‹ L'art de precherChapitre 4 sur 81 · CHANT SECOND · texte numérisé non relu

CHANT SECOND

— Plus (|ue jamais? Eh quoi, les sermons qu'on estime, Uue l'on suit, que l'on court, n'ont-ils pas de sublime? N'est-ce pas au contraii'e, en ce siècle éclairé,

Que de barbares mots le discours épux*é.

Du bon sens et du vrai soumis aux lois sévères,

A trouvé le sublime ignoré de nos pères?...

C'est là, du moins c'est là ce qu'on dit tous les jours.

— On le dit, je le sais; mais laissant les discours. Qu'en dépit du bon sens, tous les jours on imprime, Penses-tu qu'un sermon soit éloquent, sublime.

Où l'art paraît d'abord par le tour affecté. Qui cherche du brillant l'ennuyeuse beauté; Où le terme nouveau, l'épithète hardie.

Ne servent qu'au vain son d'une phrase arrondie; Où d'un arrangement toujours harmonieux , On découvre partout le soin prétentieux ; Où de la métaphore on s'égaie aux licences ; Où le prédicateiu", esclave des cadences. Semble n'avoir à cœur rien de plus important. Que le soin de charmer l'oreille qui l'entend.

C'est là ce qu'aujourd'hui des gens nomment sublime; Et toi-même ci'oyant que c'est ce qu'on estime. Tu n'as lu, copié que les auteurs nouveaux. Dont l'orateur novice adoptant les lambeaux. Vient, lier de ses larcins, nous rendre avec emphase Les termes hasardés et l'insolente phrase.

Un autre à chaque mot joignant une épithèlc CroiL attraper par là réloquence parfaite. Un autre en mots pompeux, l'un à l'autre cousus. Nous donne pour sublime un superbe phœbus. Pénètre le génie, et le tour du langage Apprends de chaque mot et la force et l'usage; Toujours en écrivant modeste et retenu.

Donne-nous un discours égal et soutenu.

24 l'art dk prêcher.

Choisis mieux, et toujours te faisant une loi De ne rien emprunter qui ne paraisse à toi; Tâche de te foruier à toi-même ton style. D'en bien choisir le genre et de t'y rendre habile.

Ce qu'on appelle Style est un arrangement De termes assortis, qui tous également Semblent, quoique divers, couler de même source. Et sans se désunir fournir la même course; Un fleuve que le vent qui le vient agiter. Ne fait point de son lit sortir ou s'écarter. Mais qui tantôt tranquille, et tantôt dans l'orage. N'a que les mêmes eaux et le même rivage. — Ainsi toujours égal, doit ton style en prêchant. Tantôt couler tranquille, et tantôt vif, touchant. Courir impétueux oiï ton zèle t'emporte; Des bornes du sermon sans que jamais il sorte. Et vienne audacieux entraîner dans son cours. D'un discours étranger les termes et les tours '.

C'est par de tels écarts qu'un auteur inhabile. En croyant l'enrichir, anéantit le style. Et donne pour sublime un informe chaos. De termes et de tours placés mal à propos; Qu'il rampe d'un côté sans forces et sans grâces. De l'autre tout à coup monte sur des échasses; Dans un même discours poëte et prosateur. Bas, guindé, froid, bouillant, fade et pompeux auteur.

* Le style doit Être simple et ferme dans l'exposé des principes, coulant et facile dans les réuiis, nerveux et serré dans les preuves, vif et rapide dans les mouvements. Les choses de sentiment ne veulent point d'un style enctiiiné dans de longues périodes ; elles le veuiint animé et patLélique. Les choses d'imagination veulent un style gr;icieux et fleuri, pittoresque et abondunt en imajj'cs.... — (IIamon. Traité de In l'rédic. page loi.)

CHANT DKVXIKMK.

Connais mii'ux le génie et !•• lour du langage. Apprends de chaque terme et la force et l'usage. Toujours en écrivant, exact et retenu, Donne-nous un sermon égal et soutenu.

Noble sans te guinder, naturel sans bassesse. Tu dois, semblant la fuir, l'echercher la justesse; Et dans un style pur, où rien n'est allecté. Conserver l'élégance et la simplicité.

Va te former ce style en lisant l'Ecritm'e, Là tu reconnaîtras la voix de la natm'e; Chaque mot, chaque trait te fera démêler Comment on parle au cœur, et comme il doit parler; Là tu pom'ras sentir d'ime phrase énergique. Et des mots bien placés la force pathétiffue; Là tu pourras apprendre à mettre dans son joxu- Ce qui doit inspirer ou la haine ou l'amom'. Etablir du Dieu fort l'empu'e et la parole. Et confondre l'erreur qui couit après l'idole.

C'est là que sous des traits simples et naturels Chaque objet se présente, et qu'aux cœm's criminels Un lidèle miroh' offre partout l'image Des fers durs et honteux d'un pesant esclavage. C'est là que par des tom-s au prophète inspirés. Tu verras d'un seul mot les méchants atteiTés, Et le juste exalté trouver dans un seul terme La paix et le bonheur c£ue la vertu renferme. Nulle phrase inutile et nul terme allecté ; Là tout est simple, grand, et de la vérité On y sent l'éloquence et la voLx naturelle ; Et le langage enfin que doit prendre le zèle.

Uuel ijue soit le sujet que tu veuilles traiter. Le divin hvre seul te peut plus profiter.

2f) i.'art de prêcher.

Plus faiJer à trouvci- le sublime du style , Qu'Homère ou que Platon, (Acéron et Virgile. Dans ce livre divin, Chrysostôme a puisé Le tour noble, sublime, élégant, vif, aisé. Que tout prédicateur doit prendre pour modèle . Rends-toi donc à le lire atttnitif et fidèle '. Pourtant judicieux, garde-toi d'imiter La pieuse fureur, qui pour trop affecter De ne parler jamais que comme l'Ecriture, En compose un jargon «{ui nous la défigure. Toujours en termes pris de ces livres sacrés. Nous propose des toiu-s et des traits figurés, Qui loin de l'éclaircir, rendent la phrase obscure. Sache mieux employer les mots de l'Ecriture, Et ne t'en sers qu'autant que du peuple connus, Tes sermons en seront partout mieux soutenus.

Ce ne sont point les mots que l'écrivain habile Tire des livres saints; c'est la force du style , !

C'est le tour naturel, simple, vif, élevé , Par où d'abord saisi le cœur est enlevé.

Mais au lieu d'y chercher ce style pathétique. Le froid prédicateur les lisant ne s'applique Qu'à parer ses sermons du terme d'Ismél, Ou qu'à donner à Dieu le nom de YEternel, Croyant voir des pécheurs l'àme à sa voix soumise, j

Quand il les a traités de race incirconcise,

1 Lisez et relisez l'Ecritiir.ï sainte, c'est, le conseil donné par tous ceux qui ont Ir^iitè de la prédication; du reste, saint Paul lui- môme donne c- mOmc conseil à Timuihée. Toute écriture insinrée de Dieu, lui dit-il, est utile pour instruire, pour repre?idre, pour corrirjer et pour conduire à la piiHé et à la justice. Dans ce peu de paroKts sont rcnfcrm/jes toutes les fins de la piédieatioa.

CHANT DELXifcMF. 27

l't que dans l'Ecriture il doit sembler versé Pour en savoii' fournir un terme déplacé. De ces termes heureux si tu veux faire usage, Que ce soit à propos ; et du divin langage Prends garde d'abuser par l'inutile amas De termes que souvent le peuple n'entend pas •.

Du genre de ton style ayant fait une étude , Sache en étudier encor l'exactitude.

Il en est une, ^Vhbé, pour le prédicateur; Mais du simple écrivain distingue l'orateur. Quand Cicéron dans Rome armé contre le vice, D'Antoine ou de Verres accusait l'injustice, il parlait autrement, que quand plus familier il raillait d'un plaideui* l'équipage guerrier-.

Apprends donc en prêchant à parler de manière Que ni mot trivial, ni phrase familière N'abaisse notre esprit à d'indignes objets; Exprime noblement jusqu'aux moindres sujets.

Heureux l'homme éloqxient qui connaît le sublime ! Il peut tout faire entendre ; il n'est vice ni crime, 11 n'est aucun désoi'dre, aucun égarement, Qu'il n'exprime et ne sache exprimer noblement.

' Que les textes cilés ne soient ni trop nombreux ni trop long!=,

cela ennuie l'auditeur; point ou très -peu de citations latines.

C'est une manie, qui touctie de Lien près au ridicule, de citer le

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