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CHAPITRE XL

DE i/aMPLIFICATION.

La brièveté serait commode, si elle n'était obscure ; on aimerait à entendre beaucoup de choses en peu de mots ; mais la difficulté est de les entendre. Tout est énigme pour le peuple, c'est à lui que le prédicateur parle ; il ne lui doit rien laisser h deviner.

Le peuple ne voit les choses spirituelles que dans im grand éloignement, il faut les lui rapprocher par de grands traits, tels qu'on les trace sur ces tableaux qu'on voit dans les vovites des temples. Dans les miniatures tout se confond, tout échappe à qui n'a pas l'reil fin. Le gros de l'auditoire ne

saurait lire dans la pensée du prédicateur, il s'en tient aux paroles. On doit supposer peu, et expliquer beaucoup. Il vaut mieux risquer d'en dii'c trop pour les gens d'esprit, que de n'en dire pas assez pour le vulgaire.

L'amplification opère siu' iine proposition, comme la sève sur uu germe ; elle développe, elle grossit, et rend sensible des parties imperceptibles. Outre qu'elle répand la clarté. elle rend le style nombreux et propre à la déclamation. L'école veut le style serré, la chaire l'exige diffus *.

Ce qui n'a pas besoin de preuve peut avoir besoin d'explication. On ne fait pas les vérités, on les établit, on lem* donne du jour, on aide à l'impression qu'elles ont commencée, on y répand l'onction.

Souvent l'auditeur est distrait, quel«p.iefois il manque de pénétration, il perd bien des choses. Si le discours est diffus, si les pensées sont développées, il se dédommage de ce qu'il a perdu.

• Diffus n'est pa.^ le mot ; l'auteur a voulu dire que le style de la chaire devait être clair, que chaque vérité devait y être expliquée; qu'il n'admettait point cette concision affectée, qui parfois est un mérite dans les ouvrages philosophiques. On peut lire à ce sujet un discours qu'il a prononcé à l'académie de Soissons dont il était membre. Ce discours a été imprimé dans les œuvres complètes du P. Gairhiès.

MAXIMES SI'R I,F, MINISTftRK

Quand l'orateur a choisi sa matière, et qu'il l'a arrangée, s'il a du feu et de la fécondité, il l'étend, il l'orne, il la relève par différents tours et par des expressions qui en montrent les diverses faces. D'un corps décharné il fait un corps nourri et qui a de l'embonpoint.

L'amplitication ne doit pas aller jusqu'à l'exagération. L'éloquence sacrée n'a pas besoin d'exagérer. Elle montre la grandeur et la petitesse des objets selon leur état véritable. Ce qui n'est r|u'exagéré est faiix et liientût parait tel.

L'abondance des pensées que founiit un esprit fécon<l doit" se resserrer dans les bornes du sujet. Il faut tendre à son but et ne jamais s'écarter. Plus le goût de l'auditeur ivst épiu'é, plus la fécondité de l'orateur esta l'étroit.

Quand uik; fois il a dit et; iju'il faut dire, il doit s'arrêter. Ce ipi'il ajoute, queb^ue esprit qu'il y jette, ne forme [)lus d'hnage qui plaise, n'excite plus de nouveaux sentiments. La précision fait alors plus d'effet.

Une grande facilité est ordinairement un grand défaut; elle est négligtsute, et (ilic étouffe les lionnes choses sous le

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nombre de? mauvaises. Les arbres les plus feuilleux * ne sout pas les plus fertiles.

Le bon goût juge si la pensée a sa juste étendue, et si elle est débarrassée des paroles inutiles. Cependant il vaut mieux ordinairement s'accommoder à la lenteiu* des esprits pesants, qu'à l'impatience des esprits vifs.

Il est des occasions et des matières uù la manière la plus noble de s'exprimer est de laisser entendre des choses sans les dire. La pensée de l'orateur va plus loin (jue ses paroles. 11 en est quelquefois de même do l'auditeur, qui supplée à ce qu'on supprime.

Une seule preuve présentée sous diverses faces, mises à la portée de tous, persuade mieux rpie plusieurs entassées ; la variété des tours pique et réveille. Il faut donc varier sans interrompre, presser sans se désister. Les détours des rivières n'en interrompent pas le cours.

La matière qu'on amplitie doit toujom-s croître; les der-

* Ainsi perlent toutes les éditions ; je crois que même à cette époque il falhit dire feuillus.

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niers tours enchérissent sui" les premiers ; ils prouvent, il^ convainquent, ils persuadent, ils laissent enfin sans réplique.

Il est quelquefois uécessaii'e de revenir à une raison décisive, et de l'inculquer de nouveau. Tous les auditeurs ne s'intéressent pas d'abord, plusieurs sont distraits, quelquesuns ont la conception dure, d'autres sont prévenus ; un retour au point décisif achève de persuader. On sacrifie ainsi aux avantages de la persuasion les agréments de la variété.

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Les digressions sont insupportables aux auditeurs d'un jugement exact. Poui' peu que l'orateur s'écarte, ils le croient égaré. Si la nécessité eu amène quelqu'une, il faut bientôt rentrer dans le sujet. On se console du débordement d'un' fleuve, qui a comblé des fossés à sec, quand il rentre promptement dans son Ut.

Les saints Pères, plus attentifs à la lin du ministère qu'à la régularité du discours, n'ont pas fait flifticulté de se détourner du sujet, quand la charité les y invitait. Le zèle peut faire négliger les règles ; se perdre ainsi, c'est se retrouver avantageusement.

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