‹ L'art de precherChapitre 28 sur 81 · DV GESTE · texte numérisé non relu

DV GESTE

Le geste est en quelque sorte à la parole ce que la parole est à la pensée : il lui donne un corps, et la fait sentir, môme aux sourds. Tout l'extérieur aide à la parole, la main quelquefois y supplée,

Chaque mouvement de 1 ame a un geste qui lui est propre. La main appelle, congédie, supplie, menace, assureles choses par serment ; et c'est par des mouvements relatifs et proportionnés à ceux de l'àme, que la main produit tous ces effets.

Le geste doit se former naturellement, et suivre la parole sans étude. L'art n'y doit avoir part que poiu' le remettre dans le naturel. Il faut y travailler dans le particulier ; en public il n'est plus temps d'y penser.

Un geste trop régulier ne sied point ù un prédicateur. L'intérêt qu'il prend aux grandes choses dont il parle demande en lui une espèce de désordre. Les mouvements pathétiques sont au-dessus de la régularité de l'action.

La gesticulation violente <lonne l'idée d'un déclamateur; le prédicateur, qui ne l'est point, doit éviter de le paraître.

L'exordfî semble interdire le geste. L'auditeur, livré à l'attention, n'a besoin d'aucun mouvement qui la réveille; s'il s'en échajjpe quelqu'un, il est aussitôt rétracté : et le

m net i à peine avancé annonce seulement l'impoiiance ■ la matière, et l'intérêt que l'ox'ateur y prend.

Il y a une sorte de mécanique pour le geste, à laquelle le prédicateur doit faire attention. RégiUièremcnt le geste que fait la main di'oite part du côté gauche, et va se terminer au côté di'oit. La main gauche accompagne souvent la droite. On ne se sert de la gauche seidti que pom' exprimer des rebuts ou des mépris. Ni l'une ni l'autre ne doit être portée plus haut que l'épaule.

Vin.

La main doit distinguer les actions, mais non pas les représenter. Il serait indécent d'imiter l'action d'un escrimeur, d'un jouem' d'instrument, ni toute autre. On trouve même à redire que l'ou fasse des comptes ou dos émmiérations sur les doigts. Dans le geste, les doigts ne doivent point être ti'op écartés.

Le geste ne doit pas être vague, ni venir après coup. La main se repose avec bienséance sur la poitrine, ou sur la chaire. Les gestes outrés sont plutôt des convulsions que des mouvements d'éloquence. Les transports, dont les anciens donnent des règles , étaient plus propres au théâtre qu'à la tribune. La chaire les souffrirait encore moins.

* L'auteur suppose ici que le prédicateur tient à sa main une barrette, ou plutôt la coifTure burlesque, qu'on appelle un bonnet carié. Doit-on réellement armerses mains de l'une de ces coiffures? Il y a de grands exemplen pour, et d'assez bonnes )-aisons contre.

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