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DE LA MÉMOIRE

Rien de plus nécessaire pom' le succès d'un sermo'i que la mémoire. L'n sermon bien appris parait bon, quoiqu'il ne soit <{ue médiocre; et s'il est bon, il paraît excellent,

S'il n'est point de défaut qui frappe tant l'auditeur que le

défaut de mémoire, il n'en est point non plus qui le fatigue davantage. Il souffre toute la peine que le prédicateur s'est épargnée en se négligeant.

Le prédicateiu' qui a négligé d'apprendre paie bien chèrement le plaisir de sa paresse. C'est un triste sort que celui d'un orateur qui hésite. Dans la nécessité de penser toujoiu:s à ce qu'il va dire, il ne pense jamais fi ce qu'il dit.

Une mémoire qui travaille contraint l'action et ôte l'inflexion à la voix. La liberté du barreau reproche à la chaire tant de contrainte. Heureux qui, s'abandonnaut à la vivacité de son zèle, peut parler toujours avec dignité !

Il y a plusieurs inconvénients à se reposer sur sa facilité. On court risque de languir jusqu'à ce que l'imagination soit échauffée. On dépend de son humeur, de sa santé, du temps '. Si toutes ces choses ne concourent, on ne peut se contenter soi-même, encore moins contenter les autres.

Pour être régulier et uniforme, il faut donc apprendre

> El de bien d'autres circonstances : d'un enfant qui crie, d'un auditeur qui cause, d'une personne qui entre, d'une autre qui se trouve mal. Apprcacz vos sermons, et vous serez toujours maître de vous-même.

par cœur. Cette peine tourne au profit du discours : on lui donne qiielcjue perfection nouvelle cha(p.ie fois qu'on le répète. S'exemptc-t-on de cette gène, on s'expose à bien des défauts, et surtout à l'inégalité.

VU

Le soin d'appi'endre par cœur a encore un avantage. La mémoire se remplit d'expressions, de tours, de pensées développées, qui se présentent sans peine, quand on est dans la nécessité de parler sur-le-champ.

Vin.

On a tort de dire que cette sujétion, ralentit le zèle; mieux on possède sa matière, plus on est en état de l'animer. On est plus concis, plus juste, plus pressant. La prononciation d'un discom's bien appris est insinuante; elle cache mieux l'art, et fait croire la composition plus naturelle.

L'étude ti'ouve les expressions propres qui se présentent rarement dans la chaleur de l'action. D'aillem's, on n'a pas le temps de voir le faible de ce qu'on hasarde sur-le-champ, ni de s'en dégoûter.

Quand un discours est exact et fini, la mémoire s'y fixe plus invai-iablement. Il faut être satisfait de sa composition, poiu' se résoudre à l'apprendre. L'esprit se rebute de ce qui ne le contente pas, et y revient avec peine. Heureux ceux

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qui sont charmés de leurs productions ! Leur confiance aide leur mémoire.

(lelui qui parle sur-le-champ est ordinairement diffus, languissant, sujet aux redites, se perd en digressions, dit de chaque chose ce qu'il en sait, sans ordre et sans rapport au sujet. Les pensées se noient, pour ainsi dire, dans un déluge de paroles.

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