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Troisième partie. — Instruction

Prendre cette potion par cuillerées à soupe toutes les deux heures.

Prescription des juleps. — Je vous ai dit, d’après le Codex, que « quelques potions sont également prescrites sous le nom de juleps », et je vous ai rappelé que le mot julep vient de l’arabe, en vous faisant observer qu’un certain nombre de mots pharmaceutiques et médicaux procèdent de cette langue, ce qui n’est pas extraordinaire, puisque, pendant cinq siècles, la pharmacie française et la thérapeutique furent régentées par les Arabes.

Les juleps représenteraient ainsi une variété de potion;

4 gram

PRESCRIPTION DES JULEPS

vous allez voir ce qu’il y a de vrai et de défectueux dans cette compréhension.

Deux juleps figurent au Codex : le julep simple et le julep gommeux.

Le julep simple , ou potion simple, est composé de la façon suivante :

Julep simple (C.).

Potion simple.

Sirop simple.

trente grammes.

Eau distillée de fleur d’oranger.

vingt grammes.

Eau distillée.

cent grammes.

Quant au julep gommeux ou

potion

gommeuse,

il est

composé de cette autre façon :

Julep gommeux

Potion gommeuse.

Poudre de gomme.

dix grammes.

Sirop simple.

trente grammes.

Eau distillée de fleur d’oranger.

dix grammes.

Eau distillée.

cent grammes.

Vous voyez, par suite, que ce qui distingue le julep gommeux du julep simple est l’addition à laformule du second d’un muciage, d’un intermède: la poudre de gomme.

Vous saisissez immédiatement, si vous avez retenu ce que je vous ai dit précédemment de la composition d’une potion, vous saisissez, dis-je, ce qui sépare les juleps de véritables potions.

Le julep simple ne renferme ni base ni intermède. Quant au julep gommeux, il ne renferme pas de base. En d’autres termes, le julep simple est composé d’un excipient, Veau distillée, et de deux correctifs, le sirop simple et Veau distillée de /leur d' oranger . Le sirop simple, vous le savez, est un sirop formé d’eau et de sucre; il agit en tant que correctif par la sapidité du sucre; et beau distillée de fleur d’oranger apporte son odeur parfumée d’oranger. Un de ces correctifs est pour le goût, l’autre pour l’odorat.

Quant au julep gommeux, qui ne renferme pas de base, il

est composé d’un excipient et de deux correctifs, comme le julep simple, et en outre d’un intermède, la gomme.

Vous voyez donc que les juleps ne sont pas de véritables potions : il leur manque ce qui est essentiel dans une potion, la base. Ce sont, si vous le voulez, des potions acéphales , des potions sans tête, des potions inertes; ce sont des potions prêtes pour recevoir une base.

Vous comprenez très bien, étant donnée cette formule des juleps, simple ou gommeux, que ces potions ne soient pas employées isolément ; et, en effet, on ne les utilise guère seules : on les prescrit pour ainsi dire toujours additionnées d’unebase, unique ou multiple.

Prenez, par exemple, le julep simple. A supposer que je veuille prescrire une potion hypnotique, je puis formuler de la façon suivante :

Potion hypnotique.

Extrait thébaïque cinq centigrammes.

Julep simple 120 gram.

Ainsi modifié, le julep'simple se trouve pourvu de ce qui lui manquait, c’est-à-dire d’un principe actif, d’une base.

Le julep simple s’emploie surtout additionné de principes actifs solubles; le julep gommeux peut être employé aussi comme excipient de principes solubles ; mais, en raison de sa teneur en gomme, en intermède, c’est lui qu’on choisit lorsqu’on veut recourir à une base insoluble. Si, par exemple, j’ai à prescrire une potion expectorantes base de kermès, je formulerai de la façon suivante :

Potion expectorante.

Kermès minéral 0 gram. 05

Julep gommeux 120 cent, cubes.

Vous connaissez la potion magistrale et vous connaissez la potion dont le Codex fournit par exception la formule; vous avez dans les deux potions ci-dessus des sortes de préparations mixtes, des potions du Codex modifiées magistralement.

En apparence, la potion à Y extrait thébaïque est composée de deux termes ; en réalité, elle en comprend trois : l’extrait

PRESCRIPTION DES LOOCHS.

thébaïque représente la base; l’eau distillée, l’excipient; le sirop simple et l’eau de fleur d’oranger, un double correctif.

De meme, la potion au kermès, en apparence composée de deux termes, est, en réalité, formée de quatre : une base, un excipient, un intermède et deux correctifs.

Les juleps, modifiés magistralement, sont d’un emploi courant, non pas seulement à l'hôpital, mais également en ville. D’une part, ils sont communément bien accueillis des malades; d’autre part, le médecin, en les prescrivant, réalise une certaine économie de temps.

Prescription des loochs et des émulsions. — Après avoir défini les potions, le Codex ajoute : « Les potions préparées avec une émulsion et rendues plus ou moins consistantes à l’aide d’un mucilage prennent le nom de loochs. » Les loochs, comme les juleps, figurent au Codex et, de même qu’il existe deux juleps, existent deux loochs : le looch blanc , appelé encore potion émulsive gommée , et le looch huileux , appelé aussi potion émulsive huileuse :

Looch blanc (C.).

Potion émulsive gommée.

Amandes douces mondées.

trente grammes.

Amandes amères mondées.

deux grammes.

Sucre blanc.

trente grammes.

Poudre de gomme adragante.

cinquante centigrammes.

Eau distillée de fleur d’oranger.

dix grammes.

Eau distillée.

cent vingt grammes.

Looch huileux (C.).

Potion émulsive

huileuse.

Huile d'amande.

quinze grammes.

Poudre de gomme arabique.

quinze grammes.

Sirop de gomme.

trente grammes.

Eau distillée de fleur d’oranger.

quinze grammes.

Eau distillée.

cent grammes.

Les loochs, comme les juleps, renferment tous les éléments d’une potion : l’excipient, le correctif, l’intermède, certains même multiples, sauf ce qui en est la partie essentielle : la base. Les loochs, commeles juleps, sont des potions acéphales.

On emploie quelquefois les loochs isolément, de même que les juleps, un peu plus souvent, d’ailleurs. Cependant, presque toujours, les loochs sont employés modifiés magistralement : on s’en* sert comme de véhicules pour diverses substances et, en particulier, pour l’administration du calomel et de Yoxyde blanc d'antimoine , qui sont blancs eux-mêmes et dont la blancheur s’harmonise avec la couleur également blanche du véhicule.

Vous pourrez donc prescrire, par exemple, comme potion expectorante :

Potion expectorante.

I Oxyde blanc d’antimoine 2 gram.

I Looch blanc 120 cent, cubes.

Ou bien comme potion au calomel :

Potion au calomel.

I Calomel à la vapeur 0 gram. 20

Looch huileux 120 cent, cubes.

11 faudrait bien vous garder, d’ailleurs, dans ces formules, de transposer Jes bases ou du moins d’associer le calomel au loochblanc. Vouscommettriez, en effet, dans ces conditions, une faute sur le chef d’incompatibilité chimique, sur laquelle je ne reviendrai pas, y ayant suffisamment insisté précédemment (1).

Si, à l’exemple de vos devanciers, vous administrez le calomel dans un looch, ayez toujours soin de prendre pour véhicule le looch huileux, et si vos préférences sont pour le looch blanc, dans la souscription indiquez au pharmacien la nécessité de la suppression, dans cette préparation, des amandes amères : ou bien, par conséquent, emploi du looch huileux, ou bien emploi du looch blanc modifié par la suppression des amandes amères.

Les loochs sont tout particulièrement employés en médecine infantile; on pourrait presque dire qu’ils sont à la médecine infantile ce que les juleps sont à la médecine de l’adulte. On se sert des loochs comme véhicules, en médecine infantile, de

(1) Voir p . 39.

PRESCRIPTION DES SOLUTÉS.

même qu’on se sert des juleps comme véhicules en médecine des adultes. C’est que les loochs sont parfaitement acceptés des enfants : ils ont l'apparence du lait, et les enfants aiment le lait ; de plus, ils ont une odeur et un goût agréables, qui rappellent l'odeur et le goût du sirop d’orgeat. Il ne suffit pas de prescrire à un enfant un médicament, le tout est de le lui faire prendre ; or il est rare qu’un enfant refuse l'iqgestion d’un looch. Vous voyez que l'emploi des loochs réclame cependant certaines connaissances et qu’on ne peut pas s’en servir sans restriction.

Je n'ai rien à ajouter relativement à la manière de rédiger la souscription et 1 "instruction des juleps et des loochs, ces parties de la prescription se superposant en quelque sorte à ce que je vous ai dit relativement aux potions.

Les émulsions doivent être rapprochées des loochs, qui sont des potions émulsives.

Tantôt elles sont empruntées au Codex , comme Y émulsion d'huile de foie de morue , laquelle renferme environ un tiers de son poids d’huile de foie de morue, et tantôt elles sont empruntées aux spécialités.

Leur prescription n'offre aucune difficulté et je ne m’y arrêterai pas.

Prescription des solutés, des sirops et des mellites. —

Sur les solutés et les sirops , je n’aurai également pas grand’chose à ajouter à ce que vous savez déjà. Je vous en ai donné la définition et je vous ai déjà montré que la formule des solutés et des sirops se réduit à deux termes: une base et un excipient , qui, dans le cas du soluté, est de l’eau, et un sirop dans l’autre cas.

Les solutés sont des préparations communément peu agréables, à cause du manque de correctif ; mais ce sont des préparations qui offrent, tout au moins, l’avantage d’être peu coûteuses, — détail à considérer lorsqu’on a alfaire à des malades peu fortunés. — Onpourrait dire des solutés qu’ils représentent par excellence la forme pharmaceutique liquide du pauvre.

Les solutés et les sirops peuvent être prescrits magistralement, auquel cas la prescription comporte ou peut comporter une inscription , une souscription et une instruction, comme

dans le cas de la prescription des potions. La seule différence est que, dans la prescription des solutés et des sirops, l’inscription, je vous le répète, ne comporte que deux termes.

Les solutés et sirops peuvent être aussi de provenance officinale : vous trouverez, en effet, au Codex , la formule d’un assez grand nombre de solutés et de sirops qui sont tout préparés dans l’officine pharmaceutique.

Enfin certains solutés et certains sirops surtout sont de provenance industrielle.

Généralement les potions, — je vous l’ai indiqué précédemment, — sont prescrites à des malades qui sont confinés, sinon au lit, tout au moins à la chambre et qui sont soumis à une diète plus ou moins sévère. Il peut en être de même des sujets auxquels vous ordonnerez des sirops et des solutés. Cependant, en général, il s’agit de malades qui vont et viennent, qui mènent leur vie ordinaire et prennent leur alimentation habituelle. Dans ces cas, sauf exception, vous prescrirez de préférence les solutés et les sirops au moment même des repas, soit au cours, soit à la fin de ceux-ci, afin de préserver les malades de la gastrite médicamenteuse.

D’ordinaire, les solutés, de même que les potions, sont pris par cuillerées. Pourtant certains solutés très concentrés, véritables liqueurs, peuvent être donnés par gouttes. Ainsi, quand on veut faire prendre de Yiodure de potassium à un malade, peut-on utiliser avec grand avantage la formule suivante, que j’emploie depuis nombre d’années :

Liqueur iodurëe (A. G.)

Soluté concentré dCiodure de potassium.

lodure de potassium 12 gram.

Eau distillée Q. S.

pour 60 cent, cubes.

Ce soluté est titré de telle sorte que, par goutte, il contient^ 1 centigramme d’iodure de potassium : V gouttes de ce soluté renferment donc 0 gram. 05 d’iodure ; XX gouttes, 0 gram. 20 ; C gouttes, 1 gramme, etc.

Il est d’un emploi particulièrement précieux pour le fractionnement de la dose médicamenteuse au cours de la journée,

PRESCRIPTION DES VINS

ainsi que pour la progression de celle-ci et, par suite, pour la prophylaxie de l’iodisme.

A moins qu’il n’y ait une urgence absolue à administrer l’iodure de potassium à des doses immédiatement élevées, vous pourrez, par exemple, le prescrire, pour une cure, dans votre instruction, de la façon suivante :

Prendre X gouttes de cette préparation le premier jour du traitement, en prendre X gouttes de plus chaque jour, jusqu’à G. Parvenu à G, y demeurer pendant dix jours.

Élever de nouveau la dose de X gouttes chaque jour jusqu’à GG. Parvenu à CG, y demeurer pendant dix jours.

Enfin, élever encore la dose de X gouttes par jour jusqu'à CGC. Demeurer à ce chiffre pendant dix jours.

Répartir les gouttes dans la boisson des divers repas, en les fractionnant le plus possible.

L’iodure administré de cette façon est communément bien toléré et paraît produire son maximum d’effet thérapeutique.

Les mellites , qui sont des sirops de miel, sont tombés dans une désuétude à peu près complète, du moins en ce qui concerne l’administration en vue de l’absorption.

J’arrive aux vins, vinaigres, bières et huiles, dont je vous ai donné la définition précédemment.

Prescription des vins, vinaigres, bières et huiles. —

Les vins, les vinaigres , les bières et les huiles représentent, par excellence, des formes pharmaceutiques officinales ou industrielles.

Cependant‘ces formes liquides peuvent être aussi prescrites magistralement : il en est ainsi, notamment, des huiles et plus encore des vins. La seule différence qui sépare la prescription des vins et des huiles médicinaux des solutés et sirops médicinaux ou médicamenteux, c’est qu’ici l’excipient est soit l’huile, soit le vin, au lieu d’être, comme dans le cas précédent, le sirop ou l’eau, c’est-à-dire que la formule magistrale des vins et des huiles médicinaux ne comporte que deux termes : une base et un excipient , ce dernier étant l’huile ou le vin.

Les vins que l’on emploie à titre d’excipient sont le vin rouge et le vin blanc de France, qui contiennent environ 10 p 100 A. Gilbert. — L’Art de Prescrire. 8

d’alcool ; les vins muscats, qui en renferment de 13 à 15 p. 100 ; enfin les vins dits de liqueur (malaga, madère,, etc.), qui en contiennent au minimum 15 p. 100.

Lorsque vous prescrirez magistralement un vin médicamenteux, c’est, le plus souvent, que la base choisie sera insoluble dans l’eau et soluble dans l’alcool. Vous prescrirez donc, en raison de ce fait, les vins dits de liqueur.

Parmi ces vins, celui que l’on emploie le plus souvent et qui est le plus recommandable est le vin de Malaga , parce qu’il n’est point fermentescible, d’une part, et que, de l’autre, il est doué d’une odeur et d’une saveur assez puissantes pour masquer le goût et l’odeur de la base. Le vin de Grenache est également prisé.

Je suppose, par exemple, que vous veuilliez prescrire à un phtisique du gaïacol par la bouche, sous la forme de vin ; vous pourrez formuler par exemple :

VlN GAÏACOLÉ (A. G.).

1 Gaïacol synthétique 2 gram. 50

Vin de Grenache 250 gram.

Ce vin est titré à 1 centigramme par gramme, et le malade qui en prendra à la fin de son déjeuner pn verre à liqueur prendra, par cela même, 25 centigrammes de gaïacol cristallisé.

J’arrive aux tisanes, aux apozèmes et aux limonades.

Prescription des apozèmes, des tisanes et des limonades. — Sur les apozèmes , je n’ajouterai presque rien à la définition que je vous en ai donnée d’après le Codex. Ce sont des préparations magistrales en ce sens qu’elles ne sont point toutes faites dans l’officine et doivent être confectionnées au moment du besoin. Toutefois, le Codex donne la composition et le mode de préparation de plusieurs apozèmes, qui, par suite, n’ont pas besoin d’être formulés par le médecin : ce sont Yapozème blanc ou décoction blanche de Sydenham , Yapozème purgatif ou médecine noire et les apozèmes de cousso et d'écorce de racine de grenadier . A la vérité, ces apozèmes sont par excellence destinés non pas à l’absorption, mais à l’exercice d’une action topique sur l’intestin.

PRESCRIPTION DES TISANES

Plus intéressante est la question des tisanes et des limonades.

Forme pharmaceutique déchue de son ancienne importance, du moins aux yeux des médecins, sinon à ceux du populaire, les tisanes figurent au Codex, ou du moins y figure la matière première qui seK*à les préparer. Le Codex indique aussi la partie de plante, fleurs ou fruits, feuilles, racine ou tige, écorce ou bois (1), qui est utilisée dans leur confection. Il spécifie la quantité de plante qui est employée pour 1 litre d’eau, et celle-ci, sauf exception, est de 5, 10 ou 20 grammes. Enfin le Codex détermine les divers modes de préparation des diverses tisanes.

Les tisanes, d’ailleurs, partagent avec quelques autres formes médicamenteuses cette particularité d’être, non pas préparées dans l'officine pharmaceutique, mais au domicile des malades, et, de ce fait, elles posent, avec ces autres formes, une question de prescription un peu spéciale.

Si, en effet, comme celle de tout médicament inscrit au Codex , leur prescription régulière comporte deux parties, une inscription sommaire pour le pharmacien, spécifiant la quantité et la nature de la plante à délivrer, et une instruction pour le malade, cette dernière peut concerner non pas seulement l’emploi du médicament, mais aussi la façon de le préparer.

A la vérité, de nos jours, les médecins concèdent rarement aux tisanes, même lorsqu’ils les conseillent ou tout au moins les permettent, les honneurs de l’ordonnance.

Mais, qu’elles soient écrites ou qu’elles soient verbales, les notions que vous pourrez être amenés à fournir à vos malades relativement à la préparation des tisanes, ces notions réclament que vous-mêmes n’ignoriez pas comment s’effectue cette opération.

Vous devez donc savoir qu’il y a cinq modes différents de préparation des tisanes : préparation par solution , par macé-

(1) Les mélanges de plantes on espèces ( espèces pectorales , espèces carminatives, espèces diurétiques , etc.) ne figurent plus dans la dernière édition du Codex. Cependant on peut toujours les prescrire, le Codex, nous l’avons déjà dit, étant composé de l’ensemble de ses éditions successives.

ration, par infusion, par digestion et par décoction. Complexe en apparence, cette question, ainsique vous allez le reconnaître avec moi, est très simple en réalité.

Solution. — La solution se définit en quelque sorte d’ellemême : la base de la tisane estplongée dans l’eau froide, et au bout de quelque temps la préparation est faite. C’est de cette façon qu’on prépare la tisane de gomme. Il va de soi qu’une légère élévation de la température de l’eau et qu’une légère agitation de ce liquide favorisent la dissolution de la base et, par suite, la préparation de la tisane.

Macération. — La macération résulte de l’action prolongée de l’eau sur la substance mise en œuvre. Elle évite, dans certains cas, la dissolution de principes âcres ou mucilagineux solubles à chaud. On prolonge la macération de six à vingtquatre heures.

Il s’agit là, d’ailleurs, d’un excellent mode de confection des tisanes : c’est de cette façon que l’on prépare la tisane de gentiane et la tisane de guassia amara .

Infusion. — L’ infusion est le mode ordinaire de préparation des tisanes. C’est par infusion que se confectionnent presque toutes les tisanes, et vous savez que c’est par infusion que l’on prépare le thé et le café.

La plante est jetée dans l’eau bouillante; le vase qui contient cette eau ainsi que la plante est refermé et retiré du feu. Au bout de dix à trente minutes, l’infusion est effectuée. C’est de cette façon que se préparent la tisane de tilleul, la tisane de camomille, la tisane de violette, la tisane de bourrache, etc.

Digestion. — Dans la digestion, la plante, comme dans le cas précédent, est plongée dans l’eau bouillante; le vase est refermé, mais, au lieu qu’il soit écarté résolument et complètement du feu, il est laissé dans son voisinage, de sorte que la température de l’eau demeure près de 80° : il s’agit là d’un chiffre tout à fait approximatif. C’est de cette façon que l’on prépare la tisane de salsepareille.

PRESCRIPTION DES -TISANES

Décoction. — Enfin, reste la décoction , qui se définit, comme la solution, en quelque sorte d’elle-même. La décoction, c’est une cuisson prolongée.

La tisane est jetée dans l’eau bouillante, et celle-ci demeure sur le feu. Comme une partie de leau s’évapore, on la remplace par intervalles.

Vous comprenez aisément pourquoi, dans certains cas, on se contente de la solution, pourquoi dans d’autres il faut aller jusqu’à la macération, pourquoi dans certains cas on se contente de l’infusion et pourquoi dans d’autres on va jusqu’à la digestion ou jusqu’à la décoction.

C’est que, s’il y a des plantes molles, douces, vulnérables, qui cèdent volontiers à l’eau leurs principes actifs, il en est aussi de dures, ligneuses, résistantes, qui ne les abandonnent que malaisément. Telle est la salsepareille , qui réclame la digestion. Tel est le chiendent , telle est la guimauve , qui réclament la décoction. C’est encore par décoction que l’on prépare la tisane d'orge perlé, mondé, et c’est même de cet emploi de l’orge en tisane que vient le mot ptisane, d’où est issu le mot tisane ; l’orge mondé se dit, en effet, en grec, 7rn<jav7|. Vous savez que la tisane d’orge était très employée dans l’antiquité et qu’Hippocrate en faisait le plus grand cas.

Je vous répète que la préparation des tisanes, qui a l’air très compliquée, est au fond très simple. En somme, les tisanes ne sont préparées que selon deux modes essentiellement différents : à froid, ou à chaud. A froid, c’est la solution et c’est la macération, si la solution est prolongée (1). A chaud, c’est l’infusion, si le vase est retiré complètement du feu; c’est la digestion, si le vase est écarté légèrement du feu; et c’est la décoction, si le vase reste sur le feu.

Les limonades soulèvent la même question que les tisanes. Effectivement, si elles peuvent être préparées dans l’officine pharmaceutique, le plus souvent elles le sont au domicile des

(1) Il y a lieu d'ajouter que la solution est appliquée aux tisanes dont la base est entièrement soluble dans l’eau, la macération aux tisanes dont la base est incomplètement soluble, si bien qu’à la fin de l’opération la partie insoluble est séparée par filtration de la partie solubilisée.

malades, et c’est pourquoi il faut que vous sachiez tout au moins indiquer à la mère de famille ou à Ja garde-malade, — qui le saura quelquefois mieux que vous-mêmes, — la façon de préparer une limonade commune.

D’aprèslaformuledu Codex de 1884, formule quiestsupprimée dans le nouveau Codex, la limonade commune est composée de deux citrons, pour 70 grammes de sucre en morceaux et 1000 grammes d 'eau distillée bouillante. -Voici comment on prépare cette boisson. Tout d’abord, on frotte avec les morceaux de sucre les zestes, c’est-à-dire les enveloppes des citrons, qui contiennent, vous le savez, des principes aromatiques. Puis les citrons sont incisés, et ils sont exprimés dans un vase de faïence ou de porcelaine. Les morceaux de sucre sont mélangés au jus de citron, et l’eau bouillante est versée sur le tout. On laisse en contact pendant une demi-heure, puis on passe et on laisse refroidir.

Certains malades, les fébricitants surtout, réclament souvent des boissons acides, de la limonade notamment, et par suite vous aurez souvent l’occasion d’en prescrire.

C’est avec la limonade commune que se prépare la limonade vineuse employée dans les hôpitaux et en ville. A cet effet, on mélange un quart de vin de Bordeaux rouge avec trois quarts de limonade commune ; le mélange ne doit pas être fait d’avance, mais au moment même du besoin.

Prescription des élixirs et des liqueurs, des extraits fluides, des alcoolés, des éthérolés, des alcoolats et des alcoolatures. — Les élixirs et les liqueurs sont des médicaments officinaux ou spécialisés. Toutefois, vous pouvez également prescrire ces formes pharmaceutiques liquides d’après des formules qui vous sont propres, c’est-à-dire magistralement : il ne dépend que de vous d’imaginer des formules d’élixirs ou de liqueurs portant votre cachet personnel.

Comme exemples d’élixirs officinaux, je vous citerai Yélixir de Garus, préparation à laquelle est attaché le nom d’un pharmacien hollandais du xvme siècle et qui est l’ancêtre de la chartreuse. Je vous citerai également Yélixir parégorique, préparation opiacée qui, par gramme, contient 5 milli-

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