CHAPITRE XVIII
DES PBÉTEXTES.
La passion et la préoccupation balancent les meilleures raisons, et donnent du poids aux conséc[uences les plus fausses. Ces prétextes sont des retrancliements oùle pécheur se met à couvert ; c'est au prédicateur à l'y forcer. 11 le confond, il le convainc, il le persuade, et c'est aujom'd'hui le grand art du ministère, et son triomphe.
L'orateur prend, ce semble, le parti de son auditeiu-, il donne à ses raisons les couleurs dont elles sont susceptibles; et puis les détruisant, il lui fait avouer qu'il a toi't, et le somme de se rencke.
Rien n'intéresse davantage, cp.ie la réfutation des prétextes. Le pécheur s'agite intérieurement, pour faire valoii- ses défenses, et pom- s'y maintenir. 11 est dangereux de le combattre faiblement. 11 s'affermit dans son désordre, si l'on ne fait qu'éluder ses raisons.
Ou doit le presser, le pousser, l'abattre, puis le relever en l'encom-ageant. Le pathétique, soutenu de l'interrogation
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et (les autres ligures véhémentes, trouve ici sa place ; on ajoute motifs sur motifs, par une gradation serrée.
M'outrons ni raisons ni ligures ; on recule vainement, après s'être trop avancé. Les correctifs qui viennent après coup ne trouvent plus créance.
Très souvent les prétextes des pécheurs sont fondés sur de bons principes, mais les conséquences sont mal tirées. T/art consiste à découvrir le sophisme.
vn.
On ne doit point s'objecter de difficulté qu'on ne puisse résoudre juscpi'à contenter les plus difficiles, s'Us sont raisonnables. Il faut, autant qu'il est possible, que la réponse soit sans réplique.
Il est avantageux de tirer de l'objection même de quoi la résoudre, et de vaincre le pécheur par ses ])ropres armes. Alors c'est lui-même qui se condamne.
Lorsque, dans la méditation ou dans la leclm'e, il se présente au prédicateur des réflexions judicieuses et des raisons pressantes contre les al)us des mondains, il doit chercher ce que le monde y oppose de moins déraisonnable, et
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se faire ainsi un nmas de prétextes, qu'il se sent capaljle de détruire.
Les plus grands orateurs ont réfuté des prétextes. Démosthène et Ciccron se sont servis de cette méthode. Saint Grégoire de Nazianze, dans son sermon contre le délai du baptême, n'en emploie pas d'autre. Il serait aisé de la trouver dans les sermons des premiers prédicateurs de ce siècle, et dans les meilleurs moralistes.
Le goût a ses vicissitudes. Dans le dernier siècle, on ne pensait qu'à établir : dans le nôtre, on réfute. De ces deux méthodes Sidoine Apollinaire attribue l'une à Saint Augustin, l'autre à Lactance. Pom' établir, il ne faut qu'être >olide ; pour réfuter, il faut encore être ingénieux.
XU.
Les prétextes que les prédicatem's ont ordinairement à combattre, sont les bienséances de la qualité, du rang, de l'âge, du sexe, l'opinion des hommes, les licences que l'usage autorise, l'exemple d'autrui, la crainte de se distinguer, les respects humains, les ménagements de la fausse sagesse, la tentation, le tempérament, l'occasion, la confiance présomptueuse en la bunté de Dieu, la facilité du retour, la force des résolutions humaines, etc.