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deux d’un pardessus de cette espèce, c’est qu’il dispense la fename qui le porte de se mettre en frais de toilette. Pour faire une promenade du matin, ou une excursion en chemin de fer, ou seulement pour s’aventurer au dehors et flâner dans les magasins par un jour brumeux, une femme qui se couvre d’un pareil water-proof n’a besoin de porter sur elle, par-dessous, qu’un jupon de couleur et une veste de chambre à l’avenant. Si elle est bien chaussée, comme je l’espère, et bien coiffée, du moins conformément aux indications que je lui donnerai ici, tout à l’heure, elle n’a pas à se préoccuper de sa personne ni de son costume.
Elle est charmante.
XVIÏI
Je commence par supplier les jolies femmes qui liront ceci d’êlre bien convaincues que je n’ai pas la plus légère intention de les contrarier, ni même de leur être absolument désagréable. S’il m’arrive parfois de ne pas partager les idées les plus étonnantes du beau sexe, — chacun, daus ce bas monde, a ses infirmités ! — je ne pousse pas la manie de le critiquer au point de jamais l’offenser. Il y a toujours quel-
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ques réticences charitables dans les observations que je me permets de lui adresser. Cependant, cette fois, et par exception, je demande bien humblement la permission d’émettre toute ma pensée, et rien que ma pensée, sur la grave question du maquillage.
Si les femmes, comme les convenances ne défendent pas de le supposer, ne se proposent d’autre but que celui de plaire aux hommes quand elles se peignent le visage, je leur déclare solennellement, au nom de tout le sexe masculin, qu’elles font fausse route et ne parviennent qu’à se rendre horribles. Un léger nuage de fard peut se tolérer sur un teint trop pâle ; il sert merveilleusement à faire valoir l’éclat des yeux.
à donner au visage une animation agréable; mais une couche de poudre blanche ou un mélange de couleurs fatalement criardes, étendues depuis le cou jusqu’à la racine des cheveux, est une chose simplement répugnante — ^our ne pas dire « dégoûtante. ))
Le teint particulier de chacun de nous dépend d’une foule de causes différentes, qu’il ne nous est permis ni de supprimer ni de transformer : de notre constitution physique, de notre tempérament, du milieu dans lequel nous sommes condamnés à vivre, du régime que nous suivons, de l’hygiène que nous pratiquons, de l’épaisseur de notre épiderme, etc., etc., etc. De même qu’il y a de grands et de petits
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hommes, des personnes blondes et des brunes, des lymphatiques et des sanguins, des imbéciles et des gens d'esprit, il y a des teints bruns, blancs, vermeils, mates, jaunes, olivâtres, halés, terreux, basanés, pâles, blafards, verruqueux, ünis, fleuris, frais, reposés, hauts en couleur, rosés, — et même de couperosés. Il est facile de concevoir que quelques-uns de ces différents teints, les moins avantageux surtout, proviennent uniquement d’états morbides ; et les seuls médecins, quand toutefois ils sont habiles, doivent être consultés par quiconque veut essayer de les modifier. Une femme qui a le teint bilieux, terreux, jaune, sale, verdâtre, fera donc bien de soigner son foie. Tant qu’elle aura le foie malade.
les pâtes qu’elle appliquerait sur son visage ne parviendraient jamais à le blanchir. Il en est de même du haie et de la couperose qui doivent se traiter médicalement par des lotions rafraîchissantes et adoucissantes, avec adjonction, pour la dernière, d’un régime sévère et de quelques laxatifs. Je ne veux point parler des dartres qui se traitent par les bains sulfureux, ni d’aucune des autres affecüons de la peau, n*étant point médecin et n’ayant que peu de dispositions pour le devenir. Ce que je liens à dire, c’est que non-seulement les maladies, mais les défectuosités de la peau sont invariablement causées par quelque trouble intérieur, et que, pour la femme soucieuse de sa beauté, il n’existe d’autre moyen in-
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faillible d’y remédier que par le secours de l’art médical .
La nature, qui est beaucoup plus intelligente à elle seule que tous les parfumeurs, coiffeurs, droguistes, chimistes et fabricants de cosmétiques, — question de santé à part, — donne invariablement à chacun de nous le teint que nous méritons d’avoir, c’est-à-dire le teint qui doit s’harmoniser le mieux avec la forme de nos traits, la couleur de nos yeux et de nos cheveux. Avec de grands efforts d’imagination, de très-grands, je puis parvenir à comprendre qu’une créature humaine ne soit pas absolument satisfaite du visage qu’elle a reçu de la nature. Ce que je ne puis pas concevoir, c’est que cette créature, qui n’aurait
niciûG pas 1 idG6 d essayer d’ainéliorer son caractère, ce qui ser^iit peut-être facile, ait la prétention saugrenue de changer son visage. Tout ce qu’elle peut faire, le seul but auquel la Science et l’Art lui permettent d aspirer, et encore en dépensant beaucoup d’intelligence , de patience et beaucoup d’argent et se donnant beaucoup de mal, c’est de parvenir à l’enlaidir.
On rencontre souvent, trop souvent, dans les lieux publics, de malheureuses femmes, encore jeunes, que les simples d’esprit supposent affligées de quelque maladie honteuse ou terrible, et qui, aux yeux des gens sensés, ont l’air tout simplement d’être victimes de quelque gageure de mauvais goût. Ces femmes , ces infortunées , n’étaient peut-être pas extraordinairement belles ; elles n’étaient pas laides non plus. La plu-
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part d’entre elles étaient tout simplement, tout bourgeoisement agréables; quelquesunes môme pouvaient passer pour charmantes. Malheureusement, cela ne suffisait pas à leur ambition. La nature leur avait donné, à presque toutes, des cheveux noirs ou bruns, ou blonds, le teint égal et reposé de la jeunesse, des yeux très-suffisants pour y voir clair, et même « pour enchaîner les cœurs. » Dans un jour de démence, elles ont fait couper ces cheveux et leur ont substitué une abominable perruque jaune; elles ont peint leurs sourcils, leurs cils, sali leurs paupières avec du charbon, saupoudré leurs joues^ de farine, poissé leurs lèvres, quelquefois leurs gencives même, avec une sorte de mastic rouge qui ne sent
pas bon, et, ainsi abîmées, affreuses, semblables aux poupées de cire de Curtius, elles osent se montrer au grand soleil, braver l’éclat des lustres dans les théâtres, nt tout cela pour plaire. Klles ne se doutent meme pas qu’elles font frémir.
Dira-t-on que je charge les couleurs et que cette satire est outrée? Il suffit de faire un tour de promenade aux Champs-Elysées, au bois de Boulogne, ou même tout simplement sur le boulevard, pour se convaincre du contraire. Sur cent jeunes femmes qui passent, on en rencontrera au moins cinquante accommodées ainsi que je viens de le dire. Je ne sais, quelle mouebe a piqué la jeunesse féminine, mais, h voir
ce qu’elle fait, comment elle se comporte, on pourrait parier qu’elle a, ou croit avoir ' quelque intérêt au triomphe définitif de la laideur.
Il ne faudrait pas croire que le spectacle plein d’enseignements qui nous est donné par les femmes au dix-neuvième siècle de notre ère soit absolument inédit. Ce n’est pas la première fois que le monde assiste aux prodigieux efforts d’ingéniosité déployés
par nos compagnes pour détruire l’une après l’autre toutes les beautés que le ciel a bien voulu leur départir. Ceux d’entre nous qui ont reçu une assez solide instruction pour pouvoir se transporter en imagination dans l’ancienne soeiété romaine, seront à même d’y voir des choses mille
fois supérieures à celles qui éblouissent nos yeux aujourd’hui.
Il existait à Rome deux temples dédiés à la Fortune virile, divinité qui, dans les croyance des Romains, passait pour avoir la puissance de cacher aux hommes les défauts corporels des femmes \ Je connais quelques Parisiennes qui, si le christianisme n’avait violemment supprimé toutes les divinités, mêm.e les plus utiles, du paganisme, iraient faire bien régulièrement leurs dévotions au temple delà Fortune virile. Elles n’auraient peut-être pas absolument tort. Mais ce n’est point de cela qu’il s’agit. Passons donc.
1 . L’un de ces temples était près de la porte Scélérate, l’autre se trouvait aux environs du Pont Palatin.
Ce qui fait la véritable, la transcendante supériorité des Parisiennes de la troisième République sur les dames romaines de l’Empire, c’est que les dernières se donnaient simplement le ridicule de chercher à atténuer les inévitables ravages de la nature, et ne touchaient à leur visage,' pour le cosmétiquer, que lorsqu’elles étaient vieilles et décrépites, tandis que nos Françaises déploient une patience et un courage
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dont on ne saurait trop leur savoir gré, à l’effet de détériorer toute leur personne et de l’enlaidir, à l’âge où elles sont encore dans toute l’efflorescence de la grâce et de la beauté.
Une Piomaine appartenant à la classe' des « gens comme il faut, » du temps de Tibère, ou même de Titus, avait toujours dans sa maison une chambre spéciale où ses esclaves procédaient aux soins de sa toilette et à la restauration de ses charmes. Cette chambre, ce cabinet de toilette antique, chez les personnes riches, était généralement. spacieuse, décorée de miroirs de métal polis, et, tout autour étaient renfermés, dans des armoires, les différents ajustements et les moindres objets servant
à la parure de la maîtresse de la maison.
Les femmes d’aujourd’hui s’imaginent faire quelque chose de bien hardi et de bien neuf en choisissant pour teindre leurs cheveux la nuance du jaune d’œuf ou de la carotte. Elles pensent peut-être aussi faire preuve d’originalité en portant de fausses nattes. Une matrone contemporaine de Caligula, si elle revenait au monde, les prendrait toutes en pitié. Comme il était de mode, dans l’Empire romain, de faire tout en grand, une femme qui se respectait et voulait être sûre de plaire, débutait invariablement dans la vie en se faisant raser toute la tête.
C’était une coutume égyptienne que les femmes de Thèbes et de Memphis du temps
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de Rhamsès IV — Sésoslris — avaient adoptée pour se tenir la cervelle fraîche. La nature leur ayant donné à toutes une grande quantité de cheveux du plus beau noir, elles trouvaient cela gênant et malséant. Elles se faisaient donc raser, et, sur leur crâne, poli comme un genou, posaient délicatement une jolie perruque, faite de
brins de soie noire tressés et saupoudrés de poudre bleue ou de poudre d’or, ce qui était infiniment plus gracieux et plus léger. C’est dans cet appareil, avec les yeux peints, tout le corps épilé, que la célèbre ' Cléopâtre sut se faire un chemin vers le
cœur de tant de personnages illustres de son
temps, y compris César, âlais je reviens aux dames romaines. De même que, aujour*
d’hui, une femme élégante, une femme chic, comme on dit à Versailles, a, dans sa garde-robe, des ajustements de toutes sortes de couleurs, appropriés à chaque saison de l’année, de même, une matronne des beaux temps de l’Empire, avait dans ses armoires des perruques toutes dressées et de toutes nuances. Les cheveux, sous le règne de Claude, faisaient l’objet d’un grand commerce : les roux venaient de Germanie ; les noirs d’Égypte; les châtains, de la Gaule; les blonds, de la Grèce. Mais on comprend qu’il ne suffisait point à une femme désireuse de se rajeunir ou de s’êmhellir, d’appliquer, comme un casque, une perruque toute dressée, avec ses nattes entremêlées de
perlés et de pierres précieuses sur sa tête rasée \ Une fois le choix de celle perruque fait, il était nécessaire de mettre les sourcils, les cils et le teint de la personne qui la portait en harmonie avec sa nuance. C’était alors que les esclaves spécialement chargés du soin de « faire la figure » pouvaient s’en donner à cœur joie. 11 me faudrait plusieurs pages pour transcrire les noms de tous les onguents, de toutes les cosmétiques, de toutes les pâtes, de tous les mixtures, renfermées dans des pots d’étain ou d’albâtre, qui servaient à cette délicate opération, et que Cicéron appelait les médicaments de ta blancheur et de la
1. Les perruques toutes montées se nommaient galeria, dit Juvénal, S. 6, v. 120.
rougeur \ Tout ce qu’il me convient d’en dire, c’est qu’ils se composaient principalement de la fiente de crocodile qui passait pour blanchir la peau, mais avait l’inconvénient de fondre au soleil, ce qui lui faisait souvent préférer la craie délayée à l’aide d’un acide. Celte dernière pâte résistait admirablement au soleil, mais elle ne pouvait tenir à la pluie.