CHAPITRE XXI
, DU FRCIT nr SERMON POUR LE PRÉDICATEUR MÊMK.
Ce n'est pas l'approbation publique, ni même le succès du sermon, que Dieu couronne dans le prédicatem*. C'est son travail, joint à la défiance de ses talents et de ses forces. Devant Dieu tous les talents sont égaux ; la pureté du zèle les distingue.
Le prédicateur zélé fait toujours du fruit. La paix que l'auditeur rejette, retourne sur celui qui l'annonce; elle fructifie au centuple dans son eœnr. Si les pécheurs se convertissent, ils sont sa couronne et sa gloire ; s'ils s'endurcissent. Dieu lui tient compte de ses désirs; le vrai zèle n'est jamais stérUe.
Le peu de fruit que l'Eglise seml)le aujourd'hui tii'cr des sermons ne doit pas dégoûter le prédicateur, le fruit viendra dans son temps. Souvent Dieu destine ce ministère à empêcher l'accroissement des vices. Il est dans l'ordre de la Providence, de régler même le désordre des méchants, et d'empêcher qu'ils ne se précipitent dans de ])lus grands excès. On gagne toujoui's beaucoup au service d'un maître, qui ne demande que de la bonne volonté, et qui donne même ce qu'il demande.
DK LA CHAIRE. 283
Le prédicateur doit s'appliquer à bien faire, et non pas à faire dire qu'il a bien fait. Il perd la récompense que Dieu lui destine, s'il attend l'applaudissement des hommes. 11 «erait honteux que celui qui combat la vanité dans les lutres y succoml^at lui-même.
Plusieurs prédicateurs, attentifs aux besoins des autres, sont toujours distraits sur les lem's. Qu'ils commencent par appliquer leur morale à leurs propi*es défauts; et leur exemple fera autant de fruit que leui' discours.
Au sortii" de la chaire, le prédicateur, après avoir remercié Dieu, et s'être hiuniUé devant lui, doit s'occuper de toute autre chose que de son succès, de peur d'en ressentir trop de joie, ou trop de tristesse.
Il ne faut pas qu'il s'arrête aux congratxilations ; c'est ime ci^ilité que l'usage a introduit. Si l'austérité les supprimait, l'amoiu'-propre serait mis à une trop iiide épreuve. On se tait sur les défauts , et on ne loue que l'effort qui est toujours louable.
Plur ou moins d'auditeur? rend le prédicatem' triste ou
coûtent. Qu'il gémisse alors de sa faiblesse ! Se donne-t-il en spectacle, ou tend-il ù édilicr? Son uiiique but est de remplir son ministère , et d'arracher quelque âme au démon.
Si la réputation le suit, qu'il la fuie, qu'il s'enveloppe dans l'humilité, qui'l s'anéantisse dans la prière. Il doit admirer la puissance de Dieu dans son œu\Te, et la vertu de sa grâce, qui éclate d'autant plus, que l'instrument est plus faillie.
Quel motif d'himiiliation de recommander des vertus, qu'on ne pratique point soi-même, ou qu'on ne pratique que faiblement; d'imposer des fardeaux, où l'on ne touché lias du bout du doigt ! Y a-t-il quelque vanité à démentir sa doctrine?
Le prédicatem' peut sans mensonge s'avouer, comme l'Apôtre, le premier des pécheurs de son auditoire. Il voit ses péchés, et il ignore ceux des autres; il connaît la faiblesse de son repentir, et ne voit pas à quel degré les autres portent la charité qui couvre la multitude des péchés. Ce ffu'on sait avec certitude prévaut sur ce qu'on présume seulement.
Si le bruit du succès s'est répandu dans Je monde, malheur au prédicateur qui s'y répanil ;mssi. La réputation
DE lA CHAIRE. aco
épouvante au ministre fidèlo. A-l-il des assurances pour ue j>as craindre qu'aitrès avoir }irèché aux autres , il ne soit pas lui-même réprouvé ?
Le prédicatiîur (|ui a du succès doit peu parler de sermons. Parler d'un exercice où on réussit, quoiqu'on ne dise rien de soi, c'est mendier des louanges, et bientôt on se met soi-même au nombre de ses admirateurs.
Le prédicateur a besoin d'iui ami sincère qui ra\ertisse de ses défauts. Il n'en est point de plus exposés à la censure publique, ni souvent de plus cachés à celui qui a plus d'intérêt de les connaître.
On ne critique eu face que mollement, on laisse entrevoir ce qu'on [lense. Il faut suppléer à ce qu'on ne vous dit qu'à demi, et profiter de la retenue du censeur.