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Médicamenta candoris et ruboris. Cicéron, oral

Il faut se hâter d’espérer que les Parisiennes ne tarderont plus longtemps à imiter les dames romaines, du moins en ce qui concerne la pluralité des perruques. Ce serait, selon moi, le moyen le plus sûr et le plus expéditif de mettre la morale d’accord avec l’amour du changement qui est inné chez presque tous les hommes. On conçoit, en effet, qu’un mari, ayant l’avantage de posséder, ou d’être possédé par

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(( une femme mullicolore », n’aueait plus de raison pour chercher à lui faire la plus légère infidélité. Ses moindres velléités, à cet égard, seraient sans excuses. Quand le désir de changer « de couleur » s’emparerait de lui, il lui suffirait, pour le satisfaire, de prier son épouse de vouloir bien changer de perruque. Autre chose !

Une question qui menace de devenir

presque aussi grave et aussi intéressante que celle de la crinoline est celle des chapeaux fermés. Il faut être de bonne foi. De même que la crinoline, accompagnée de l’inévitable cage en fer, n’était pas de force à lutter contre la robe collante, de même le chapeau fermé, avec sa forme bête, irrationnelle, alourdissant la tête et cachant

les cheveux, ne pourra pas tenir longtemps contre son rival « le chapeau ouvert » , qui jusqu’ici n’avait servi que pour la campagne, les bains de mer et les voyages, et qui, dans sa forme si pittoresque, que l’on peut varier à l’infini, découvre la nuque et le visage, se prête à tous les enjolivements possibles, tels que fleurs, plumes et dentelles , et enfin pour tout dire , fait aussi bien valoir le visage des- enfants que celui des femmes, des blondes que celui des brunes, et même des rousses.

Ce qui me plaît dans le chapeau ouvert, ce qui me détermine à passer de son côté, comme je fai fait déjà à l’égard de la robe collante, avec armes et bagages, c’est qu’il se prête à tous les goûts, à toutes les phy-

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sionomies. Chaque femme, pour peu qu’elle soit jolie, sans attendre la décision de sa marchande de modes ou l’opinion de la vénérable vicomtesse de Renneville, peut en varier la forme, l’arrangement, la matière, la couleur selon son gré. A l’époque du triomphe des chapeaux fermés, lorsque vous vous trouviez dans un lieu public, toutes les femmes étant invariablement coiffées de la même manière vous paraissaient faites sur un type unique, lequel n’était pas du tout agréable. Aujourd'hui, au contraire, chaque femme, suivant son inspiration pour se coiffer, porte sur son chapeau- comme un reflet de son goût, une émanation de son caractère. Et n’est-ce rien que de pouvoir harmoniser la forme

d’un chapeau avec celle des traits que la nature vous a donnés? Toutes les femmes, Dieu merci ! n’ont pas le nez fait de la même

manière, ni le front, ni le menton, ni même les joues. Il y en a qui, dans l’ensemble de leur visage, rappellent de loin, de très-loin, le type si caractéristique et si connu de Polichinelle; il y en a aussi qui sont légèrement bouffies, par suite d’une exubérance de jeunesse et de santé. Tout le monde comprendra que le même système de coiffure, la même forme de chapeau, ne saurait convenir à des physionomies si dissemblables. Mais laissons les caricatures et revenons à la beauté.

Le despotisme des fabricants d’articles de modes a été par trop toléré jusqu’ici, et

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il est grand temps que les femmes qui, par leur éducation, leur disposition naturelle et leur goût inné, sont plus aptes que personne à créer les modes nouvelles, prennent en main, chacune de son côté, une part dans la direction du mouvement de la fashion.

Si le goût du public est chaque jour faussé, si le faux et le laid prédominent en toute chose, cela ne provient pas d’une déviation ou d’un affaiblissement de l’amour du Beau dans notre pays. La France, Dieu merci ! n’a pas été vaincue, et elle ne le sera jamais sur le terrain de l’Art, du goût, du

sentiment des belles choses. Le seul défaut "N qui contrebalance en partie sa supériorité

artistique et intellectuelle est le respect de i, la routine. On n’ose plus guère innover

chez nous, dans la crainte puérile de cesser de ressembler à « tout le monde ; » la sénilité fait la loi, même dans les questions de modes, et les affreujf petits papiers qui traitent spécialement, — Dieu sait avec quel esprit et dans quel langue, — des matières les plus délicates qui concernent la toilette des femmes, entretiennent tant qu’ils peuvent, dans un misérable but de réclame, la défiance du Beau et le culte du commun.

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