AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE LA VOIE DIGESTIVE
après sa large praticabilité, est la commodité : pas n’est besoin ici d'instrument, ou du moins d’instrument spécial; pas n’est besoin d’un aide ou de la présence du médecin.
Le tube digestif est, de plus, la voie d’élection pour l’administration de certains médicaments, en particulier de ceux qui, après Leur absorption, sont destinés à agir sur la paroi de l’estomac, sur celle de l’intestin et aussi sur le foie, où ils sont portés directement par la veine porte. Ainsi, si vous prescrivez du bicarbonate de soude en vue d’une action sur la sécrétion biliaire, c’est la voie digestive qui est logiquement indiquée.
Les inconvénients et les désavantages de cette voie sont multiples. Tout d’abord, son emploi expose ou peut exposer au développement de la gastrite médicamenteuse. Lorsqu’on administre par la voie buccale des substances irritantes ou caustiques, comme le fer , l 'arsenic, le mercure , si ces médicaments sont donnés à hautes doses ou à doses fréquemment répétées, si on les fait prendre h jeun ou avant le repas, alors que l’estomac est vide, on peut voir se développer, au bout de quelque temps, une gastrite médicamenteuse et, par le fait du traitement, une nouvelle affection se surajoute à celle pour laquelle le malade était venu demander des soins. Pour obvier à cet inconvénient, vous n'ordonnerez certains médicaments qu’avec circonspection et vous les ferez prendre pendant ou immédiatement après le repas.
La voie digestive présente dVutres défauts. Elle n’est pas la voie, hormis le cas particulier d’une action à exercer sur l’estomac, l’intestin ou le foie, qui permette aux médicaments de produire leur maximum d’action. Aussi, lorsqu’il y a un intérêt majeur à agir rapidement et énergiquement sur le cœur, par exemple, ou sur le système nerveux, se détournet-on de la voie digestive pour en adopter une autre préférable. Ainsi fait-on, le plus souvent, pour prendre un exemple, quand la caféine est indiquée : on ne l’administre pas par la bouche, mais en injections hypodermiques. De cette façon, non seulement on évite les phénomènes d’irritation gastrique, qu’elle amène souvent, mais encore on obtient des effets physiologiques et thérapeutiques particulièrement rapides et intenses.
Le moindre rendement des médicaments pris par l’estomac
tient à des causes multiples, entre autres à l’action des sucs digestifs, de l'épithélium gastro-intestinal et du foie. Parfois, l’action digestive est telle que les médicaments sont totalement détruits : tel est le cas de la pancréatine, et tel est le cas, ou peu s’en faut, des sérums thérapeutiques .
Le tube digestif, d’ailleurs, n’est pas seulement susceptible d'inactiver certains médicaments, il est capable encore d’imposer à certains autres des modifications qui en augmentent la toxicité : ainsi en est-il de divers composés arsenicaux organiques, de Yarsénohenzol et du cacodylate de soude.
Dans le jeune âge, l’emploi de la voie digestive est limité par ce fait que les enfants sont inaptes à ingérer diverses formes pharmaceutiques médicamenteuses, telles que les pilules et les cachets. A tout âge, un semblable résultat peut être amené par un état pathologique des voies digestives supérieures, tel qu’une angine phlegmoneuse ou un cancer de l’œsophage.
Enfin, si certaines maladies s’opposent à l’emploi de la voie digestive, d’autres la contre-indiquent, surtout pour l’administration de médicaments irritants ou caustiques : ainsi en est-il des gastropathies.
On peut résumer de la façon suivante les indications et les contre-indications de l’emploi de la voie digestive.
Elle est indiquée en principe, en raison de sa praticabilité et de sa commodité. Elle est indiquée d’une façon spéciale quand l’action médicamenteuse doit s’exercer sur les organes digestifs : estomac, intestin, foie.
Elle est contre-indiquée par l’existence d’un obstacle au niveau des voies digestives supérieures, pharynx, œsophage; par le jeune âge pour certaines formes pharmaceutiques des médicaments, les formes solides ; par l’existence ou la menace d’une gastropathie ; enfin, elle est contre-indiquée surtout en cas d’administration de médicaments qu'inactive ou qu’altère leur contact avec les liquides digestifs, et par la nécessité, dans certains états morbides, d’agir vite ou d’agir fort, ou d’agir à la fois vite et fort.
— Pour être pris paf la voie digestive, les médicaments ont
besoin de subir, de la part des pharmaciens ou d’industriels pharmaciens, une préparation particulière. Il en est ainsi des médicaments officinaux, des médicaments magistraux et des spécialités. Seules, les eaux minérales ne réclament généralement qu’un simple embouteillage.
Les formes pharmaceutiques des médicaments qui peuvent être prises par la voie digestive sont très nombreuses. On peut les distinguer, d'une façon générale, en deux grandes catégories : les formes pharmaceutiques liquides , d’une part, les formes pharmaceutiques solides , de l’autre. Étudions tout d’abord les premières; nous étudierons ensuite les secondes.
FORMES PHARMACEUTIQUES LIQUIDES. — Nomenclature. —
En ce qui concerne les formes pharmaceutiques liquides, je vous les énumérerai d’abord, puis je vous donnerai la définition de chacune d’elles, et je vous indiquerai les mesures qui permettent de les prendre; en dernier lieu, je vous montrerai la façon de les faire figurer sur l’ordonnance, c’est-à-dire de les prescrire.
On peut administrer par la voie buccale les médicaments sous vingt et une formes pharmaceutiques liquides différentes, à savoir les formes de potions , juleps , loochs , émulsions , solutés , sirops , mellites\ huiles médicinales , mns, vinaigres , bières , tisanes , apozèmes , limonades , élixirs , liqueurs , extraits fluides , alcoolés ou teintures alcooliques , alcoolatures , alcoolats , éthérolés.
Dans la dernière édition du Codex , deux de ces formes ont été supprimées, les éthérolés ou teintures éthérées et les brutolés ou bières médicinales. Mais, comme vous le savez, le Codex se compose de l’ensemble de ses éditions successives ; par suite, du moment qu’un médicament y a figuré, il peut toujours être prescrit.
J’ajoute que rien ne s’opposerait, le cas échéant, à ce que vous prescriviez magistralement tel ou tel médicament sous les formes d’éthérolé ou de brutolé, pas plus qu’il n’est interdit à une spécialité de les revêtir l’une ou l’autre.
Définitions. — Il est nécessaire que vous connaissiez la définition de ces différentes formes pharmaceutiques. Je vous
la donnerai d’après le Codex et le plus souvent d’après la dernière édition (1908); quand il le faudra cependant, je l’emprunterai à l’avant-dernière (1884), mais alors j’en spécifierai l’origine.
Voyons d’abord ce qu’il faut entendre par potions, juleps et loochs.
Potions, juleps, loochs. — Les potions , lit-on dans le Codex , sont des préparations magistrales, liquides et sucrées, que l’on administre par cuillerées. » „
C’est là une définition assez terre à terre. Il convient d’ailleurs d’y joindre cette observation que le Codex , ainsi que déjà je l’ai indiqué, renferme quelques formules de potions.
« Quelques potions, ajoute le Codex , sont également prescrites sous le nom de juleps .
« Les potions préparées avec une émulsion et rendues plus ou moins consistantes à l’aide d’un mucilage prennent le nom de loochs. Les loochs, comme les potions ordinaires, servent souvent d’excipient à des médicaments actifs, tels que l’ipécacuanha, le kermès, etc. » '
J’ai prononcé le mot de mucilage. Je dois vous dire ce qu’il faut entendre, d’après le Codex , par ce mot : « Sous le nom de mucilages , on désigne des préparations qui doivent leur consistance plus ou moins épaisse à la gomme ou à d’autres principes analogues tenus en dissolution ou en suspension dans l’eau. »
Le mot potion vient du mot latin potio, qui vient lui-même de potere, boire. Les mots julep et looch ont une étymologie plus lointaine : le premier, en effet, procède du mot arabe djoulab , de gui , rose, et ap, eau ; le second, que l’on écrivait au xvie siècle, lohot , vient également de l’arabe.
Après ce que je vous ai dit antérieurement du Codex et de ses origines, vous ne serez pas étonnés de rencontrer ici des mots arabes. Je vous rappelle que, du ixe au xme siècle, la pharmacie a été régentée en France par des formulaires traduits de l’arabe. /
Autrefois, les loochs avaient la consistance du miel, et on les prenait avec un bâton de réglisse. Actuellement, leur consistance est encore assez épaisse, mais beaucoup moindre.
Les émulsions sont définies de la façon suivante par le Codex :
Émulsions. — « On donne le nom d "émulsions à des liquides d’apparence laiteuse, que l’on prépare en pilant des semences huileuses et en triturant la masse en présence de l’eau. Elles sont constituées par de l’huile tenue en suspension dans l’eau à la faveur de la matière albuminoïde des semences . »
On peut encore préparer des émulsions en divisant et en suspendant dans l’eau des matières huileuses, résineuses et gommo-résineuses à l’aide d’un mucilage de gomme, de jaunes d’œuf, ou d’un liquide émulsif.
Solutions ou solutés. — Les solutions , ou mieux solutés, n’ont pas de définition dans le nouveau Codex. « Sous le nom de solutés, déclare l’édition de 1884, on comprend des préparations résultant de la solution dans l’eau ou dans l’alcool de certains produits chimiques destinés à divers usages thérapeutiques. »
Vous voyez que, d’après cette définition, on peut distinguer les solutés en solutés aqueux et solutés alcooliques. Les eaux minérales peuvent être considérées comme des solutés aqueux naturels embouteillés. Les solutés alcooliques s’appellent encore teintures alcooliques et alcoolés.
Cette définition est d’ailleurs incomplète : le dissolvant peut être non seulement l’eau et l’alcool, mais encore le vin, le vinaigre, la bière, l’huile. On a alors affaire aux vins et aux vinaigres médicinaux , aux bières et aux huiles médicinales. Les sirops et les mellites sont encore, si l’on veut, des variantes de solutés; d’autres variantes sont les tisanes et les limonades.
Sirops. — « Les sirops , lit- on dans le Codex , sont des médicaments liquides, ayant une consistance visqueuse, qu’ils doivent à une forte proportion de sucre. Celui-ci forme environ les deux tiers de leur poids. »
Le mot sirop, avec les mots julep et looch, vient de l’arabe, du mot schirab.
Mellites. — « Les mellites , dit le Codex, sont des médicaments liquides ayant une consistance visqueuse qu’ils doivent à une forte proportion de miel entrant dans leur composition.
« Les liquides qui servent à dissoudre le miel sont l’eau ou
des solutions médicamenteuses diverses. Quand ces solutions sont le vinaigre ou un vinaigre médicinal, les mellites portent le nom d'oxy mellites . »
La simple solution aqueuse du miel constitue Y hydromel des anciens, le mellite simple du Codex ou encore le sirop de miel.
Vins, vinaigres, bières. — « Les vins médicinaux , d’après \e Codex, sont des préparations qui résultent de l’action du vin sur une ou plusieurs substances médicamenteuses contenant des principes solubles dans ce véhicule. »
Le Codex ne donne pas de définition des vinaigres ; mais celle des vins leur est entièrement applicable.
L’édition de 1884 faisait une place aux bières médicinales ; celles-ci, vous le savez, ont été supprimées dans la dernière édition. Elles comportent la même définition que les vins et vinaigres.
Huiles. — « Les huiles médicinales , dit le Codex, résultent de la solution de divers principes médicamenteux dans les huiles fixes, telles que les huiles d’amande, d’olive, d’œillette.
« Les substances actives que ces huiles peuvent dissoudre sont les principes odorants des végétaux, les matières huileuses et résineuses, la chlorophylle, certains alcaloïdes et divers principes actifs.
« On prépare les huiles médicinales par solution et par digestion. »
Tisanes. — « Les tisanes, anciennes ptisanes, d’après le Codex, sont des médicaments qui ont l’eau comme excipient et qui sont destinés à servir de boisson habituelle aux malades. »
Apozèmes. — « On dorme le nom d'apozèmes, lit-on dans le Codex , à des préparations magistrales renfermant une forte proportion de principes médicamenteux, et qui ne servent pas de boisson habituelle aux malades. » Il s’agit là d’un mot presque entièrement tombé en désuétude.
Limonades. — Les limonades n’ont pas de définition dans la nouvelle édition du Codex . Voici celle de l’édition de 1884 :
« On donne le nom de limonades à des boissons rafraîchissantes, acidulés, diversement composées. »
Élixirs. — Il n’y a pas non plus de définition des élixirs dans la nouvelle édition du Codex. L’édition de 1884 contenait celle-ci : « On donne le nom générique d 'élixirs à des préparations qui résultent du mélange de certains sirops avec des alcoolats. On comprend aussi sous cette dénomination certaines préparations alcooliques non sucrées. »
Liqueurs. — Les diverses éditions du Codex ne fournissent pas de définition du mot liqueur : c’est, en réalité, une étiquette de fantaisie. Très souvent, sous le nom de liqueur, on désigne des solutés aqueux très actifs; ainsi la liqueur de Pearson, dont la formule est la suivante :
Liqueur de Pearson.
Arséniate de soude cristallisé 1 gram.
Eau distillée 600 —
n’est autre chose qu’un soluté aqueux à' arséniate de soude. La liqueur de Boudin est également un soluté aqueux arsenical : c’est, vous le savez déjà, un soluté d’ acide arsénieux
au millième.
Mais on donne aussi le nom de liqueur à des préparations tout autres; c’est un mot, je vous le répète, de fantaisie et qui s’applique à des médicaments de composition très variée. C’est ainsi qu’on appelle liqueur d' Hoffmann un mélange à parties égales d’éther officinal et d’alcool à 90e.
Extraits fluides. — Les extraits fluides, dont je dois vous dire un mot maintenant, ont une provenance américaine; ils sont très employés en Amérique et commencent à l’être aussi beaucoup en Europe.
La question des extraits fluides se rattache à la question générale des extraits. Laissez-moi donc vous rappeler ce que le Codex écrit des extraits en général :
« On donne le nom d 'extraits aux produits de l’évaporation jusqu’à un degré déterminé d’une solution obtenue en trai-
tant les substances végétales par un véhicule vaporisable tel que l’eau, l’alcool, l’éther.
« La préparation d’un extrait comprend toujours deux opérations : la première consiste dans l’obtention du liq'uide qui doit fournir l’extrait; la seconde, dans la concentration de ce liquide par évaporation. »
Au point de vue de la consistance, on distingue quatre sortes d’extraits :
« 1° Les extraits liquides , dits extraits fluides , préparés par percolation et de telle sorte que le poids de l’extrait (ceci est surtout à retenir au point de vue pratique) corresponde exactement au poids de la drogue employée, desséchée à l’air et pulvérisé^. » • „
Quand vous prescrivez, par exemple, 1 gramme d’extrait fluide d 'hamamelis virginica, vous donnez une préparation qui correspond à 1 gramme de la plante desséchée et pulvérisée.
« 2° Les extraits mous , présentant une consistance de miel frais.
« 3° Les extraits fermes , qui ne coulent pas à froid et qui, séchés à 110°, perdent de 15 à 20 p. 100 de leur poids.
« 4° Les extraits secs, qui se réduisent facilement en poudre. »
Alcoolés, alcoolatures, alcoolats. — Éthérolés. — Pour
terminer j’arrive aux alcoolés, alcoolatures et alcoolats, puis aux éthérolés.
<x On appelle, dit le Codex, teintures alcooliques ou alcoolés des médicaments liquides qui résultent de Faction de • l’alcool sur diverses substances. » Les alcoolés sont simples ou composés, selon qu’ils sont préparés avec une ou plusieurs substances.
Comme exemple d’alcoolé simple, de teinture alcoolique simple, de soluté alcoolique simple, je vous citerai la teinture d’iode, dont la formule, d’après la récente édition du Codex, est la suivante :
Teinture d’iode (C.).
Iode.
Alcool h
dix grammes. 10
quatre-vingt-dix grammes. 90
Vous voyez, d’après cette formule, que la teinture d’iode est un soluté alcoolique d’iode au dixième. Précédemment, je veux dire jusqu’à l’apparition de la dernière édition du Codex , en 1908, elle était au treizième. Dans ce changement, la Commission du Codex s’est conformée aux décisions de la Conférence internationale de Bruxelles (1900) prises dans le but d'unifier les formules des médicaments héroïques.
„ Comme exemple d’aleoolé composé ou de teinture alcoolique composée, je vous citerai Y eau-de-vie allemande ou teinture de jalap composée , dont voici la formule :
Eau-de-vie allemande ( C .).
Teinture de jalap composée.
Racine de jalap en poudre grossière (tamis n° 6).
quatre-vingts grammes.
Racine de turbith en poudre
grossière (tamis n° 6).
dix grammes.
Scammonée d’Alep en pou-
dre grossière (tamis n° 9).
vingt grammes.
Alcool à 60e.
neuf cent soixante grammes.
Dans la précédente édition du Codex (1884), existaient encore des éthérolés , ou teintures éthérées, qui n’étaient autre chose que des solutés dont l’excipient était l’éther. Mais, dans le Codex de 1908, vous n’en trouverez plus mention.
J’arrive aux alcoolatures. «On donne le nom d'alcoolatures , selon le Godext à des médicaments qui résultent de l’action dissolvante de l’alcool sur des plantes fraîches. Les alcoolatures sont préparées avec dés plantes actives, qui perdent en partie ou en totalité leurs propriétés par la dessiccation. »
Comme exemple d’alcoolature, je vous citerai Y alcoolature d'aconit :
Alcoolature d’aconit (C.).
Feuilles fraîches d’aconit napel cueillies
au commencement de la floraison, mille grammes. 1000 Alcool à 95e. mille grammes. 1000
Cette formule est la seule formule d’alcoolature d'aconit que vous trouverez dans la nouvelle édition du Codex . Le
Codex de 1884 en contenait deux : l'une d 'alcoolature de feuilles , Tautre d 'alcoolature de racines . Cette double formule était une source incessante de confusions, et vous n’ignorez pas que les préparations de racines d’aconit sont infiniment plus actives que celles de feuilles et que l’aconit a donné lieu à un certain nombre de cas d’empoisonnement. On a pensé qu’il serait bon de supprimer l’une des préparations et on a rayé celle de racines, la plus toxique (1).
« On donne le nom d 'alcoolats, dit le Codex , à des médicaments obtenus par distillation de l’alcool sur une ou plusieurs substances médicamenteuses. Les alcoolats sont dits simples , dans le premier cas, composés dans le second. » Comme exemple d’alcoolat, je vous donne la formule de Yalcoolat de Garus :
En somme , les alcoolés sont de simples solutés alcooliques; les alcoolatures sont des solutés de plantes fraîches dans l’alcool ; quant aux alcoolats , ils réclament, comme les hydrolats, l’intervention de la distillation.
Mesures des formes pharmaceutiques liquides. —
Pour être prises par la bouche, les diverses formes pharmaceutiques liquides des médicaments ont besoin d'être mesurées. De ces médicaments, lés uns se prennent par gouttes : ce sont naturellement les plus riches en principes médicamenteux; d’autres se prennent par cuillerées ; d'autres enfin se prennent par verres et d’autres par tasses. Tous les médicaments
(1) Signalons en passant que l’ancien Codex contenait également les formules de deux teintures d'aconit , l’une de feuilles, l’autre de racines et que le nouveau Codex n’a conservé que la teinture de racine.
Alcoolat de Garus (C.).
Aloès.
Myrrhe.
Clous de girofle.
Muscades.
Cannelle de Ceylan.
Safran incisé.
Alcool à 80e.
cinq mille grammes. 5000
cinq grammes. 5
deux grammes; 2
cinq grammes. 5
dix grammes. 10
vingt grammes. 20
cinq grammes. 5
liquides, quels qu'ils soient, se prennent ou par gouttes ou par cuillerées, ou par verres ou par tasses. Nous allons étudier successivement chacune de ces mesures.
Gouttes. — Les gouttes sont fournies par un petit instrument en verre, le compte-gouttes.
Celui-ci, pour mériter le qualificatif d'officinal ou de normal , doit satisfaire aux conditions suivantes. A son extrémité effilée, il doit mesurer un diamètre de 3 millimètres, épaisseur du verre comprise, et de six dixièmes de millimètre sans le verre. Son autre extrémité doit être dégagée de tout capuchon, de telle sorte que l'écoulement du liquide s’opère en « chute libre ».
Il est facile, à l’aide d'un mètre quelconque, de vérifier la valeur d’un compte-gouttes, cet instrument, je veux dire le mètre, étant toujours, dans ses dix premiers centimètres, divisé en millimètres. Il suffit d’appliquer sur ce point du mètre l'extrémité libre du compte-gouttes.
Les compte-gouttes délivrés par les officines pharmaceutiques sont toujours munis de capuchons de caoutchouc, et ainsi ils ne répondent jamais aux exigences du Codex . Cette particularité tient à ce que l’emploi de l'instrument s’en trouve singulièrement facilité. Il faut bien reconnaître, d’ailleurs, que la valeur des gouttes obtenues dans ces conditions, étant donnée la nécessité pour les dénombrer de les propulser doucement, n’est pas sensiblement différente de celle des gouttes tombées librement.
Naguère il n’était pas rare que les compte-gouttes présentassent une autre défectuosité : je veux parler du calibrage de leur fine extrémité, lequel, fréquemment, se tenait au-dessous, parfois même très au-dessous du taux réglementaire. Des erreurs de posologie s’ensuivaient qui pouvaient n’être pas sans importance, eu égard à la nature et par suite à l’activité des médicaments prescrits par gouttes. Mais, sur ce point, de réels progrès ont éié réalisés, et, si bon rencontre encore des compte-gouttes mal calibrés, du moins le fait est-il devenu exceptionnel.
Au lieu de compte-gouttes, on emploie quelquefois des A. Gilbert. — L’Art de Prescrire. 0
flacons compte-gouttes. Ces instruments sont notoirement défectueux, et leur usage a été généralement condamné.
Le compte-gouttes officinal donne, à la température de 15°, XX gouttes d’eau distillée au gramme.
Les gouttes d’alcool sont plus légères que les gouttes d’eau, et elles sont d’autant plus légères que l’alcool est plus pur, c’est-à-dire plus voisin de 100e ou de l’absolutisme.
L’alcool à 60e fournit au gramme,
à la température de 15° LUI gouttes.
L’alcool à 70e LVI —
-, 80e LVll —
— 90e LX1 -
— 95e...: LX1V —
— absolu LXVI1Ï —
L’éther fournit des gouttes encore plus petites et plus légères que l’alcool : l’éther sulfurique officinal, en effet, donne au gramme XCIII gouttes, à la température de 15°.
Les< médicaments actifs qui se prennent par gouttes appartiennent à des formes pharmaceutiques variées : ce peuvent être des solutés, comme la liqueur de Pearson ou celle de Boudin ; ce peuvent être des alcoolés, comme la teinture d'iode , la teinture de drosera \ ce peuvent être des alcoolatures, des éthérolés, des extraits fluides ; ce peuvent être encore des substances en nature, comme l’éther, ou un mélange de substances, comme la liqueur d'Hoffmann , composée par parties égales d’alcool et d’éther.
Tantôt le remède à prendre par gouttes est prescrit en certaine quantité au malade, qui doit dénombrer lui-même les gouttes et les prendre dans un véhicule approprié, tel que la boisson des repas, et tantôt les gouttes sont introduites dans la formule d'une préparation magistrale, potion ou soluté, par exemple. Dans ce dernier cas, la prescription, au lieu d'être faite en gouttes, peut également l’être en poids.
Vous concevez l’intérêt que vous avez à connaître la valeur des gouttes que vous ordonnez, valeur bien différente, suivant qu’il s’agit d’un soluté aqueux, alcoolique ou éthéré. A cet effet, vous devez, si nécessaire, vou$ reporter au tableau spé-
cial que donne le Codex (1), tableau que reproduisent les formulaires et que, moi-même je place sous vos yeux (2).
Mais déjà les notions sommaires que je viens de vous fournir relativement à la valeur des gouttes d'eau, d’alcool et d’éther, pourront à cet égard vous être un griide précieux.
Sachant le nombre de gouttes fournies au gramme par l’eau distillée, vous savez, par cela même, celui que donnent les solutés aqueux ainsi que les liqueurs qui sont des solutés aqueux et, d'une façon plus générale, les préparations qui ont l'eau pour excipient. Ce nombre ne peut être que XX ou qu’un nombre voisin de XX.
Et en .effet, les solutés de chlorhydrate de morphine , par exemple, qu’ils soient a u centième ou au cinquantième , donnent XX gouttes au gramme ; il en va de même de la liqueur de Boudin etdecelle de Pearson \ enfin f eau distillée de lauriercerise en fournit XXII.
La connaissance du nombre de gouttes fournies au gramme par l’alcool ne conduit pas à une approximation aussi rigoureuse relativement aux alcoolés et aux alcoolatures, en un mot relativement aux préparations qui ont Lalcool pour excipient. Cependant, elle permet de serrer d’assez près la réalité. C’est que, sauf exception, l’alcool employé comme dissolvant en pharmacie étant titré de 60e à 95e, et fournissant par suite de LIII à LXIV gouttes au gramme, le nombre de gouttes données par les alcoolés et les alcoolatures doit se tenir entre ces deux chifïres.
Et effectivement :
La teinture d’aconit (alcool à 70e).. donne LVII gouttes au gramme.
L'élixir parégorique (alcool à 60e).. — LUI —
Les gouttes amères de Baume
(alcool à 70e) — LÏV —
La teinture de colchique (alcool
à 70e) - LVI —
La teinture d’opium (alcool à 70e) — LVI —
La teinture dedigitale (alcool à70c; -- LVÏ1 —
La teinture de noix vomique
(alcool à 70e) — LV11 —
La teinture d’iode (alcool à 95e).. . — LXf —
(1) Codex , 1908, p. 822.
(2) Voir Documents annexes : Nombre de gouttes fournies au gramme par les principaux médicaments liquides officinaux (p. 344).
Ainsi donc, sauf exception, le nombre des gouttes que'fournissent les préparations qui ont l’alcool pour excipient se tient entre deux chiffres peu éloignés, les chiffres L1II et LXIV.
Les préparations qui ont pour excipient un vin liquoreux, liquide dont le titre ne doit pas être inférieur à 15e, fournissent naturellement un nombre dégouttes intermédiaire entre celui des solutés et celui des alcoolés, en se rapprochant plus de celui des premiers que de celui des seconds. Tel est le cas du laudanum de Sydenham d’avant 1908, vin d’opium, ayant pour excipient le vin de Grenache : il donne XXXIII gouttes au gramme. Mais vous savez que depuis b apparition du nouveau Codex (1908), le laudanum est devenu un alcoolé d’opium. Toutefois, c’est un alcoolé spécial par le faible titre de l’alcool employé, titre qui ne s’élève qu’à 30e. Plus riche en gouttes au gramme que l’ancien laudanum, en fournissant X de plus, c’est-à-dire XL1II, ce qu’explique sa plus grande teneur en alcool, il est moins riche que les autres alcoolés, et c’est en sa faveur que j’ai fait des réserves, lorsque tout à l’heure je vous entretenais du titre de l’alcool qui sert à préparer alcoolés et atcoolatures.
Je glisse sur l’utilité que pourrait avoir la notion du nombre de gouttes fournies au gramme par l’éther sulfurique pour la détermination de celui des éthérolés, en raison de la désuétude
complète de cette forme pharmaceutique.
Cette notion, unie à celle du nombre de gouttes fournies par l’alcool, permet de déterminer le chiffre des gouttes que donne la liqueur d'Hoffmann. Vieille préparation galénique, composée de parties égales d’alcool à 90e et d’éther sulfurique officinal, c’est-à-dire de deux liquides dont l’un fournit LXI gouttes et l’autre XCIII, elle fournit elle-même un chiffre de gouttes intermédiaire, presque également distant de ceux de ses composants à savoir celui de LXXV.
Ainsi, la mémoire de quelques chiffres permet de déterminer, soit avec approximation, soit même avec précision, le nombre de gouttes que donnent au gramme les médicaments dont la goutte est la mesure.
Cuillères. — Ceci dit sur les gouttes, je passe aux cuillères. On emploie, pour prendre les formes pharmaceutiques liquides
des médicaments, par la bouche, trois types de cuillères : la cuillère à café , la cuillère à entremets, la cuillère à soupe ou à potage . C’est cette dernière cuillère que nombre de médecins appellent la « cuillère à bouche », expression défectueuse, puisque toutes les cuillères sont à bouche.
D’après les indications du Codex, la cuillère à café a une contenance de 5 centimètres cubes, la cuillère à entremets ou à dessert, une contenance de 10 centimètres cubes et la cuillère à soupe ou à potage, une contenance de 15 centimètres cubes. Vous voyez, par suite, que, d’après le Codex , la cuillère à dessert est le double de la cuillère à café et que la cuillère à potage en est le triple.
Tels ne sont pas les chiffres que fournit Yvon, qui a poursuivi une étude très minutieuse sur la teneur des cuillères, en empruntant une série de ces instruments à diverses sources. D’après Yvon, la cuillère à café ne contiendrait, en moyenne, que 4 centimètres cubes, la cuillère à entretnets en contiendrait 12, et la cuillère à soupe 16. 11 s’ensuivrait que la cuillère à entremets serait d’une contenance trois fois plus élevée que la cuillère à café et la cuillère à soupe d’une contenance quatre fois plus considérable. Mais, bien entendu, ce sont les chiffres du Codex qui font loi : vous vous souviendrez, chose aisée, que d’après lui là cuillère à café contient 5 centimètres cubes, la cuillère à entremets 10, la cuillère à potage 15. Il s’ensuit que la cuillère à café contient 5 grammes d’eau, la cuillère à entremets 10 grammes, la cuillère à soupe 15.
Les formes pharmaceutiques que l’on administre par cuillerées sont les potions, les juleps, les loochs, les émulsions, les sirops, les solutés, et aussi les vins, les élixirs, les vinaigres, les huiles. Or, parmi ces liquides, il en est qui ont un poids spécifique différent de celui de l’eau. Alors la teneur en poids ne correspond plus à la capacité en volume; tel est le cas, notamment, des sirops et dés huiles.
En ce qui concerne les sirops, il faut retenir que leur poids spécifique est de 25 p. 100 supérieur à celui de l’eau distillée, si bien que la cuillère à café contient non pas 5 grammes de sirop, mais plus de 6 grammes ; la cuillère à entremets, non pas 10 grammes, mais plus de 12; la cuillère à soupe, non pas 15 grammes, mais près de 19,
D’un autre côté, les huiles ont un poids spécifique de 20 p. 100 inférieur à celui de l’eau, de sorte que la cuillère à café contient non pas 5 grammes, mais 4 grammes d’huile, la cuillère à dessert 8 grammes, la cuillère à soupe 12 grammes.
Le tableau suivant résume l’exposé ci-dessus en prenant pour base les chiffres du Codex :
Teneur des cuillères.