LE « CODEX
rangés par ordre alphabétique ainsi quedansles pharmacopées étrangères. La pharmacie vétérinaire reste détachée, mais, auparavant, un chapitre nouveau est réservé aux préparations physiologiques soumises à une réglementation spéciale , c’est-àdire aux médicaments opothérapiques et sérothérapiques, aux toxines et vaccins d'origine microbienne. Les annexes contiennent diverses notions utiles et un chapitre consacré aux doses maxima des médicaments , question nouvelle et importante sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir. Dans le détail, le nouveau Codex s’écarte sensiblement du précédent ; de nombreux médicaments y sont ou ajoutés ou supprimés ou modifiés. La Commission, à cet égard, a été conduite par l’idée d’unifier les diverses pharmacopées et aussi parcelle d’appliquer, dans la mesure du possible, le système décimal.
Il a été décidé d’ailleurs, par la Commission, que le Codex devait être considéré comme constitué par la série de ses éditions, si bien que les médicaments supprimés conservent une existence légale et peuvent être ordonnés comme les autres ; en ce qui concerne les médicaments modifiés, seule est officielle et doit être exécutée leur dernière formule.
Le Codex de l’an XI, qui place sous un régime pharmaceutique uniforme toute l’étendue du territoire français, avait été précédé par la Pharmacopea parisiensis, qui, publiée en 1758,, n’avait cours qu’à Paris seulement.
Auparavant, la pharmacie était régentée par un Codex qui, rédigé sur une ordonnance du Parlement de 1593, parut seulement en 1639 et eut cinq éditions successives.
Auparavant encore, les apothicaires, se conformant à une ordonnance de 1383, possédaient dans Y Antidotaire Nicolas le guide qui leur était nécessaire. Cet ouvrage, importé d’Alexandrie, avait été rédigé au xme siècle, à Salerne, par un médecin grec, Nicolas Myrepse,et traduit du grec en latin; il renfermait 2656 formules ou recettes.
Dans son ouvrage, Nicolas Myrepse s’était inspiré, d’une part, des Arabes, auxquels il avaitemprunté uncertain nombre de formules; d’autre part et surtout, de Nicolas Præpositus, doyen de l’École de médecine de Salerne, qui, auxn®siècle( 1130),
U GÉNÉRALITÉS SÜR L'ART DE PRESCRÎÉË.
avait composé lui-même un Antidotaire de pure inspiration
gréco-latine.
Enfin, avant. ces temps lointains, les apothicaires étaient en possession de formulaires traduits de l’arabe et notamment du formulaire d’Aboul Hussein, médecin du califat de Bagdad (xiie siècle) et du formulaire d’Akrabazine (ixe siècle). Ne vous étonnez pas de voir les Arabes à l’origine de la pharmacie : la chimie est née en Mésopotamie, et le chimiste arabe le plus célèbre, Geber, qui, de son vrai nom, s’appelait Abou Moussah- Djafar-al-Sofi, vivait au vne siècle ; rien d’étonnant à ce que, deux siècles plus tard, un de ses compatriotes se rencontrât, qui écrivît la première codification des drogues.
Au total et en résumé, vous voyez que l’histoire de cette codification comprend en France trois périodes distinctes : la première, qui va du ixe au xme siècle, est marquée par la prédominance de l’influence arabe ; la deuxième, qui va du xme au xvne siècle, par la prédominance de l’influence grécolatine ; la troisième enfin, qui va du xvne siècle à nos jours, par la conquête de l’autonomie française.
Ceci dit sur le Codex, j’arrive à l’étude de la façon de faire figurer sur l’ordonnance les médicaments officinaux.
Prescription des médicaments officinaux. — La prescription d’un médicament officinal est très simple; elle comprend deux parties, dénommées Yinscription et 1 "instruction.
L’ inscription, c’est-à-dire la désignation du médicament, s’adresse au pharmacien, et l’instruction au malade. La première sera courte : il s’agit, en effet, de médicaments dont la formule et le mode de préparation figurent au Codex . Pas n’est besoin, par conséquent, d’en détailler la formule, même si vous la connaissez : vous ferez, dans l’inscription, une simple mention de la nature et de la quantité du médicament que le pharmacien devra délivrer à votre malade.
Quant à l 'instruction, qui s’adresse, je vous le répète, au malade, elle concerne l’emploi du médicament, emploi variable, bien entendu, suivant la nature de celui-ci (soluté, teinture, liniment, etc.), suivant la voie d’administration et suivant le but thérapeutique poursuivi.
MÉDICAMENTS MAGISTRAUX.
Médicaments magistraux. — Définition. — Si les médicaments officinaux sont confectionnés d’après les formules et les indications du Codex , les médicaments magistraux le sont d7après les formules et les indications du médecin; si, d’autre part, les médicaments officinaux sont préparés d’avance dans l’officine pharmaceutique, il n’en est pas de même des médicaments magistraux, lesquels le sont au moment du besoin.
Ainsi qu’on le voit, les deux caractéristiques du médicament magistral s’opposent, en quelque sorte, àcelles du médicament officinal, et l’on pourrait par suite le définir : un médicament que les pharmaciens préparent extemporanément d'après Vordonnance du médecin.
Toutefois, il convient d’ajouter qu’alors que la définition du médicament officinal est absolue, il n’en va pas de même île celle du médicament magistral.
Le Codex , en effet, donne les formules et les modes de préparation d’un certain nombre de médicaments essentiellement magistraux, tels que loochs, juleps, potions et tisanes. A la vérité, les loochs et les juleps sont des préparations incomplètes que l’on n’emploie pour ainsi dire pas telles que, mais seulement modifiées magistralement, ainsi que je vous le montrerai. D’autre part, les potions ne figurent au Codex qu’en nombre infime, si bien que l’on a pu dire qu’elles y étaient représentées, en quelque sorte, à titre d’exemples. Le fait est que, si les médicaments magistraux satisfont presque toujours à leur définition classique, par exception, ils peuvent n’y satisfaire qu’à moitié : ils conservent alors le caractère de préparations extemporanées, mais perdent celui qui, à l’origine, leur a valu leur qualification spéciale, c’est-à-dire le caractère de préparation conçue dans sa composition et formulée par le maître, le médecin.
Prescription des médicaments magistraux. — La prescription d’un médicament magistral se calque sur celle d’un médicament officinal lorsque, par exception, il figure au Codex :
Sinon, elle comporte trois parties : l'inscription, la souscription et l’ instruction . L’inscription et la souscription A. Gilbert. — L’Art de Prescrire. 3
34 GÉNÉRALITÉS âUR L’ART DÉ PftÉSCËîftË.
s’adressent au pharmacien, l’instruction s’adresse au malade. Étudions successivement chacune de ces parties.
U inscription, c’est la formule, % t comme, ici, la formule ne figure pas au Codex , mais vous appartient, il sera nécessaire que vous la détailliez. Vous inscrirez sur des lignes successives Ja série des substances qui doivent composer le médicament, y compris les chiffres exprimant leurs quantités ; puis vous ne manquerez pas de réunir ces diverses lignes par une accolade.
En tête de rinscription, il était de rigueur, autrefois, de faire figurer le* mot recipe, qui signifie : prends. Le médecin s’adressant au pharmacien par l’intermédiaire de son ordonnance lui disait : prends telle et telle substance dont voici la nomenclature. Le mot recipe , sauf exception, n’était pas employé en entier; il était remplacé par l’abréviation re et surtout par l’un ou l'autre des deux signes suivants: ty, ou % (1).
C’est à tort que l’on a voulu voir dans ces signes ou dans la barre qui entre dans leur composition une invocation à Jupiter. En réalité, ainsi que je l’ai montré avec M. Deval (2), chef de mon laboratoire de l’Hôtèl-Dieu,!^, et % figurent un grand R et un petit r barrés, abréviatifs du mot recipe . La barre marque purement et simplement la coupure du mot. Elle a la même signification que le point dont on fait suivre la première lettre d’un mot que l’on abrège. Son emploi, courant naguère, ne s’appliquait pas, bien entendu, qu’au seul mot recipe , mais à toutes sortes de mots. Il s’est transmis d’ailleurs du latin au français, et c’est ainsi qu’en numismatique il est usuerl de remplacer le mot revers s’appliquant aux monnaies et aux médailles par le même signe qui, sous une plume médicale, et en tête d’une formule, signifie recipe.
L’origine de la légende de l’invocation au Dieu de l’Olympe repose sans doute sur l’identité typographique existant entre le signe % et celui par lequel, en astronomie, on représente la planète J upiter. Cette identité est elle-même la conséquence de la similitude de la lettre petit manuscrite avec la lettre s,
(1) On écrivait aussi dans ces derniers temps : prends ou pr.
(2) Le lecteur qu’intéresserait cette question et qui désirerait à son sujet de plus amples développements n’aurait qu’à se reporter à la partie documentaire de ce manuel (A. Gilbert et Li Deval, Recipe, p. 289).
MÊDiCÀtoÈNTS MAGISTRAUX.
similitude d’où procède celle de la lettre petit x, barrée avec la lettre z barrée. Eu grec, Jupiter s’appelait Zeus. Coupez ce mot après sa première lettre, par une barre suspensive, et vous obtiendrez le signe %, c’est-à-dire à la fois le signe de recipe et celui de Jupiter.
Quoi qu’il en soit, les jeunes générations se sont détournées peu à peu du vieil usage, si bien que, les anciennes disparaissant, le nombre des médecins qui aujourd'hui y sacrifient encore s’est réduit visiblement.
Actuellement on peut estimer tout au plus au quart ou au cinquième le nombre de prescriptions magistrales qui portent la marque du rite coutumier. Il en est ainsi du moins en France. A l’étranger, en Russie, en Angleterre, en Allemagne, pays où le latin est resté la langue des ordonnances, le recipe , en efFet, s’est perpétué jusqu’ici intangible.
La souscription , vous ai-je dit, s’adresse, comme l’inscription, au pharmacien. Elle est relative au mode de préparation du médicament.
Ainsi concevez-vous aisément qu’un médicament officinal ne comporte pas cette partie de la prescription. Préparé d’après la formule du Codex et d'après ses indications, il n’a que faire d’indications nouvelles (1).
Tantôt vous aurez des recommandations particulières à faire au pharmacien au sujet du remède dont vous lui demandez la fabrication, et tantôt vous n’en aurez aucune à lui adresser.
Dans ce dernier cas, naguère, en guise de souscription, on déposait au-dessous de la formule les trois mots consacrés : fac
(1) Il n’est cependant aucunement interdit de modifier la formule des médicaments du Codex , officinaux ou non. C’est ainsi que quelquefois on ordonne le looch blanc privé d’amandes amères. C’est ainsi encore que le professeur Hayem a proposé d’employer en injections hypodermiques la liqueur de Fowler officinale (formule du Codex de 1884), modifiée par le remplacement de l’Eau de mélisse par de l’Ëau de laurier-cerise, etc.
Dans ces conditions, la prescription du médicament comporte une inscription courte, sommaire, sans formule, suivie d’une souscription où la modification à effectuer au médicament est spécifiée.
Ici donc il y a place pour une souscription, mais, à la vérité, il ne s’agit plus d’un médicament codexien. Il s’agit d’un médicament codexien modifié magistralement.
secundum artem, ou du moins leurs initiales : f. s. a. Le médecin, s'adressant au pharmacien, après lui avoir écrit dans la première partie de sa prescription, l’inscription : « prends telle et telle substances », ajoutait dans la deuxième, la souscription, faute de recommandation particulière : « et fais selon l'art ».
De même que le recipe , la vieille formule souscriptive a subi, elle aussi, les injures du temps, et les ordonnances dont elle a disparu l'emportent maintenant et de beaucoup par leur nombre sur celles où elle figure encore.
L 'instruction, qui vient en dernier lieu, s’adresse ici, comme dans le cas de médicament officinal, au malade. Elle vise l’emploi qu’il devra faire du médicament.
Cet emploi variera naturellement, comme celui des médicaments officinaux, avec la nature du médicament, c’est-à-dire avec sa forme pharmaceutique; il variera avec sa voie d’administration et avec le but thérapeutique en vue duquel il est prescrit. Dans des leçons ultérieures, je reviendrai, à maintes reprises et avec tous les détails nécessaires, sur cette question.
Il ne s’agit pour le moment que d’indications générales.
A la question de la prescription des médicaments magistraux se rattache une question subsidiaire de la plus haute importance, celle des incompatibilités médicamenteuses . Envisageons-la immédiatement.
Incompatibilités médicamenteuses. — - Les incompatibilités médicamenteuses ont été l’objet de travaux multiples, en particulier de la part d’Yvon, mon regretté collaborateur. Yvon en distingue quatre catégories: incompatibilité physique, incompatibilité chimique , incompatibilité physiologique, incompatibilité pharmaceutique. Nous allons envisager successivement chacune d’entre elles.
Incompatibilité physique. — Cette incompatibilité est la moins intéressante de toutes ; elle ne vise guère qu’une seule des propriétés physiques des médicaments, la solubilité. Il y a donc incompatibilité physique entre le corps destiné à être dissous et le solvant choisi, lorsque la solution est impossible .
Il v a des degrés, bien entendu, dans l'incompatibilité physique : elle peut être absolue ou seulement relative,, selon que le corps destiné à èire dissous est totalement insoluble oupartiellementinsoluble seulement. Si vous prescriviez, par exemple, une solution ainsi formulée :
I Chlorate de potasse 20 gram.
| Eau distillée 250 —
vous commettriez par cette formule une faute sur le chef d’incompatibilité physique. Le chlorate de potasse, en effet, n'est pas assez soluble pour qu’il puisse, à la dose de 20 grammes, se dissoudre dans 250 grammes d’eau, du moins à la température de 15°. A cette température, il n’est soluble que dans la proportion de 1 p. 15,8, et par conséquent 250 grammes d'eau n’en dissoudront que 15&r,82. Plus de 4 grammes de chlorate resteront non dissous.
Dans cet exemple, Tincompatibilité est relative. Les médicaments insolubles sont tellement nombreux que rien ne me serait plus facile que de vous citer de multiples exemples d’incompatibilité absolue, mais je glisse. Les fautes sur le chef d’incompatibilité physique n’entraînent pas en général de conséquences graves. Vous les éviterez en tout cas aisément en vous reportant, à l’occasion, à un tableau des solubilités (1).
Passons à une incompatibilité plus importante, l’incompatibilité chimique.
Incompatibilité chimique. — Onditqu’zV y a incompatibilité chimique entre les médicaments réunis dans une même formule lorsqu'ils sont susceptibles de réagir l’un sur Vautre pour donner naissance à des composés nouveaux.
Vous formulez, par exemple :
Calomel à la vapeur 0 gram. 30
Eau distillée de laurier-cerise.. . . 25 gram.
Julep gommeux 150 —
vous commettez une faute sur le chef d’incompatibilité chimique. En effet, beau de laurier-cerise contient de X acide (1) Voir Documents annexes. Solubilité des médicaments (p. 295).
cyanhydrique : cet acide, rnis en présence du calomel, qui est du protochlorure de mercure, va se combiner avec lui, et du cyanure de mercure prendra naissance, en même temps qu’une certaine proportion d’acide chlorhydrique et de mercure métallique sera mise en liberté. La préparation deviendra grise; mais, ce qui est beaucoup plus grave, votre malade courra le risque d’être empoisonné. Si donc les fautes sur le chef d’incompatibilité physique n’ont, le plus souvent, d’autre conséquence ,que de montrer votre ignorance et ne mettent pas la vie du malade en danger, il n’en est pas de même pour certaines fautes sur le chef d’incompatibilité chimique. Aussi ne saurais-je trop vous conseiller, en cas de doute, de vous reporter au tableau des incompatibilités chimiques que vous trouverez plus loin (1).
Vous commettez une faute analogue à celle que je viens de vous signaler quand vous faites ingérer à votre malade des substances qui, dans l’estomac, sont capables de réagir l’une sur l’autre et d’v donner naissance à des composés nouveaux.
Et vous êtes encore en défaut quand vous ne prémunissez pas votre malade contre le danger d’une pareille ingestion.
Naguère, il était classique de donner en exemple ici le cas du calomel et des aliments salés, en particulier du bouillon aux herbes. On croyait, en effet, jusqu’à ces dernfères années, qu’il y avait incompatibilité entre le calomel et les chlorures alcalins, dont le chlorure de sodium. On pensait que si, à la suite du calomel pris, par exemple, comme purgatif, à la dose de Os1’, 50, un malade ingérait un aliment salé, tel que du bouillon aux herbes, préparation dont la prescription à la suite des purgatifs est usuelle et traditionnelle, on pensait, dis-je, que, du fait de la rencontre dans l’estomac du protochlorure de mercure qu'est le calomel et du chlorure de sodium, pouvait découler la formation d’une certaine quantité de bichlorure d’hydrargyre, poison violent.
Mais il est maintenant avéré qu’il y avait là une notion erronnée
Pas plus in vivo que in vitro la réaction redoutée n’est
(1) Voir Documents annexes. Incompatibilités chimiques médicamenteuses, p. 31g).
susceptible de s’opérer dans les circonstances incriminées, c’est-à-dire étant données les conditions de quantité des deux corps mis en présence, de durée de leur contact, de température ambiante, etc. Et, en fait, aucun cas authentique d’empoisonnement par le sublimê-n’a été relevé chez l’homme à la suite de l’ingestion du calomel et d’un aliment salé, pas plus qu’aucun empoisonnement expérimental n’a pu être réalisé chez Tanimal dans les mêmes conditions (1).
S’il n’y a pas d’incompatibilité entre le calomel et le chlorure de sodium, il n'en va pas de même en ce qui concerne le calomel et les iodures ainsi que les bromures alcalins. Aussi ceux-ci me fournissent-ils l’exemple que celui-là ne me permet plus. A supposer qu’à un syphilitique à qui vous avez ordonné de Tiodure de potassium ou qu’à un épileptique à qui vous avez prescrit du bromure vous veuilliez faire prendre une purgation, à l’un ou à l’autre de ces malades, vous n’administrerez pas du calomel, ou bien, si vous donnez la préférence à ce purgatif, vous ferez suspendre momentanément l’iodure ici, le bromure là. Vous éviterez ainsi la formation d’un composé mercuriel soluble et absorbable, iodureou bromure mercurique jouissant de propriétés toxiques.
J’ai tiré du calomel mes exemples d’incompatibilité chimique, parce que ce corps est incompatible avec quantité de substances (2). Non seulement, en effet, il l’est avec Yacide cyanhydrique , avec les iodures et avec les bromures alcalins, mais il l’est encore avec les carbonates et avec les alcalis en général.
Le looch blanc, dans la composition duquel entrent des amandes amères, ne doit pas servir de véhicule au calomel ; à la vérité, la quantité d’acide cyanhydrique qu'il renferme est très faible, trop faible même pour que l’addition de calomel le rende vraiment toxique; néanmoins, il sera d’une bonne pratique de substituer au looch blanc habituel le looch huileux, ou encore le looch blanc sans amandes amères, quand vous voudrez y incorporer du calomel.
(1) On n’amène des accidents toxiques chez l’animal qu’en s’écartant des conditions réalisées chez l’homme, par exemple en donnant avec le calomel de fortes doses de chlorure de sodium.
(2) Voir Documents annexes, p. 315,
fJÉNÉRALITÊS SUR L’ART DE PRESCRIRE.
Il va de soi que, lorsque la réaction de l’une sur l’autre des substances qui composent un médicament est voulue, soit in vitro , soit dans l’estomac du malade, il n’y a pas de faute sur le chef d’incompatibilité chimique, sans quoi la potion de Rivière, que vous connaissez tous, serait une erreur thérapeutique. Cette potion, qui figure au Codex, est composée de deux fioles distinctes, de deux sous-potions , l’une alcaline et l’autre acide, fiole n° i et fiole n° 2. En voici la formule :
Potion antivomitive de Rivière (C) (1).
Potion gazeuse.
N° / . — Potion alcaline.
Bicarbonate de soude, trois grammes cinquante centigrammes. 3,1)0
Eau distillée
cent grammes. 100
Sirop simple.
trente grammes. 30
— Potion acide.
Acide citrique.
quatre grammes. 4
Eau distillée.
cent grammes. 100
Sirop d’acide citrique.
trente grammes. 30
Cette potion s’emploie chez les malades atteints de nausées ou de vomissements dans le but d’arrêter ces manifestations. Les sujets qui en font usage prennent coup sur coup, mais non mélangées préalablement, une cuillerée à café, à entremets ou à soupe de la potion alcaline n<> 1, pais de la potion acide n° 2, de sorte que le mélange des deux potions s’exécute dans l’estomac : il se produit alors cette réaction qui, lorsqu’elle n’est pas voulue, constitue une faute sur le chef d’incompatibilité chimique ; cette réaction est telle que l’acide citrique se combine avec la soude; il se forme du citrate de soude, et l’acide carbonique du bicarbonate de soude est mis en liberté. Et c’est précisément cette mise en liberté de l’acide carbonique dans l’estomac qu’on recherche en administrant la potion
(1) Dans cet ouvrage, les formules tirées du Codex sont marquées par un G. et sont reproduites telles qu’elles figurent au Codex même, avec cette particularité, toutefois, que, des deux désignations qu’elles possèdent souvent, nous avons toujours placé en tête celle dont l’usage est le plus courant. —
Les formules magistrales sont reproduites telles qu’elles doivent figurer sur une ordonnance.
de Rivière. L’acide carbonique, à l’état naissant, exerce une action anesthésique sur la muqueuse stomacale, d’où découle la possibilité d’arrêt du mal de cœur, des envies de vomir et des vomissements.
Incompatibilité physiologique. — J’arrive à la troisième catégorie des incompatibilités, les incompatibilités physiologiques.
y a incompatibilité physiologique médicamenteuse lorsque les médicaments associés dans une formule contrarient ou neutralisent leur action physiologique réciproquement. Si, par exemple, vous administrez à un malade, simultanément, de l’opium et de l’ipéca, ou si vous lui administrez simultanément de la magnésie et du bismuth, vous commettez des fautes sur le chef d’incompatibilité physiologique. L’ipéca est vomitif, l’opium antivomitif; la magnésie est purgative, le bismuth constipant.
La connaissance de l’action des médicaments vous permettra d’éviter l’incompatibilité physiologique. Ici encore, bien entendu, il n’y a pas faute lorsque l’incompatibilité est voulue. Comme exemple d’incompatibilité physiologique voulue, je puis vous citer la poudre de Dover et la potion contro-stimulante de Laennec.
La poudre de Dover est une vieille préparation galénique, autrefois très employée et encore utilisée de nos jours ; sa formule tirée du Codex est ainsi composée :
Poudre de Dover (C.).
Poudre d'ipécacuanha opiacée.
Poudre d’opium. dix grammes
— d’ipécacuanha. dix grammes
— d’azotate de potassium, quarante grammes
— de sulfate de potassium, quarante grammes
La proportion des éléments est telle que 1 gramme de poudre de Dover contient 40 centigrammes d’azotate de potasse, 40 centigrammes de sulfate de potasse, 10 centigrammes de poudre d’ipéca et 10 centigrammes d’opium.
Ainsi, dans cette formule, l’ipéca et l’opium se trouvent
associés. / *
Quant à la potion contro-stimulante de Laënnec} célèbre autrefois, en voici la formule :
Potion contro-stimulante (Laënnec) (1).
Emétique. trente centigrammes.
Infusion de tilleul 150 gram.
Sirop diacode.. 30 —
Vous voyez dans cette formule, associées, une substance qui a les mêmes vertus vomitives que l’ipéca, l’émétique, et une préparation à base d’opium, le sirop diacode.
Puisque j’ai l’occasion de vous entretenir de la potion controstimulante de Laënnec, permettez-moi, au passage, de vous rappeler son histoire.
Vous n’ignorez pas, sans doute, qu’à l’union du xvme et du xixe siècle, vivait en Italie, à Turin, un célèbre médecin du nom de Rasori. Rasori avait imaginé que, dans les maladies fébriles aiguës, et en particulier dans la pneumonie, existait une sorte de diathèse de stimulus , qui tenait sous sa dépendance les phénomènes d’excitation qu’on observe dans ces circonstances. Vous savez que les malades qui sont ainsi affectés ont le pouls rapide, vibrant, latempératureélevée, la respiration accélérée, qu’ils ont de l’agitation, souvent du délire, bref, toute une série de symptômes que Rasori considérait comme sous la dépendance de sa diathèse de stimulus.
Et Rasori critiquait les médecins qui, dans la pneumonie, dirigeaient toutes leurs tentatives thérapeutiques du côté de l’état local. Il soutenait que, dans les maladies fébriles aiguës, et en particulier dans la pneumonie, c’était la diathèse de stimulus qu’il fallait combattre ; et, pour lacombattre, il employait l’émétique à hautes doses par fractions.
11 n’hésitait pas à en donner plusieurs grammes par jour. Il devait être dépassé cependant par ses élèves, ses conti- /
(1) J’ai déjà indiqué que les formules tirées du CocUx et reproduites ici sont marquées par un G et qu’elles sont disposées ainsi que dans le Codex lui-même, alors que les autres formules sont disposées ainsi qu’elles doivent l’être 4&ns une ordonnance,
nuateurs et ses admirateurs, qui en portèrent la dose quotidienne à 5 et 6 grammes, fait qui nous semble peu croyable aujourd’hui.
Les malades qui ingéraient ainsi l’émétique à hautes doses et par fractions étaient pris rapidement de vomissements et de diarrhée : ils allaient du haut et du bas d’une façon incessante. Puis, au troisième jour, en général et assez brusquement, les vomissements et la diarrhée • cessaient. On disait alors que la tolérance était établie, ou, en d’autres termes, que V aptitude était réalisée, c’est-à-dire que l’organisme tolérait l’émétique. Jusque-là l’organisme se défendant, les vomissements et la diarrhée se produisaient ; puis, à un moment donné, la tolérance s’établissant pour le médicament toxique, les vomissements et la diarrhée se suspendaient, et en même temps on voyait également s’arrêter brusquement les phénomènes d’excitation dont je parlais tout à l’heure : le pouls et la respiration se ralentissaient, la température tombait, l’agitation cessait, etc.
On déclarait alors que la diathèse de stimulus était vaincue, et on supprimait, bien entendu, l’émétique. Et heureusement, car, si on avait continué, comme l’organisme ne se défendait plus, le malade n’aurait pas tardé à succomber.
Puisque la diathèse de stimulus était vaincue au moment où l’aptitude ou tolérance se manifestait, il s’agissait d’obtenir la réalisation de cet état le plus tôt possible ; et c’est pourquoi, précisément, Laënnec avait introduit dans sa formule une certaine proportion d’opium : c’était pour rendre la tolérance à l’émétique plus facile, c’était comme antagoniste de l’action de l’émétique.
Vous voyez, d’ailleurs, qu’aumoment où Laënnecprescrivait, à l’imitation de Rasori, l’émétique dans la pneumonie, comme aussi dans d’autres maladies fébriles aiguës, les doses du médicament avaient été notablement abaissées, puisque la potion de Laënnec «renfermait 30 centigrammes d’émétique seulement.
Incompatibilité pharmaceutique. — Reste la quatrième et dernière catégorie d’incompatibilités, les incompatibilité^ pharmaceutiques.
Il y a incompatibilité pharrhaceutique entre les médicaments associés dans une formule , lorsque la forme pharmaceutique prescrite est inexécutable .
Gomme le soluté dont je vous donnais la formule plus haut à propos des incompatibilités physiques (chlorate de potasse, 20 grammes; eau distillée, 250 grammes) est inexécutable, tout au moins en partie, en raison de la solubilité insuffisante du chlorate de potasse, et comme l’incompatibilité physique ne vise qu’une seule des propriétés des médicaments, leur solubilité, on pourrait rayer la première catégorie des incompatibilités et par suite, au lieu de quatre, en distinguer trois seulement.
Les incompatibilités pharmaceutiques sont celles qui sont le plus souvent réalisées, à cause de la fréquente ignorance des médecins dans l’art de formuler.
Toutes les formes pharmaceutiques médicamenteuses peuvent être le point de départ de fautes sur ce chef d’incompatibilité; toutefois, les pilules, à cet égard, se font surtout remarquer.
Je me bornerai ici à vous montrer, par des exemples, les incompatibilités auxquelles leur prescription peut donner lieu, me réservant d’attirer votre attention sur celles dont les autres formes pharmaceutiques peuventêtre l’occasion, lorsque je vous entretiendrai de la manière de les prescrire.
Les pilules, vous ne l’ignorez peut-être pas, se composent le plus souvent d’une ou plusieurs substances actives et d’un excipient, celui-ci étant destiné à leur donner une consistance spéciale, la consistance pilulaire.
Les médecins versés dans l’art de formuler savent bien faire varier la nature des excipients pilulaires, ainsi que leur quantité, avec les variations de nature et de quantité des substances actives. Il n’en va pas de même des ignorants, si bien que les pilules préparées selon leurs formules peuvent, d’une part, ne pas offrir la consistance pilulaire, étant ou trop molles ou trop dures, et par suite inexécutables, d’autre part, ne pas présenter le poids voulu.
On vous dira qu’il y a un procédé pour tourner la difficulté