POTION CONTRE LA TOUX
Base
Excipient.
Correctif. .
Bromure de potassium .... 2 gram .
Extrait d’opium cinq centigrammes.
Alcoolature d’aconit XV gouttes.
Hydrolat de fleur d'oranger. 75 gram.
Sirop de tolu q. s.
pour une potion de 150 cent, cubes.
PRESCRIPTION DES POTIONS
Ainsi que je vous l'ai indiqué précédemment, dans l'ancien Codex (1884), on trouvait les formules de deux alcoolatures d’aconit d'une activité très dissemblable ; mais le nouveau Codex (1908) n’en contient plus qu'une seule, celle de la préparation la plus faible, l'alcoolature de feuilles, et c'est pourquoi, dans ma formule, je n’ai pas eu à spécifier la nature de l'alcoolature.
Ici, l’intermède fait défaut : sa prescription serait la preuve de l'ignorance de celui qui le formulerait, car il serait superflu.
Cette potion, qui contient trois bases, un excipient et un correctif, se compose donc seulement de trois éléments. Le sirop de tolu (1) est un correctif très faible, mais la présence d'un correctif puissant n’est pas nécessaire, étant donné que l’excipient, Yhydrolat de fleurs d’ oranger , joue déjà luimême le rôle de correctif.
Voilà encore un exemple de potion harmonieuse : effectivement, tous ses éléments concourent vers le même but, qui est d’obtenir la sédation de la toux. Non seulement les bases, le bromure de potassium , Y extrait d’opium et Y alcoolature d’aconit, mais encore l’excipient lui-même et le correctif agissent dans le même sens. L’hydrolat de fleur d'oranger, en effet, tout en étant doué de faibles propriétés thérapeutiques, est un calmant à la façon de l’hydrolat de tilleul, et le sirop de tolu, vous le savez, exerce aussi une action sédative sur la toux.
Donc, cette potion est parfaitement recommandable pour le but qu’on se propose ici, qui est l'apaisement de la toux.
Quatrième exemple :
Potion hémostatique.
Base
Excipient. . .
Correctif . . . .
Ergotine
Vin de Banyuls.
Sirop d’écorce d’orange amère
deux grammes.
90 gram.
30 cent, cubes.
Dans cette dernière formule, 1 ’ergotine, seule, remplit le
(1) D’ordinaire, les potions ne contiennent que de 30 à 50 grammes de sirop pour 120 à 150 grammes. Ici la quantité de sirop a été volontairement portée à une dose supérieure à la moyenne, si bien que la préparation tient en quelque sorte le milieu entre une potion et un sirop.
rôle de base, seule, elle jouit de propriétés hémostatiques. L’excipient et le correctif en sont totalement dépourvus. Cependant ce n’est pas par hasard qu’un excipient exceptionnel, un vin, a été introduit dans la formule.
Par cette prescription, en même temps quest poursuivie l’hémostase, on a voulu s’adresser aux conséquences possibles d’une hémorragie sérieuse et, au moyen de l’excipient venant en aide à la base, soutenir et tonifier le malade.
Quelquefois composée de quatre éléments, la formule d’une potion se réduit le plus souvent à trois.
Réduisez-la encore, et vous vous trouvez en face d’une inscription limitée à deux termes, base et excipient, celui-ci pouvant être de l’eau ou un liquide aqueux, ou bien un sirop : nous passons alors de la potion aux solutés et aux sirops médicamenteux. Pour mériter le nom de potion, il est indispensable que la préparation soit composée d’au moins trois termes : une base, un excipient et un correctif. S’il n’existe que la base et un sirop, ce n’est plus une potion, c’est un sirop médicamenteux; s’il .n’existe que la base et de l’eau, ou un hydrolat, ou une infusion, ou un liquide aqueux quelconque, c’est non plus une potion, mais un soluté.
Souscription. — Après l'inscription de la potion, vient la souscriptio7i : elle s’adresse, en même temps que l’inscription, au pharmacien et contient des indications particulières sur la façon de préparer la potion, s’il y a lieu.
Si vous n’avez aucune recommandation spéciale à fournir au pharmacien, vous pouvez faire figurer au-dessous de l’inscription, et en guise de souscription, les trois initiales classiques : f. s. a. : fac secundum artem , fais selon l’art (1).
Des quatre potions dont je vous ai donné les formules, il en estdeux qui ne sont justiciables d’aucune souscription, les deux dernières. En ce qui concerne les deux premières, afin d’obtenir des préparations aussi parfaites que possible, je veux dire dans lesquelles les principes actifs soient répartis aussi régulièrement que possible, il serait bon, en souscription, de recom-
(1) Voir p. 35.
PRESCRIPTION DES POTIONS
mander au pharmacien d’en triturer les substances insolubles avec un peu de sucre et la gomme adragante.
Immédiatement donc au-dessous de la deuxième formule, par exemple, il serait bon d’écrire à l’adresse du pharmacien :
Triturer le sous-nitrate de bismuth et le diascordium avec un peu de sucre et la gomme adragante, puis achever la préparation.
Instruction. — En dernier lieu, vient l’instruction : elle s'adresse au malade etelle est relative à l’emploi de la potion (1).
Les potions peuvent se prendre au moyen de mesures diverses ; cependant il est d’usage et de règle de les prendre par cuillerées. Généralement les enfants les prennent par cuillerées à café, les adultes par cuillerées à entremets ët surtout par cuillerées à potage.
Ces dernières ayant une contenance d’environ 15 centimètres cubes, il sera bon que vos potions aient une contenance dont le chiffre soit un multiple de 15, c’est-à-dire que les plus petites contiennent 60 ou 90 centimètres cubes, les moyennes 120 ou 150 centimètres cubes et les plus considérables 300 centimètres cubes.
Ce sont là des chiffres desquels vous ne devrez pas vous écarter dans votre pratique. En procédant ainsi, vous saurez toujours la contenance de vos potions en cuillerées :
Potion de 60 cent, cubes . . 4 cuillerées.
et du même coup vous saurez la teneur en principes actifs de chacune de ces cuillerées.
Il ne faut pas que vous ordonniez des potions d’une con-
(1) L'indication, sur l’ordonnance, du mode d’emploi d’une potion comrne.de toute autre forme pharmaceutique médicamenteuse est obligatoire lorsque dans sa composition entrent certaines substances vénéneuses déterminées par la loi (Voir p. 50). Sur les quatre potions dont les formules ont été ci-dessus choisies comme exemples, il en est trois dont par suite les modes d’emploi devraient être spécifiés : l’une parce qu’elle contient du laudanum, la deuxième à cause de l’extrait d’opium, la troisième à cause de l’ergotine.
tenance quelconque, renfermant, par exemple, 7 cuillères trois quarts ou li cuillères et demie; il est bien préférable que la teneur de vos potions représente en volume un multiple de 15 centimètres cubes.
Gomment faire pour parvenir à ce résultat?
La chose irait de soi si toutes les substances qui entrent dans la composition des potions avaient la même densité que l’eau. Vous savez que les chiffres qui expriment le volume de l’eau ou des liquides, aqueux en centimètres cubes sont identiques à ceux qui expriment leur poids en grammes. Mais dans les potions entrent également des liquides qui, comme les sirops, ayant un poids spécifique notablement différent de celui de l’eau, offrent, par suite, des volumes dont les chiffres ne se superposent pas à ceux qui expriment leur poids. Et cependant, je vous le répète, il est désirable qu’en volume vos potions représentent un multiple de celui de la cuillère, laquelle sert de mesure au malade.
Pour surmonter cette petite difficulté, vous avez trois procédés à votre disposition.
Vous pouvez, tout d’abord, faire un calcul, qui vous permette de déterminer en poids le volume que vous voulez réserver dans la potion au sirop. C’est ce qui a été fait à propos de la potion antidiarrhéique dont je vous donnais la formule tout à l’heure (1). Prescrivant une potion de 120 centimètres cubes, c’est-à-dire de la contenance de 8 cuillerées à soupe et voulant y réserver une place égale à 30 centimètres cubes pour le sirop de coing, les sirops ayant un poids spécifique de 25 p. 100 supérieur à celui de l’eau, une opération très simple d’arithmétique m’a montré que, pour que le but fût atteint, je devais formuler :
Sirop de coing. 40 gram.
En second lieu, vous pouvez, au lieu de les prescrire en poids, prescrire en volume les substances telles que les sirops, dont le poids spécifique s’éloigne de celui de l’eau.
C’est ce qui a été fait dans la formule de la potion hémostatique (2) : j’aurais pu, après calcul, indiquer la quantité
(1) Voir p. 99.
(2) Voir p. 101.
PRESCRIPTION DES POTIONS
de sirop d’écorce d’orange amère à introduire dans la formule de la potion, à savoir 40 grammes; j’ai trouvé plus simple d’écrire :
Sirop d’écorce d’orange amère. . . 30 cent, cubes.
Enfin, vous pouvez encore procéder comme il a été fait dans la formule de la potion contre la toux (1). J’y ai réservé la dernière place au sirop; c’est d’ailleurs celle qui lui convient naturellement, car il joue presque toujours le rôle de correctif. Puis, après avoir indiqué en poids la quantité de chacune des substances entrant dans la composition de la potion, sauf celle du sirop, j’ai fait suivre la désignation de ce dernier des deux lettres q. s ., abréviatives, vous le savez (2), de quantum satis y quantité suffisante, et, spécifiant ensuite la contenance de la potion, j’ai par cela même fixé la quantité de sirop :
Sirop de tolu q. s.
Pour une potion de 150 cent, cubes.
Vous avez donc trois procédés différents pour arriver à ce résultat, auquel il est bon que vous atteigniez, c’est-à-dire de prescrire des potions dont le volume sort un multiple de 15 centimètres cubes. Les potions ne se prennent pas par poids, elles se prennent par volume, par cuillères à soupe, et, par conséquent, il est utile que leur teneur soit un multiple de 15 centimètres cubes.
Vous ne manquerez pas, dans l’instruction relative aux potions, d’indiquer aux malades la nature des cuillères dont ils devront se servir : aux enfants, les cuillères à café ; aux adultes, les cuillères à entremets ou le plus souvent les cuillères à soupe.
Vous devrez également indiquer les heures auxquelles les cuillères devront être prises et, par suite, les intervalles à mettre entre chaque cuillère. Vous ferez même bien de spécifier le nombre total des cuillères de la journée. Le plus souvent les potions sont prises en vingt-quatre heures; rarement leur durée doit dépasser trente-six heures.
(1) Voir p. 100.
(2) Voir p. 94.
En général, elles s’adressent à des fébricitants ou, en tput cas, à des malades affligés d’affections aiguës, qui sont à une diète plus ou moins sévère, et qui gardent soit la chambre, soit plus souvent le lit. A de tels malades la forme pharmaceutique de potion convient d’une façon toute particulière : d’une part, parce que la maladie dont ils souffrent étant en constante et rapide évolution réclame une thérapeutique médicamenteuse à courte vue, facilement remplacée par une médication nouvelle ; d’autre part, parce que, étant exclusivement occupés à se soigner, ils peuvent aisémentfractionner en autant de prises que nécessaire les médicaments appropriés.
Vous ne devrez jamais, d’ailleurs, vous contenter d’instructions verbales, mais au contraire toujours laisser celles-ci par écrit.
Ci-joint le schéma de la prescription complète d’une potion :
Potion stimulante diffusible.