‹ L'art de péterChapitre 27 sur 57 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Avantages des pets pour la société.

L'empereur Claude, cet empereur trois fois grand, qui ne songeoit qu'à la santé de ses sujets, ayant été informé que quelques-uns d'eux avoient porté le respect jusqu'au point d'aimer mieux périr que de péter en sa présence, et ayant appris (au rapport de Suétone, de Dion et de bien d'autres historiens) qu'ils avoient été tourmentés, avan : de mourir, de coliques affreuses, fit publier un édit par lequel il permettoit à tous ses sujets de péter librement, même à sa table, pourvu qu'on le fît clairement. G'étoit, sans doute, par antiphrase qu'on lui avoit donné le nom de Claude, du mot latin claudere, fermer ; car, par son édit, il faisoit plutôt ouvrir les organes du pet, qu'il ne les faisoit fermer. Et ne seroit-il donc pas à propos de faire revivre un pareil édit, qui, selon Cujas, se trouvoit dans l'ancien code, comme une infinité d'autres qu'on en a retranchés ?

L'indécence que l'on attache au pet n'a pour principe que l'humeur et le caprice des hommes. Il n'est point contraire aux bonnes mœurs, par con-

séquent il n'est point dangereux de le permettre ; d'ailleurs nous avons des preuves qu'on pète librement dans plusieurs endroits, et dans quelques parties même du monde poli, et il est de la plus grande cruauté de conserver là-dessus le moindre scrupule.

Dans une certaine paroisse distante de Caen de quatre à cinq lieues (1), un particulier, par droit féodal, a exigé longtems, et peut encore exiger, aujourd'hui, un pet et demi par chacun an.

Les Égyptiens avoient fait du pet un dieu, dont on montre encore les figures dans certains cabinets (2).

Les anciens, d'après la plus ou moins bruyante sortie de leurs pets, tiroient des augures pour le tems serein ou pluvieux.

Ceux de Pelouse adoroient le pet. Si l'on n'étoit retenu par la crainte de trop prouver, ne pourroiton pas conclure que le pet, bien loin d'être indécent, renferme la plus parfaite et la plus majestueuse décence, puisqu'il est le signe extérieur du respect d'un sujet envers son prince ; le tribut d'un vassal à son Seigneur; digne de l'attention d'un César;' l'annonce des changemens de tems; et, pour tout dire, l'objet du culte et de la vénération d'un grand peuple?

(1) Recueil des anciens usages et droits des seigneurs, lome 15.

(2) Dictionnaire abrégé de la fabl", par Cbompréj au mot Crépitas venir cS.

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