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CHAPITRE XV

HE I.'ÉLÉGANCV.

Ne confondez pas l'élégance avec l'éloquence. L'artdVcrire borné à l'élocution, au choix des mots, à leur consiruction, à l'arrondissement des périodes, est à la portée de toutes sortes d'esprits, s'ils travaillent avec soin. L'éloquence est un autre talent. Saint Paul parlant on grec barbare, ne laissait pas de prouver, de convaincre, d'émouvoir, d'être terrible, tendre, aifectueux.

Aujourd'hui il est de la dignité de la chaire d'y parler exactement, pm^ement, noblement; ce qu'on a bien pensé doit être heureusement exprimé. Un diamant mal enchâssé perd quelque chose de son prix.

La vérilé revêtue de politesse et d'élégance est comme un rayon qui passe à travers un cristal. Elle en est plus vive, plus agréable, et en quelque sorte plus visible.

L'élégance, il est vrai, est \me suite de mots choisis et placés avec art ; mais, sans prétendre éblouir l'imagination.

elle tend à donner ù l'esprit des idées justes et précises d'une manière qui lui plaise.

Ce que l'adresse est à la force, la grâce à la taille, la propreté îï la magniticence, l'élégance l'est aixx pensées justes, aux idées sublimes, aux sentiments religieux. Il faut peu de chose pour donner la perfection à un ouvrage ; cependant la perfection n'est pas peu de chose.

La mère ajuste son enfant, parce qu'elle l'aime, et qu'elle voudi'ait le faire aimer. Tel doit être le zèle du prédicateur pour la vérité* S'il la jiroduit trop négligée, les cœurs lui sont fermés. Qu'il l'orne donc, mais qu'il ne la farde pas. La propreté modérée est une vei'tu, l'excès est petitesse d'esprit.

Les ornements qui comiennent au sermon ne sont pas ceux qui font admirer l'oratem*, mais ceux qui touchent, convertissent. Ils donnent une grande idée de Dieu, ils font craindre ses jugements, espérer ses miséricordes. Par eux la religion est respectée, les mystères envisagés avec une sainte frayeur.

Vin.

Le prédicateur retranche les ornements qui éloignent de la fin qu'il se propose. Le laboureur arrache les Heurs qui naissent dans ses blés ; elles gâtent plus la moisson, qu'elles ne l'embellissent. Le jardinier dépouille l'arbre des feuilles, qui empêchent le fruit de mûrir.

La pit'té pose pour maxima^ que le prédicateur qui touche le plus, prêche le mieux. Si celui qui a l'appiobalion publique touche moins, elle ne s'y méprend pas; elle ne suit pas lu foule, mais son prédicateur.

Il arrive quelquefois que l'approbation d'un auditoire choisi entraine le grand nombre. Le peuple suit volontiers le goût de ceux qui sont en possession de régler son jugement.

Le Prédicateur chai-me toujours, si par sa simplicité et par son air naturel il pei'suade qu'il ne pense à rien moins qu'à charmer. 11 est même un certain excès d'exactitude et de justesse qui ne lui couviejit pas.

On risquex'ait pourtant d'alïectcr trop de simplicité : on n'a plus les dons apostolicpies. Dans les Apùti'cs la simplicité était une preuve de mission, un devoir du ministère, une impression :1e l'Esprit d'en haut. Soutenue de la guérison d'un paralytique, c'était une puissante éloquence, ce temps n'est plus.

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