‹ L'art de precherChapitre 47 sur 81 · DES PASSIONS · texte numérisé non relu

DES PASSIONS

Parlant aux hommes, on compte trop sur lem* raison ; on ne les persuade pas toutes les fois qu'on les convainc ; l'esprit ne prononce qu'après que le cœur a donné ses conclusions.

La volonté a ses motifs à part; on l'attire, on la gagne, eu mettant les passions en mouvement; la raison toute sèche ne pousse que des traits émoussés.

Le peu de goût que l'homme charnel a pom' la vertu exige qu'on en pai'le avec senthnent. Pour ébranler une imagination pesante, pom- échauller un cœm- froid, il faut des tom*s vifs et des mouvements passioimés.

Il pèche plus par cupidité que par ignorance. Il sait assez ce qu'il doit faire. Peu contestent de bonne foi les vérités et les droites maximes. Le secret est donc de montrera la passion son véritable iîitérèt, et de l'empêcher de s'y méprendre.

240 MAXIMES sua le ministère

L'amour, l'aversion, l'espérance, la crainte, la honte, les louanges sont les ressorts qui remuent l'àuie. Le simple exposé des devoirs ne fait qu'une impression légère ; mais celle qui pénètre vient des motifs poussés jusqu'à intéresser la passion.

Au théâtre on ne veut émouvoir qu'autant que dure le spectacle. Au barreau il faut entretenir l'impression jusqu'à ce que l'arrêt soit prononcé. Mais dans la chaire on doit exciter des sentiments ]>crmanents et qui croissent.

Comme la vertu gène l'amour-propre, pour la lui persuader, il faut lui présenter d(!s avantages qui le dédommagent. On le ménage autant qu'on peut, sans faire préjudice à la Tertu; on tempère les reproches ; on impute les égarements à l'ennemi commim, à l'ignorance, à l'occasion, à la violence de la tentation. On fait tomber les menaces évangéliques sur des désordres que l'amour-propre ne peut désavouer. Nul motif ne frappe tant la cupidité qu'une crainte bien fondée.

Les grands mouvements ne doivent pas être trop lins. Pour teiTasser les monstres, on n'emploie pas des ai'mes de parade et de montre; il y faut le sabre et la massue.

DR I.A CHAIKE. 2 41

La )iassioii véhéiiu-iiile ost iMpidc: le style y est brusque et précipité, saus nomljro, sans liaison, sans expressions recherchées. Le bon soldat iiousse l'ennemi à outrance, peu eu peine si les spectateurs sont charmés de sa grâce. Tout lui est bon pourvu (j[u'il vainipie.

Ln discours châtie, exacl, lle'uri, périodique n'est pas le langage de la passion ; la nature émue s'explique plus simplement ; elle n'amuse pas l'esprit, elle va droit au cœur : elle a cependant ses insinuations, ses iigm'es. A la fui elle arrange avec un reste d'émotion ce que dans le feu elle a traité en désordre.

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