MADEMOISELLE DE SOISSONS
Du caractère singulier dont était la princesse, il est hors de doute qu'à ses yeux une des plus grandes séductions deLétorièrefut le malheur dont il était poursuivi. Pour rame généreuse et élevée de cette jeune fille, il y avait là presque un tort du destin à réparer.
Maîtresse de revenus considérables , sure du secret et de la fidélité de Brissot , qui avait appartenu au prince son père, M"^ de Soissons le chargea de s'informer des affaires de Létorière. Instruit de tout, l'intendant écrivit , au procureur qui était le sien , de poursuivre le procès et de faire au marquis les avances nécessaires. Ce fut encore lui qui obtint l'emploi de Landry au moyen d'un présent fait à un des officiers subalternes de M. le duc de Bourbon chargés de ces nominations.
Longtemps la princesse se contenta de rêver en secret à cet amour chaste et passionné , d'attendre avidement les rares occasions où elle rencontrait le marquis, et de ]^ écrire de temps à autre. Lorsque par ses soins ignorés il eut gagné son procès, elle
résolut de le laisser livré à son libre arbitre, et de voir s'il serait digne d'elle. Elle lui écrivit une dernière fois , lui remit ce billet à l'Opéra, et attendit.
Le jour où le marquis fut présenté au roi, M"^ de Soissons accompagnait M""^ la Dauphine ; elle se trouvait assez près de Louis XV pour entendre ce prince dire à tout venant , en montrant son jeune protégé : — avouez qu'il est charmant ?
Avec quelle joie , avec quelle fierté la princesse vit pour ainsi dire son choix approuvé par ces paroles du prince , qui , on Fa dit , attacha aussitôt le marquis à sa personne.
M"^ de Soissons, jusque-là très-insouciante des fêtes de la cour et des petits voyages de Marly, rechercha dès lors toutes les occasions d'y paraître. Louis XV aimait beaucoup son jeune écuyer, qu'il fit bientôt entrer dans sa maison militaire. A la chasse , à la promenade , il faisait remarquer avec complaisance la bonne grâce et l'adresse de Létorière, dont il citait les reparties fines#t délicates.