Mémoires
J’ajouterai que les femmes portaient des espèces de bourrelets, composés de crin et de baleines, immédiatement au-dessous de leur corps de robe. Comme ils enfermaient tout le tronc, à partir des reins et se repliant par devant, les jaloux supposaient qu’ils pouvaient préserver la vertu des femmes, jouer le rôle des « ceintures de chasteté. » Les femmes, se soumettant passivement à porter ces machines ridicules, n’avaient pas tardé à en faire des objets de modes qui donnaient de la grâce à leur costume.
La Châtre avait de bons billets dans ce temps-là !
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Je ne crois pas avoir besoin de faire remarquer que la mode des paniers \'mi de celle des verlugadins, de même que celle de la crinoline fut la conséquence exagérée des paniers. Le panier n’était autre chose que le vertugadin enflé; la crinoline fut le panier prolongé. Grâce à Dieu, d’exagération en exagération, les femmes sont revenues aujourd’hui, avec la tournure de crin, à des idées. plus raisonnables.
Il semblerait cependant parfois qu’elles en manquent encore un peu, quand on songe aux dimensions de leurs nœuds de ceinture. De tels nœuds, placés où ils sont, avec leurs longs et larges bouts flottants, ne me paraissent pas sans grâce. Je trouve cependant qu’ils ne se motivent pas toujours. Dans les questions de costume, il ne suffit pas qu’un objet soit gracieux et commode, il faut, de plus, qu’il ait une utilité apparente ou réelle. Ici, je suis peut-être myope, mais je ne distingue pas l’utilité des nœuds de ceinture. Une écharpe de soie aux couleurs vives, rigidement serrée à la base du corsage, comme j’en ai vu porter à quelques dames espagnoles pour monter à cheval, ferait illusion. Mais un
objet qui se compose uniquement d’une énorme rosette et de deux larges banderoles descendant jusqu’aux talons, quelque charmant et pittoresquement porté qu’il soit, on ne se rend pas compte de sa raison d’être. Qu’on me comprenne bien : je ne fais pas une guerre déraisonnable ou de parti pris aux nœuds de ceinture. Je les trouve aussi bien placés que gracieux. Les règles de la plastique veulent qu’une femme, pour être bien faite, soit grande, qu’elle ait le tour de la taille mince, rond et flexible, les épaules et les hanches larges, le haut de la poitrine faisant saillie, et les bras tombant droit, de chaque côté du buste, avec une souple élégance. Tout ce qui, dans les différentes pièces des ajuste-
ments féminins, tend à faire valoir les qualités ci-dessus énoncées, est bon, mérite d’élre conservé. Il faut impitoyablement repousser tout le reste.
Je me prononce donc pour l’écharpe espagnole, en soie, correctement serrée autour du corsage, très-serré lui-même, et contre les nœuds de ceinture.
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Je terminerai celle philippique à propos de nœuds de ceinture en cherchant querelle à Jean- Jacques Rousseau. Ce Savoyard sans goût, et qui n’avait rien d’un artiste, me fait l’effet d’avoir un peu trop suivi son penchant pour le vulgaire et le trivial dans la campagne qu’il entreprit contre les corsets et les corsages. Les tailles épaisses, larges et plates des vachères suisses pouvaient avoir du charme pour le
philosophe de Genève ; pour tout homme de goût, elles sont simplement hideuses. Il est incontestable que les corsets ont leur danger ; ce n’est que lorsqu’ils sont mal faits. lien est d’eux comme des chaussures, qui furent inventées pour protéger les pieds et qui, grâce à l’impéritie des cordonniers, les déforment et les blessent. Les femmes doivent se tenir sérieusement en garde contre le despotisme des corsetières. Elles ne doivent point accepter de leurs mains, pour les porter, des instruments de tor-
ture qui compromettraient la beauté de leur corps et leur santé. Le corset n’a pas été inventé seulement pour faire valoir les plus exquises beautés du corsage de la femme. Sa principale raison d’être consiste
L’AIlï DE PLAIRE
à soutenir la taille qu'il entoure, à défendre
la poitrine contre les chocs. Il est donc indispensable qu’il ne blesse pas, en les comprimant trop fortement, les organes essentiels à la vie qu’il est destiné à protéger. Un corset bien compris doit soutenir les seins, les maintenir dans leur position normale, sans les fouler ni les aplatir, tenir la taille droite sans nuire à sa flexibilité, amincir la ceinture sans la serrer au point de déplacer les organes internes ou de les refouler les uns sur les autres. Pour qu’il en soit ainsi, il faut que le corset, loin de gêner les inflexions du corps, se prête docilement à toutes ces inflexions et les favorise. 11 ne le peut que s’il est la fois ferme et souple, rigide et flexible. Les
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baleines qui formeiii la carcasse du corset, ainsi que le buse, et le buse surtout, doivent donc être minutieusement choisis, éprouvés, renouvelés chaque fois qu’il en est besoin. Un corset parfaitement fait est plus qu’une rareté, il est une merveille. La femme qui se sent absolument sûre de la beauté de son corps fera bien de n’en point porter.
Pour revenir à la question des robes, et sans me prononcer d’une façon absolue sur la forme de ce vêtement, qui varie en raison des climats, des saisons, aussi bien que des mœurs, des habitudes et des révolutions politiques de chaque peuple, je dirai que, entre toutes les formes de robes connues, celle qui me paraît réunir toutes
les conditions d’élégance et de commodité, de confortable et de convenance, qui se prête le mieux à mettre en relief, tout en les couvrant, les beautés du corps de ' la femme, celle qui peut également se porter sans inconvénients, dans la rue et dans les salons, celle enfin qu’on peut faire avec les étoffes les plus riches comme avec les plus simples, est la même que portaient nos arrières grand’mères, et qui est désignée dans les ateliers des couturières sous le nom de robe Waiteau.
Ce serait ici l’occasion de parler des vêlements d’hiver ou de voyage, que les femmes portent, pour se garantir du froid et de l’humidité, par dessus la robe. Ces vêlements connus sous les noms différents de mantes, mantelets, manteaux, paletots, water-iproof, etc., etc., etc., varient régulièrement à chaque saison, d’après les caprices de la mode, et le plus ou moins d’imagination des couturières.^ Un vêtement
L’ART UE ULAIRE
qu’elles ii’oril point trouvé, celles de Paris . du moins, car il vient d’Angleterre en droite ligne, et qui me paraît appelé à devenir un jour le point de départ d’une révolution véritable dans le costume des femmes, c’est le water-proof . Ce long vêtement flottant, tout d’une pièce, ou, si l’on aime mieux, tout a d’une venue, » se rapproche autant que pouvaient le souhaiter les amis de l’antiquité, de l’éternel vêtement de dessus, si commode et si beau, aux larges plis, qui se prête si bien à la plastique, que les Romains appelaient pallium et Læna, que les Arabes nomment haik, et qui semble fait tout exprès, dans sa forme primitive, pour réchauffer les membres de l’homme pendant sa vie, et lui servir de
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linceul quand il est mort. La robe de laine teinte, qui compose l’unique vêtement des femmes fellahs de l’Égypte moderne, — elles n’ont niéme pas de chemise, par pauvreté sans doute, — me paraît avoir été le modèle du ivater-proof. Cette robe sans ceinture, qui tombe tout d’une pièce autour du corps, formant de nobles et larges plis pendant la marche, est perçée, pour toute façon, de trois fentes, par l’une desquelles la fellah passe la tête; les deux autres lui servent à passer les bras, qui sont ainsi complètement nus jusqu’aux épaules.
Je ne dois point oublier de dire que, dans le but de faciliter le va-et-vient des jambes, la robe de la fellah est fendue, sur
un de ses côtés seulement, depuis Faisselle jusqu’à la cheville; une agrafe de métal rattache les deux pans de l’étoffe à la hauteur de la hanche, et quand la femme marche, son corps, long et tout nu, poli comme le basalte, se trouve ainsi presque en entier exposé à la brise et aux regards. Le water-proof, étant un vêtement de dessus, créé spécialement pour être porté sur la robe et défendre la femme contre la pluie et le froid, n’a ni les mêmes avantages, ni les mêmes inconvénients que la robe de la paysanne égyptienne. Tl n’expose pas la pudeur de la femme qui le porte aux curiosités du public, mais il ne se prête pas tout à fait aussi bien aux moindres mouvements du corps. Tel qu’il est cependant, le water-
yroof, me semble parfaitement approprié à nos usages.
En effet, par les temps humides, le parapluie ne garantit guère que les épaules et les coiffures. Le water-yroof QOiwve tout le corps, et, selon qu’on le fait plus ou moins épais, il peut facilement servir de préservatif contre la poussière et contre le froid. Avec des manches larges, des poches, il constitue un vêtement d’une utilité sans pareille et qui, porté par une grande femme, n’est pas sans grâce. J’en ai vu de très-élégants qui sortaient des ateliers de la maison Gaildraud. Ils étaient en drap bleu, cà revers de velours noir, avec un liseré blanc tout autour et des boutons d’argent
de forme carrée. L’avantage le plus pré-