‹ L'art de precherChapitre 48 sur 81 · I XI · texte numérisé non relu

I XI

ICes irrégularités éloquentes sont plus propres aux sermons qu'à toute autre autre action oratoire. Le prédicateiu' envisage moins la perfection, que le fruit du discours. S'il touche, s'il convertit, c'est un bon sermon, iïit-il au-dessous du médioci'e.

XH.

Le pathétique outré tombe dans le froid, dans l'ennuyeux. Le cœur veut se donner, il n'aime pas qu'on le force. Une ixclamation, une interrogation, une apostrophe, un ton iniinuant font plus'd'impression, que des mouvements convu!- ,ifs.

11 ne faut ni exciter des mouvements trop fréipienls. îii

MAMMF.b SUR Lli MI.MSTEllK

les soutenir trop lougtemi)S, Ou s"accouluiue à ce qui dure, et on cesse d'en être frappé. Le coqis s'eudui'cil aux coups réitérés, et 1 ame aux mouveaieuts continués.

Il est des surprises qui consternent. Erasme a dit d'un prédicateur de son temps, que quand le peuple était ému jusqu'aux larmes, il descendait brusquement de chaire, et laissait dans son émotion l'auditoire consterné.

J'aime mieux eulendrc l'auditem- soupirer qu'admirer. S'il bat lies mains, son esprit est content, s'il frappe sa poitrine, son cœur est touché ; le sermon est assez loué ])ar son silence. Je consens qu'il sorte pensant à sa conscience, sans penser au prédicateur

Pour toucher, il faut être touché; le bois qui nous échautïe se consume lui-même. Le faux ne saurait produire le pathétique; et les vrais sentiments de l'orateur se moi|f trent tels qu'ils sont; l'imagination ne parle pas le langage du cœur. Ceux <|ui n'ont pas le ton de toucher, doivent s'ai)pliquer à insU'uiro. ,

I.a méditation et la prière échaulTent le cœiu- du ptédicatour, et rendent son action touchante. Dieu (pii voit le; c'purs iiisjtii'c ce qui conviiMil au sujel, au temps, luix lieux ■mx persou ics.

DU l,.\ GHAIHK. 243

La vérité, sans étie esclave, ne laisse pas d'avoir ses ménagements. Les fortes invectives doivent être générales. Il ne faut décrier en particulier ni pays, ni ville, ni profession; moins encore peindre telles et telles personnes. L'ange de la paix n'est ni malin ni mordant (1).

Dans les invectives, l'auditeur doit sentir que c'est le zèle

qui parle, non pas i'iiumeur. Le père qui corrige son fils

laisse échapper des traits de tendresse, qui tempèrent la

correction.

Reprendi'e audacieuseinenl les grands en présence du peuple, sentii'ait la sédition. Où ils sont le i)lus grand nombre, ils tiennent lieu de peuple ; et leius besoins, plus grands cpie ceux des petits, ne i)ermettent pas ip.i'on les épargne. La vérité même ne les a pas épargnés.

Les défauts du clergé et des personnes religieuses ne doivent être relevés qu'obliquement. Le fruit d'une censure directe est trop petit et trop incertain, [)om' compenser le scandale, et le plaisir malin (|u'on donnerait aux laï({ues.

1 Gardez-vous de faire du la politique en chaire ; surtout évitez d'y prendre des airs de déuiociMte et de républicain), les temps ot nous aurons à vivre permettent celte observation). Soyez prôlre avant tout. Jésus-Christ le défenscnr du pauvie Lazai-o, avait cependant pour ami un autre Lazare, bon bourgeois de Béthanie.

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