‹ L'art de péterChapitre 26 sur 57 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Une autre, sujette aux vents, retient douze gros pets captifs qui successivement essayent de se faire jour : elle se met à la torture pendant une longue séance, elle se présente ensuite à une table bien servie, croyant y faire figure : qu'arrive-t-il? Elle dévore des yeux des mets dont elle ne peut tâter : tout est plein; son estomac, rempli de vents, ne peut plus recevoir de nourriture.

Un petit-maître, un abbé poli, un grave magistrat, tous trois également contrefaits dans leurs différentes façons, font de leurs corps une caverne d'Éole; ils y introduisent les vents, l'un par ses éclats, l'autre dans ses doctes entretiens, et le dernier dans ses longues harangues. Bientôt ils sentent l'effort d'une violente tempête intestine : ils se roidissent contre sa fureur; pas un d'eux ne lâche le moindre pet. De retour chez eux, une violente colique, que toute la pharmacie peut à peine appaiser, les abat impitoyablement et les met à deux doigts de la mort.

Que de biens, au contraire, cher lecteur, ne procure point un pet lâché à propos ! Il dissipe tous les symptômes d'une maladie sérieuse; il bannit toute crainte, et tranquillise par sa présence les esprits alarmés. Tel, se croyant dangereusement malade, appelle à son secours les sectateurs de Galien, qui tout à coup, faisant un pet copieux, remercie la médecine et se trouve parfaitement guéri.

Tel autre se lève avec un poids énorme dans l'estomac : il sort du lit tout gonflé ; il n'a cepen-

danl point fait d'excès le jour précédent. Sans goût, sans appétit, il ne prend aucune nourriture ; il s'inquiète, il s'allarme ; la nuit vient, et ne lui apporte d'autre soulagement que la faible espérance d'un sommeil interrompu. A l'instant qu'il se met au lit, une tempête s'élève dans la basse région ; les intestins émus semblent se plaindre ; et, après de violentes secousses, un gros pet se fait jour, et laisse notre malade tout confus de s'être inquiété pour si peu de chose.

Une femme, esclave du préjugé, n'avoit jamais connûtes avantages du pet. Depuis douze ans, victime malheureuse de sa maladie, et peut-être encore plus de la médecine, elle avoit épuisé tous les remèdes. Éclairée enGn sur l'utilité des pets, ellepéte librement, elle péte souvent; plus de douleurs, plus de maladie : iln'estplus question que de se bien porter ; elle jouit d'une santé parfaite.

Voilà les grands avantages que le pet procure à chaque particulier : qui peut, après cela, lui disputer son utilité, au moins particulière? Si la vesse trouble l'économie de la société par sa nature malfaisante, le pet est son antidote ; il la détruit, et il est sûr de l'empêcher de paraître, dès qu'il a eu lui-même assez de force pour se faire un passage ; car il est évident, et on ne peut en douter, pour peu qu'on examine les notions que nous avons données du pet et de la vesse, qu'on ne vesse que parce qu'on n'a pas voulu péter ; et, par conséquent que, par-toul où se trouvera le pet, la vesse n'aura point lieu.

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