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CHAPITRE XVI

DU srvi.i;.

Le style t|ui est la maiiièro de choisir et tlinTaugcr ses paroles pour exprimer ses pensées, est ou sublime, ou simple, ou médiocre. La matière et raiulitoire iloiveut eu régler le choix.

De la (Qualité du sujet uaisseuL ces trois ditt'ércnts styles : le rapport entre le style et le sujet est la ])remière beauté du discours. Si le style rend fidèlement et convenablement ce <|ue l'orateur pense et ce qu'il sent sur sa matière, le style est bon.

La qualité de simple, en tait de style, n'est pas un terme de mépris, mais un terme d'art. Le style simple n'a pas moins de finesse ni moins d'exactitude que les autres. S'il est petit, il a ses proportions; semblable à ces arbres nains qui plaisent plus à la vue, et qui ne rapportent pas moins, à proportion, que les arbres en plein vent.

Le discernement met la smiplicité où elle convient. Rien ne serait moins convenable, que d'exprimer une pensée ou un sentiment naif et simple par des expressions ami)oidées.

Le style sublime est majestueux, soutemi d'expressions nobles et capables de donner de grandes idées de ce qu'on a conçu de grand. Quoique élevé, il n'est pas guindé. De tous les défauts du discours, le plus ridicule, c'est ce qu'on appelle entlure,

Kntrc les Pères Latins, saint Ambroise et saint Léon ont dans leurs sei'mons un style ordinairement plus sublime, que celui de saint Augustin. Ceux-là prècbaient à la cour et au grand monde ; celui-ci ù des négociants et à des gens de mer.

vn.

Le style médioer«, qui tient de la noblesse du sublime, et de la familiarité du simple, est le plus propre à la cbaire , parce qu'il est à la portée de tous. Il doit être clair, pur, poli ; tantôt simple, tantôt élevé ; ici coupé, là périodique. Enfui, il doit être plein d'onction et nourri de l'Ecriture Sainte.

La clarté est la première qualité du style ; on ne parle, que pour se faire entendre. Le style est clair, sitôt qu'il amène l'auditem' aux choses, sans qu'il s'arrête aux paroles.

Toute autre nualité, romme purelé, Justesse, élévation.

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tiuesse, doit céder à la clarté. Il vaut laioux' élrc critiiiué (l'un grainmairieii, (fue de nétre i>as entendu tlii peuple. L'auditeur doit goûter le plaisir, uoii-seuleoienl d'enteudro de bonnes choses, mais encore celui de les comprendre sans peine.

L'obscm'ité qui nait des mots équivoques et delà mauvaise construction des pkrases, l'orateur la corrige eu repassant sm" sa comi)osition. Il retranche plus sévèrement d'une instruction populaire celle que produiraient des expressions trop fines, ou une érudition trop recherchée.

Quoique toute affectation soit blâmable, ou peut, sans craindre de reproche, affecter d'être clair. Ce n'est pas assez de se faire entendre; il faut travailler à ne pouvoir pas manquer d'être entendu.

Ml.

Le prédicateur persuadé ifue l'ignorant n'a pas moins d'intérêt à la vérité que le savant, qu'il lui en est même plus redevable la met dans toute son évidence, .\lors l'esprit s'y laisse prendre, comme le coeurau plaisir.

Quand le style est obscur, on a droit de croire que l'esprit de l'auteur n'est pas net. On énonce clairement ce qu'eu a conçu de même, si toutefois on n'a pas des raisons de -^e rendre mvstéricux. l'a auditmir spirituel ne s'attend

pas qu'on lui mette tout dans sun plus grand jour, il consent qu'on lui laisse ù penser.

Il a été de la sagesse du Saint-Esprit de répandre de l'obscurité dans l'Écriture, c'est le recueil des mystères. Mais le prédicateur, qui en est l'interprète, doit être clair, et n'avoir pas besoin lui-niènic d'un autre interprète.

La netteté dépend en partie de l'arrangement des mots cl des plu'ases. On place les choses dans l'ordre qu'on les pense, on leur donne leur juste étendue, on écarte les idées qui viennent à la traverse, et qui feraient des parenthèses, ou des digressions. Le froment séparé de la paille se fait voir, et tient peu de place.

Pour parvenir à la netteté, on évite les termes vagues cl oisifs qui ne disent rien, les mots ambigus et équivoques, les constructions louches et enveloppées. On est quelquefois forcé d'employer des termes généraux, qui sont clairs jus- (pi'à un certain degré, quoiqu'ils ne portent pas l'évidence jusqu'à la dernière précision.

Il y a une fausse netteté ; c'est celle qui étend la phrase sans nécessité, celle qiii veut en ôter des ambiguïtés qui

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u'arrèloiit point l'osprit, et quo lu gramniairicu ti'0[> S('nè)'c y veut absolument trouver.

(Juoi(j[u'ou 6 oloiguc du genre sublime, on ne doit pas tomber dans le style rampant. L'auditoire renferme toujour-^ des gens qui méritent qu'on se soutienne ; et le sujet le demande.

Rien n'avilit plus un sermon qu'une diction basse. Peu de gens sont capables de juger de la force et de k justesse du discours ; mais cbacun sent la bassesse des expressions. Une pensée basse^ exprimée eu bous termes, se soutient mieux, qu'ime pensée noble exprimée bassement.

La pm'eté du langage est au discours une qualité indispensable; la négligence dans les paroles fait tort aux choses, et s'attii'e bien des censeurs ; U ne faut qu'un [)eu d'usage, sans beaucoup de capacité, pom- en juger. On n'atteint pas le cœur, si les termes blessent l'oreille.

Les mots doivent être propres, conformes à l'usage dans I l'application précise qu'il en fait, unis naturellement. Il est Ides ternies si convenables aux choses, et si bien faits pom' lia pensée, qu'ils naissent avec elle : quelquefois elle ne h'exprime bien c{ue d'une seide manière ; heureux qui peut lia saisir !

26(i MAXIMES SUR LE MINISTÈRE

Les épitliètos énervent le style, si elles ne sont bien choisies; l'Emture en emploie rarement. Souvent les épithètes sont froides ; mais aussi il eu est de si heureuses, r[u'elles tiennent lieu d'une phrase entière. En abrégeant le discom-s, elles multiplient le sens par leur force et leur précision.

La répétiou de certains mots est d'usage, et même élégante dans notre langue, sm-tout quand la phi'ase en est plus nette ou plus nombreuse. Hors ces circonstances elle languu-ait.

Le bon style est épuré du solécisme , du barbarisme, et du mauvais tom". Le français porte l'exactitude jusqu'au scrupide : un mauvais mot fait souvent plus de tort, que ne ferait un faux raisonnement.

Le style csl exuct, loisqu'uu nu puut rieii ajuuler qui nei^ suit superflu, ni rien retrancher qui ne soit nécessaire. Une exactitude si rigom'euse est réservée aux discom's d'appa-j rat. Ailleurs elle épuise l'esprit, le dessèche, et lui ùte la| véhémence qui presse, et qui émeut.

I);iii-; ht «haii'e il est nécessaire de parler purement; la

politesse n'en est pas bannie, à moins qu'elle ne soit alfectée. L'élocution a de grands avantages, la justesse et le choix des expressions se font sentir aux plus grossiers; ils <oni cho(fués des meilloui'es choses, si elles sont mal exprimées. On peut dire à mi chantre, ne fredonnez pas; mais '>u ne lui dit jamais, ne chantez pas juste.

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