‹ L'art de precherChapitre 41 sur 81 · DES PRINCIPES · texte numérisé non relu

DES PRINCIPES

Un sermon sans principe serait un édifice sans fondement Des principes solidement établis disposent l'auditeur à pas ser les conséquences.

Ce qu'on pose pour principe doit non-seulement êtrei constant, mais passer pour tel. Quelque solide que soit une' opinion, il ne faut pas la donner pour règle, si elle peut être contestée.

Sur les matières qui partagent les écoles, le prédicateur ne prend point parti, il respecte tout sentiment, et ne décide rien d'indécis. Il n'a pas le même intérêt, qu'avait S. Paul à Jérusalem, de diviser ses auditeurs.

Si quelque proposition a choqué dans un sermon, le prédicateur peut la ramener dans un autre. Mais que l'explication ne sente ni la justification, ni l'apologie, sauf la foi. Sa modération doit aller jusqu'à supprimer ce qui pourrait l'avoir offensé lui-même.

II y a des principes si clairs, qu'on perdrait le temits à les prouver, on supposerait que l'auditeur ignore ce (fu'il ne peut ignorer. S'il y en a qui aient besoin d'être éclaircis, on s'y arrête, mais peu ; l'auditeur attend autre chose. Souvent on s'y étend trop, faute de génie pour en sortir.

Quand le prédicateur s'est ainsi longtemps tenu sur les incipes, sans descendre aux conséquences pratiques, l'auîcur revenu à soi, se souvient qu'il a été frapjié d'idées i-traites, et c'est tout, il n'en fait aucune application à ses ii'.'soins.

D'autre part les consécjuences troj) tôt tirées, et i)oussées

dans lin détail qui fait tout le sermon, jettent le prédicateur dan s des redites ; les mêmes moralités reviennent : les traits qui peignent les mœurs ne sont pas infinis,

l'n principe proposé d'un tour sententieux fait impression et on le retient ; les sentences sont les proverbes des honnêtes gens, comme les proverbes sont les sentences du peuple.

Il faut ne rien surfaire, ne rien outrer. Prêchez simple mont l'Evangile, qui ne présente que la croix, vous serez assez sévère, et vous ne le serez pas trop. Jésus-Christ n' riendc trop dans ses maximes.

Quand le prédicateur exagère les petits défauts, l'auditeur eu rabat autant sur les grands, et se les pardonne. Les vices énormes paraissent alors à l'impénitent des minuties exagérées.

l.c zélc qui porte les fidèles à ce qu'il y a de plus parfait, no doit pas condamner ce quil'est moins : chacun a son don [urticulier, et tel qu'il l'a reçu du Père des lumières.

L'oxcèiî est partout vicieux. Dans un sermon il peut j

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avoir trop de principes, d'éruditiuu, de raisouuomeiitb, de citations, de mouvements, do ligures, de portraits du cœur hiunain et de satires du siècle, trop même d'allusions aux expressions de l'Ecriture, qui renilent le discours obscur. Tout doit s'employer sobrement.

Mil.

Si tpielipie excès est supportable, c'est celui de lu solidité. Un bon discours est toujours beau, manquàt-il de politesse : les ambassadeurs Scythes raisonnaient et convainquaient. L'orateur fondé persuade les esprits sensés, et même les esprits superliciels : à peine .çagne-t-il ceiLX-ci, s'il est de leur cai'actère.

Les Pères ont souvent posé les principes qui suivent : Que le Tout-Puissant qui tolère le mal en sait tirer du bien, et faire rentrer le pécheur dans l'ordre ; que le salut est la grande alfaire ; que nous sommes ici-bas étrangers et voyageurs ; (|ue ceux (|ui ne craignent pas de pécher devraient au moins craindre de périr ; qu'il faut sans Cesse regarder devant soi, et tendre à la perfection; qu'après tous nos etïorts, il faut nous croire des serviteurs inutiles, ■te. etc.

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