‹ L'art de precherChapitre 30 sur 81 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

lU: I,A VEIIKMENCE.

I.a véhémence uc consiste pas dans une contention forcée «le la voix et du geste; mais dans un sentiment intérieur qui nait de l'impression que fait le sujet sur lame de l'orateur. Si cette iijipression est forte, elle se montre assez. Quand on est peu touché des choses, on ne pai-le pas, on J récite,

L'action pathétique est un préjugé de sincérité. Prêcher d'un au* froid ime forte morale, c'est donner à croire qu'on n'en est pas persuadé, ou qu'on se console de laisser l'auditeur tel qu'il est.

On parle avec feu, quand on s'intéresse à ce qu'on dit, et qu'on y veut intéresser l'auditeur; ce n'est rien de lui parler, s'il ne sent que c'est à lui ffu'on parle.

La parole simple et unie fait entendre la pensée ; maù la parole véhémente et figurée commimique les sentiments. Si celui qui ne pense point n'est pas en état d'enseigner, celui qui ne s'émeut point ne saurait émouvoir.

DK LA CHAIIIE. 1C9

Les sujets que le prédicateur traite incriteut bien qu'il s'y aftectioune. La sainteté de la religion, les devoirs du culte, les mystères de Jésus Sauveur, la piu'eté de la morale, la perfection de l'iionane chrétien, la nécessité et l'opération de la grâce, les fins dernières, etc. Quoi de plus intéressant ?

VF.

Vn air tranquille, serein, résigné, ce semble, à la réprobation de l'auditeur, ne convient point au zèle. L'homme apostolique se montre attendri, touché, passionné ; ou le voit pénétré de l'importance de son ministère. S'il en est véritablement frappé, il faut qu'il le paraisse.

11 fiiut cependant étudier son génie. Monseigneur de Helley voulut imiter la manière lente de prêcher de S François de Sales : il gâta tout, et par l'avis du saint, il reprit la rapidité qui lui était naturelle '.

Trop de justesse et d'exactitude dans les pensées, et trop d'ornement dans le style éteignent le feu de l'action. Où

• Jean-Pierre Camus, évoque du Belley, auteur de l'Espn'l de saint Franrois de Saies, raconte, en effet, d'une manière assez piquante comment il voulut imilcr le saint dans sa manière de prêcher. {Voir Espvit de saint Fra>i':ois de Sales, 1'* Part. cli, xt.x.)

no -MAXIMES SUR LE MINISTÈRE

l'esprit brille, ou uc croit pas voloiiliors que le cœur ait beaucou]» de part.

Il est plus aisé au prédicateur d'être véhémeut, qu'à l'avocat. Au barreau l'autorité réside dans celui qui écoute; à l'Eglise, elle est dans celui qui parle. Celui-ci est poussé par le zèle, l'autre est retenu par le respect. L'avocat est à l'instant critiqpié, l'elevé, contredit : le prédicateur n'a personne qui lui réplique.

Quelquefois le prédicateui* manque de feu, lorsqu'il croiti en avoir trop ; il se persuade que l'auditeur a pensé et senti comme lui. Qu'il le consulte, il sera désabusé, si la réponse est sincère.

L'auditem' qui n'est pas en garde se laisse entraîner à la véhémence ; elle ne donne pas le temps aux objections, et l'acquiescement prévient l'examen des preuves.

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