‹ L'art de precherChapitre 55 sur 81 · MIL · texte numérisé non relu

MIL

La piété tempère les saillies du génie. Les écrivains sacrés auraient pu tout écrire de ce style sublime, dont il leur a

Dr. i..\ cu.MRE. 237

échappé tant do traits ; mais la cliai-itô les a rabaissés. I/Apôtvc lie c.owA pas après l'élégance.

C'est souvent la paresse ou le trop de confiance qui fait négliger la composition. I.a simplicité ne dispense pas du ti'avail. Le prédicateur est pour les autres, il leur doit ses peines et ses soins. Après un certain point de pcrfoclion, la lime ne saurait plus polir, elle ne fait qu'affaUjUr.

Le sens des expressions se prend toujom's selon l'usage, à moins qu'une explication marquée ne leur donne un autre sens; l'usage consacre les termes, et les termes fixent le sens. Pour peu qu'ils soient ambigus, ils sont employés à pure perte; ils ne disent rien à l'auditeur qui ne prête son attention qu'en passant.

Le pasteur, plus occui)é que le prédicateur d'office, est plus en droit de négliger les ornements. Il court aux besoins du troupeau, sans trop mesurer sa démarche. Le paroissien doit juger du prône, non sur les règles du discours, mais sur le besoin qu'il a d'être instruit et touché.

il est dos prédicateurs qui, le plus éloquemment qu'ils peuvent, s'excusent de n'être pas éloquents, et protestent de ne pas vouloir l'être. Ils tombent dans les inconvénients qu'ils condamnent, et placent avec étude ce qu'ils feignent de négliger. Contradiction qui trahit leur vanité.

SriX M.WIMKS SI l; LK MINISTÈRK

C'est dans l'auditour unoniaiivaiso disposilion, qu'un goût trop délicat. Pendant le discours, il n'est occupé que des beautés ou des fautes. Le cœiu^ pout-il alors s'ouvrir à l'onction?

L'élégance qui n'est que dans les termes est froide et puérile; sous une superficie agréable, il faut un fonds solide; ce qu'on appelle phrase n'est rien. Des idées nobles, naissent les belles expressions.

Ce qui ne peut trouver place dans un discours d'apparat sous son propre nom, y entre à la faveur d'une circonlocution. Souvent la délinition des choses, ou leur description, donne une image plus vive que les choses mêmes.

La variété, l'harmonie, les mouvements, les figures rendent le discours élégant. .Si ces beautés sont entassées, elles ont un effet conlrnirc.

Pour rendre certains endroits plus véhéments, on supprime les liaisons. Par-là les raisons plus serrées pressent et entraînent ceux qu'on ne peut amener doucement.

XXFIL

Hors du naturel et des bornes du bon sens, on outre tout.

I/enfliire prend la place du noble, du sultlinii' ; el le discours, pour être trop l'iche. cesse d'être beau.

Les pointes ne sont plus à la mode; les expressions aiïectées déplaisent, aussi bien que les métaphores trop hardies. On rejette niènic les épithétes trop fréquentes; tel est aujourd'hui le goût sûr et délicat des Français.

Les expressions figurées doivent être plus énergiques que les naturelles, et présenter des images plus vives ; avec ces deux conditions, il faut encore craindre de les prodiguer.

L'abondance des paroles superflues énerve le sens; la sécheresse le rend dur. Un juste milieu tourne ces défauts en beauté.

xxvn.

Il est rare qu'on soit contraint et éloquent ; mais il est assez ordinaii'e qu'on soit élégant et contraint.

Le discours public doit être périodique, sans trop de régularité ni de contrainte. Dans une cérémonie la démarche est grave et composée; mais ce n'est pas jusqu'à la justesse de la danse.

260 MAXIMES SUi'. I.E MINISTÈRE

La prose a sa cadence comme la poésie, mais moins gênée. Elle forme plus naturellement les images ; les nombres n'y sont pas égaux, ni les chutes semblables.

Le nombre oi-atoire n'est autre chose que l'harmonie, qui résulte tle la proportion des membres et de la juste distribution des syllabes dans la période.

La période est une quantité de mots joints ensemble qui forment un sens complet. Elle a deux, trois ou quatre membres. Un discours ne se prononce pas tout d'une haleine; les pauses servent à la reprendre, et facilitent à la voix cette variété qui plaît; ainsi le nécessaire a ijitroduit l'agréable.

Le nombre oratoire n'a d';uitre règle que le jugement de l'oreille. La poésie plait, quoique toujours assujettie à certaines mesures; dans la prose celte uniformité déplairait. Quelquefois on accumule membre sur membre, pour rendre le discours plus px*essant.

XXX IIL

Dans la prose il faut également éviter les nombres et les phrases poétiques; le style poétique dans la prose est aussi défectueux, que le style prosaïque dans les vers.

DE LA CllAlUK. 261

Page 1