‹ L'art de plaireChapitre 4 sur 42 · L’AUT DE DI.AIDE · texte numérisé non relu

L’AUT DE DI.AIDE

à voir leur humeur s’altérer^ et, de douces, d’aimables, de bienveillantes, de gracieuses qu’elles pouvaient être, elles deviennent, en peu de temps, sèches, revêches,hargneuses, désagréables, et leurs meilleurs amis ne peuvent s’empêcher de les haïr. Ce sont les chaussures trop justes qui, tout en déformant les pieds féminins et les enlaidissant de cors , de .durillons et autres vilaines choses de même espèce, sont cause de la' plupart des liaisons rompues, des unions qui tournent à mal, des brouilles de ménage, des médisances, des grossesses qui dégénèrent en fausses couches et des réputations perdues. Toute femme qui veut s’entêter à porter des chaussures étroites se condamne, à l’avance, à mener l’existence

L’ARÏ DE PLAIRE

Japlus misérable, .le ne sais vraiment pas s’il ne vaudrait pasmiieux pour elle devenir sourde, aveugle, impotente et stupide que de donner dans ce travers qui doit empoisonner toute sa vie.

Une femme intelligente, qui a souci de sa beauté et qui se respecte, ne fait venir le pédicure que dans les cas graves, et soigne ses pieds elle-même. C’est elle qui les lave, les brosse, les savonne, les ponce, polit ses ongles avec une poudre ad hoc, les taille, en ayant soin de les couper carr-ément, et les porte toujours très-courts. Toute jeune et jolie femme doit avoir en tout temps les pieds encore mieux tenus et plus appétissants que les mains. Si elle ne le fait pas pour celui qu’elle aime, et (lui.

alors, est exposé à la déchausser, elle doit le faire par amour de l’art, pour elle-même.

« Il est plus honteux pour une jolie femme, et plus déshonorant, disait communément l’une des plus belles et des plus spirituelles courtisanes de ce temps -ci, Giulia Barucci, d’avoir au pied un œil de perdrix ou un oignon, que de tromper, sans valable motif, son ami le plus cher. »

Et maintenant, je crois qu’il est grand temps de parler de la chaussure.

La chaussure des femmes doit toujours être molle et aisée. Je n’ai pas dit « trop » aisée. Elle doit, autant que faire se peut, s’appliquer très-exactement sur les pieds, les mouler en tous sens et dans toutes leurs formes. Si je ne craignais pas d’émettre une vérité dans le genre de celles qui ont rendu si populaire M. de la Palisse, je dirais que le plus sûr moyen, pour une femme, d’être bien chaussée, est d’avoir de jolis

pieds, OU, si l’on aime mieux, des pieds bien faits. Il en est un second, aussi important-: c’est d’imposer les principes que j’énonce ici à son cordonnier, et de ne tenir aucun compte des observations ridicules que celui-ci ne manquera pas de lui opposer. Les cordonniers pour femmes, comme les autres, sont tous, ou presque tous, des êtres profondément ignorants, sans études, sans lettres, sans idées, sans goût, la plupart Allemands, d’ailleurs ; aussi est-il bien rare de les voir s’élever et se maintenir à la hauteur de leur galante industrie. Chausser de jolies femmes ! existe-t-il au monde un plus délicieux métier pour une âme sensible ! Malheureusement, à bien peu d’exceptions près , les cordonniers ne sont guère

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que d’indignes manœuvres. Ils se moquent autant de déformer ou de blesser les pieds

de leurs clientes les plus séduisantes que je me moque, moi, de plaire ou de déplaire au roi de Prusse. 11 faut donc ne jamais les écouter, mais leur imposer bel -et bien sa volonté.

Étant donné qu’une femme a les pieds bien faits, c’est-à-dire proportionnés à sa taille, cambrés, un peu allongés, souples, délicats, avec les orteils arrondis et détachés les uns des autres, elle ne doit jamais porter de chaussures qui lui feraient paraître les pieds plus gros et plus larges. Par cette raison, les bottines d’étoffe, qu’elles soient en velours, satin de laine, ou pru-

nelle, doivent être impitoyablement répons-

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sées. Les bottines en chevreau noir pour l’hiver, mordoré pour Tété, toujours collantes, exactement ajustées, sans nœud de cuir ou de taffetas, ni rosettes, ni enjolivement d’aucune sorte, telles sont les chaussures qu’elle doit se condamner à porter. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’il faut à ces bottines des talons de trois .centimètres , légèrement évidés, pas trop pointus et placés en arrière. Ainsi chaussée, une jeune et jolie femme, pour peu qu’elle ait d’esprit et de résolution, peut affronter Jes plus grands hasards de la vie. Le ciel aidant, elle sera toujours certaine d’en tirer quelque chose qui lui profite. ^

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Pendant Tété, les souliers à' demidécouverts, toujours en peau de chevreau fine et souple et de couleur tendre, constituent, pour la ville et pour la campagne, des chaussures aussi élégantes que commodes. Les souliers de soirée, un peu plus mignons, en satin, taffetas, brodés et bordés de dentelles, doivent être invariablement de la même couleur, et, s’il se peut, de la même étoffe que la robe. La condition la

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plus importaulo, je iio me lasserai jamais de le répéter, c’est que, tout en se moulant étroitement sur les jolis pieds rpi’ils doivent faire valoir, ils ne les blessent pas et ne les empêchent pas de marcher.

Ce serait ici l’occasion de dire quelques mots des mules. Ces galantes chaussures de déshabillé, à talons hauts et sans quartiers, ne sont jamais trop élégantes. .Tordan, Dupuis-Jacobs et autres sommités de la cordonnerie pour femmes en font chaque jour de mignonnes et de charmantes, en peaux de couleurs claires, en soie, brodés de jais, en taffetas garni de dentelles. Il n’y a pas d’inconvénient sérieux, même pour une femme désireuse de plaire, à porter des mules un peu larges. Une jeune et

jolie personne, faisant la sieste sur son divan, par les longues et chaudes journées de

l’été, doit pouvoir s’amuser à jongler avec ses mules. >Elle les lance en l’air, l’une après l’autre, d’un coup très- vif de ses pieds nus, puis elle les rattrape au vol, les accrochant du bout de l’orteil, sans y porter les mains, les chausse, recommence. Si la mule tombe à terre, on en est quitte pour prier un ami complaisant, qui se trouve là tout à point, de la ramasser. On m’a cité une créole aux beaux yeux noirs qui, par paresse ou par mépris de l’humanité, avait dressé son mari, homme sérieux, à ce joli manège.

Il ne faudrait pas croire futile ou même simplement oiseuse cette théorie sur un

L’ART Dlî Pi.AIl\K

sujet badin, mais qui a du charme. Elle peut être profitable aux belles et dociles lectrices qui daigneront la méditer. Combien de jeunes femmes j’ai connues qui n’ont dû leurs succès et leur fortune qu’à leurs pieds délicats, minutieusement soi- Êçnés et correctement chaussés!

L'Art de plaire ne s’acquiert pas par l’expérience et par l’étude. Pour posséder cet art si précieux, qui fait l’ambition de toutes les femmes, il est indispensable que la nature vous ait accordé, en vous mettant au monde, quelques dispositions heureuses et choisies. Une femme laide et mal bâtie aura beau se mettre l’imagination à la torture et prodiguer l’argent, ce ne seront jamais ni les coiffeurs, ni les couturières, ni

les émaillistes eiix-mômes qui pourront faire d’elle une jolie femme. Les ressources que nous possédons pour remédier à quelques-uns de nos défauts physiques, à quelques-unes de nos infirmités, sont extrêmement limitées. On peut donc enseigner, sans craindre de passer pour un esprit paradoxal ou d’être démenti par les faits, que le plus sûr moyen, pour une femme, de posséder et de conserver le don de plaire, est d’être, si elle peut, toujours jeune, toujours belle, toujours douce, toujours de bonne humeur, — et toujours charmante.

Depuis quelques années, pour parler le langage classique, (c le sceptre de la beauté » qui, jusqu’ici, avait exclusivement appartenu aux Parisiennes, me fait un peu l’effet

d’avoir passé entre les mains des dames Américaines. (Hé n’est pas que ces dernières aient plus de goût, de'chance, ou de dispositions à la dépense que les femmes de Paris. Cela vient simplement de ce fait que la race Anglo-Saxonne, étant formée de la fusion de plus de dix races différentes, se trouve être aujourd’hui plus riche, plus heureusement douée sous le triple rapport de la force, de la santé, de la beauté, que la nôtre. Je ne m’occupe point ici des qualités intellectuelles, et cependant je serais en droit de parler du tact, du goût et du bon sens pratique des belles Yankees. Ces séduisantes femmes, dans les veines de qui d’habiles micrographes pourraient retrouver des particules de sang anglais, allemand, français.

hollandais, italien, espagnol, peut-être aussi, en cherchant bien, quelques légers corpuscules du sang des Peaux-Rouges, voire môme de celui des nègres? les Américaines sont donc tout doucement devenues mieux faites et plus jolies que les Françaises. C’est contrariant pour nous, sans doute, mais il est avéré désormais que la « pomme du berger Paris », pour m’exprimer toujours comme les classiques, leur appartient.

Si, vers cinq heures , dans la grande avenue des Champs-Elysées, vous rencontrez quelque belle jeune femme élégamment et . correctement mise, grande ou petite, plus souvent grande , aux- cheveux très-noirs ou d’un blond doré, aux jolis pieds , soigneusement chaussés, avec un

maintien distingué, une tournure pleine de grâce, de beaux yeux, de belles dents, une de ces femmes qui foiît retourner toutes les têtes, dont le charme se subit, mais ne saurait s'analyser, vous pouvez être ^ûr qu’elle est née sur les rives de la Delaware ou de rOhio. De même si , dans un bal ou à l’Opéra, vous voyez tout le monde se prèsser sur le passage d’une autre femme aux épaules merveilleusement, quoique chastement, décolletées, dont les regards intelligents, le parler musical , la* démarche harmonieuse attirent tous les yeux, subjuguent tous les cœurs, vous n’avez que faire de vous informer, cette femme est une habitante de New-York ou de Washington.

Les tilles de William Penn sont toutes ou

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presque toutes des syrènes qui charmeraient le sage Ulysse lui-môme, s’il revevait au monde et se laissait aller au plaisir de les regarder.

Ces réflexions me venaient à l’esprit l’autre jour, comme 'je venais de quitter une jeune dame de Boston, de passage à Paris, et qui veut bien m’honorer de son amitié. Pendant près d’une demi-heure que j’avais eu le plaisir d’employer à causer avec elle, elle avait trouvé le moyen de ne me parler que des chuses qu’elle savait pouvoir m’intéresser. La première partie des épreuves de ce livre que je venais de corriger chez elle avait fait une partie des frais de notre conversation; et ma charmante interlocutrice , tout en m’adressant des éloges

L’ART DE DLAiRE

que je serais heureux de mériter, m’avait demandé la permission de me faire une légère critique.

— Vous n’avez oublié qu’une seule chose extrêmement importante, me dit-elle avec une charmante ironie, dans votre intéressant bavardage sur la chaussure des femmes, c’est de parler desbas et des jarretières, qui • ont bien, eux aussi, leur utilité. Je vous engage, toute affaire cessante, à réparer cet absurde oubli.

C’est afm d’obéir à la recommandation de la bienveillante lectrice qui daigne s’occuper de mes intéressants bavardages, que je vais compléter ici, en dix lignes, les préceptes précédemment émis sur la chaussure féminine.

Tout le monde connaît l’amusante réponse que fit une marquise de l’ancien régime à l’une de ses amies, qui s’étonnait de lui voir commander à son joaillier une

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L’ART DR RLAIRE

paii'C de boucles de jarretières enrichies de diamants.

L’amie disait :

— A quoi bon dépenser de l’argent pour des objets qui ne se voient pas ?

— Qui sait? riposta la marquise, on pourrait rencontrer un insolent.

Ne serait-ce qu’en vue de cet insolent, toujours possible, il est indispensable que les jarretières des femmes soient aussi élégantes que si le monde entier devait être admis à l’honneur de les admirer. Il existe des femmes, on me l’a dit du moins, je n’ai pas eu le temps de vérifier le fait, dont les jarretières sont toujours de la même couleur que la robe qu’elles portent. Celles-là sont les véritables dilettantes de la toilette.

Si elles ne sont point Américaines, elles méritent de le devenir.

La plus indispensable qualité pour les

jarretières est den’être pas trop serrées. 11 faut qu’elles maintiennent les bas dans leur tension la plus rigide, sans jamais meurtrir les jarrets. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’elles doivent être invariablement fixées au-dessus des genoux et non au-dessous.

Une femme qui commet le crime d’attacher ses bas au-dessous des genoux n’est^pas digne de vivre.

Je ne connais que trois* sortes de bas convenables pour une femme qui se respecte, — et qui a les jambes bien faites :

Les bas de fil d’Écosse, brodés à

jour, qui laissent voir le satin rosé de la peau à travers leurs mailles fines ;

2° Les bas de soie couleur de chair, ou, pour mieux dire, d’un rose tendre, qui font si bien valoir les moindres ondulations des muscles, mais ont le tort immense de cacher les pieds;

3° Les bas de soie couleur bleu d’azur.

Les bas rouges et les bas verts , dont quelques femmes ont eu la malheureuse idée jadis de s’accoutrer aux bains de mer, doivent être abandonnés, avec les bas noirs, aux portières sur le retour, aux dames de la cour du roi de Prusse, aux épouses de a messieurs les communistes. »

La chaussure ne suffit malheureusement

pas pour habiller convenablement une femme. La robe et la coiffure sont les indispensables compléments de son costume. Parlons-en donc.

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Rien ne fait mieux valoir une jolie femme, ne la pose plus avantageusement qu’une chaussure élégante; mais rien aussi ne fait mieux ressortir tous ses avantages qu’une robe bien faite, et rien enfin ne la 000!“ plète mieux, ne couronne plus gracieusement le fragile édifice de sa mise, qu’un chapeau bien étudié et bien porlé.

Une grave question avait été soulevée à

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Paris, peu de temps avant la guerre , au Sujet des robes des femmes. Il s’agissait de décider si elles devaient être longues ou courtes, si elles devaient se porter à demirelevées ou à queue traînante. Si l’on daignait me consulter, moi indigne, dans une question si délicate et si complexe, je me prononcerais résolùment, et en même temps, pour l’affirmative et la négative.

En effet, s’il n’est rien de plus élégant, de plus gracieux, et qui fasse mieux valoir la taille d’une femme, qu’une traîne de satin ou de velours glissant sur le tapis moelleux d’un salon, il n’y a rien de plus répugnant avoir que la même traîne balayant la poussière ouda boue des trottoirs, salissant les jupons et les bas de la femme qui la porte.

Les costumes de rue et de salon ne doivent jamais être taillés sur le même patron.

Le principe le plus impérieux à suivre en fait de modes est celui-ci : la robe la mieux faite, la plus agréable à porter, et à regarder, sera toujours celle qui moulera le plus exactement toutes les parties du corps de la femme. C’est à ce point de vue que l’invention de la crinoline peut être considérée comme un désastre public, et qu’il y a sujet de remercier les Dieux, d’avoir inspiré aux Françaises, dans le louable but de consoler l’humanité des saturnales immondes delà Prusse et de la Commune, l’idée des robes collantes qu’elles daignent porter aujourd’hui. 11 faut le proclamer très-haut, afin de prendre les de-

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vants sur les Tartufes de vertu, la décence consiste, et elle a toujours consisté, à voiler certaines parties du corps, dont la vue, à l’état de complète nudité, pourrait surexciter l’imagination par trop gaillarde du public. Elle n’a jamais consisté à déguiser ou à masquer les formes du corps que chacun connaît, et sur le compte desquelles, question de beauté à part, il n’y a pas d’illusion à se faire. Une, femme grecque de l’ancien temps, une Romaine des beaux jours de l’empire, vêtue de la stola, longue robe qui se portait immédiatement sur la chemise, descendait jusque sur les pieds et se plaquait à mille plis sur tout le corps, était aussi décemment vêtue, et même davantage, que pouvaient l’être, il y a dix ans,

les Anglaises et les Allemandes, et même les Françaises, les plus ridiculement affublées de jupons et de crinolines. Il faut iridispen-

sablement, pour qu’une robe soit bien faite, que le corsage moule tout le buste de la femme, que le galbe des épaules, des bras et de la poitrine s’accuse, dans toute sa beauté, sous l’étoffe. 11 faut, de même, que les inflexions des jambes et leur mouvement, dans la marche, s’accusent sous la jupe. Une femme qui marcherait en se tenant tout d’une pièce, comme- une planche, sans qu’on vît rien se dessiner ni remuer dans les plis de sa jupe, serait tout simplement un objet des plus horripilants et des plus disgracieux.

Je laisse à l’imagination des couturières et des couturiers le soin de varier à l’infini la couleur, le nombre et la forme des , enjolivements de toutes sortes des robes, I Ce qui m’importe, à moi qui suis un simple philosophe sans parti pris, c’est d’indiquer les principaux traits qui doivent, pour ainsi dire, guider le goût de chacun dans la forme des ajustements. J’ai tout à l’heure posé les deux principes fondamen-

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taux dans la question des robes. Je vais le répéter pour être mieux compris.

1° Les robes de salon ne doivent jamais être laites sur le même modèle que les robes de rue.

2° Toute robe, à quelque usage qu’on la destine, doit avant tout, — spécialement si elle est appelée àrhonneur d’être portée par une femme bien faite, — mouler exactement les formes du corps.

' Soyez certains que les manches à gigot durent être inventées par une femme qui avait les bras faits en bâtons de chaise, la crinoline par une infortunée affligée d’un déboitemeut des pommes des fémurs; les jupes longues sur le devant par une malheureuse qui avait des pieds de singe.

11 en est de même de toutes choses.

L’axiome de M. de Bismark : « La force prime le droit ! » ne fut énoncé par le chancelier de l’empire allemand que lorsqu’il fut certain d’être le plus -fort. Le paon, dont l’atroce voix est connue, dit que le rossignol empêche les gens paisibles de dormir; et le dindon, qui singe le paon, s’efforce, dans les basses-cours, de discréditer son modèle.

Je n’ai pas tout dit sur le compte des robes de salon. Je les diviserai en deux catégories : les robes décolletées et les robes montantes.

Les jupes de ces deux sortes de robes doivent être taillées d’après le même principe, formant une traîne plus ou moins

L’Airr DE l'LAirtE

longue par derrière, clécouvraiil les pieds par devant. — Les femmes qui s’obslineiil à caeherr leurs pieds sont invariablement celles qui ont les pieds mal faits ou mal ehaussés. — C’est seulement par le corsage que les robes de salon doivent différer entre elles. Les robes montantes, si elles s’appliquent exactement sur le buste d’une femme bien faite, satisferont les esprits les plus difficiles, les robes décolletées, quand elles découvrent les épaules en même temps que le sommet de la poi- * trine, laissant les bras tout nus dans toute leur longueur, soit que le corsage affecte la forme d’un cœur, soit qu’il se découpe carrément à la hauteur des clavicules, obtiendront les suffrages de tous les amateurs

des belles choses. Ce qu’il y a de plus irnpoi’tant, au surplus, dans une robe, c’esl inconlestablement la femme qui la porle. Si cette femme a le cou droit, un peu long, gracieusement incliné en avant , les épaules fermes et larges, les clavicules peu indiquées, les bras ronds, blancs et sinueux, la poitrine ni trop ni trop peu saillante, blanche et satinée, le dos aimablement séparé en deux parties par la ligne rentrante de la colonne vertébrale, elle n’a que faire, selon moi, de se casser la tête pour chercher des inventions de corsage. Quelle que soit la robe qu’elle porte, on y fera toujours moins attention qu’à ellemême. Et c’est là, en effet, le but que doit atteindre toute intelligente couturière :

faire des robes que font valoir les femmes, et non des robes qui fassent remarquer les femmes.

Une robe doit être à la femme comme le cadre est au portrait.

Les robes de rue, tout en découvrant ]es pieds, comme les robes de salon, ne doivent jamais traîner par derrière. Je ne dis pas qu’il soit utile de les faire courtes comme des jupes de laitières. Je dis qu’elles ne doivent balayer ni la poussière ni la boue. Assez longues pour donner de la grâce à la démarche, elles doivent demeurer toujours un peu flottantes. Ce serait ici l’occasion de dire quelques mots au

sujet de la taille des femmes. Les petites femmes peuvent être gracieuses, les.femmes de taille moyenne sont souvent charmantes, il n’y a que les grandes femmes qui soient vraiment belles. La beauté chez la femme est inséparable de la haute dimension du corps. Je dirai plus : il n’y a que les grandes femmes qui puissent être élégamment habillées. Et la raison en est bien simple : seule, une grande femme sait être gracieuse en marchant, s’asseyant, se levant, montant, ou descendant un escalier, traversant un ruisseau, etc. Dans toutes les positions qu’elle prend, les inflexions de son corps sont harmonieuses, semblent rhythmées. La femme petite, au contraire, a l’air d’être toujours gênée.

I/exigiiïlé de sa tailïe l’imimide. Ses mouvements sont brusques, saccadés. Il faut donc à toute force qu’une femme soit grande,

— je ne dis pas « grosse », au contraire,

— si elle tient à être belle et bien habillée. Les accessoires qui servent à faire valoir

les robes sont assez nombreux. Il y a d’abord les jupons dont le nombre et l’ampleur varient nécessairement avec les dimensions des jupes. En principe, je me prononce absolument contre l’abus des jupons. Ils ne servent qu’à déguiser la forme des jambes, qu’à étouffer leurs mouvements, et à donner à la femm.e la tournure et l’attitude d’une planche s’avançant par l’effet d’un mécanisme intérieur. Une jupe collante, outre qu’elle a l’avantage de

révéler des mouvements qui ne peuvent être que gracieux, présente, de plus, 1 agrément de coûter moins clier et de faire paraître la femme plus svelte et plus

grande.

Les corsets, objets de l’animadversion de Jean-Jacques Rousseau, qui leur attribuait, comme on sait, la plupart des plus graves maladies des femmes, ont survécu au philosophe de Genève, et ne semblent pas près de disparaître. Ceux qu’on fait aujourd’hui, à fermoirs placés par devant, ne déforment pas la taille ni la gorge des femmes, comme le faisaient les corsets de

nos grand’mères. Ils sont aussi commodes

L’AHT UK ULAIRK

qu’élégants. Il est indubitable que les cor-

sets, bien que cachés, sont exposés à rencontrer des insolents, tout comme les jarretières. Ce n’est donc point une mauvaise chose, ni même une chose immorale, de les historier, de les piquer, de les décorer de jolis nœuds de ruhans, d’eniployer le satin pour les faire. Une femme qui a le bonheur d’avoir la peau blanche, rose, fine, suavement rehaussée de mignonnes veines bleues, se trouvera toujours trèsbien de porter un corset de satin noir, et l’insolent qn’elle admettra à l’honneur de la délacer, s’il a du goût, comme je l’espère, se montrera charmé du contraste. De même,

une femme qui a la peau mate, c’est-à-dire

d’un ton légèrement doré et uniforme.

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n’aura point à se repentir de porter un corset de satin cramoisi. 11 est indispensable de se montrer coloriste quand on veut plaire. C’est pourquoi il faut être au moins un peu artiste quand on se mêle d’habiller les femmes. Moi, qui crois l’être et qui ai fait les études nécessaires pour le devenir, j’espère bien ne pas mourir sans avoir essayé du métier de couturier.

Il est un troisième accessoire sur lequel il convient de s’appesantir. Je veux parler de cet objet qui sert à faire valoir les plis de la jupe, à leur donner une sorte de gracieux balancement, que les femmes appellent tournure, les couturières, polisson, et les petits journaux mal élevés, tapez-moi dessus. Tel qu’il est, cet objet, indispen-

sable, nous a-l-on dit, et je le veux croire, n’est autre chose que le veriugadm de nos trisaïeules. Je vais montrer en quoi, le progrès des idées, elles révolutions aidant, il a changé de raison d’être et d’utilité!

Le vertugadin, en espagnol vertugado, est composé de deux mots, virliid, vertu, et guardare, garder. On voit dès à présent quelle était au seizième siècle l’utilité, véritable ou supposée, de la chose. « C’était, dit madame de Motteville \ une machine ronde et monstrueuse, car il semblait que c’étaient plusieurs cercles de tonneaux cousus en dedans des jupes. Les jupes, ainsi soutenues, formaient un cylindre et faisaient paraître la taille plus mince. »

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