CHAPITRE IV
COMMENT SE l-UÉPARER. — CUOIX DU SIJET.
Mais comment faut-il se préparer? Hoc opus, hic labor est. Répondre à cette question c'est presque le but unique de cet opuscule.
Vous connaissez Charles, un confrère au cœur d'or ; dans quelques jours, ses anciens maîtres viennent le visiter, il désire fêter leur bienvenue, et à leur occasion réunir quelques amis. Mais que servira-t-il?... il y pense longtemps d'avance. D'abord il cherche les mets qu'il sait le mieux convenir à ses convives, il les achète ensuite chez ceux qui les tiennent plus frais et de meilleure qualité, enfin il les conserve dans l'office pour les servir en temps utile '.
Trois comlitions également requises pour préparer nos instructions: choisir le sujet, cherclior dans de bons livres ce qui s'y rapporte; le confier à noire mémoire pour le servir à nos paroissiens, lorsque le moment sera venu.
Parlons d'abord du choix du sujet. Toute nourritm'c n'est pas bonne pom* toutes sortes d'estomacs ; aux enfants du lait ; aux ouvriers robustes une nourriture solide, aux estomacs malades une viande plus délicate. JJndé sic :
Voir Lohner. — Bibliotheca co/tçiono.toria : de ckctione 'lariœ, à la fin du tome vn*.
?fO i.r rrr.é on cami'agnk en ciiAinr.
Ne prêchez ])a5 aux religieuses comme vous prècheriea aux personues du monde.
Un jour de gi'ande fête, où vous avez pour auditeurs bon nombre d'hommes, gui ne viennent que rai'emenlà l'église, qne yotre instruction diffère de celles que vous faites à la prière du soir, devant un au<iitoire pieux.
No prêchez pas, dit-on, à la campagne comme vous prêcheriez à la ville. Ce dernier point est loin de me paraître un axiome; la ville ignore au moins autant que la campagne les principales vérités de la religion; j'aurais dû dire plus; et j'aurais prouvé mon dire par dix exemples incroyables.
Mais enfin, il s'agit de nos paroisses de la campagne, et avant de parler du choix de la matière, faisons les observations suivantes :
1° 11 est plus difficile d'être intéressant dans les paroisses rurales qu'à la ville, parce qu'il faut une forme plus vive, plu» originale, plus travaillée; en un mot, plus difficile à accpiérir pour intéresser des esprits, qui d'ailleurs sont moins cultivés.
2° Evitons certains sujets trop mystiques ; la perfection de nos bons paysans consiste à pratiquer les commandements de Dieu et de l'Eglise, à remplir les devoirs de leur état, à sanctifier leur travail, à supporter leurs épreuves avec résignation. Ne leur prêchons donc jamais des austérités monastiques ou une piété raffinée,
3° Insistons sur certains devoirs aujourd'hui trop méconnus: sanctification du dimanche , éducation chrétienne des enfants, obligation de faire ses Pàques,etc. . . Mais ici expliquonsnous. Quand je dis, insistons, cela ne veut pas dire (pi'il faille chaque dimanche faire une instruction ex j/rofesso sur ce point; cela veut dire que do temps en temps dans les détails qu'on donne, ou dans la conclusion morale du Sermon, il faut revenir sur ces devoirs si importants. Saint
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Paul a dit ; Eadcin vubis scriberc mihi quidem 7ion piijratn vobis autcin iiecessarium (i). Lucien voyant son église de, plus en plus déserte, fait invariablement son prône juv la profanation du dimanche. Il gémit sur l'abandon desoffices; il raconte chaque fois ce qu'était sa paroisse il y a trente ans.... tt Mes frères, le monde dégénère ; la foi se perd de jom" en jour, nous ne valons pas ce que valaient nos pères,, . Il y a trente ans, quand je vins dans cette paroisse, ces bancs aujourd'hui vides etc. etc. » Le voilà parti, disent ceux qui l'entendent. En effet, c'est toujours la même ritourni-lle, et les mêmes rengaines.... 0 bon Lucien, vous rêvez, pis que cela vous ennuyez, et découragez le peu de vos paroissiens qui fréquentent votre église.
4° Le prêtre qui débute dans une paroisse m; doit pas, surtout s'il est jeune, commencer son coui's d'instructions par les commandements de Dieu, ou tout autre sujet qui l'obligerait à entrer dans des détails de raœuis. Il ne connaît pas encore assez son terrain ; il n'a pas acquis sur ses paroissiens une autorité assez grande pour le faire avec fruit. Il me semble que le symbole des Apôtres est le mcillem' thème, qu'on puisse choisir dans cette circonstance. L'explication de Lieu néateur, fournit la matière de trois ou quatre instructions, sur l'ordre du monde, ia beauté de l'univers, les intentions de la providence etc. trèsfaciles à faire, et qui sont toujours écoutées avec intérêt. Or, il est très-important que nos premières instructions ne froissent personne, et soient entendues avec plaisir.
Ces observations faites, il ne me reste que deux mots à dire sur le choix du sujet. Que l'admh'able Père Félix traite du Progrés par la religion; que le' Père Hyacinthe disserte, plus ou moins clairement, sui' la personnalité de Dieu
* Aux. Philip, ch. m, v. 1.
et autres questions panthéistico-ncbukuscs, ce n'est pas notre affaire. Curés de campagne et même d'autres lieux, la sainte Eglise nous a tracé, dans lecatôchisnie du Concile de Trente, un programme dont il ne nous est point permis de nous écarter. Explication de l'Evangile et des Epitres, Symbole, Sacrements, commandements de Dieu et de l'Eglise, explication des prières et des cérémonies etc. etc. Il est bon d'utiliser le plus possible dans nos prônes le catéchisme diocésain, de le citer, d'y prendre les déflnitions, et même les divisions lorsqu'on le peut. Ce rappel d'un texte connu de l'auditeur réveille son attention, et le dispose à mieux comprendi'e les développements qu'on y ajoute.
Terminons ce Chapitre par une anecdote. C'était Stéphane, ce brillant Stéphane dont chaque diocèse possède plusieurs exemplaires. Professeur d'humanités, vicaire, aumônier, curé de campagne et même chanoine, toutes les reliures lui vont. II devait nous prêcher une fête patronale dans imbon petit village, qui aie bonheur de ne posséder ni «cis/os ni fortes têtes.
Or voici quel fut son début, ou, si vous le préférez, son exorde. « Dans un siècle où l'on semble mettre le savoir avant la vertu, etc. «Pourquoi prolongerai-je cette citation?... OmTez Frayssinous. Doué d'une vaillante mémoire, Stéphane nous débita mot à mot le discours de l'évêque d'Hermopolis sur les hommes illustres du christianisme. Je le vois encore, après nous avoir cité l'extrait du mémoire de Dalembert sur Jean Rernoulli, i-ojustant sa mosette, se recueillant dans sa taille ample et courte pour nous dire : « Combien il est doux à un Français et à un chrétien (?) d'avoir pu venger devant vous la foi de ces grands hommes qui etc. » Ceci et le reste comme dans l'auteur. C'est bienle cas de s'écrier :
Le vrai iteut quilquclois n'être jias vraisemblable.
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Je ne vous en veux pas de ne point le croire, je ne le croirais pas nioi-mènie, si je ne l'avais entendu de mes oreilles pr.... conmic qu'elles soient '. Pourtant c'est vrai. J'eus occasion de parler du sermon le jour même à un des auditeurs les plus attentifs. « Neveu, nie dit-il, d'abord c'était trop long, puis c'était trop beau, ça n'a pas été fait pour nous, car nous n'en avons pas compris un mot ».
Le jugement aurait pu être plus sévère, mais il était porté par un bon vieillard très- indulgent, appelé Grégorius Bonsens. Brave homme, il vécut célibataire, et son testament, pour une raison qu'il serait inutile d'exposer ici, son testament, dis-je, n'ayant pas encore été ouvert, on ignore jusqu'ici s'il n'a point déshérité ses neveux.
Morale : ne traitez jamais de ces sujets fantaisistes; n& prêchez jamais trop longtemps, n'apprenez jamais mot à mot les sei'mons d'autrui. Quelqu'un peut vous entendre.... souvenez-vous-en, Stéphane ! . . .