CHAPITRE II
PRÉTEXTES qu'on N'aVOUE PAS TOUJOURS.
C'est le digne P^to Guiy tjui a leriniué le chapitre prélédent; un homme qui parle d'or et qui, dansées trois cas, .1 renferme la quintesccnce du sujet qui nous occupe.
Mais, après les prétextes avoués pour se dispenser du devoir de la pi'édication, examinons ceux dont on convient moins facilement. Huit ou dix rivières, selon la géographie,
Tesla interrupla inlra annum prœdicarc omisit. Alias putavit se obligalioni docendi doctrinam chrislinnam satisfuc^rc, si plorumquc taie munus per Viitarium, seu adjuforcm valde idonciim, id prfcstaret.
2° NiCEPnoRLS, paiochia:" Re^lor, singulis diebus Dominicis ia Missa solemni concioncm ad popu'um Labet, seriam (iniik'm et concinnatam, sed quartam horto partem non exccdentem. Explcto aulem vespertino Officio, rudimenta doclnnai! cbrisiiinfo pueroa vix pcr somihoram docct. Conscienti;c sllmulis agit;ilus, puslulat iiliiim ofricio suo satisfecerit?
3° MuTiuSj viclnam rogens parochiam, prodiictas imo ot prolixas habet concianos, omissa praevia prîeparalion-. Pioqucnter invcbitiir contra vilia subdilorum, sive vera sint, sivc supjiosita, ac imprimis centra detra-tioneai et calimiaiam, siaudivcrit quosdam de ipso maie loculos fuisse.
HiNC :
Qu^R. 1° An gvavitny peccaverit Dydimls, pncdicaltonem omitlendo , prout in primo casu?
2° An NiCEPiiouus muneri suo satisfecerit in secundo
casu ?
3° Quid de Mutio dicondum in tertio ca<u? SOLUTIO :
62. — R. ad 1". Qurs. \° Graviler peccavit Dydimls. praîdicationem per mensem cotilinuum omitlendo. Ralio est , qnia tenelur Parochus verba faccr.^ ad popiilum singulis dicbus Dominicis, et singulis festis majoriuus. Constat ex Trid. sess. y, c. de Refornt. Atqui in omissione praedicationis per mensem into^
se jettent, soitdans la Loire, soit dans la Gironde (dans la Garonne, si vous voulez), elles y laissent leur nom. Jusqu'ici nous n'avons parlé que des affluents; les deux fleuves où Tiennent se noyer tous ces vains prétextes, ce sont la paresse et le découragement.
La paresse ! je n'en dirai qu'un mot ; quel triste défaut! qu'ils sont à plaindre ceux qui en sont atteints ! On grava un jour sur la tombe d'une dame, dont la vie s'était écoulée dans le plus complet f (ir-niente :(<Ci-Qii l'oisiveté.» On souscntcndait : mère de tous les vices ; de fait, le iils de cette
gri:m et conlinuu'.n datur materia gravis, siquidem lempus illud notuLile rcj-utari débet. Ergo rêvera Dydimls gr.ivUcr pcccavit inpiimo casu. Alten.endum ai eti.im ad slntuta synodaîia, quse sJDpc liao in re modum et Icmpus praîscribnnt.
2" Etiiim in secundo cnsii. pecculi morfaiisreiis evasit. Etenim, si muasis integi'r continuus est materia gravis, ut modo dictum est, a Tortioii nnalc:ia gravis ccnscri dcljcnt duodecim Te ta intra anniim intorrupta.
3° Erravit eli.m graviter Dydimus, dum pulavit salis sse si " munis praedicandi Vicario idoneo commitferet: oLligalur enim ipse persotialiter oves suas pasccre, srillem srepissime, nisi ralionaliiii causa impcliatur. Co: sl;it ex verbis Concilii Vrid. Sic cnim habet ses?, v, t. ii de Reformât : « Qiiic:;inqne parocbiales vcl illias ciiram hubcntcs Ecclesi;is quocumipie modo oblinent, pcr se, vel alios idoneos, si Ugitinie impedili fuen'nf, d\chus anltem Dominicis et festis solemnibus , plèbes sibi commissas pro siio et carum capacititc pascant salutaribus verbis, doccndo quas omnibus ?cire necessarium est ad saludm, anniintinndo eis cnm brevilale el f.icililatc scrmonis vitia quaî eos declinarc, et virtules quae sectari oporteat, ut pœnam aetcrnam cvadere et cœlestem gloriara consequi valeant. »
Er-'o Dydimus non safisfacit obligalioni suœ, si continué, decnrrente anno, munus snum per alium exerccat. Vide S. Lig de h° Prœcet Comp. «. H2
63. — R. ad 2"' Quœs. {" Non videtur inquietandus NiCEPno- Rus, ratione prœdicationis. quia, licct brcvitcr dicat, solide Uimen opulum docct. Imo in mullis locis Parochus aliler facere non potext, quin auditores a concionibus audiendis delerreal.
us CURÉ DE CAMPAGNE EN CHAIRE. 299
femme était Philippe dOrlr-ans, le régent; on sait qu'en sa personne il en léunissait une collection passable, (yétait une «orte de traduction de ce verset de l'Ecclésiastique: Multam eiiim malitiam docuit otiositas *. Jules n'est pas sans quelques moyens, il a reçu deux talents, (le malheureux, peutêtre en a-t-il reçu cinq,) mais s'ébranler est pour lui une affaire. Voyez-le bàiUer fréquemment en récitant son bréviaire, s'ennuyer de tout entretien sérieux. Rien de réglé dans sa vie; hier il se coucha avec le soleil, demain le jeu ou la lecture de quelques feuilletons le feront veiller trèstard. Mais surtout il pratique selon la lettre le, vanum est vobis nnte lucem surgere. Kn été, huit heures le trouvent encore au lit; je ne vous dirai pas à fpielle heure U se lève en hiver, vous ne me croiriez pas. 11 fait la sieste en toute saison. Eh! que voulez-vous qu'il fasse? La paresse et l'ennm sont deux époux si bien assortis, que de mémoire d'homme ils n'ont plaidé en séparation... Il tisonne pendant des heures, il bâille, il sommeille, il joue, il lecture d'inutiles (?)
20 Eiiam muneii suc plane sati-facil. dortrinam chrislinnam per semihoram singulis Dominicis dt-cendo, quia hoc Umpoie sufflcienter docere potcsi.
64. — /?. 0(^3™ Qiiœ'!. Quid de Ml'tio dicoiidum ? Multa Forent contra ipsnm diccnda, qui;i ipsc nimismulta dicit quœ verbi divini prîedicatori non oxpcdiunt. Licet prolixe loquutur, plebem tanacn non insiruit. Minime est in conscientia tul^s, ciim absque praevin prrcpafalione, vel sallcm seiia medifatio:.e, pii'pi!um sacrnm asc ndat, verba vaga, confusa, piulixa, incohœrentia facturas, l'ius aîquo eliam in vitia, non solum publica, scd et privata, modo incrpp:itorio, poliusqunm animaium ze'o, inwhilur. Utquid insnper, o Sacerdos impnidenlissime ! qu.-e tua sunf inter coiicionanduiu requiiis ? Ut qiiid alludis ita patenter ils quœ contra teipsum dicta sunt, dum solo zeloiîivinœ gloriae et nnimarnm salutis, fui ipsius immemor, excilari debcres?
* Eccli. ch. XXX. v. 2!).
romans pour tuer ses journées. Prêcher ! il n'a pasle temps, d'ailleurs il y a si peu de monde, puis lui-même et ses paroissiens trouvent déjà les offices trop longs. Que si Jules à certaines fêtes est obligé du monter eu chaire, il vous débitera quelque instruction mousseuse de l'abbé M'", souvent aussi creuse que coiu'te et facile à retenir. PauvTe ami, l'ignorance de vos paroissiens, le triste értat dans lequel languit votre paroisse sera un jour votre condamnation ! De stercore boum lapidatus est piger '. Mais laissons-le, heureusement ce type est rare, malheureusement il est incorrigible.
Passons au décom'agement. Ah ! n'est-ce pas là le fléau qui nous tue, une sorte d'épidémie particulière à notre âge. Voyez gouvernants et sociétés en face des vagues toujours montantes de la révolution et du socialisme ; passagers timides et imprudents, ils jettent au gouffre leurs vivres poiu- sauver une cargaison d'épingles.A la mer, la foi, la religion, les principes et les mœm's, tout ce qui fait vivre les âmes, le flot les réclame, sauvons nos portefeuUles!... Malhem'eux ! si Dieu ne vous aide, vous sombrerez avant un long temps, vous aurez manqué de courage !
Cependant, seul debout sur ce vaste horizon où les plus forts penchent leur tète découragée, im homme lève son front vers le ciel. Magnanime Pie )X, d'où vous vient ce courage divin, cette radieuse confiance ? Votre barque touche au fond de l'abirae; les flots amoncelés battent ses flancs avec une rage jusqui'ici inconnue; ils vont l'engloutir !... Non: il a espéré dans le Seigneur, il ne sera pas confondu». Les jours devinssent-ils encore plus mauvais, dût sa conûance être éprouvée jusqu'à l'angoisse, elle ne défaillira pas :
' EccU. XXII, V. 2, * Psaume xxx, v. 2.
Etiamsi occident me in ipso si^erabo K Ce que peuples et rois aveuglés ont condamui'- à périr, il le sauvera. Voyez-le, dans son calme et dans sa force, jeter comme un amoureux défi à l'impiété triomphante, les grandes assises de la catholicité!... 0 Dieu! conservez longtemps ce Pontife de nos cœurs!...
Comment se décourager après un tel exemple ; et poiu'tant souvent nous nous laissons abattre par le découragement.
J'arrive dans ma première paroisse, jeune, ardent, plein de zèle, encore tout imprégné des grâces de l'ordination. Ah ! je prierai, je prêcherai, je catéchiserai ; mes jours, mes nuits, leur appartiendront à ces chers paroissiens; lisseront ma famille, ma pensée, ma vie. Je les aime tant, oui, je les ramènerai au bon Dieu... Douces et chères espérances du jeune prêtre qui débute ! Tous, nous les avons eues, tous, nous avons eu cette foi vive à l'efficacité d'un ministère exercé avec dévouement. Six mois se passent et déjà cpie d'illusions effeuillées !... Voici quatre ans à peine que je suis dans ma paroisse et l'on peut dire de moi: Qiiaiitiim mutatus ab iUo. Je ne prêche plus ; à quoi serviraient mes instructions! Je vois de jour en jour mon église plus déserte. Les enfants que j'avais préparées avec tant de soin m'ont abandonné ; paiivres jeunes filles de treize ans, elles ont déjà oublié et leur robe blanche, et les touchants souvenirs de la première communion. Hélas !
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé?
Non; j'ai le cœur navré, je ne puis plus prêcher, je suis découragé.
• Job, chap. x'ii, V. 15.
Heureusement, la couscionce vient à la rescousse. Prends . gartle, mon jeune ami, ton découragement me fait craindre que tu n'aies pris ton amour-propre pour du zèle, et pour dévouement le désir de te faire une bonne réputation. Examine-toi bien sur ce point. IS'avais-tu pas, quand tu vins eu ^laroisse, en fait de bonne opinion, du trop pour toi, du troj) peu pour les autres ? Juste châtiment ! la stérilité. Deus superbis résistif... Mais non, j'en conviens, tes vues étaient pui'cs, tes intentions droites, ta charité mm eogitatis malum... Tu en es là, mon bon ami, et tu te décourages! Les yeux au ciel; une minute de la vie de ton Sauveur valait certes mieux que la vie de tous les hommes ; pourtant il avait prêché trois ans... Vois au jour de sa Passion le résultat qu'ilavait obtenu!... Ne te lasse donc pas do semer, c'est ton devoir. Dieu donnera l'accroissement s'il le juge convenable; quant à toi, tu auras beaucoup gagné dans ce ministère stérile, si tu es parvenu à bien te convaincre, avec humilité et non avec découragement, que tu es un serviteur inutile.
Tout ceci est du catéchisme et encore le plus élémentaire, et néanmoins combien de fois nous avons besoin de nous en souvenir. Parfois même, convenons-en entre nous, on semble l'on lier. Gaston, entre autres, ne s'en souvient plus. Gaston, c'est le desservant changé contre son gré; ce sera, si vous l'aimez mieux, le vicaire de \\\\& envoyé au veri malgré ses protestations. Voyez- vous ce dernier apportant au mi- Ueu de nous son air frondeur et maussade. Ses nouveaui paroissiens ne sont pas dignes de l'entendre ; il écrit à ses amis comme autrefois Ovide exilé :
Barbarus his ego sum, quia non intelligor ilH$.
L'autorité a été si injuste à son égard ! Poiu* la punir, il
s'en prend à son troupeau qui n'en peut mais. Tous ses devoirs, il les remplit à contre cœur. Il ne prêche plus ; l'Evcquc, (il ne dit pas Monseigneur), l'Evoque l'a découragé. Brillant dans les chaires de la cité épiscopale, entouré d'une coterie changée de faire valoir ses sermons, passahleinent répandu dans un certain monde, il avait si souvent salué d'un air protecteur ses confrères de la campagne, si souvent dit qu'il s'ennuierait au milieu des "pay^ sans .'... Et le voilà à pied comme un simple mortel, obligé de salir ses souliers vernis!... Si du moins on lui avait donné un titre, peut-être il se consolerait !.,. Mais non; ses services sont oubliés, ses talents méconnus, eh bien, on a été ti"op injuste à son égaïul, il ne prêchera plus.
Monsieur Gaston, sauf respect, perznettez-nioi quelques observations ; je suis votie aine, j'ai peut-être quelque droit, de vous les faire. Si vous êtes un desservant changé contre voti'e gré et celui de vos paroissiens j'ajouterai:
Non igiiara malis, miseris sitccurrere disco.
Oui, le cœur saigne en quittant des paroissiens que nous chérissions et qui nous aimaient. Il est difficile de laisser là dix ans, quinze ans de sa vie, d'abandonner les enfants qu'on a élevés, les âmes qu'on a formées, l'église qu'on a embellie, l'autel siu' lequel si souvent on a offert la sainte Victime, sans éprouver un serrement cruel, une douloureuse émotion.... Les plus forts, les plus saints ont versé des larmes'.... Que faire cependant? Obéir en toute simplicité au supérieur qui nous envoie ; reporter à notre nouveau
* Voir les touchants adieux de saint Grégoire de Nazinnze à l'église de Sainte-Anastasie et au.'c fidèles de Conslantinople.
ti'oupeau toute l'affection, tout le dévouement que nous avions pour l'ancien, et nous mettre généreusement à l'œuvre. Il serait à la fois injuste et cruel de bouder nos paroissiens, de les priver de la parole de Dieu, à cause d'un changement qui froisse notre amour-propre.
Mais moi, je ne suis pas fait pour la campagne, je m'y ennuie. Belle raison! (Lecteurs n'allez pas croire que je l'invente.) Monsieur Gaston, vous êtes prêtre, prêtre pour sauver les âmes ; jusqu'ici les paysans passent pour en avoir ime aussi bien que les habitants des villes. Il parait même que notre divin Sauveur est mort pour les uns connue pour les autres. Voyez donc des prêtres vénérables, auxquels ni vous ni moi n'irions au genou sous le rapport des vertus, et qui du côté des talents nous dépassent de toute la tête ; leur vie s'est consumée dans les plus humbltîs paroisses, comme se consume à la gloire de la sainte Eucharistie, la lampe qui brûle dans les plus pauvres sanctuaires. Ah ! ceux-là envions lem' sort, ils sont grands devant Dieu.... A leur exemple, prêchez donc, cher Monsieur, jetez à flots devant ces âmes de villageois, parfois si bonnes et si simples, les perles de votre éloquence ; elles seront précieusement recueillies.
Si on m'avait rendu justice, si... Achevez, Gaston, dites toute votre pensée; eh bien oui, si on m'avait donné un titre à la bonne heure... Un titre ! et pourquoi donc? Pour être inamovible ; je n'ai jamais vu un prêtre saint et selon le cœur de Dieu invoquerson inamovibilité en face, je ne dirai pas d'un ordre, mais d'un désir légitime de son évêque. Inamovible ! si vous y tenez, je vous promets qu(^ vous le serez un jour : prêchez, catéchisez, remplissez le mieux pos sible tous vos devoirs de prêtre, et un beau parchemin paraphé par Notre-Scigneur, (sa signature vaut bien celle de
ii'iuiporle quelle Excellence), vous donnera l'inamovibilité du ciel, le plus beau dovenné qu'on ait jusqu'ici découvert.
Enfin, concluons : fussions-nous persécutés, meurtris, victimes des préventions les plus injustes, ne négligeons jamais aucun de nos devoii*s et surtout celui de la prédication. Hommes de foi et de prière, levons nos regards vers le ciel. Dieu a permis ce qui nous arrive, il sait pom-quoi, cela doit nous suffire, et dans les plus douloureux froissements de l'amour-propre, souvenons-nous d'une parole que nous récitons chaque matin dans notre Office : Bonum mihi, quia humiliasti me.