DE I.A BIBLIOTHÈQUE DV JELXE PRÊTRE
Ce Chapitre serait pour moi le plus embarrassant, si je n'avais eu la bonne fortune de rencontrer un auteur aussi intéressant que peu connu en France, (car outre-Rhin son
' J'oubliais de dire que les pompiers assistaient au susdit sermon. Un quart d'iieure s'était à peine écoulé que la désertion se mettait dans leurs rangs. Les musiciens ouvrirent la marche; vint ensuite le porte-drapeau. L'emblème de l'honneur national, déposé dans un coin près du tambour, n'eut bientôt plus que sa gardo ordinaire, c'est-à-dire, les fusils couchés à ses côtés. Le lieutenant seul tint jusqu'au bout. Digne militaire, ce seul Tait eût mérité la croix !.,.
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autorité t'ait loi). Je nie contenterai presque de le traduire, et ce sera abrité sous son égide i^uc j'énoncerai, au sujet de kl bibliothécfue du jeune i)rètre qui doit prêcher, les principes suivants K
« Il est nécessaire que le curé de campagne, ou tout autre prêtre appelé à prêcher, ait une bibliothèque renfermant les auteurs qui ont traité des divers sujets dont il doits'occuper. Mais aussi, il est très-important, soit pour éviter les dépenses inutiles, soit pour se préserver de la curiosité, ennemie de toute étude sérieuse, que cette bibliothèque utile ci solide soit formée avec discrétion. »
Pierre Comestor, non pas celui ilunl parie leller, mais un mangeur ou du moius un acheteur de livres quelconque et plus moderne, né de parents comme sont la plupart des nôtres, acheta en peu d'années une bibliothèque complète; six mille Uvres de dettes fm'ent le résultat le plus net de cette acquisition. Le digne homme, qu'il repose en paix; mais, après avoir peiné, sulii beaucoup d'avanies, passé bien des nuits sans sommeil, avoir eu bien des distractions en disant sou bréviaire, il est mort sans avoir pu les payer... Oh! que d'argent dépensé à acheter des livres inutiles!... Ceci devrait être éci'it en majuscules. Mon jeune ami, que cela vous profite ; experto crede Roberto.
Ludovic?... mais je le connais; je l'ai rencontré dans un voyage que je fis au nord d'un pays que l'Espagne borne du côté du Sud ; il faut aussi lo silhouetter. Ce qui constitue sa bibliothèque c'est son bréviaire, sa théologie classique, un Hourdaloue dépareillé, un.... de vrai.
Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé.
Moi, dit/-il, je suis fort en droit canon ; venez voir la biblio-
' Voir Lohner, ouvrage cité plus haut.
thèque d'en bas. Et dans la bibliothèque d'eu-bas, il me montra reliés eu verre quinze cents volmnes, (il les appelait ainsi), de droits canons appartenant aux meilleurs crûs de France. Sa satisfaction était si grande, lorsqu'il m'expliquait avec détail cette bibliothèque d'en bas, que je n'eus pas le com'age de lui dire : Mais Ludovic, quelques volumes de moins dans celleci, et quelques bons ouvrages de plus dans celle-là, ne vous empêcheraient point d'accueillii" vos confrères avec ce bon cœur qui vous caractérise. Vous êtes, malgré votre force en droits canons, une croûte incapable de comprendre les questions les plus vitales pour l'Eglise et la religion.... Enfin, vous ne prêchez pas quatre fois par an, votre temps, dit-on, se passe à jouer au billard et à. absorber quelques volumes de droit canon avec descultivateur3 ou des rentiers que vous tutoyez...
Revenons aux principes posés par Lohner. « Il faiit acheter peu de livres, et des livres utiles. » Il y a pour appuyer ce principe une double raison : la première, c'est afin d'éviter cette curiosité dont nous avous parlé plus haut, véritable fléau, qui travaille certains esprits actifs et qui les rend incapables d'acquérir jamais aucune connaissance sérieuse et approfondie. La seconde, c'est que la plupart des livres qui traitent la même matière ne font que la resasser avec des termes un peu variés. Essayez d'étudier im sujet d'instruction dans vingt auteiu'sj vous aurez des idées un peu moins nettes, et serez beaucoup plus embarrassé que si vous vous étiez contenté de celui qui a le mieux traité la question.
« Il faut avoir un bon auteur pom' chacune des sciences qui sont nécessaires au prêtre. « Inutile d'ajouter qu'il faut choisir le meilleur. Ce principe n'apas besoin d'explication; qui ne sait combien nous oublions facilement, et combien il est nécessaire de rafraîchir en nous le souvenir des choses mêmes que nous croyons le mieux savoir.
(( C'est sur les livres qui nous seront les plus utiles pour l'accomplissement de nos devoirs, que doit i)orter notre choix. » Voulez-vous expérimenter combien cette règle est sage, visitez les bibliothèques un peu garnies; les trois quarts des volumes n'ont jamais été lus, peut-être même ne sontils pas coupés; mais le seraient-ils, que je dirais comme Dacier: Ma remarque subsiste *.
« .N'achetez pas facilement un livre inconnu.» Mes doigts frémissent en écrivant ce conseil!... Je dis cela et j'écris un livre nouveau!... Oh triomphe de la vérité!... Faites-en sorte d'avoir une idée de l'ouvrage que vous voulez acheter, ne vous liez pas toujours aux louanges des journaux, ou à des extraits perfidement donnés... Il serait même bon que vous pussiez joindre votre propre jugement à celui de ceux qui ont quelque autorité sur vous... Tel livre trouvé admirable par ceiiaine sorte d'esprits peut être inutile et ennuyeux pour d'autres. Nous ne sommes pas des talents supérieurs, c'est " convenu, et la Symbolique de Mœhler, chef-d'œuvre de dialectique et d'exposition, ne serait pas, j'en suis sûr, compréhensible à tous mes lecteurs. Elle empêchait, dit-on, le roi de Prusse de dormir, elle produirait peut-être sur beaucoup d'entre nous un elîet tout contraire. Ceci soit dit sans intention de dénigrer une œuvre excellente, mais seulement pour montrer (pie la bonté des livres est parfois relative.
Enfin, « toutes choses égales, il faut préférer les ouvrages qui ont de bonnes tables analytiques. » Les recherches de-
1 J'ai constaté dans les ventes de livres auxquelles j'ai assisté, que le dixième des volumes provenant des ateliers de M. Mignc n'étaient pas coupés. Je ne veux rien en conclure contre un éditeur actif et intelligent, qui a rendu de si grands services à la science. Mais que de imcolille dans les diverses Encyclopédies, et qu'ils sont redoutables, pour le lecteur un peu paresseux, ces terribles in-quarlo!,,.
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viennenl faciles alors pour le prédicateur ; le livre est plus utile, et il eu résulte uue grande économie de temps.
Ces principes posés, nous devons encore distinguer entre les livres nécessaires et les livres utiles, afin de n'acheter ceux-ci qu'après nous être procm'é les premiers. Vénérable pasteur •, qui étiez à la fois mon guide et mou ami, si vous viviez encore, je vous aurais prié de terminer ce chapitre. Prêtre <le piété profonde et de vaste lecture, que de fois votre jugement éclairé nous a donné, avec uue incomparable modestie, des ai»préciations modèles de justesse et de bon sens pratitfue.
Nous allons iudi(iuer ici quelques livres nécessaires, selon nous, au curé de fampague qui veut prêcher ses paroissiens.
l**. licriture sainte. L'n bon commentaire avec la traduction en langue vulgaire. D'AUioH est bon, mais il me pai'ait un peu surfait. De Sionnet, je ne dis rien, c'est à peu près le seul éloge qu'il mérite. Je préfère la Bible de Carrières avec commentaires de Ménochius ; elle renferme, outre une traduction meilleure que celle de Sacy, la moelle de Cornélius a Lapide, ce prince des commeiîtateurs. I/uu de ces trois ouvrages, ou quelque autre analogue me paraît nécessaire, ainsi qu'une Concordance. Comme utiles : citons avant tous les Commentaires de Cornélius a Lapide, puis Berthier ou Bellarmin sur les Psaumes, le Cours complet d'Êcnture sainte de labbé Migne, qui renferme quelques dissertations intéressantes et VExpositio triplex de Piquignv sur saint Paul.
'2°. Prédicateurs. Je ne les indique pas d'après leur mérite, mais selon le profit plus ou moins grand que peut en tirer un jeune curé de campagne. Je donne la préférence aux
' M l'abbé Ma tinot déciHlé curé i!e Bouillv
auteurs qui, tout en t'ournissaiit les idées, nous obligent à
travailler. Nécessaires : le Père Le Jeune, mine inépuisable ;
S. Léonard de Port-Mmirice, que saint Liguori appelait It
grand missionnaire de son siècle; Bossuet, Sermons, Élévations
sur les Mystères. Utiles : Bourdaloue, Massillon, le Père Len-
fant, trop peu connu, et peut-être plus utile pour nous que
les deux orateurs précédents, etc. etc.
3° Catéchismes et ascétiques. Nécessaires : Catéchisme >lii
concile de Trente ; un bon livre de méditations. Eayneuve me
parait sous ce rapport rem]»orter sur tous les autres. Il d.'-
mande à être sérieusement étudié. Profit pour notre propn'
sanctification, lumièi-es pour diriger les âmes au tribunal
delà pénitence, idées fécon Is pour la prédication; tels sont
les avantages que procure la lecture de ses Méditations sm
la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je conseillerais aus-.i.
De la connaissance et de l'amour du Fils de Dieu pai- li-
Père Saint-Jure. Comme ouvrages sur la sainte Vierge, Li
Triple couronne de la Mère de Dieu par le Père Fraiicuis
Poiré 1. Je préfère cependant les Conférences sur les Lit"-
7iies de la sainte Vierge p;u- le Père Justin de Mieckou ; |
cet ouvrage, mieux écrit et plus étendu que celui du
Père Poiré , est une véiitable Somme contenant tout
ce qu'on peut dire sur la sainte Vierge. Utiles :
Catéchisme de persévérance par l'abbé (iaume; Catéchisme
de Bourges ; Explication du Catéchisme par l'abbé Guil-
' On doit regretter que les éliteurs n'aient pas assez nijeiini le btyle, la lecture en ser.iil plus attrayante et plus prolitablc. Un ouvrage cjmme celui là ne devait pas être édité seulement pour les amateurs du vieux style. J'aime, il est vrai, les livres (jui obligent celui qui s'en sert à travailler, mais ici c'est un peu trop fort. Est mo>lHS m rebns, a dit Huraco, et les dignes Bénéliictins de Solesnie jijuvaient et devaient mieux faire. Cet ouvrage aurait dû être réédité un peu pour nous autres, profanmn vulfvs.
lois, ouvrage qui, malgré ses nombreuses éditions, me parait au-dessous de sa réputation, etc. etc. 4" Histoire et vie des saints. Une bonne histoire de l'Eglise -t nécessaire. Selon moi, 'Rwhhacher a l'avantage d'être nmplet, et malgré certaines négligences de style et ses longues explications sur la grâce, s'il a été égalé par de plus modernes, il n'a du moins pas été surpassé. (J'excepte les viilumes qui précèdent la venue de Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui sont admirables dans la grande Histoire de l'Êijlise par M. l'abbé Darras). Il faut également une Vie des saints. Ribadeneini est excellent, et sei'ait meilleur encore si le style avait été plus soigneusement retouché par l'éditeur moderne. Giry obtient également un succès qui dément la prédiction de Feller. Car en ce moment, c'est Godescard qui retombe avec raison dans l'oubli. A vrai dire, une bonne Vie des saints me parait être encore à faire.
Le rouge me monte au front en écrivant ces pages ; car je me connais, et qui suis-je donc pour donner des appréciations si carrément accentuées? Un pauvre curé de campagne qui a trop lu, et surtout trop acheté de livres inutiles, qui s'est imposé bien des sacrifices pour les payer, et qui voudrait crier sur les toits: Jeunes amis, ne faites pas comme moi. J'ai dit plus haut que la bonté des livres était parfois relative, j'ai ajouté de plus qu'il fallait se défier des livres nouveaux; on ne me reprochera pas au moins de manquer de franchise et de bonne foi ; de mes conseils comme de mes appréciations le lecteur prendra ce qu'il voudra.... mais..., je les crois justes.
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