‹ L'art de péterChapitre 28 sur 57 · DEUXIÈME PARTIE. - iô · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - iô

Mais conlinuons de prouver, par d'autres exemples encore, que le pet est avantageux à la société.

Il y a des ennemis de la société, dont le pet arrjte les efforts.

Par exemple : dans un cercle nombreux, un petitmaître trouve le secret d'ennuyer: depuis une heure il étale ses grâces ; il montre ses dents et dit force impertinences dont il assomme ses auditeurs. Un pet échappé l'arrête tout court, et vient fort à propos tirer tous les esprits de captivité, en faisant division au babil assassin de leur ennemi commun. Ce n'est pas tout, le pet procure encore des biens réels. La conversation est le lien le plus charmant de la société ; le pet y fournit à merveille.

Une assemblée brillante, depuis deux heures, garde un silence plus morne que celui qui règne à la Grande Chartreuse; l«s uns se taisent par cérémonie, les autres par timidité, d'autres enfin par ignorance : l'on est prêt de se séparer sans avoir prononcé un mot. Un pet se fait entendre au travers d'un pannier furieux ; aussitôt un murmure sourd prélude à une longue dissertation, que la critique dirige et que la plaisanterie assaisonne. C'est donc à ce pet que la société est redevable de la rupture d'un silence burlesque, et de la matière d'une conversation enjouée; le pet est donc également utile à la société en général. On pourroit ajouter qu'il lui est agréable.

Les ris, et souvent les éclats qu'excite le pet dès qu'il se fait entendre prouvent assez ses agrémens et ses charmes : le plus sérieux personnage perd sa

gravité à ses approches ; il n'est point de prud'hommie qui tienne contre lui; le son harmonieux et imprévu qui constitue son essence, dissipe la léthargie des esprits. Dans une troupe de philosophes attentifs aux pompeuses maximes qu'un d'entr'eux débite avec méthode, qu'un pet se glisse incognito, la morale déroutée prend aussi-tôt la fuite; on rit, on se pâme, et la nature se donne carrière d'autant plus volontiers, qu'elle est plus souvent gênée dans ces hommes extraordinaires.

Qu'on ne dise point, par un dernier trait d'injustice, que les ris qu'excite le pet sont plutôt des signes de pitié et de mépris, que la marque d'une véritable joie; le pet contient en lui-même un agrément essentiel, indépendant de lieux et des circonstances.

Près d'un malade, une famille en pleurs attend le fatal moment qui doit lui enlever un chef, un fils, un frère; un pet, parti avec fracas du lit du moribond, suspend la douleur des assistants, fait naître une lueur d'espérance, et excite au moins un sourire.

Si, près d'un moribond, où tout ne respire que la tristesse, le pet put égayer les esprits et dilater les cœurs, doutera-t-on du pouvoir de ses charmes? En effet, étant susceptible de différentes modifications, il varie ses agrémens, et par-là il doit plaire généralement. Tantôt précipité dans sa sortie, impétueux dans son mouvement, il imite le fracas du canon ; et pour lors, il plaît à l'homme du guerre; tantôt retardé dans sa course, gêné

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