docteur dans le plus bref déiau.

Revenons à la pêche aux crevettes, qui nous occupait auparavant. C’est à la marée tout à fait basse,

quand les herbes commencent à apparaître, que l'on

trouve les plus grosses et les plus belles; on y rencontre parfois du bouquet ; lorsqu'on les pêche, on ne reconnait pas toujours à quelle espèce de crevettes on à affaire; à la cuisson, le cragnon ou crevette grise garde sa couleur, tandis que le palæmon à scie devient rouge et est appelé alors bouquel. En revenant de la pêche aux crevettes, on fera bien de s'envelopper et de prendre un breuvage chaud, afin de ramener la circulation qui peut avoir été interrompue par un trop long séjour des extrémités dans l’eau froide.

Nous nous permettrons, pour terminer, de donner quelques conseils pour la cuisson et la dégustation des crevettes. Il est bon de les faire cuire dans l’eau

de mer, en mettant du poivre, un fort bouquet der

thym et de laurier; après huit ou dix bouillons l'opération est faite.

A Dunkerque, à Honfleur, en Angleterre, à Wistable, où l’on pêche des quantités considérables de crevettes grises, on les sert toutes chaudes sur la table; elles sont délicieuses ainsi, mais beaucoup plus indigestes.

Pêche aux crabes, auxlangoustesetauxhomards.

— Une des plus amusantes pêches au bord de la. mer est sans contredit celle du crabe; nous devrions dire des crabes, car ce genre renferme plusieurs espèces. Il y a un certain nombre d'années, les crabes étaient seulement connus et mangés dans les ports de mer; aujourd'hui on les envoie sur les marchés de Paris, où ils font concurrenceaux langoustes et aux homards,

Sur toutes les plages on rencontre ces animaux, et c'est une erreur de penser qu’ils se trouvent plutôt là où il y a des rochers; on peut en pêcher partout. Ce sont les nettoyeurs des grèves, et ils mangent tous les débris avec une avidité incroyable. Les crabes peuvent vivre sans être submergés, pourvu qu'ils soient à l'humidité; c'est ainsi que certaines espèces restent dans les rochers et sous les herbes, pendant que la mer se retire.

Pour la pêche au crabe, il faut se munir de quelques instruments utiles et précieux : 1° d’une pique de fer assez forte pour former levier et déplacer quelques rochers; 2° d’une tige de bois ou de métal

Crabe.

garnie d’un crochet recourbé à l'aide duquel on fouillera les varechs et les crevasses des roches; 3° enfin d’un assez vaste panier pour mettre la récolte qui ne manquera pas d’être fructueuse, si les pêcheurs savent s’y prendre.

Il est peu de personnes qui ne connaissent le crabe avec sa carapace verdâtre ou brune et ses pattes bizarres; sa démarche surtout est curieuse lorsque, pris de peur, il se sauve en courant de travers avec une rapidité assez grande; on en trouve de tout petits dans les flaques d’eau, ceux-là sont appelés crabes enragés ou crabes fous, et ne valent rien; ils sont souvent martyrisés par les enfants. Pourtant, il sera bon d’en ramasser un certain. nombre, soit pour en mettre un ou deux dans l’aquarium, soit pour s’en servir comme appaät pour prendre d’autres animaux de la même espèce, ou pour pêcher certains poissons.

Le plus gros et le plus beau des crabes est bien certainement le tourteau. Il à des pinces énormes, sa carapace est lisse et d’un brun rougeûtre, il se tient blotti dans les interstices des rochers et il est quelquefois difficile de s’en emparer; voici un moyen qu'emploient les gamins bretons et normands : ils taillent de longues baguettes fines et flexibles, et quand ils ont découvert la retraite d’un tourteau, ils lui enfoncent la pointe de leur baguette dans la bouche; celui-ci pour se défendre la saisit à pleines pinces et ne la lâche souvent plus; alors avec de grandes précautions on arrive, en tirant la baguette, à le sortir de son antre. Dans les grands trous, ou

sous les grosses roches, on rencontre quelquefois le maïa squinado, ou l’araignée de mer; elle est d’un aspect repoussant, avec les épines irrégulières qui hérissent son dos et ses longues et multiples pattes arrondies qui La font complètement ressembler à une araignée monstre; malgré sa laideur, elle est aussi recherchée que les tourteaux, car sa chair est très délicate.

L’étrille se trouve partout, mais on ne peut le ramasser en faisant la maraude sur la plage, car ce crabe appartient à la catégorie des crabes nageurs ; il est bien facile à reconnaître: ses pattes sont tout à fait aplaties, et le bord de ces appendices est couvert de poils épais; ce crabe est aussi délicieux que ceux que nous avons nommés précédemment.

Nous voulons indiquer à nos lecteurs un moyen infaillible d'attraper quelques-uns de ces crustacés, le voici : on attache à l'extrémité d'une longue ficelle, un morceau d’appàt quelconque, viande, fromage de gruyère, etc.…; à l’autre bout de la ficelle on fixe une pierre assez légère ou un morceau de bois peu lourd; on place cette ficelle ainsi préparée près des plus gros rochers dans lesquels l'on soupçonne la présence de crabes. Cette opération terminée on se retire; la mer monte, et les crabes qui étaient au large arrivent sur la plage pour y trouver à manger, ils aperçoivent bientôt la viande ou le fromage, ils s'en emparent et les transportent dans une retraite qui les mettra à l’abri du mouvement des flots; dès que la mer sera basse, l’on ira examiner les rochers et les pierres; les ficelles

Page 1