‹ L'art de precherChapitre 29 sur 81 · DE I,A VOIX · texte numérisé non relu

DE I,A VOIX

La Voix, encore plus que le geste, est l'interprète des pensées; elle remue les passions. L'âme se laisse prendre par l'ûreillo, et la fiction des chaînes d'or qui la captivent a sa réalité. j

Dans \m sermon elle doit être plus haute et plus harmo-i nieuse que dans l'entretien familier. Sans s'asservir scrupuleusement aux règles de la musique, il faut néanmoins avoir un sentiment naturel des tons.

La monotonie est à la voix ce qu'est le défaut de variétfl au style. Elle ennuie, elle assoupit , et ne parvient guère ^ la persuasion. On pourrait l'éviter , en trouvant un milieii entre le ton de la déclamation et celui de la conversation.".

Selon le sujet et roccasion, la voix doit former des accent! doux ou rudes, gais ou plaintifs, coulants ou entrecoupés, familiers ou emphatiques, L'orateur ne doit point néanmoiiW

UK LA CHAIRE. 16o

sortir de sun naturel, l'ii homme duux serait ridicule, s'il affectait ini ton lier et menaçant.

La voix sonore, douce et tlexible, se l'ait écouter avec plaisir, elle déplaît quand elle est sourde, aigre , ou cassée. Il faut prendre le meilleur ton, comme on choisit le meilleur Lour I.

VF.

On doit s'étudier à une prononciation distincte et articuée, qui fasse sonner toutes les syllabes. L'essentiel, le prinipal soin est de se faire entendre aisément et entièrement.

Mi.

On n'écoute pas longtemps ce qu'on n'entend qu'avec diffiultt'. Le sens échappe, si l'application est toute au son des aroles. L'orateur ({ui peine en prononçant fait souffrir en auditem*.

Mil.

Le bon accent est celui qui ne fait pas sentir le pays de orateur.

La meilleure prononciation est celle qui n'a riend'aftecté.

' Une bolle voix est iin don delà nature, don précieux auque îaiicoup de prcdicaiciirs doivent lou'c leur réputition. On peut jpendant par une bonne prononciuliun iupplécr, jusqu'à un ceria point, aux défauts de la voix.

Ce n'est pas tomber dans l'affectation, que d'appuyer sur les dernières syllabes.

La prononciation doit être majestueuse, sans emphase ; l'articulation exacte et le beau son de la voix produisent cette majesté.

Pour bien articuler, il faut savoir la valeur des consonnes, le vrai son des voyelles, lem' élisiou, la quantité des syllabes, placer l'accent où il faut, aspirer à propos, doubler ou adoucir certaines lettres.

La volidïilité de la langue a ses grâces, pom-vu qu'elle ne soit point outrée. Une prononciation trop rapide fatigue l'auditem-, celle qui est trop lente le dégoûte. L'orateur lan-,| guissant ressemble h un malade qui se traîne.

Quoique la ntesse plaise plus que la lenteur, cependant; elle convient moins à la chaire : rien n'y sied mieux que la gi'avité ; et l'avis que donnait un ancien, d'enrayer, ea dans l'Église plus utile qu'au ban'eau.

Cette trop grande rapidité nuit encore au fruit du ministère. Le moyen de persuader ou d'instruire ceux à qui oi ne donne pas le loisir d'cnlcudre ? Les éclairs ne servent qu'à augmenter les ténèbres, et l'on ne se mire pas dani les torrents.

L'étendue de l'auditoire est la mesure de la voix. Il suffit de l'élever jusqu'à la i)ortée de l'auditeur le plus reculé. Il est à souhaiter qu'elle soit assez pleine pour remplir le vaisseau sans ell'ort.

La contention de la voix ne saurait durer ; elle fatigue également l'auditeur et l'orateur, l'ne voix naturelle et distincte se fait mieux écouter et plus longtemps.

L'importance du ministère veut autre chose que du bruit. Les cris et les clameurs ne plaisent qu'à un peuple grossier, mis en mouvement par le son des trompettes et des tambours.

Le ton de déclamation étoiu'dit ; celui de la conversation s'insinue. On peut crier au village, mais dans la ville il faut parler *.

* Aujourd'hui parlez au villaj;e comme à la villu ; ce qui est de bon goût est bien reçu partout.

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