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CHAPITRE VIII

DES PREOVES.

Le prédicateur doit surtout chez'cher la vérité et la montrer. Bannie de tout autre lieu, elle s'est sauvée dans la chaire ; cet asile doit être inviolable.

Il est des vérités si constantes, qu'il suffit de les avancer, ou tout au plus de les dévelopjier; mais il en est qui demandent des preuves. Le prédicateur n'est pas inspiré, et l'auditeur ne le croit pas infaillible. U attend des autorités <lécisives, ou des raisons concluantes.

Les preuves les plus incontestables sont celles qu'on tire de l'Ecriture, soit qu'elle décide elle-même, soit que la tradition en fasse une application décisive. Quand le prédicateur emploie les Livres saints, c'est le Verbe même qui parle. Le fruit n'est jamais si sain que sur l'arbre, ni l'eau plus pure que dans sa source.

11 ne faut ni ajouter à l'Ecriture, ni en rien diminuer. Oii| y ajoute, quand on égale les inventions humaines aux pré-

ceptes divins : on en diniLnut'j cfuand on allaiblit les pivceptes divins par des interprétations humaines.

Dans le choix et la valeur des preuves, les prédicateurs renversent l'ordre des philosophes. Dans la religion tout cède à l'autorité : elle est révélée; la raison n'a que le second rang, et l'exemple le troisième.

En préchaut, il ne suflit pas d'émouvoii', il faut convaincre. Au barreau le pathétique peut triompher; le juge ému prononce, et la cause est finie ; mais la chaire doit tendre autant à convaincre cfu'a émouvoir. Si le sentiment est sans liunière , quand il est passé, le pécheur est encore le même : au lieu tp,ie la conviction demeure quand l'émotion est calmée.

Des matières importantes prouvées faiblement font au ministre un tort dont le contre-coup porte sur le ministère, et même sur la religion.

Les pi'euves enchérissent sur la vérité avancée, elles l'exposent d'une manière plus convaincante, et elles concluent. On ne les compte pas, on les pèse ; le choix en est préféré à l'abondance. Plusiem's faibles raisons n'eu valent pas ime concluante.

î-0 MAXIMES SUR LU MINISTÈHE

Pour examiner la force d'une preuve, on voit si proposée froidement et dans le discours familier, elle convainc l'homme sensé. Les plus communes sont souvent les meilleures ; à force d'être vraies, elles sont devenues communes. L'auditeur les revoit avec i)laisir, si on leur donne un tour neuf.

On se rend plus attentif aux preuves de raisonnement qu'à toute autre; ou se fait honneur de les entendre. La Topique des anciens * n'est pas à négliger, elle ouvre les som'ces des preuves; mais il vaut mieux les trouver par la méditation du sujet, que par le secours de l'invention et par la méthode des lieux.

11 ne faut pas insister à prouver les vérités dont tout le monde convient. L'application doit être à établir ce que la passion conti'edit, ce que la prévention contes te.

Il ne suflit pas qu'une preuve soit forte par elle-même, elle doit l'être par rapport. Le solide est préférable au brillant, mais il cède à l'utile; et une raison assez faible persuade quelquefois, parce qu'elle est à portée. La lecliu'e de Démosthènes apprend que l'éloquence consiste plus à pous-

* Traité des lieux communs (l'oii peuvent se tirer les preuves. La Topique d'Aristote est encore estimée. ;

DE LA ClIAinK. 221

sc-r binisrjxienient ce qui intéresse, et qiii va au fait, qu'à ilire (le tjrandos choses nvec noiahre et liarinonie.

Le ])esoin conduit quelquefois où la justesse ne mènerait [)as. 11 faut convaincre les hommes par les choses qui les frappent, et leur épargner la peine d'examiner et de suivre trop loin le fil du raisonnement.

Vn long raisonnement qui enchaîne plusieurs i)ropositions, dont chacune attend sa preuve, fatigue l'auditeur; il a trop de chemin à faille : un raisonnement ti'op concis est obscur et embarrasse; l'art cherche un milieu.

F/arl propose une vérité, la met dans son jour, établit des principes, il infère, il applique, il s'étend sur les détails, il s'objecte les prétextes, il les détruit, il fait des instances qui pressent, cp.ii accusent pour ainsi dire ; si le désaveu s'échappe, il le poursuit dans ses faux-fuyants, il le coupe, il xevient ensuite sur ses brisées, il récapitule et conclut.

Il est des vérités qui trouvent de grandes contradictions. Alors on acciuuule les preuves ; on tâche non-seulement de convaincre, mais de terrasser. Le laboureur sème plus de grain qu'il n'en faut, parce que tout ne lève ]ias; plusieurs ravitiH réunis font un corps de lumière.

Hors de ces occasions, l'orateur ne déploie pas toutes ses preuves, il en laisse entrevoir quelqu'une sans la pousser. L'auditeur en devient plus docile, parce qu'il voit qu'on n'use pas de tout son avantage.

On fait sentir la force des preuves, sans la vanter. L'auditeur, maître de son acquiescement, ne veut pas qu'on le lui arrache.

Le ridicule qu'on jette sur les vices et sur les défauts en donne quelquefois plus d'éloignement qu'une censure sérieuse '.

Les raisonnements tournés en arguments méthodiques et précis ne conviennent pas à la chaire : la conversation même a peine à s'en accommoder. Le syllogisme concis n'est que pour la dispute.

L'orateur ne pèche guères plus impunément que dans la justesse et dans l'exactitude des raisons. Parmi les auditeurs, les uns critiquent la diction, les autres censurent les

1 Cependant il ne faut pas abuser de celte maxime. Le ton de la chaire peut être simple, mais il doit toujours être digne et sérieux.

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pensées ; il en est peu qui examinent la logique du discoui-s. On ne doit jamais la négliger, ne fût-ce que pour l'hoimeui' de la vérité, et pour l'apologie du bon sens. La probité ne hasarde point de preuve dont elle sent le faux.

Il est des discoureiu's qui n'imposent qu'au vulgaire ; le bon sens n'est jamais leur dupe. Purs déclamateurs, ils sont pleins d'exagérations, de ligures forcées, de pointes, de jeux de mots ; tous moyens propres à éloigner du but de l'éloquence, qui est la persuasion.

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