‹ L'art de precherChapitre 5 sur 81 · livre, le chapitre et le verset · texte numérisé non relu

livre, le chapitre et le verset

2 L. VII, Epist. famil.

* Au lieu des vingt-six vers qui suivent, on lit dans l'édition de

Renn; s.

Veux-tu peindre un héros, veux-tu qu'avec Eugène

Sur l'esprit, sur la lany;ue Ariste s'entretienne ;

Imite de Bouhours(«) le style délicat?

Mais si lu veux prêcher, fuis ce soin trop exact, etc.

(ai Auteur des entretiens d'Arisie ei d'Eugène, dont le style passait pour 4ire très, et même trop soigné.

28 1,'art df. prêcher.

Mais qui n'a point ce don, celte heureuse éloquence, Jamais d'un noble tour il ne dit ce qu'il pense. Des maux tfu'il doit combattre il passe la moitié. Et dans ceux qu'il attaque il fait honte ou pitié. C'est là ce don du Ciel que l'on ne peut apprendre, Qu'à peine à qui l'ignore on peut faire comprendre; Mais qui touche, qui plait, et sans savoir comment. Fait même aux plus grossiers sentir son agrément.

Prends garde que des mots la scrupuleuse étude N'énerve ton discom's par trop d'exactitude. Sois exact, si tu peux ; mais tu peux en prêchant. Etre un peu moins exact, pom* être plus touchant; Hasarder une phrase où l'oreille est blessée, Plutôt que d'atlàLblir ta preuve ou ta pensée; Compter pom* rien des mots rudes et mal placés, Dans des raisonnements avec force énoncés. Et malheur à l'oreille aux termes attachée, Qui se révolte alors, et se trouve écorchée. J'aime mieux dans la chaire un heureux mouvement. Que d'un discours poh le sec arrangement.

Loin, ces prédicateurs dont la froide élégance, A l'oreille ennuyée olfre tout en cadence : Cette égale harmonie et me berce et m'endort.

Mais aussi ne va point, toujours dans le transport, Méprisant follement toute délicatesse.

Nous donner des sermons sans ordre et sans justesse.

Du discours en [trèchant sache observer les lois; Il ne t'est pas permis de t'en faire à ton choix. Prends-les du fond de l'art, mais cache l'artilice.

Ne commence jamais d'un air qui m'éblouisse, Et d'un ton orgueilleux ne viens point, promettant. Dès l'abord, un discours, un sermon imimtant,

Sermon qui doit remplir et jxisser notre attente, Renouveler la table où la montagne enfante.

Par ces airs fastueux luiiprudent orateur, En garde contre lui met d'abord l'auditeui'; Et rarement aussi l'orateur qui nous vante La pièce qu'il promet, nous la donne excellente. Tel échauffé d'abord foudroie en conmiençant. Qui bient<M refroidi me glace en Unissant. Un habile orateur toujours modeste et sage Proposant son sujet, s'observe, se ménage. De ces airs fastueux sait, hiunble, s'abstenir. Et promet toujours moins qu'on ne lui voit temi\

Plus exact qu'autrefois notre siècle condamne Ce mélange brillant du saint et du profane, Si chéri, si commun au siècle de Coton *, Quand par un Cambisés commençait le sermon.

Ces traits que nous foiu'nit et la fable et l'histoire, Des grands prédicateurs faisaient alors la gloire; Peut-être en avons-nous encor d'accoutxmiés A ce bizarre usage, et savants estùués ; Savants à peu de fi"ais; dans cent et cent ouvrages On trouve à point nommé ces traits et ces passages. Et quel est l'ignorant, qui ne puisse au besoin Les fournir à milliers, sans les chercher bien loin?

Souvent pris de trop loin un exorde bizarre. Jette hors du sujet l'orateur qui s'égare; Et souvent trop pompeux il dérobe l'éclat Au reste du sermon qu'il fait paraître plat. Il faut donc que toujours le sujet le fournisse. Et qu'au coi'ps du discours il prépare et s'imisse.

' Fainrux prédicateur de la cour de Henri IV, qui fut long:temps confesseur de ce prince.

Quelquefois le sujet dès l'exorde traité, Ne laisse pour sermon (p.i'un discours répété. On tombe en ce défaut par une erreur grossière, Croyant que dés l'exorde abrégeant sa matière. On donne à son sermon dans ce précis pompeux, Un plus brillant début, un début plus heureux. Cet usage surtout dans dos discours funèbres Semble presque adopté par des auteurs célèbres, Qui par un tel début font tomber tous les joui's, Ou languir cnnu3-eux le reste du discours. Il est vrai, le début est brillant, il m'applifpie ; Mais je m'ennuie après, quand je vois qu'on n'explique Que le même sujet que j'ai d'abord conçu; Qu'on ne me montre rien que je n'eusse aperçu. Et que de point en point on ne fait que reprendi'e Ce qu'en deux mots d'abord on m'avait fait entendre.

Fais ton cxorde simple, et laisse à deviner Quelle preuve au sujet, quel tom" tu dois donner : C'est peu d'exécuter ce que tu fais attendre ; Tu dois faire encor plus, et savoir- nous surprendre.

Du ciel après l'exorde invoque le secours; Mais n'imite jamais par de biulcsques tom's. De ces prédicateurs l'éloquence flemic.

Qu'une chute de mots jette aux pieds de Marie, Et qui sans la faveur d'une transition, N'oseraient imjilorer son intercession'.

Choisis pour tes sermons une heureuse matière. Ne la i)i-opose point sans la fournir entière :

' Il s'agit ici do sermons d'apparat, car on doit laisser de côté l'invocation dans les prônes, les homélies ou les instructions familières.

Souvent au tl^TuuT po'uit ou n'a pu i)orvenir,

Que l'horloge sonnant avertit de finir.

On a beau s'échautVcr, c'est en vain ffii 'on exhorte

l'n auditeur lassé qui regarde la porte.

Aux points les plus touchants attache-toi toujours.

Et sache en points égaux partager ton discours :

L'antithèse longtemits en a fait le partage.

Le bon sens a toujours condanuié cet usage *,

Et n'a pu sans gémir voir des mots badiner.

En této d'iui discours rpii iloit nous consterner.

Oh! ([uand vien<lra celui qui saïu'a plus habile D'un tyrannique usage allVancliir l'Evangile, Et rendre à nos sermons l'heureuse liberté Que donne à ses discours la sage antiquité? De la division elle ignore la gène, Et jamais oratciu" dans Rome ou dans Athènes, Partageant avec art ses sujets proposés. N'en distingua d'abord les membres opposés, r.haque point à son i\ang arrivait de lui-même, Hu jn'emier sans le dire on passait au deuxième. Et l'on n'attendait pas que du premier lassé. Pour ])asser au second l'auditeur eût toussé. Le sujet simple et clair n'enferma ut qu'une chose. S'avançait vers la fin sans détom* et sans pause; Et sur cette unité l'orateur scrupuleux. Jamais pom' un discours n'en lit entendre deux 2.

Ainsi d'un seul objet plus longtemps occupée, L'àme était du discours plus vivement frappée. Et siu" le même point l'auditeur attaché. En sentait mieux la force, et sortait plus touché.

^ Lingendo cl le bon sens ont banni cet usage. {Edit. de Rennes) * L'auteur critique, et avec raison, le soin extrême avec lequel

32 l'art ue prêcher.

C/esl ainsi »iue lixée au même point de vue.

On voyait autrefois luie assemblée émue.

Se livrant aux conseils que l'orateiu" donnait.

Courir impatiente où sa voix l'entraînait;

Instruite des com|»lots d'un citoyen rebelle.

Se biter d'en punir l'audace criminelle,

Et ne laisser jamais à force de lentem*.

Sans succès et sans fruH barangucr l'oi'ateur. Tel est l'effet soudain qu'aurait produit peut-être,

La voLx qui nous exhorte à ne servir qu'un Maître,

A secouer le joug du monde et du péché.

Si sur un sujet simple elle eût toujom's pi'êché.

Dans la division du sujet qu'on propose. Et dans chaque intervalle où la voix se repose. On voit se refroidir les plus saints mouvements. Et se perdre sans fruits de précieux moments.

C'est la mode ; il faut bien que la voix se soulage. Et le beau du sermon souvent c'est le partage. Curieux de desseins, de propositions.

Chaque prédicateur court les divisions; Et souvent tout l'effort, lout le fruit de son zèle. Est d'en trouver quelqu'une éclatante et nouvelle.

Suis donc la mode, Abbé; mais méprise pourtant Le ridicule soin d'un partage éclatant :

certains prédicateurs couraient hs divisiom. Cepcnflnnl ce qu'il dit ici a besoin d'êire expliqué. Si J'on n'avait jifTairc qu'à des auditeurs in-ttuits, pouvant suivre l'oriJrc ol la liaison des idées, peut cire la (livisi(,n 8<ralt-(lle inutile. Mais rexpi';riencc démontre que la plupart iV s auditeurs n'ont joint ce degré d'instruclioii; il faut donc des divisii.ns, et même oouvent oncsl obligé d'y revenir et de Irs rappeler: Nou.<t rivons m proinfronctil ijxc... lin second lien nowi avons montré tjne... C( tic mélli(jdc réveille raltcnllun, cl soulage la mémoire de l'auditeur.

CHANT DEUXIKMK. 33

Divise tes sermons, puisque c'est la manière; Mais crains, la partageant, de changer ta matière; Evite ce défaut; tous les points jusqu'au bout Doivent être liés, et composer un tout.

Non qu'à cette méthode aucun devoir te lie ; Fais, si c'est ton talent, une simple homélie. Et de chaque Evangile embrassant les sujets. Applique ta morale à diiFérents objets.

C'est ainsi fju 'autrefois ont prêché les saints Pères, Ainsi dans leurs sermons savants, mais populau'cs, A dillércnts sujets ils savaient api)lirpu'i- Les grandes vérités qu'ils venaient dexplicfuer; Et dans chaque homélie une morale utile Accompagnait toujours le sens de l'Evangile.

Heureux, si de nos jours tant d'orateurs fameux Reprenaient cet usage, et saints, prêchaient comme eux : De toutes parts en foule on irait les entendre, Et moi, laissant cet art que je te veux apprendre. Au lieu de me mêler ici d'en discourir. Après eux le premier tu me verrais com'u*.

Mais d'autres que des saints en chaire osent paraître; C'est pour eux que j'écris, et leurs défauts peut-être Me feront pardonner le peu qu'en les blâmant, La satire à mes vers a prêté d'agrément.

Tu t'en es aperçu; j'ose ici pom' t'instruire. Emprunter quelquefois les traits de la satire, En séparer le sel d'un venin odieux.

Et donner à mes vers rm ton moins sérieux.

C'est là ce que, gardant toujours leurs caractères. Ont fait les plus grands saints, les saints les plus austères. Combien de fois Jérôme en attaquant Rulin. S'est-il servi d'un tour et satirique et fin?

Et Bernard, manqua-t-il aux lois de la prudence,

Quand blâmant des prélats le luxe et la dépense,

Il lit de ses écrits qui distillent le miel,

Couler une satire exempte de tout liel ?

Il est, il est, crois-moi, d'innocentes critiques.

Si tu trouves ici quelques traits satiriques.

De ceux que tu dois craindre ils ne sont que l'éclair;

C'est pour t'en garantir que je les jette en l'air.

Sache qu'à t'observer tout Jt; inonde s'applique, Saints, pécheurs, libertins, mais sm'tout l'hérétique; Ne te déguise point ce qu'il dira de toi, Si profane tu viens remplir ce saint emploi. Otons à ses erreurs ce prétexte frivole. Et chargé d'annoncer la divine parole, Tâche au moins, cher Abbé, de le faire avec fruit ; Docile jus«{u'au bout à ma voix qui t'histruit. Ecoute donc encore, et retiens mes maximes.

Evite eu divisant les plu'ases synonymes. Qui jouant sur les points dont on a fait le choix, Kn termes ditl'ércnls les répètent six fois. Cette fade abondance est d'un esprit stérile. Veux-tu qu'à retenir chaque point soit facile. De ce fatras de mois va te débarrasser. Mais pour t 'exprimer juste, apprends à bien [)enser; Quand une expression est trop vaste ou confuse, La faute est dans l'esprit, c'est lui seul que j'accuse, Et la langue toujours (;x|irime clairement Ce. quo d'idiord l'esprit a conçu nettement'.

' Imitation de ces deux vers de Boileau :

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement Et les mf)ls priiir lo dire arrivent ais(^nK!nt.

Souvieus-toi donc toujoiu's d'éloigner de ton style

De puériles fleurs l'abondance inutile.

Ce n'est point ton discoiu's que je dois admirer;

Ne m'oblige pas même à le considérer.

Les mots sont inventés pour conduire aux pensées;

Mais quand avec trop d'art les pbrases sont placées,

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