‹ L'art de prescrireChapitre 23 sur 90 · POIDS · texte numérisé non relu

POIDS

gr-

Sirops.

Huiles.

Cuillère à café

Cuillère à entremets

Cuillère à potage

11 ne peut être ignoré de quiconque veut formuler, c’est-à-dire pratiquer la médecine.

Verres. — Quatre types de verres peuvent être employés pour prendre jes formes pharmaceutiques liquides des médi caments : le verre à liqueur , le verre à madère , le verre à bordeaux et le verre ordinaire , celui que l’on appelle communément « verre à boire », comme si tous les verres n’étaient pas à boire.

Le verre à liqueur contient 25 centimètres cubes, c’est-à-dire 25 grammes d’eau; il en faut 40 pour un litre. Le verre à madère contient 75 centimètres cubes ; le verre à bordeaux, 100 centimètres cubes, et le verre ordinaire, 250 centimètres cubes (1).

Par verres à liqueur peuvent se prendre les mêmes médicaments qui sont donnés d’habitude par cuillerées, c’est-àdire les potions, juleps, solutés, sirops, mais surtout les vins, les élixirs et les huiles. Par verres à madère ou à bordeaux,

(1) D’après le Codex , la contenance du verre ou de la « verrée » serait de \ 50 centimètres cubes (Codex, 4 908, p. 821).

PRESCRIPTION DES POTIONS

se prennent les huiles et les vins; par verres ordinaires, les limonades et les tisanes.

Teneur des verres.

Verre à liqueur. .

Verre à madère. .

Verre à bordeaux

Verre ordinaire. .

Tasses. — Enfin trois types de tasses sont souvent utilisés : la tasse à café , la tasse à thé et la grande tasse , ou tasse ci déjeuner. La première a sensiblement la même contenance que le verre à bordeaux. La deuxième renferme à peu près 150 centimètres cubes; il en faut énviron 7 pour 1 litre. La troisième contient plus de 300 centimètres cubes.

Les tasses servent surtout à prendre les tisanes, le bouillon et le lait, et il est particulièrement utile d’en connaître, au moins approximativement, la teneur, quand on veut régler la diète d'un malade, qu’il s’agisse d’un fébricitant ou qu’il s’agisse d’un dyspeptique.

Teneur des tasses.

Tasse à café 100 centimètres cubes.

Tasse à thé 150 — —

Grande tasse 300 — —

Prescription des formes pharmaceutiques liquidas.

— J’arrive maintenant au nœud de la question, c’est-à-dire à la façon de faire figurer sur l’ordonnance les diverses formes pharmaceutiques liquides des médicaments dont vous connaissez la nomenclature, les définitions et les mesures, et je commencerai, bien entendu, — à tout seigneur tout honneur,

— par la potion.

Prescription des potions. — Le Codex , ainsi que déjà je vous l’ai indiqué, renferme quelques formules de potions : outre celles des loochs et des juleps , potions très spéciales sur lesquelles je reviendrai ultérieurement, il contient les formules de trois potions : la potion cordiale , la potion de Todd et la potion de Rivière.

25 centimètres cubes.

Lorsque vous prescrirez ces potions, vous procéderez, ainsi que je vous l’ai également indiqué, comme dans la prescription d’un médicament officinal (1), c’est-à-dire que votre prescription se composera de deux parties seulement, inscription et instruction. L’inscriptiori sera sommaire, informulée et non suivie de souscription, ce que vous explique la présence au Codex de la formule in extenso , ainsi que du modus faciendi. Quant à l’instruction, elle ne différera en rien de ce qu’elle est lorsque la formule prescrite ne figure pas au Codex .

Mais, comme vous le voyez, le cas que j’envisage actuellement est exceptionnel, et la potion demeure bien le type du médicament magistral, c’est-à-dire préparé extemporanément par le pharmacien d’après la formule et les préceptes du médecin.

Dans ce cas, la prescription d’une potion comprend, comme celle de tout médicament magistral, trois parties distinctes, que nous allons envisager successivement : 1° Y inscription ; 2° la souscription ; 3° Y instruction ; les deux premières, l’inscription et la souscription, s’adressant au pharmacien; la troisième, l’instruction, au malade.

Inscription. — L’inscription en matière de prescription magistrale, c’est la formule.

Je ne reviens pas (2) sur l’usage ancien, qui consiste à placer en tête de celle-ci la première lettre du mot Recipe , la queue coupée par une barre, c’est-à-dire le signe ^ ou ?f. Par cet abréviatif, le médecin s’adresse au pharmacien auquel il dit « prends ».

Sans être abandonné, cet usage n’a plus autant qu’autrefois la faveur des médecins. Beaucoup le négligent, surtout dans les nouvelles générations, si bien que peu à peu il se fait plus rare Sur les ordonnances.

La formule d’une potion comprend nécessairement trois termes ou éléments, lesquels d’ailleurs peuvent être uniques ou multiples : à savoir la base , Y excipient, le correctif ; elle peut en comprendre un quatrième : Yintermède.

(1) Voir p. 32.

(2) Voir p. 34.

PRESCRIPTION DES POTIONS

Étudions-les successivement.

Base. — La base, c'est l'élément essentiel de la potion, c’est le principe actif, c’est le médicament sur lequel vous comptez pour guérir votre malade ou améliorer son état.

Elle peut varier dans sa nature presque à l’infini, les médicaments étant innombrables : ce peut être une substance chimique définie, minérale ou organique, soluble ou même insoluble ; ce peut être un médicament officinal, un extrait, un alcoolé, une alcoolature, un sirop.

Cependant toutes les substances actives ne peuvent servir de bases aux potions. C’est ainsi que celles qui ont un goût ou une odeur désagréables doivent être écartées ; c’est ainsi encore que, sauf exception, celles qui sont insolubles doivent être rejetées de même.

De nos jours où existe une manifeste tendance à simplifier les formules, la base est le plus souvent unique.

Cependant elle peut être multiple, double ou même triple et quadruple.

Lorsque, dans la formule d’une potion, on introduit à côté d’une première base d’autres bases, c’est que l’on se propose ou bien de renforcer l’action de celle-ci, ou bien de V élargir, ou bien encore de la corriger .

Je suppose que, par exemple, à un malade atteint de diarrhée vous prescriviez une potion à base de diascordium et qu’à ce médicament vous joigniez comme seconde base du laudanum de Sydenham . Le diascordium est une vieille préparation galénique composée de seize substances différentes, tirant son nom de là feuille de scordium qui entre dans sa composition, mais agissant principalement dans la diarrhée pàr l’opium qu’elle contient. Le laudanum de Sydenham, d’autre part, est, vous le savez, une préparation opiacée. Eh bien, il n’est pas douteux que, dans cet exemple, la seconde base ne renforce purement et simplement l’effet delà première.

Je suppose, en second lieu, qu’à un individu agité vous prescriviez, dans une potion contre l’insomnie, du chloral , médicament qui exerce sur le cerveau une action hypnotique directe, et je suppose qu’au chloral vous associiez du bromure de potassium. Les bromures ne sont pas somnifères, mais, par

leur action sédative sur le système nerveux, ils sont capables de favoriser indirectement le sommeil. En associant au chloral le bromure de potassium, vous élargirez manifestement son action.

Voici donc, à côté de l’exemple d'une base qui renforce l’action d’une autre base, celui d’une base qui élargit l’action d’une autre base. Quant à un exemple de base contrariant ou corrigeant l’effet d’une autre base, il me suffira, pour vous en citer un, de vous remémorer la formule de la potion de Laënnec , formule dans laquelle est associé à l’ émétique , médicament vomitif et diarrhéique, le sirop diacode , préparation opiacée, antivomitive et constipante. Ci-devant (1), je vous ai expliqué les raisons pour lesquelles Laënnec avait été conduit à réunir dans une même préparation deux bases à actions physiologiques opposées, dont l’une était destinée à corriger les effets de l’autre.

Variable dans sa nature, la base, qu’elle soit unique ou multiple, doit naturellement varier dans sa dose avec chaque cas particulier. Je n’ai pas .à revenir sur ce point, qui a été envisagé ailleurs une fois pour toutes (2).

Excipient . — J’arrive à l’excipient : c’est le véhicule, le réceptacle qui maintiendra en dissolution, parfois en suspension, la base; c’est un élément qui ne peut pas plus faire défaut dans la formule d’une potion que la base elle-même.

L’excipient des potions envisagé dans son ensemble, c’est-àdire y compris le correctif lorsque celui-ci joue aussi le rôle d’excipient, est toujours un mélange de liquide aqueux et de sirop. Le sirop en tout cas ne fait jamais défaut dans la formule d’une potion.

Comme liquide aqueux, on emploie surtout soit X eau distillée , simplement, soit une infusion ou mieux un hydrolat . Et parmi les hydrola'ts, je puis vous mentionner entre les plus usités Y hydrolat de tilleul ainsi que Ylxydrolat de fleur d'oranger.

A ce propos laissez-moi vous rappeler qu’un hydrolat est une eau chargée par la distillation des principes volatils des plantes ; l’hydrolat est à l’eau ce que l’alcoolat est à l’alcool.

(]) Voir Incompatibilités médicamenteuses (p. 42).

(2) Voir p. 58.

PRESCRIPTION DES POTIONS

Parmi les sirops, celui que l’on emploie surtout comme excipient est le sirop simple ou sirop de sucre. Les autres sirops introduits dans la formule des potions y peuvent aussi jouer un rôle de véhicule, mais sont surtout usités comme correctifs.

De meme que la base, l’excipient peut être multiple et notamment en partie aqueux et en partie sirupeux.

Il ne faudra pas, d’ailleurs, dans la mesure du possible, que l’excipient soit quelconque. En général, les excipients ne possèdent que de très faibles propriétés thérapeutiques; certains même en sont totalement dépourvus. Eh bien, si faibles qu’elles soient quand elles existent, ces propriétés peuvent être utilisées, et vous devrez, autant que la chose sera possible, choisir, parmi les excipients, celui qui, en même temps qu’il remplira vis-à-vis de la base son office essentiel de véhicule, se montrera capable d’en renforcer l’action. C’est ainsi que, dans l’exemple relaté plus haut d’une potion hypnotique à base de chloral et de bromure, il serait judicieux de choisir comme excipient Yhydrolat de tilleul ou Yhydrolat de fleur d'oranger, qui. jouissent de très légères qualités sédatives.

Correctif. — Le correctif est l’élément destiné à masquer le goût ou l’odeur ou à la fois le goût et l’odeur de la base.

C’est souvent un sirop ; ce peut être aussi un élixir , une teinture aromatique, une teinture d'essence, etc.

Parmi les sirops, outre le sirop de sucre, qui ne s’adresse qu’au goût, on peut employer les sirops de fleur d'oranger, d’écorce d'orange amère , de groseille, etc , qui s’adressent à la fois au goût et à l’odorat. Le sirop de fleur d’oranger convient aux cas où l’intervention d’un correctif puissant n’est pas nécessaire; sinon le sirop de groseille et celui surtout d’écorce d’orange amère sont préférables.

Parmi les teintures aromatiques, vous pouvez ordonner celle de vanille et, parmi les teintures d’essences, celle de menthe, appelée aussi esprit ou alcool de menthe , qui, à la dose de XX à XXV gouttes,, est capable d’aromatiser une potion.

La nature du correctif sera influencée et par celle de la base'et par celle de l’excipient.

Par la nature de la base, le correctif sera influencé de deux

façons bien dissemblables : par ses qualités organoleptiques et par ses propriétés thérapeutiques.

En ce qui concerne la première action, je vous en ai déjà touché un mot : le correctif devra être d’autant plus puissant que le goût et l’odeur de la base seront eux-mêmes plus prononcés.

Pour ce qui est de la seconde action, je pourrais vous répéter textuellement à son sujet coque je vous disais il y a un instant à propos de l'excipient : s’il y a des correctifs inertes, c’est-àdire dénués de toute activité thérapeutique, il en est d’autres, par contre, qui n’en sont pas dépourvus; eh bien, à l’occasion,., vous devrez leur donner la préférence. C’est en procédant de cette façon : en faisant converger vers un même but l’action de l’excipient et du correctif avec celle de la base que vous composerez des potions harmonieuses.

Cette qualité, que possède dans certaines formules le correctif de renforcer l’action de la base, lui avait valu autrefois un second qualificatif, celui & adjuvant.

Quant à l’influence exercée par la nature de l’excipient sur la nature du correctif, elle tombe sous le sens : si l’excipient est aqueux, le correctif devra être sirupeux; si l’excipient est aqueux et aromatique, le sirop pourra ne pas être aromatique ; si l’excipient est aqueux, mais non aromatique, le sirop devra être aromatique ; si l’excipient est demi-aqueux, demi- sirupeux, mais non aromatique, la nécessité de quelques gouttes d’essence ou de teinture s’imposera, etc.

Intermède. — Comme l’indique son nom, l’intermède est un élément qui, dans une potion, est destiné à unir là base à l’excipient. Cette union s’opérant elle-même lorsque la base est soluble, c’est exclusivement lorsqu’elle est insoluble qu’il est indiqué d’y recourir.

Qu’arrive-t-il, en effet, lorsque l’intermède fait défaut dans ces conditions? C’est que la basé se dépose au fond du flacon et que, par suite, elle risque d’être ingérée exclusivementdans les dernières cuillerées.

Le fait peut n’avoir pas de conséquences sérieuses lorsque la base en question est anodine; il peut, au contraire, entraîner des accidents lorsqu’elle est toxique.

Prescription des potions.

A la vérité, par l'agitation de la potion au moment de l'emploi, on peut pallier aux inconvénients ou aux dangers que pourrait entraîner l’absence d’intermède, encore que cette manœuvre n’équivaillepas dans ses résultats àl’emploi de cet élément (1).

On utilise surtout comme intermède la gomme, gomme arabique ou adragante , les mucilages et substances mucila gineuses; le jaune d'œuf , à cet effet, est beaucoup moins usité qu’autrefors ,

Trois éléments différents, et quelquefois* quatre, peuvent donc intervenir dans la composition des potions. Ces éléments peuvent être uniques, mais ils peuvent être aussi multiples : vous pouvez, dans une potion, inscrire deux ou plusieurs bases, deux ou plusieurs excipients, deux ou plusieurs correctifs. Vous avez le droit de varier, en quelque sorte à l’infini, la corilposition de vos potiorrs. Seul, l’intermède, et cela se conçoiQjiemeure, quand il existe, pour ainsi dire toujours unique.

On a discuté l’ordre dans lequel il convient de disposer les différents éléments d’une potion. Gertains veulent que Ton commence par l’excipient. Pour ma part, je vous conseille de placer en tête l’élément le plus important, le plus actif, la base ; n’est-ce pas à elle que vous avez pensé d’abord quand, après avoir posé votre diagnostic, vous avez conclu à l’opportunité de telle ou telle médication? Puis viendra tout naturellement l’excipient et, après lui, le correctif.

Quand un intermède sera nécessaire pour unir les deux premiers termes de la potion, la base et l’excipient, vous le disposerez après ce dernier ; l’ultime place, alors, comme dans le cas précédent, restera au correctif.

Cet ordre ne préjugera en rien de celui que le pharmacien suivra dans l’exécution de la potion. En art de formuler, il y a deux points de vue fort différents : le point de vue médical et le point de vue pharmaceutique. Restons dans le point de vue médical.

(1) C’est ainsi, par exemple, que le temps mis après l’agitation du flacon, à le déboucher et à remplir de son contenu une cuillerée, suffit pour que certains médicaments déjà se déposent, si bien que les diverses prises de la potion sont très inégalement riches en principes actifs.

Le schéma d’une potion sera donc le suivant :

Base.

Excipient.

Correctif.

ou bien :

Base.

Excipient.

Intermède.

Correctif.

Lorsque l’inscription est terminée, lorsque la formule est achevée, vous ne devez pas négliger de tracer une accolade qui en réunit les divers éléments constitutifs et qui signifie qu’ils font partie d’une même et unique préparation.

Désignation des quantités. — Jusqu’à présent, je ne vous ai pas entretenu de la question des quantités. La désignation de la base, de l’excipient, de l’intermède et du correctif, doit être, bien entendu, suivie de l’indication de leur quantité.. Celle-ci ne^peut pas être effectuée sous moins de trois façons différentes :^n poids , en volume et en nombre.

Il y a même une quatrième façon de prescrire les quantités et qui consiste dans l’emploi des deux lettres q. s.\ abréviation des deux mots latins quantum satis , elles signifient quantité suffisante , et vous verrez bientôt, par un exemple, l’usage que l’on en peut faire.

Désignation en poids. — Généralement, la prescription a lieu en poids, en grammes, ou fractions de gramme (1). Vous vous servirez pour cette désignation des chiffres arabes, c’està-dire des chiffres ordinaires.

Vous avez le choix, parmi les unités de poids auxquelles vous pouvez recourir, entre le gramme, ses multiples et ses sous-multiples. Je vous conseille d’employer le gramme, et de renoncer complètement, dans l’écriture, aux sous-multiples si fréquemment usités dans le langage courant : décigramme, centigramme, milligramme. Cependant, avec une écriture impeccable, l’usage des subdivisions reste parfaitement légitime et défendable.

Quelle que soit l’unité adoptée; que votre préférence

(1) Si le système- décimal est employé en France et dans un grand nombre de pays, il n'est pas universellement appliqué. Les Anglais notamment et les Américains se servent toujours des vieilles mesures.

Voir Documents annexes : Poids et mesures pharmaceutiques anglais et américains; poids et mesures médicinaux français anciens (p. 346).

PRESCRIPTION DES.POTIONS

aille au gramme ou bien à l'une de ses subdivisions, vous prendrez soin de correctement disposer, par rapport aux chiffres employés, le terme qui la représente. Je m’explique : à supposer que vous veuillez prescrire 4 milligrammes d’une substance, vous ne formulerez pas de la façon suivante :

0,004 milligrammes.

La virgule caractérise l’unité choisie, et les chiffres qui en expriment le nombre sont ceux qui la précèdent. Il faudrait donc lire, dans l’exemple ci-dessus, non pas 4 milligrammes, mais 4 millièmes de milligramme.

Il serait également incorrect d’écrire :

0 gram. 004 milligrammes.

Choisissez-vous le gramme comme unité, vous devez écrire : 0 gram. 004.

Choisissez-vous le milligramme :

4 milligrammes.

Cette question du choix de l’unité étant réglée, celle de la position du terme la spécifiant étant tranchée, nous devons envisager un autre point de vue, celui des abréviations. Autant celles-ci sont acceptables dans les textes imprimés, autant doivent-elles être employées avec prudence dans les textes manuscrits. Lesréserves faites à ce propos visent, bien entendu, les mauvaises écritures, celles difficilement déchiffrables. A mon avis, l'abréviation ne devrait pas être poussée plus loin que f/ram. pour gramme . Encore que gr. serait suffisamment significatif dans un texte très lisible, tandis que g . pourrait prêter à confusion avec le mot goutte.

Pour ce qui est desautres unités, des subdivisions du gramme, si on les employait, il faudrait également éviter les abréviations extrêmement réduites qui, sous la plume, deviennent aisément des hiéroglyphes. On écrirait par exemple : décigram . , centigrarn ., milligram., et non pas décigr., dgr., dg ., centigr ., cgr. , cÿ., milligr ., mgr ., mg.

Désignation en volume . — Moins courante que la désignation en poids, la désignation en volume n’est pas rare cepen-

dant. Elle peut avoir lieu par centimètres cubes ou par gouttes.

Par centimètres cubes se prescrivent principalement les sirops. Je vous en toucherai un mot ultérieurement (1). ^

Par gouttes se prescrivent, comme nous l'avons vu, diverses formes pharmaceutiques médicamenteuses et des substances médicamenteuses en nature.

La mention du nombre de gouttes doit être effectuée non pas en chiffres arabes, mais en chiffres romains, et ceux-ci doivent être suivis du mot goutte en toutes lettres.

Je suppose que dans une potion vous introduisiez XL gouttes de teinture de drosera , vous formulerez :

Teinture de drosera XL gouttes.

Il y a là une règle dont vous ne pouvez pas vous départir sans engager votre responsabilité.

Si vous formuliez différemment, si vous employiez, par exemple, des chiffres ordinaires et si vous abrégiez le mot goutte, il pourrait arriver, du fait de l’identité de la première lettre des mots gramme et goutte, que le pharmacien commette une erreur de posologie. Celle-ci ne sera pas possible avec l’application de ia règle appropriée.

Précédemment, j’ai retenu votre attention sur l’importance que présente la toxicité des substances médicamenteuses, eu égard à la façon de les faire figurer sur l’ordonnance (2). Je vous ai montré que les plus toxiques parmi ces substances, les plus « vénéneuses », pour employer l'expression consacrée (3), doivent être formulées non en chiffres et en abrégé, mais en lettres et sans abréviations (4).

Bien entendu, toutes les formes pharmaceutiques des médicaments, au même titre que celle de potion, tombent sous le coup de la loi, et celle-ci s’applique aussi bien à la prescription en volume qu’à la prescription en poids (5).

Si donc, dans une potion, vous introduisiez comme base,

(1) Voir p. 105.

(2) Voir p. 49.

(3) Voir p. 50.

(4) Voir Documents annexes : tableaux A et B (p. 357 et 360).

(5) De plus, je le rappelle ici, le mode d’administration du médicament doit être indiqué ; l’ordonnance doit être signée, datée, et porter en caractères lisibles le nom et l’adresse de son auteur.

PRESCRIPTION DES POTIONS

je suppose, 25 centigrammes de teinture d'aconit, auxquels équivalent XV gouttes de ce médicament, celui-ci rentrant dans la catégorie des substances visées (1) devrait être, en poids, formulé, non pas de la façon suivante :

Teinture d’aconit 0 gram. 25.

mais de cette façon :

Teinture d aconit vingt-cinq centigrammes.

En volume, d’autre part, c’est-à-dire façon de formuler :

Teinture d'aconit

il conviendrait de substituer celle-ci :

Teinture d’aconit quinze gouttes.

La loi est formelle à cet égard, et les contrevenants sont menacés par elle de lourdes pénalités (2).

Désignation en nombre. — Un seul médicament se prescrit par unités : le jaune d'œuf. Lorsque, fait devenu rare, le jaune d’œuf est introduit dans la formule d’une potion, ni son poids, ni son volume n’interviennent dans la prescription : seul compte le nombre de jaunes d’œufs exprimé par un chiffre précédé de l’abréviatif N°. S’agit-il de deux jaunes d’œufs, vous formulerez :

Jaunes d’œufs N° 2.

Les diverses substances qui entrent dans la composition d’une potion sont prescrites habituellement en quantités dissemblables. Il peut arriver cependant qu’il en soit autrement et que deux ou plusieurs d’entre elles soient prescrites en mêmes quantités. Lorsqu’il en est ainsi, vous ne devez pas répéter deux ou plusieurs fois les chiffres qui expriment ces quantités, mais, réunissant les substances en question par une accolade, vous devez faire suivre le milieu de celle-ci de l’abré-

(1 ) Voir Documents annexes (p. 357).

(2) Voir Documents annexes : Loi du 19 juillet 1845 ; Loi du 14 juillet 1910 (p. 355 et 356).

A, Gilbert. — L’Art de Prescrire. 7

par gouttes, à cette XV gouttes.

viatif âa, suivi lui-même des chiffres en question une seule fois exprimés.

J'ai déjà eu l'occasion de vous parler d'accolade (i), mais il s'agissait d'une accolade antérieure réunissant les divers éléments constitutifs de la formule d’une potion ou de toute formule quelle qu’elle soit. L'accolade dont il s'agit maintenant est une accolade postérieure , c'est-à-dire disposée après les noms des substances.

Cette seconde accolade d’ailleurs ne supprime pas l’autre, hormis un cas particulier, à savoir celui où toutes les substances qui entrent dans la constitution de la préparation sont prescrites en égale quantité et où, par suite, l'accolade postérieure s'étend du haut en bas de la formule (2).

Donc, quand deux ou plusieurs substances, dans une potion ou dans une forme pharmaceutique quelconque, sont prescrites enmême quantité, ellesdoivent être réunies par une accolade postérieure suivie du signe âa, suivi lui-même des chiffres qui indiquent cette quantité.

Tiré du mot grec ava, l’abréviatif âa signifie de chaque parties égales.

Je suppose que, dans une potion, vous prescriviez4 grammes de sous-nitrate de bismuth et 4 grammes de diascordium , vous devrez donc formuler :

Sous nitrate de bismuth Diascordium ... 1

aa 4 gram.

Exemples de formules de potions. — Il me faut maintenant vous donner quelques exemples de formules de potions.

Premier exemple :

Je suppose que j’aie à prescrire une potion expectorante et que, comme principe actif unique, je choisisse X oxyde blanc d'antimoine .

Vous savez qu’il s’agit là d’une poudre blanche, insoluble dans l’eau, qu’à l’adulte vigoureux on administre à la dose

(1) Voir p. 34 et 94.

(2) Voir p. 133,139 et 141 des formules où se trouve réalisé ce cas particulier.

PRESCRIPTION DES POTIONS

quotidienne moyenne de 2 à 4 grammes. M’arrêtant à la première de ces doses, je formulerai d’abord :

Oxyde blanc d'antimoine. 2 gram.

Comme excipient, je n’ai le choix qu’entre Veau et un liquide aqueux, sans action synergique possible avec l’oxyde blanc. Je choisis la première et j’ajoute par suite :

Eau distillée 100 gram.

L’insolubilité de l’oxyde blanc et sa toxicité réclament un intermède tel que la gomme adragante. Je prescris donc :

Gomme adragante 0 gram. 10

Reste le choix du correctif : je le prendrai parmi ceux qui sont capables d’exercer jusqu’à un certain point une action adjuvante et je formulerai :

Hydrolat de fleur d’oranger. . \

Sirop de polygala. | aa 30 gram.

J’obtiendrai de la sorte une préparation de la contenance de dix cuillerées à soupe, dont la formule se présentera ainsi :

Potion expectorante.

Base

Excipient . .

Intermède . .

Correctif . . .

Oxyde blanc d’antimoine. . .

Eau distillée

Gomme adragante

Hydrolat de fleur d'oranger.

Sirop de polygala

2 gram.

100 gram.

0 gram. 10

30 gram.

Deuxième exemple :

Potion antidiarrhéique.

Base

Sous-nitrate de bismuth

Diascordium

Laudanum de Sydenham

Intermède.

Gomme adragante

Excipient .

Correctif. .

Eau de riz

Sirop de coing

aa 4 gram.

quinze gouttes.

0 gram. 10 90 gram.

Vous connaissez l’action exercée par le bismuth sur la diarrhée.

Vous savez, d’autre part, que le diascordium représente une vieille préparation galénique composée de seize substances, qui doit son nom à la feuille de scordium, mais dont l’activité thérapeutique procède essentiellement de l’extrait d’opium qui entre dans sa composition.

Vous n’ignorez pas, enfin, que le laudanum esl devenu, depuis le nouveau Codex , de vin d’opium qu’il était, un alcoolé d’opium.

Le bismuth, le~ diascordium et le laudanum représentent la base, triple, delà potion.

L’excipient, Veau de rir, exerce sur la diarrhée une action qui est de notion populaire. Il en est de même du sirop de coing , qui, pour cette raison, trouve sa place ici comme correctif adjuvant.

Voici donc une potion d’une architecture parfaite. Autant que vous le pourrez, prescrivez des formules comme celle-ci, dans lesquelles tous les éléments concourent vers un but commun, qui est celui d’atteindre un symptôme ou une lésion.

Cette potion est, d’ailleurs, d’une réelle efficacité. Si l’une de ses bases est soluble, y interviennent deux bases, le sousnitrate de bismuth et le diascordium, qui sont insolubles. C’est pourquoi, sous la forme de gomme adragante , un intermède a été introduit dans sa formule.

Mais l’intermède, vous ai-je expliqué, n’est d’aucune utilité quand la potion ne renferme pas de principes insolubles, et ainsi la formule se réduit à trois éléments.

Pour terminer, je vais vous donner deux exemples de potions ainsi composées, la première à bases multiples, la seconde à base unique.

Troisième exemple :

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