CHAPITRE VIII
L'air ol lu représentation deroruteiu'sont des expressions vives, qui parlent aux yeux. De même que le langage elles unt leurs heauiés et leiu's défauts: on en prescrit les régies. La plus générale est d'éviter l'affectation. Partout ailleurs odieuse et méprisable, elle est ici criminelle.
L'air d'un homme persiiadé persuade. Cet air quelquefois dangereux est toujours utile, quand il est employé pour la vérité et pour la ])iété.
Quelque vives que soient les pensées et les expressions, l'air en augmente la vivacité. Sans lui elles agissent plus lentement et frappent moins l'imagination.
L'air majestueux, animé par le zélé, sert merveilleusement au ministère ; surtout quand il est soutenu de génie, de seienee, d'éloculion et d'une grande répntali(JM de jtiété.
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l'n extérieur trop avantageux peut nuii'e au ministère ; il donne plus d'admiration qu'il ne répand d'onction. Si l'auditeur en est frappé, il oublie celui qui envoie, et nis'occupe que de crliii qui est envoyé. La paroh; de Dieu doit être écoutée indépendamment de ce (jui est de l'homme.
L'extérieur le [dus convenable au prédicateur est celui qui rappelle mieux l'idée d'un ministre évangélique. La simplicité, l'humilité, l'austérité, sont mieiLX empreintes sur m\ extérieur médiocre.
En des hommes négligés se voit quelquefois une éloquence d'action, dont on ne saurait rendi-e raison, et cpii cependant entraîne. Le zélé qui les anbne fait disparaître ce qui poiu"rait clKxpier; on n'est frappé que de la vérité qu'ils annoncent.
L'ail' fastueux rebute. L'auiliteur veut être ménagé, et quelque vil que soit im auditoire, c'est un corps toujorn-s respectable. L'orgueil et la bej-té, qui en est l'expression, sont à la persuasion des obstacles invincil)lt's. La modestie y arrive ])lus sûrement.
On a de la peine à voir en chaire un prédicateur trop ar-
rangé : un peu de désordre dans sa manière fait plus d'honneiu'. Le respect de la religion change le goût de l'auditeur le plus mondain, et lui fait regarder comme bagatelle ce qui n'est que bagatelle ; û veut que cliacim se sente de sa profession.
Eu chaire, l'air agréable est hors de sa place, smiout sous un habit d'humiliation et de pénitence. Une doucem' affectée n'y comient pas mieux. L'austérité, ou du moins la gravité, doit prévaloir dans le ministère, ainsi que dans le temple la croix prévaut sur tous les ornements.
Il faut éviter l'air chagrin. L'auditeur n'est pas content,^ quand l'orateur ne parait pas l'être lui-même.
L'air de conliance nuit à la persuasion ; on croit qu'au défaut de bonnes raisons, on veut payer d'assurance. L'oratem" ignorant se délecte à enseigner ce qu'il vient d'apprendre; l'habile ne peut s'imaginer que ce qu'il dit puisse être ignoré. Il débite avec modestie les endroits même les plus :;« travaillés de son discours. j
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Il sied bien d'être un peu timide. La timidité ne setrouve guère sans la modestie, et la modestie rehausse l'éclat du mérite. J'aimerais mieux trembler devant l'auditeur
(jiio «le le braver. Les plus grands maîtres n'ont jamais parlé l'u public sans quelque frayeur.
Une hardiesse tempérée ne déplaît pas, lorsqu'elle s 'accroît insensiljlement dans la suite du discoui's, par le progrès du zèle et par la chaleur de l'action.
Quand la timidité vient de défiance, et qu'elle ùte la liberté de la prononciation, on la réprime par l'idée du personnage qu'on soutient. Que doit craindre le ministre du Très-Haut, qui enseigne ses voies, qui annonce ses volontés par son ordre, et revêtu de son autorité ?
La dévotion de l'orateur doit se peindi'e dans ses yeux; elle montre qu'il respecte son ministère. Si son intérieur eu est dépom-vu, cet extérieur y supplée à l'égard de son auditou'e, et lui sert à lui-même de leçon.
Les yeux doivent se tom'ner modestement sm^ tout l'auditoire. Si le x'egard est trop fixe, il embaii-asse; s'il est trop Tague, il n'intéresse point.
L'auditeiu" doit voir diui même coup d'œil les yeux, la
bouche, la maiii de l'orateur, agir de concert, et lui dire la même chose, chacun ù sa manière.
Les manières sonl fausses, quand elles font dans l'esprit de l'auditeur le contraire de ce qm; le prédicateur s'est pro posé.
il est aisé de définir l'air de la chaire, mais il est diffi- ,^ cile d'enseigner les moyens de se le donner. On ne peut en juger soi-même, qu'en l'étudiant dans le miroir. Outre que . cette étude convient peu au ministère apostolique, c'est • qu'elle ne produit ordinairement qu'un air affecté. Il ne ■ reste donc que de consulter des amis sûrs, et de se former sur leurs avis.
L'air consiste dans la situation et dans le mouvement ^ de tout le corps. Tout doit parler dans le prédicateur, tout] doit frayer le chemin aux projets de son zèle,
L'immobilité dans tout le corps rend l'action froide et ennuyeuse, la trop grande agitation est indécente ; il faut iluMcher un milieu entre ces deux extrémités. Assis, on t'trdilil, 011 développe les principes, on narre, s'il en est besoin. Debout, on apostrophe, on presse, on anime les endroits qui doivent remuer ef toucher, '^
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La tète trop relevée marque arrogance; trop baissée, on négligemment penchée, c'est ou langueur, ou timidité, ou dévotion airectée ; la modestie la met dans sa vraie situation.
La tète par ses divers mouvements admire, méprise accorde, refuse, s'indigne, ou com])alit. Klle «loit être en tout de concert avec la main.
Le visage est ce qu'on observe le plus dans l'orateur : toutes les passions y jouent leur rôle. 11 est de tout pays et de toute langue : les plus ignorants y savent lire. On y reconnaît la dévotion, la dissipation, la joie, la tristesse, la colère, la compassion. Il doit s'ajuster au sujet , et foire sentir ou deviner les mouvements de l'àme.