‹ L'art de precherChapitre 3 sur 81 · I.oin d'en êti'e jaloux, toi-même encourager · texte numérisé non relu

I.oin d'en êti'e jaloux, toi-même encourager

Ceux qui, non moins goûtés, pourraient la partager '?

Es-tu sûr que ton cœur soit libre, exempt d'envie. Une quand une autre voix également suivie. Viendra te dérober ta vogue et ton fracas, On ne juge à ton air (jue tu ne goûtes pas Les fruits, les plus grands fruits dont tu n'es pas l'apôtre, Et même le salut prociu'é par un autre ?

N'imiteras-tu point ceux qu'on voit s'oublier. Venir trancber du grand dans cet humble métier. Et du moindre succès que la chaire leur donne. Prendre un air suffisant, qui ne trouve personne Digne d'être connu, cultivé, visité.

S'il n'offre à leur orgueil un nom de qualité?

Tu le vois, de quel air vient, parle et se présente Celui que si souvent tu trouves chez Chrysante; 11 arrive, et déjà trois fois il a cité Le duc qu'il vit hier, trois fois a raconté Ce qu'est venu tantôt lui dire en confidence l'n de ses bons amis, un maréchal de France-.

' C'est ainsi que faisait Bour.îaloue. Il applaudissait aux succès des La Rue, des Giroust, des Hubert, des Soanen. de tous les bons prédicateurs de son temps. Il aimait h. les entendre, à proclamer leur mérite. Modèle admirable des prédicateurs, aussi bien par ses vertus que par ses sermons, on a pu dire de lui avec vérité : « Le zèle de la gloire de Dieu était l'àmc de tout ce qu'il faisait; la sienne ne le touchait point... Les app'audisstments qu'on lui donnait le faisaient souffrir; et toujours lenfermé dans la plus exacte modestie sur ce qui le regar:!ait, il était prcligiie de louanges pour ceux en qui l'on voyait quelque mérite. »

{Lettre du P. Martinenu .<;ur la mort de Bourdaloue.)

* Travers encore assez fiéquent de nos jours; qui ne se rappelle avoir entendu un de nos missionnaires les plus répandus, parler

8 l'akt dk prêcher.

Infatué des grands tiu'il nomme à tout propos,

A peine aux noms bourgeois il peut dire deux mots,

Croyant avoir acciuis des titres de noblesse,

En prêchant de la croix l'opprobre et la bassesse.

Quoi! sans honte à Paris ou sans fiùre pitié, Un grand prédicateur peut-il aller à pied?... — La boue et la sueur à son nom, à sa gloire Imprimeraient sans doute une tiiche trop noire!...

Il faut donc que traîné par un double cheval Soit le petit collet ou 1 "habit monacal. C'est ainsi : tel que soit leur nom ou leur naissance, .Aller à pied serait pour eux une indécence.

A tant d'autres abus dans la chaire exposé. Comment à la fournir fes-tu donc disposé? As-tu mis à te vaincre, à te changer toi-même, Autant d'attention, qu'à faire ton Carême'?

Non; ce point est le seul qui te soit échappé; Sans prendre d'autres soins, tu ne t'es occupé Qu'à faire des sermons, les polir, les apprendre, Kt trouver une chaire où l'on voulût t'entendre.

Ce n'est qu'à ces moyens qu'on se croit obligé. Et le plus important est le seul négligé. Souvent même, souvent, loin de la prendre à tâche. En préchant la vertu. In vertu se relâche,

dans ses Conférence =, tantôt do Monsieur le comle d'A.... chez Icqwl il m souvent, Lintôt de Madame la duchesse de M.... sa jiénilenle. Petilc niiscre, qui .Icpaie un grand zèle et un talent vrai.

• Ici, comme dans plusieurs autres passages, l'auteur fait allusion au p'MC Bouidalouo, si atlcnlif à se prêcher lui-même i.vant dx- prêcher les autr< s. De Villeis, qui avait vécu plusieurs années dans la même maison que le célèbre- jésuite, le considérait comme le modèle le plus accomjili de« prédicateurs.

CHANT PKEMICR. 9

Et l'on croit même encor devoir s'en relâcher, Par la peine et le soin qu'on prend à la prêcher.

— Mais, quoi ! peut-on, dis-tu, joindre une vie austère Au fatigant travail de ce dur ministère.

Aux veilles de l'étude où l'on se doittîntier? Fia poitrine d'ailleurs s'épuise en ce métier. Si l'on ne se ménage, eniln on s'y consume. Voit-on prêcher quelqu'un qui jamais ne s'enrhume? Voudrait-on que son lit ne lïit pas étoffé, Et qu'un prédicateur ne prit point de café? Vivra-t-il en reclus, quand, chez lui, son mérite .\ttire chaque jour visite sur visite?

Veut-on que de son air on sorte rebuté? Qu'il ne visite point, quand il est visité?

— Non, j'accorde qu'il doit être honnête, accessible; Qu'une retraite entière est alors impossible ;

Que son zèle a besoin de voir et d'être vu; Que de certains secours il peut être pourvu , Dispensé des devoirs, qui sont inconq)atibles Avec le dur travail et les veilles pénibles; Et (fu'un sermon enlin doit être préparé; (ie n'est point ce qu'eu lui l'on verra censuré.

11 peut voir ses amis sans se rendre cou])able. Les suivre à la campagne, et paraître à leur table. Mais qu'à tous ces plaisirs, ces soins et ces repas. Il se prête à regret, et ne se livre pas ; Que partout sa conduite à ses sermons réponde, Kt qu'il prêche d'exemple au milieu du grand mondes

' Encore une allusion an P. Bourdaloue. Une lettre touclianle ftu président Lamoignnn publiée dans les œuvres de ce Père, niius montre le bien que faisait au milieu du monde ce «ïint religieux, et comment il se prêtait et ne se livrait f&s. On

Tes sermons sont tout prêts ; mais toi-même l'cs-tu De foire en te montrant honorer la vertu; De faire condamner jusqu'à l'ombre du crime; D'exprimer par tes mœm's ce que ta voix exprime ; Ne point donner enfin sujet de soupçonner. Que tu fois ce qu'en chaire on t'entend condamner? Pour peu que l'on te voie au grand monde te plaire. Chercher l'aunusement, goûter la bonne chère, En ville, à la campagne, en carrosse amené. Nourri de mets exquis, dorloté, promené. On ne poiu'ra l'entendre attaquer la mollesse. Louer la pauvreté, réprouver la richesse. Sans rire des sermons que tu crois applaudis, Et te croii'e semblable à l'homme aux dexix habits.

Encor, si ne foisant qu'en railler et qu'en rire, Aux seuls prédicateurs se bornait la satire; Mais la foi même en souiïi-e, et l'incrédulité Autorise par là son indocilité; Le philosophe athée et la femme mondaine. Cherchant à s'étourdir sur la foi (pii les gène, Qui parle en dépit d'eux, et prêche au fond du cœur. Saisissent ce prétexte et vont d'im ton moqueur Demander: Croyez-vous, Messieurs, ce que vous dites*?

Des vérités qu'il voit par leurs mœurs contredites. L'impie en ses erreurs aimant à persister. Prend et l'occasion et le droit de douter,

connaît l'inconvenante boutade de Boilcau : Si Bourdaloue un peu sévère, etc.

' Un prolcstint vint un Jour demander à saint François de Sales, si hs Apôtres allaient en carrosse. On peut voir la réponse du saint, et les réllcxions qui l'accompagnent. {Esprit de saint Fro/nois fit; Snles, — Impart, eh. xxii.)

CHANT PUEMIER. Il

Trop aveugle pour voir que la foi dont il doute

Ne se mesure point à la voix qu'il écoute.

Mais à celle de Dieu, ({ui lui-nième a dicté,

Et des préceptes saints fait voir la vérité.

Sans remonter plus haut , quand cehii qui l'annonce

Semble trahir la foi, le pécheur la renonce.

Peut-il, aveugle et soiu'd, en user autrement? Ci'oira-t-on qu'un pécheur, faiLX dans son jugement. Et toujours ennemi, quelque semblant qu'il fasse. De la voix qui l'instruit, l'accuse et le menace, Voie un prédicateur partager des mondains La table, les plaisirs, les amusements vains. Passer chez eux oisif les beaux jours de l'automne. Sans croire que la voix qui le prêche et l'élonne », Prend contre lui des tons, des tours exagérés. Et que tous les sermons sont des discours outrés?

C'est là le triste effet qu'en ce saint ministère. Produit sotivent l'exemple aiLX préceptes contraire; Ainsi, qui dans la chaire est monté sans vertu. Et dans mi corps toujours fragile et combattu. Ne s'est pas etforcé par de saints exercices , D'arracher de son cœur jusqu'à ses moindres vices, Com't riscfue d'aflaiblir la foi qu'il vient prêcher. Et d'endurcir les co;urs qu'il aurait dû toucher.

C'est là ce que surtout, puis(|u'il ne faut rien feindre, l'n homme comme toi doit, plus (pi'im autre, craindre. Toi, qui d'un vain orgueil t'étant laissé flatter. Dans la chau'e soudain cours te précijMter.

' Elonner avait alors le sens d'effrayer. Boileau a dit : Pour moi qu'en santé même un autre monde étonne, Qui crois l'àmc immorlelle, et que c'est Dieu qui tonne.

(f'' satire.)

12 LAHf DE PRÊCHER.

Pour la dernière fois résous-toi de te taire, Et d'aller, retournant sans honte au séminaire. Renfermer pour cinq ans cet aveugle désir. Et de tous tes devoirs te convaincre à loisir.

Là, t'étant fait un fonds de vertu véritable. Là devenu dévot, humble, droit, charitable. Libre enfin des défauts qu'on peut te reprocher. Je te croirai du ciel envoyé pour prêcher.

Ce conseil te fait peur. — Quoi ! cinq ans de retraite ! Non, non, je veux prêcher, c'est une affaire faite : Mercredi l'on m'attend; la paroisse, je crois, Recevrait joliment qui s'offrirait pour moi. Et puis, vous le savez, ma parole est donnée. Je l'ai sur le Registre avec mon nom signée ', Voulez- vous que manquant au Carême promis. J'afflige mes parents, j'irrite mes amis, Qui tous avec chaleur ont brigué cette chaire. Et pour me l'obtenir remué ciel et terre? Enlin elle est à moi, je veux la conserver; Une chaire n'est pas si facile à trouver.

' Dans l'éililion de Iteiine.s, les 140 vcs qui préccdenl sunt reiaplacés par ceux-ci :

En vain, sur les leçons par les rhole'Jrs* p.'csirites. Tu polis nuit et jour lis sermons hypocrites ; Si tu veux m ^ l^v^clicp, fais-moi cnnailic en toi Ce que, par les discour?, tu veux produire en moi. C'est ainsi qu'aulrefui^ ont prêché les Apôtres, Par le même chemin, doivent suivre les autres; Et l'i.n se llaite en vain de marcher sur leurs pas Quind le cœur an dis.v urs, Abbé, ne répond pas. Mais il est in moyen d'obtenir cctio grâce. Invite Bourda'oue à prêcher en la place; FA toi, de ses sermons, attentif anditt-ur. Apprends. f»n l'écontinl, l'art du pr*^dicalcur ;

CHANT PHEMIER. 13

Je n'ai pas, il est vrai, les vertus d'un Apùti*e; Mais je suis honnête homme, et je vis comme xm autre. Tel, qui n'est pas meilleur, voit la foule après lui. Et la vertu n'est pas ce qu'on suit aujourd'hui.

— Achève, et puisqu'enfin ta chaire est retenue. Découvre-nous, Abbé, ton âme toute nue; Apprends-nous par quel art tu prétends attirer Des auditeurs en foule, et t'en faire admirer;

Car tu n'espères pas que ce soit ton mérite

Tu sais d'autres moyens de te faire ime suite. Et d'avoir chaque jour certain nombre invité , Chargé de t'applaudir sans l'avoir écouté '.

Tu rougis, et tu crains que ma muse sincère N'aille de ta cabale éclairant le mystère.

Apprends que pour prêcher, il faut longtemps se taire,

Et pui-', Pâques venu, v;i dnns un sRminaire,

Renfernvr pour troi~i ans ret aveugle désir.

Et de tourî tes devoirs te convaincre à loisir;

Là, devenu dévot, humble, sage et sincère,

Charitablo a'i prochain, à toi-même -révère,

Libre enfin des Jéfauts qu'on te peut reprocher.

Je te croirai du Ciel envoyé pour prêcher.

Ce conseil te fait peur? — Quoi, trois ans do retraite?

Non, non, je veux prôcher, c'est une affaire faite,

Mercredi l'on m'altend. qui prêchera pour moi?

— Bourdaloue? — Il faut donc que Je l'enlève au Roi ;

Et puis, vuus ie savez, ma parole est donnée,

El sur le livre en forme, avec mon nom signée.

' D.ms l'édition de Rennes, ces dix vers sont remplacés par les suivants :

Dis-nous l'art d'altii'er le beau monde après toi. Car, tu peux l'avouer, tu n'attends pas, je crois Que ton mérite seul à te suivre l'engage; Aux gia^ids prédicateurs laissant cet avantage. Tu sais d'autres moyens pour nous faire venic Entendre les semions, ou du moins y dormir.

H t.'art df. prêcher.

Montrer «le quels ressorts tu te seras servi Pour attirer la foule, et te croire suivi.

Il est vrai qu'en un champ si propre à la satire, A tes dépens. Abbé, je pourrais faire rire ; Mais tu n'es pas le seul. Peu de prédicateurs Auraient, sans un peu d'art, des foules d'auditeurs. Du moins en voyons-nous de qui l'heureuse adresse Sait d'une forte brigue appuyer leur faiblesse. Et ({ui d'amis puissants en chaire protégés. Ont toujours, en prêchant des auditeurs gagés '.

Tu peux les imiter sans honte et sans scandale : Va, sois prédicateur par brigue et par cabale ; La mode en est partout et l'on n'en rougit plus. Ce fut i)ar là qu'Har[»age accrut ses revenus, Kt rendit autrefois sa famille puissante. 11 fut riche, il avait dix mille écus de rente; Partout (le bons contrats assuraient ses deniers; Deux fils d'un si grand bien étaicnit seuls héritiers. Dix mille écus pour deux, c'est trop peu, dit Ilarpage ; L'i-'glise à mon cadet ouvre un autre héritage. Qu'il prêche, c'est ainsi que l'on devient prélat.

— Mais a-t-on la vertu comme l'épiscopat ? L'éloquence, l'esprit, la cour les donne-t-elle? Il faut à ce haut rang que le ciel nous appelle.

— Le ciel!... Lh bien, le ciel ainsi l'a destiné; .Mou llls sera |irélat, puisqu'il n'est pas l'ainé.

' Les cabales dont il est ici question étaient très -communes à cette époque , et de môme que l'on vit la Phèdre dii Pndon préférée ii celle de Racine , ainsi La Rue , Soancn se virent parlliis moins suivis que des prédicateurs qui n'avaif'nt d'autre niérile (juc d'appartenir i\ des familles en crédit,

Le ciel régla son sort reculant sa naissance ' : Allons donc, (\u'ix l'église on tourne son enfance. Lui faut-il des talents?... Eh bien, il eu aura; Faut-il prêcher?... Eh bien un jour il prêchera.

Engagé de la sorte, enfin le joiu* arrive. Qu'accourt pour l'écouter la famille craintive. Et c[ue le jeune abbé fait admirer en lui Le geste, l'air, le ton et le sermon d'autrui.

D'où vient cet emljarras, ces carrosses de file? Quel spectacle nouveau fait accourir la ville ! — Quoi donc! 1 ignorez-vous? chacun coiu't au sermon. C'est l'Abbé. — Qui? — L'.Vbbé.... vous connaissez son nom; Le lils d'Harpage.-- Il prêche? — Oui. — C'est assez; de grâce. Sou père est mon ami , faites-moi donner place. C'est ainsi cpie l'on parle, et n'osant y manquer, ( '.hacun court au sermon se faire remarquer *. D'une pai'eillc foule on ose tirer gloh'e. On ose se vanter d'un nombreux auditoire. Dont la moitié se doit au sang, à l'amitié. Et dont la politique a fait l'autre moitié.

Encor si de cet art on n'employait l'adresse Que pour encourager la timide jeunesse; Si l'orateur un jour par la foule excité, Méritait ce fpie, jeune, il n'a pas mérité; •Mais on voit qu'à tout âge, en prêchant des Carêmes, Il faut briguer la chaire et les auditeurs mêmes.

Cette nécessité fait aux prédicateurs

' Edition de Rennes.

Le ciel régla son sort, en réglant sa naissance.

- On a pensé que l'auteur avait en vue Charles-Maurice Le Tellier, qui depuis fut arclievèque de Reims, — ou l'abbc Colbert, plus tard évêque de Montpellier. — MaisTabus que signale ici De Villiers était fréquent alors. .\ujourd'hui il est plus rare.

i6 l'aht de prêcher.

Une loi de répondre à tant do soins llatteurs,

l>oiit le monde malin les chiirche et les caresse;

Le pécheur, je l'ai dit, accuse leur mollesse,

En raille, en rit toujoius. Mais qu'y faire? Il faut bien

Voir le monde, y trouver du crédit, du soutien,

Si l'on veut obtenir des chaires que personne

N'obtient qu'ayant accès chez celui qui les donne.

Quel parti prendront-ils? voudrait-on qu'invités Chez l'usurier Argan de passer les étés, Ils n'y vinssent qu'armés de zèle, pour combattre Le pillage égorgeant du criant denier quatre? Mais quoi? dans sa paroisse Argan, quoique usurier. Se rengorge dans l'oeuvre ', et s'assied marguillier.

Iront-ils régalés, chez la veuve Climène, (^.ette dévote altière et mauvaise chrétienne. Blâmer des faux dévots la folle vanité. Lui prêcher le devoir, la raison, l'équité. L'amour de ses enfants, et la tx'ouvant rebelTe, Jeter de leurs souliers la poussière contre elle?

Ils le feraient; mais quoi! Saint-Hoch et Saint-Méri, Saint-Germain et Saint-Paul ^ ont de feu son mari Pour marguilliers en chef, le cousin, le beau-frère. Les arrièi'e-cousins du fils de sa grand'mère. Voudrait-on (pie leur zèle en élevant sa voix. Leur fit manquer Saint-Hoch, Saint-Germain-l'Auxerrois?

Non, non, pour une chaire, et de cette imi)ortance, On doit leur pardoimer un pi'U de complaisanc(.', Pour de moindres, cunibieii d'autres font-ils de pas? Il n'est manège, adresse, enfin rien de si bas,

• Œuvre, pour banc de l'œiivrc, siège afTccté aux dignitaires d'une fabrique.

* Grandes paroisses de Paris,

Qui ne leur soit permis pour occuper leur zèle. D'un niarguillicr élu leur dil ou la nouvelle, Les voilà sur la voie, et chacun le premier S'cftbrce de saisir le nouveau marguillier. Il n'a point de parents que l'on ne sollicite; il n'est point d'importuns (juo l'on ne lui suscite. Tel même, de qui peut à ce rang parvenir, Kait tirer l'horoscope, et quand dans l'avenir L'étoile qui préside au sort de la Fabrique, Donne d'un marguillier la preuve astronomique; Dis ans auparavant on va briguer la voix De celui dont l'étoile a fait lire le choix *.

Mais c'est peu d'obtenir une chaire importante. Si l'on n'a d'auditem's une foule éclatante. Plus le temple est célèbre, est vaste, est fréquenté. Plus il est doulom-eux d'y prêcher déserté.

Oh! quels prédicateurs sont assez intrépides. Pour soutenu' l'aspect de chaises toujours vides. Et braver des bedeaux trompés dans lem' espoir, La verge menaçante et l'œil malin et noir? En est-il qui d'abord ne perde pas courage. Quand trouvant à sa chaire un facile passage. Il n'a pas le plaisir d'être foulé, froissé; Ou quand, de nde en vide, il voit triste et glacé. Un auditeur qui semble, à l'air dont il écoute , Regretter tout le peu que sa chaise lui coûte?

Peut-il dire un sermon, et le fournir entier. Apercevant debout, auprès du bénitier, Le fort de l'auditoire, à qui pour être à l'aise, La loueuse de loin offre, crie une chaise,

* Trait de satire peut-être exagéré, même dans le temps où vivait Tauteur.

18 l'art dk prêcher.

Sans qu'aucun vienne, approche et daigne en se plaçant. Remplir ce large espace et ce vide oIFeusant ?

Peu, comme Bavius, s'aveuglent jusqu'à croire Qu'ils ont, quand on les fuit, un nombreux auditoire, l^t de les consoler épargnent l'embarras, lUsant : Nous avons fait quelque jyetit fracas. l,a plupart ont la vue et plus juste et plus nette, VA la nature en ton»; n'a pas mis la lunette Qui sert à l'amour-propre pour grossir les objets.

Bien des prédicateurs à la grêle sujets, Ont à cœur cette honte, ont la vue assez bonne Pour ne point voir de foule, où l'on ne voit personne.

C'est donc pour éviter ce squelette hideux De chaises et de bancs arrangés autour d'eux. Pour s'épargner l'horreur du large et vide espace. Où court d'un pas léger le bedeau qui les passe, Pom' n'apercevoir point, par ce grand vide ouvert, T-e Prêtre qui s'habille et l'enfant qiù le sert, .

Apprêtant la chapelle, où le passant s'adresse, Et pendant le sermon, va, vient, cherche une messe; Pour éviter enfin tant d'opprobres criants. Que de riches pécheurs aniLs doux et pliants. Ils sèment, par le soin de les voir, de leur plaire, La moisson d'une foule utile au ministère.

C'est ce que tu feras — Coiiuneut faire autrement?

Réponds-tu, c'est l'usage. — Ah! cher Abbé, comment?...

Sois un saint, cherche moins à prêcher qu'à bien vivre ,

Tu verras à l'envi tout le monde te suivre.

Les chaires te chercher, .\lors, de ter. emplois

On ne te verra point, délicat sur le choix.

Rebuter l'artisan, qui tout tremblant hésite

A te nommer la chaire à laquelle il t'invite,

Kt ne t'apprend enfin que c'est Saint-Pierre-aux-Bœufs^ Qu'après t'avoir cité quatre docteurs fameux. Qui dans ce même lieu n'ont point, comme tant d'autres. Rougi de célébrer le Prince des Apôtres.

Ne cherchant que les cœiu's, tout cœur te sera bon. Kt tu ne croiras pas avilir ton sermon. N'ayant pour auditeurs que des gens sans carrosse. Ni te déshonorer en préchant à Saiiit-Josse =*. H n'est aucune église, auciui peuple, aucun lieu. Dont, n'ayant d'intérêt que l'intérêt de Dieu. Ton zèle ne s'honore, et ne coure avec joie, Préitarer la moisson du Seigneur qui t'envoie '.

Loin de t'enorgueillir d'avoir prêché les rois. Tu chercheras le pauvre, et de la même voix Qui charmera la cour, qu'applaudira le prince. Tu te feras entendre au fond de la Province. Partout, sans te lasser et sans te démentir. On te verra chercher des cœurs ii convertir; Tantôt dans le village instruire l'ignorance; Tantôt dans l'hôpital consoler la souffrance ; Tantôt aux prisonniers apprendre à prévenir De plus grands maux que ceux dont on les doit punir *.

Crois-tu que remplissant ainsi ton ministère, Plein d'un zèle humble, pur, courageux et sincère,

' Petite paroi -se de Paris.

- Autre petite paroisse.

3 Saint François de Sales aimait beaucoup les petits auditoires, et le Père Lejenne disait, qu'il y avait toujours moins d'amourpropre et souvent plus de prufit, à prêcher à un petit nombre de personnes. (Voir Avis aux jeunes Prédicateurs).

' Nouvelle allusion au P. Bourdaloue, qui aimait à s'acquitter de toutes les fonctions indiquées dans ces vers.

Od te vit d'auditeurs et de chaires manquer? luges-en par l'effet. Tu l'as pu remarquer Dans les siècles passés, peut-être dans le nôtre, Ce que peut la vertu, le zèle d'un apôtre, (les saints prédicateurs qui vivent retirés. Manquent-ils donc d'emploi? Tu les vois admirés, Sans brigue, sans appui, ne se montrant qu'en chaii'e, Leur nom seul après eux traîne toute la terre, A tout autre cachés qu'au pécheur pénitent. Qui leur ouvre son cœur soimiis et repentant.

Mais vois quel est le sort de celui qui s'intrigue. Et n'a des auditeiu's, des chaires que par brigue. Cet abbé va partout, on le voit à la cour. On le trouve à Paris, me disait l'autre jour Un homme, obsen'ateur zélé des bienséances ; Pourquoi nous fatiguant de fades révérences. Abordant rpii le fuit, le voit-on s'obstiner Par de sots compliments à nous assassiner?

Pourquoi? dis-je aussitôt, il faut qu'on vous instruise; Trouvez-vous au sermon. Dimanche en telle église. 1

Il y vient, il y trouve un grand monde assemblé. Il reconnaît celui ilont il m'avait parlé. Oui de mots affectés et de vaines pensées, Repaissait les brebis qu'il avait ramassées.

Hé bien ! lui dis-je alors, demandez-vous pourquoi?.... — .Non, dit-il, c'est assez, maintenant je le vois. Ecoutons. Ce fut là que s'échauffa sa bile. Est-ce ainsi, me dit-il, qu'on prêche l'Evangile? Est-ce là d'un apôtre et l'air et le discours? Puisqu'il en a besoin, qu'il cherche du secours; Qu'il aille aux marguilliers rendre un honteux hommage, Et par ses lâchetés achetant leur suffrage,

CHANT PREMIER. 2t

(Ju'il obtienne qu'en chaire on le laisse monter ; Ce n'est rien.... Mais de voir ce qu'il vient débiter; Ces mots, ces riens brillants, qu'avec pompe il étale. Quels bizarres portraits! quelle vague morale! Sortons, ami, sortons.... — Arrêtez.... — Je ne puis; Sortons, encore un coup. Il sort, et je le suis. Et j'approuve en soiiant son zèle et sa colère. Mais toi, qui t'élevant à ce saint ministère , Semble n'attendre plus que l'heure pour prêcher, Abbé, crois-tu qu'alors il ait dû se fâcher ?

Sommaire. — Du style de la chaire. — On l'acquiert surtout par l'étude do l' Ecriture sainte. — Ecueil à éviter; — Genre d'e.xactitude qui convient au siyle de la chaire. — Exorde modeste. — Eviter le mélange du sacré et du profane. — Défauts à éviter dans l'e.xorde. — Invocation. — Choisir sa matière. — Division. — Homélie. — Excuse des traits satiriques répandus dans ce traité. — Prédicateur observé. — Clarté dans la division. — Variété dans les divisions. — S'emparer de l'attention .^aos la demander. — Science nécessaiic au prédicateur, comment il doit en user. — Citer du latin, quand et comment. — Eviter le langage mystique — Se faire comprendre du peuple comme des savants. — Composer soi-même ses sermons. — Usage des comparaisons. — Le sermon doit toucher. — Péroraison. — Craindre les applaudissemeuts,

Parle sans te llatter ; sais-tu bien de quel style On doit parler en chaire et prêcher l'Evangile ? Sais-tu quel choix de mots, de phrases et de tours ', Et quel sublime enlin convient ù ce discoui's?

Il doit être éloquent; mais la vraie éloquence, Dans le sermon surtout, n'est pas ce que l'on pense; Et le sublime propre à ce discours sacré Plus que jamais peut-être est encore ignoré.

• Au lieu des quarante vers qui suivent, on lit dans l'édition de Rennes :

Sais-tu choisir les mots propres à l'annoncer, Les choisir avec art, avec art les placer? Tel du style souvent croit avuir l'élégance, El savoir bien parler, qui, pour tonte science, D'une phrase à la mode, et d'un terme élégant. Sait orner un discours partout ailleurs rampant.

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