PRESCRIPTION DES EXTRAITS FLUIDES
grammes de poudre d'opium et, par conséquent, moitié moins d’extrait d’opium.
Gomme exemples de liqueurs officinales, à la liqueur d'Hoffmann , aux liqueurs de Pearson et de Boudin , que je vous ai déjà mentionnées et dont je vous ai indiqué la composition, je puis joindre la liqueur de Fowler ou soluté d'arsénite de potasse, qui contient le centième de son poids d 'acide arsénieux et qui, fournissant XXXIV gouttes au gramme, renferme, par suite, un peu moins de 1 milligramme d’acide arsénieux pour III gouttes (1).
La prescription magistrale d’un élixir ou d’une liqueur peut comporter les trois parties classiques : inscription, souscription instruction.
La prescription des élixirs et des liqueurs du Codex, comme celle des élixirs et des liqueurs spécialisés, ne comporte qu’une inscription sommaire et une instruction.
Élixirs et liqueurs officinaux peu^entêtre d’ailleurs employés à des titres divers dans la confection de certaines préparations magistrales, potions, solutés, etc.
Les extraits fluides, je vous le rappelle, offrent la qualité d’être des préparations à poids pour poids, c’est-à-dire que 1 gramme d’extrait fluide renferme les principes actifs de 1 gramme de plante desséchée et pulvérisée.
Jusqu’à ces dernières années, ils n’existaient qu’à l’état de spécialités, mais, dans sa dernière édition, le Codex en a admis le principe et a ouvert ses pages à un certain nombre d’entre
(1) La formule de la liqueur de Fowler a été notablement modifiée par la dernière édition du Codex. Antécédemment cette préparation était titrée sensiblement à 1 milligramme d’acide arsénieux pour II gouttes.
Liqueur de Fowler (C.).
Soluté d’arsénite de potasse.
Anhydride arsénieux.
Carbonate neutre de potassium.
Alcool à 90e.
Alcoolat de mélisse composé.
Eau distillée.
pour 100 grammes.
un gramme. 1
douze grammes. 12
trois grammes. 3
un gramme. 1
eux, à savoir : 1 extrait de bourdaine , Yextrait de cascara sagrada, Yextrait de coca , Yextrait de cola , Yextrait de condurango , Yextrait d'ergot , Yextrait de grindelia , Yextrait d’hamamelis, Yextrait d'hydrastis , Yextrait de salsepareille et Yextrait de viburnum.
Médicaments exclusivement officinaux ou industriels, les extraits fluides peuvent être prescrits tels que, à prendre par gouttes ou à doses plus élevées, dans des excipients divers, eau sucrée, tisane, boisson des repas, etc. Ils peuvent aussi intervenir comme principes actifs dans la formule de médicaments magistraux, potion, etc.
Les alcoolés ou teintures alcooliques , les éthérolés, les alcoolats et les alcoolatures, comme les extraits fluides, sont des formes pharmaceutiques liquides, par excellence officinales ou industrielles.
Je pourrais vous répéter àleur propos ceque je viens de vous dire des extraits fluides : tantôt vous les prescrirez en tant que médicaments officinaux ou de spécialités par gouttes ou à doses plus élevées, dans des excipients divers, notamment dans la boisson du repas, et tantôt vous les introduirez dans la formule d’une préparation magistrale.
J’ai suffisamment insisté ailleurs (1) sur la valeur que possèdent les gouttes des formes pharmaceutiques médicamenteuses qui ont l’alcool ou l’éther comme excipient pour n’avoir ^pas à y revenir ici.
FORMES PHARMACEUTIQUES SOLIDES. — Nomenclature. —
J’en ai fini avec les formes pharmaceutiques liquides destinées à l’ingestion, et j’arrive maintenant aux formes solides. Ces dernières sont nombreuses, sans l’être autant que les premières. Leur total est de quatorze, à savoir : pilules , granules , bols eiélectuaires , capsules, perles ou globules , cachets, tablettes, pastilles et comprimés, poudres, granulés, pâtes, chocolats et biscuits médicinaux .
Ces quatorze formes solides, ajoutées aux vingt et une formes liquides, constituent un total de trente-cinq. Vous pouvez, par
(1) Voir p. 82 et suiv.
conséquent, administrer par la bouche les médicaments sous trente-cinq formes pharmaceutiques différentes.
Définitions et fabrication. — Pilules. — Les pilules sont définies, par la nouvelle édition du Codex , « des médicaments ayant la forme de petites masses sphériques destinées à être prises à l’intérieur sans séjourner dans la bouche »
Leur composition est très variable, et les substances les plus diverses, liquides et solides, y peuvent prendre part. La matière dont elles sont formées, la masse pilulaire , est tout d’abord amenée dans un mortier à une consistance spéciale, dite pilulaire; puis elle est divisée en pilules à l’aide du pilulier. Par conséquent, la confection des pilules réclame l’emploi de deux instruments : un mortier pour préparer la masse pilulaire, un pilulier pour la diviser.
Le poids des pilules peut osciller entre 5 et 25 centigrammes et doit être en moyenne de 20 centigrammes.
On empêche les pilules d’adhérer entre elles au moyen d’une poudre, qui est habituellement la poudre de lycopode. On peut aussi se servir d’un enveloppement métallique : d’habitude, il s’agit de feuilles d'argent, quelquefois de feuilles d'or . On peut enfin enrober les pilules d’un vernis , d’une couche de gélatine , de cire ou de gluten.
La masse pilulaire se prépare dans un mortier de porcelaine, avec pilon de même nature. On mélange intimement par trituration les substances solides prescrites, préalablement réduites en poudre autant que possible impalpable. Puis on ajoute les liquides et les substances molles, et l’on continue la trituration et le pistage, jusqu’à l’obtention de la consistance pilulaire, c’est-à-dire jusqu’au moment où la masse n’adhère plus au mortier. Pour arriver à ce résultat, il sera quelquefois nécessaire de modifier légèrement la formule médicale ; on ne le fera qu’à l’aide d’excipients absolument inertes : eau , sirop simple , glycérine , solution de gomme , poudre de réglisse ou de guimauve. Dans quelques cas spéciaux, l’excipient est inutile; il en est ains*i lors de l’emploi de Y extrait d'opium et de la térébenthine cuite; avec les résines , on ajoutera quelques gouttes <Y alcool ; avec le copahu , on prendra de la magnésie.
La division s’obtient au moyen du pilulier, instrument qui se compose de deux parties : une tablette et un couteau. L’une et l'autre de ces parties sont munies d’une plaque métallique, creusée
m PRESCRIPTION DES MÉDICAMENTS PAR LA VOIE DIGESTIVE.
de cannelures hémicylindriques, qui se superposent pour former des cylindres parfaits. Les cannelures varient avec la grosseur des pilules que l’on veut obtenir, il existe des granuliers pour 5 centigrammes, des piluliers pour 10 centigrammes, pour 20 centigrammes, et des piluliers pour bols. La masse retirée .du mortier est roulée sur la table du pilulier en magdaléon, cylindre allongé que l’on fera aussi régulier que possible. La longueur du magdaléon aura celle d’un nombre de cannelures égal au nombre de pilules qu’on veut obtenir. On place le cylindre sur la tablette, le couteau sur le cylindre, et on imprime un mouvement de va-et-vient, en appuyant légèrement. Le magdaléon se trouve ainsi découpé en petits fragments qui seront sphériques si son diamètre est le même que celui des cannelures.
On termine la préparation en roulant les pilules entre les doigts d’abord, puis entre deux disques de buis munis de rebords. On évite l’adhérence en saupoudrant de lycopode.
Le plus souvent, on enrobe les pilules dans une poudre inerte, réglisse, guimauve, lycopode. Pour argenter, dorer, toluiser ou kératiniser les pilules, on commence par les sasser dans un linge pour les dépoudrer complètement.
Veut-on les argenter? On les humectera légèrement en les faisant tourner dans une boîte sphérique avec une goutte d’eau ou de solution de gomme ; puis on ajoutera de l’argent en feuilles minces, et on imprimera de nouveau un mouvement de rotation très rapide. Veut-on les recouvrir de sucre, de kératine, de baume de tolu, de gluten? On aura recours à une solution concentrée de l’enduit choisi, et l’opération sera tout à fait comparable à celle, bien connue, delà dragéifîcation .
Granules. — Les granules , lit-on dans le Codex , sont « de petites pilules du poids de 3 à 5 centigrammes. On les prépare avec de la poudre de gomme et du sucre de lait pulvérisé. Ils renferment chacun soi tun dixième de milligramme, soit un milligramme de substance active. Ceux qui en renferment un dixième de milligramme sont préparés avec les poudres officinales au centième et sont, par suite, colorés en rose ». Par la couleur des granules, vous pouvez donc reconnaître leur teneur en principes actifs : les roses en contiennent un dixième de milligramme, les blancs un milligramme.
Les granules sont surtout à base d’alcaloïdes et de glycosides, c’est-à-dire de substances très actives. Gomme exemple de granules à base alcaloïdique, je vous citerai les granules d'aconi-
Une ; comme exemple de granules à base glycosidique, les granules de digitaline , granules qui, officinaux, renferment les uns et les autres un dixième de milligramme de substance active.
Cependant, tous les granules ne sont pas à base d’alcaloïde ou de glycoside : ainsi en est-il, par exemple, des granules de Dioscoride inscrits au Codex , qui sont à base d’acide arsénieux.
Bols et électuaires. — Si les granules sont de petites pilules, les bols sont, inversement, de grosses pilules. Ils pèsent ordinairement de 50 centigrammes à 1 gramme et ils peuvent acquérir un poids plus considérable encore. Les bols sont préparés habituellement avec des électuaires, mot qui a pour synonymes ceux de confection et Copiât.
« On désigne sous le nom d’ électuaires, d’après le Codex , des médicaments d’une consistance de pâte molle, composée de poudre très fine divisée soit dans un sirop, soit dans du miel ou un mellite et quelquefois aussidans une oléo-résine. On y fait entrer également des extraits, des matières salines, etc. »
Comme exemple d’éleetuaire, je vous citerai X électuaire de copahu composé , encore appelé opiat de copahu .
Électuâire de copahu composé (C.)'.
Opiat de copahu composé.
Copahu. cent grammes. 100
Cubèbe pulvérisé. cent cinquante grammes. 150
Cachou pulvérisé. cinquante grammes. 50
Essence de menthe. trois grammes. 3
Capsules et perles. — « Les capsules , dit le Codex, sont des enveloppes préparées avec une composition élastique et auxquelles on donne une forme sphérique, olivaire ou aplatie. Elles sont destinées à recevoir les substances dont on veut dissimuler l’odeur et la saveur. » '
Le plus souvent, les capsules sont composées de grénétine, c’est-à-dire de gélatine purifiée. Je vous disais tout à l’heure que les pilules pouvaient être enveloppées de gélatine; cependant, même dans ce cas, elles ne se transforment pas en capsules. Il y a, entre les capsules et les pilules enveloppées de gélatine, une double différence : 1° le contenu
des pilules enveloppées de gélatine , est solide, celui des capsules est liquide; 2° quand les pilules sont enveloppéesvde gélatine, elles le sont secondairement, alors que la fabrication des capsules est inverse : l’enveloppe est préparée tout d’abord, et c’est ensuite qu’elle est remplie de liquide. Vous concevez bien, par suite, la double différence qui sépare les capsules des pilules enveloppées de gélatine : il y a une différence dans le mode de préparation et une différence dans le contenu.
Les perles ou globules sont d’ordinaire de petites capsules, qui renferment des médicaments fluides et volatils.
Elles se préparent de tout autre façon que les capsules. On se sert pour cela d’un appareil spécial, qui, dit le Codex , «soudant F une à l’autre, par une forte pression, deux plaques minces de gélatine, laisse le médicament liquide enfermé dans la cavité produite».
La fabrication des capsules et celle des perles demandent une installation particulière.
L’enveloppe des capsules se confectionne avec une solution épaisse et tiède de gélatine. Des mandrins terminés par une olive sont Fixés au nombre de quinze à vingt sur un disque de bois muni d’une poignée. On trempe l’extrémité olivaire huilée des mandrins dans la gélatine, on retire et on laisse refroidir à l’air, en agitant légèrement, l’enduit resté à la surface. La gélatine se solidifie sur le moule; on la retire d’un mouvement brusque et l’on obtient ainsi des olives creuses, terminées par un petit col qu’on coupe avec des ciseaux. Ces olives sont placées verticalement, l’ouverture en haut, sur des planches perforées. Au moyen d’un entonnoir muni d’une douille effilée et d’un robinet, on introduit à l'intérieur de la capsule la quantité de liquide médicamenteux prescrite. Ceci fait, on ferme en plaçant sur l’ouverture une goutte de la solution très épaisse et tiède de gélatine; la solidification est immédiate et la capsule terminée.
La fabrication des perles est un peu différente. Elle nécessite l’emploi d’un moule spécial, composé de deux plaques métalliques épaisses, creusées symétriquement de cavités hémisphériques. Ces deux moules peuvent être serrés l’un contre l’autre, au moyen d’une presse puissante. Sur le moule inférieur, placé sur une table chauffante, on pose une plaque de gélatine qui se trouve relevée sur les bords en forme de coupe. On verse dans cette coupe une
quantité déterminée de substance médicamenteuse. On recouvre d'une seconde lame de gélatine en évitant d’emprisonner de l'air. Un premier coup de levier amène le moule supérieur au contact du moule inférieur, de telle façon que, seule, la périphérie de la poche de gélatine soit soudée. Un deuxième coup de levier applique exactement les deux moules l’un contre l'autre, ne laissant d’autres cavités que celles qui correspondent aux demi-sphères. En démoulant, on obtient une plaque composée de sphères remplies du médicamënt, sphères soudées entre elles par un réseau de gélatine. On laisse sécher et, au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, les perles se détachent du réseau très aisément.
Cachets. — « Les cachets médicamenteux, lit-on dans le Codex , sontconstituéspardeux feuilles de pain azyme , de forme ronde ou ovale, plates sur leurs bords et concaves dans leur partie centrale, destinées à recevoir des médicaments solides. On dépose la poudre dans l’une des feuilles, et on la recouvre par l’autre, dont on a préalablement humecté les bords. On soude alors les deux feuilles à l’aide d’un instrument approprié. »
Vous savez que les cachets, aujourd’hui très employés, représentent une forme pharmaceutique d’invention assez récente ; c’est une forme très commode et très usitée.
La pâte des cachets est faite avec de Yamidon délayé dans de l’eau. On cuit cette pâte dans des sortes de moules à gaufre en tôle. La cuisson dure quelques minutes, on retire les plaques creusées de cupules ; on découpe ces cupules en leur ménageant un rebord. Le découpage, — ainsi que l’impression, s’il y a lieu — se fait pièce par pièce; en éliminant les préparations défectueuses.
Les cachets, disposés sur une planchette perforée, sont remplis; on les ferme au moyen d’une pince spéciale, qui permet de coller par pression une autre cupule, à bords humectés, sur celle contenant le médicament.
U existe des cachets sans bords, constitués par de petits cylindres aplatis, fermés à une extrémité. La substance active est placée Hans un cylindre, sur lequel s’emboîte un autre plus grand, mais s’ajustant suffisamment bien avec le premier pour que, une fois placé, on ne puisse le retirer,
^ Tablettes, pastilles et comprimés. — « Les tablettes, dit le Codex , sont des préparations de consistance solide, composées de sucre et d’une ou plusieurs substances médicamen-
126 PRESCRIPTION DES MÉDICAMENTS PAR LA VOIE DIGESTlVÉ
teuses. Ellesont pour base le sucre en poudre très fine, — je vous ferai remarquer l’usage défectueux qui est fait ici du mot base, — amené d’abord en consistance de pâte à l’aide d’un mucilage, ce qui les distingue des pastilles , qui sont préparées avec le sucre granulé et l’eau, à l’aide de la chaleur. »
« Le nom de pastilles est attribué quelquefois, mais à tort, à ces deux sortes de préparations. »
Gomme exemples de tablettes, de rotules , ainsi qu’on disait autrefois (1), je vous citerai les tablettes de kermès, assez souvent usitées, les tablettes de soufre ; comme exemple de pastilles, les pastilles de menthe.
Les tablettes officinales pèsent exactement 1 gramme.
Les comprimés , ignorés du Codex (1 908), peuvent être définis « des préparations de consistance solide, de forme variée, mais le plus souvent cylindrique, obtenus en agglutinant par la pression des substances médicamenteuses sèches; ces substances peuvent être additionnées préalablement de Y excipient utile (2) ».
Très employée dans certains pays étrangers, la forme pharmaceutique de comprimés a pris en France, durant la récente guerre, pour les besoins de l’armée, une subite extension. Elle a été donnée à nombre de médicaments destinés à l’ingestion : les sels de quinine , Y aspirine, le véronal, etc.
Poudres. — Les poudres se définissent d’elles-mêmes. Les matières ou substances avec lesquelles on les prépare doivent être au préalable mondées et séchées, selon les indications du Codex. La pulvérisation se fait généralement au mortier, rarement au moulin; elle doit être suivie de tamisage.
Les poudres sont ou simples ou composées, ou solubles ou insolubles.
Granulés. — Les granulés représentent la dernière forme pharmaceutique solide venue au jour qu’ait adoptée le Codex. Dans ces dernières années, cette modalité médicamenteuse a pris une assez grande extension.
(1) Gaubjus, loc. cit.
(2) Bouvet, La fabrication industrielle des comprimés pharmaceutiques, Paris, Baillière et fils, 1919.
Vous lirez dans le Codex : « On désigne sous Je nom de sacchcirures granulés , ou, par abréviation, sous celui de granulés, des médicaments résultant du mélange du sucre avec des principes médicamenteux. » — Ici, on a évité avec raison d’employer le mot base.
« Les granulés se présentent sous forme de petits grains de grosseur sensiblement uniforme, sphériques ou irrég'uliers, et alors plus ou moins allongés, selon le mode de préparation. »
Pâtes, chocolats et biscuits. — « Les pâtes , dit le Codex, sont des médicaments de consistance ferme, n’adhérant pas aux doigts. Elles sont composées de sucre et de gomme dissous tantôt dans de l’eau simple, ou aromatisée, tantôt dans l’eau contenant des principes médicamenteux. »
Les chocolats ont disparu de la cinquième édition du Codex ; ils existaient encore dans la quatrième. Toutefois, c’est là une forme pharmaceutique solide des médicaments destinés à l'ingestion, qui, malgré son élimination du Codex, n’aura pas disparu des pharmacies. Effectivement, il existe un certain nombre de chocolats médicamenteux spécialisés : chocolats purgatifs, chocolats ferrugineux, etc. Et puis, vous le savez, le Codex se compose de l’ensemble de ses éditions successives, et vous avez le droit de prescrire tout médicament y ayant figuré, en aurait-il été éliminé.
Les chocolats étaient définis, dans la quatrième édition du Codex, des médicaments « qui ont pour base un mélange de cacao et de sucre ». Vous voyez combien cette définition était défectueuse et combien peu il y a lieu de regretter sa disparition. En effet, on n’y voit nullement ce que les chocolats visés ont de médicamenteux. Us y sont présentés comme du chocolat ordinaire. D’autre part, le mot base y est encore employé d’une façon vicieuse.
En réalité, on pourrait définir les chocolats médicinaux : une forme pharmaceutique solide des médicaments destinés à l’ingestion, qui a pour excipient le chocolat, et on pourrait appliquer une définition analogue aux biscuits .
Prescription des formes pharmaceutiques solides.
— J’arrive à la dernière partie de notre sujet, à savoir la ma-
nière de formuler et de faire figurer sur l’ordonnance les diverses formes pharmaceutiques solides dont vous connaissez maintenant la définition et le mode de préparation.
Prescription des pilules. — Nous envisagerons tout d’abord les pilules , qui représentent l’une des formes pharmaceutiques solides les plus anciennes et les plus importantes.
Les pilules tantôt sont officinales, tantôt spécialisées, tantôt magistrales.
Dans les deux premiers cas, leur prescription ne comporte, suivant les règles générales auxquelles je vous renvoie (1), qu’une inscription sommaire sans formule et une instruction qui se calque sur celle des pilules magistrales.
Dans le troisième cas, leur prescription, comme celle de tout médicament magistral, peut comporter trois parties : inscription , souscription , instruction .
Envisageons-les successivement.
Inscription. — En tête de l’inscription, vous pourrez faire figurer (2) ici, comme en tête de toute formule magistrale, l’abréviatif puis viendra l’inscription proprement dite, c’est-à-dire la formule .
La formule des pilules comporte d’ordinaire deux termes ou éléments : la base et Y excipient. Je vous rappelle que, dans la formule des potions, peuvent entrer jusqu’à quatre éléments différents : la base, l’excipient, l'intermède et le correctif. Vous concevez aisément que l'intermède et le correctif n’aient ici rien à faire.
Étudions successivement les deux éléments de la formule, la base et l’excipient.
Base . — La base, dans des pilules comme dans une potion, c’est le principe actif, l’élément essentiel. Elle peut varier dans sa nature, dans son nombre, dans sa dose.
Les variations de nature sont les plus importantes. Les unes sont soumises à des influences communes à toutes les formes pharmaceutiques : elles sont inhérentes à la maladie
(1) Voir p. 32 et 46.
(2) Voir p. 34
PRESCRIPTION DES PILULES
ou au symptôme que l'on veut combattre; ellesdépendent aussi, pour une bonne part, du médecin qui prescrit. Je n’y insisterai pas. Les autres sont liées à la forme pilulaire morne. Tous les médicaments ne peuvent pas servir de base aux pilules : il en est ainsi d'une part des médicaments volatils, comme Y éther, d’autre part des médicamen ts qui ne sont actifs qu’à fortes doses.
Ce sont surtout les médicaments solides et actifs à faibles doses que Ton prescrit sous la forme pilulaire ; les médicaments liquides ne s’accommodent grière de celle-ci. Toutefois certains d’entre eux, doués d’une action énergique à doses minimes comme Yhuile de croton , ou à doses plus élevées, mais faibles encore relativement, comme la créosote, permettent la composition d’une masse pilulaire.
Purgatif drastique très énergique, l'huile de croton agit aux doses de II gouttes, de I goutte ou même d’une demi-goutte. Elle est peu recommandable en raison de sa causticité et de l'irritation stomacale que par suite elle peut déterminer. Elle est peu recommandable surtout sous la forme pharmaceutique que nous envisageons, celle-ci favorisant au suprême degré l’exercice de son action caustique. Et si je vous mentionne la possibilité de la prescrire en pilules, c’est pour vous détourner de le faire.
Insoluble dans l’eau, d’autre part, ou plus exactement très faiblement soluble, la créosote, cependant, peut être administrée sous diverses formes pharmaceutiques liquides, du moins à l’état (Yhuile créosolée , de vin créosote, d’ élixir créosote, ce qu’explique sa solubilité dans l’huile et dans l’alcool. Elle peut être ordonnée aussi sous la forme pilulaire. A la vérité, entre les formules de pilules à base de créosote qui ont été proposées, certaines, insuffisamment étudiées, sont inexécutables ; mais quelques-unes sont excellentes, telle la suivante empruntée à Yvon :
Pilules crfosotées.
Créosote de hêtre. ^ •
n , , , , , aa 0 gram. 10
Poudre de savon sechee.
Phosphate de chaux précipité. 0 gram. 05
Pour une pilule : N° 80.
On prend ces pilules à la dose de G à 8 par jour.
A. Gilbert. — L’Art de Prescrire.
Malgré les exemples fournis par l’huile de croton et par la créosote, la règle proclamée plus haut, à savoir que la forme pilulaire est spécialement appropriée aux médicaments solides, n’en subsiste pas moins.
Il faut ajouter que, pour être administrés sous la forme de pilules, les médicaments solides doivent être actifs, c’est-à-dire qu’à petites doses ils doivent exercer une action thérapeutique manifeste. En d’autres termes, tout médicament, fût-il solide, qui a besoin d’être pris à fortes doses, pour exercer une action thérapeutique, ne peut être, et cela se conçoit, prescrit sous la forme pilulaire. Effectivement, les pilules doivent peser, en moyenne, 20 centigrammes ; leur poids ne doit pas excéder 30 centigrammes, et, par suite, vous concevez aisément que vous ne puissiez administrer sous la forme pilulaire des substances médicamenteuses solides qui, comme le salicylate de soude par exemple, n’agissent qu’à la dose quotidienne de plusieurs grammes.
Par conséquent, en résumé, pour être administrée sous la forme pilulaire, une substance médicamenteuse doit être solide et active à petite dose.
Se prescrivent surtout en pilules les poudres et extraits végétaux , tels que la poudre et Y extrait d'opium, la. poudre et Y extrait de belladone , la poudre et Y extrait de s cille , la poudre de fève de Saint-Ignace , Y extrait de quinquina , Y extrait de jusquiame , etc.
Il en va de même des poudres et extraits animaux employés en opothérapie, poudres et extraits de corps thyroïde , de foie, de capsules surrénales , etc.
Enfin, se prescrivent encore sous cette forme un certain nombre de substances minérales et organiques , soit à l’état simple, soit à l’état de sels. Tels le mercure et ses sels, calomel , protoiodure, bichlorure , le fer et ses sels , les sels arsenicaux , les sels de quinine , etc.
Le mercure' métallique est la base de deux types de pilules dont les formules figurent au Codex, les pilules de Sédillot et les pilules bleues . Non seulement ces pilules possèdent la même base, le mercure, mais encore elles en renferment la même proportion, 0 gram. 05. Leur différence ne gît que dans leur mode de préparation : alors que les premières sont
PRESCRIPTION DES PILULES
préparées avec de Yonguent napolitain , auquel on associe les poudres de savon et de réglisse , les dernières le sont avec du mercure métallique, qu’on éteint dans le miel et le sucre avec addition de poudre de rose.
Telles sont les considérations que j’avais à vous présenter sur la nature de la base des pilules. Pour achever l’étude de cette base, je dois ajouter quelques mots sur son nombre possible et sur sa quantité.
La base des pilules, comme celle des potions, est tantôt unique, tantôt double, triple, multiple. Il n’est pas rare que l’on prescrive des pilules renfermant plusieurs bases, ainsique cela a lieu en matière de potions.
Comme dans les potions (1), d’ailleurs, les bases qui suivent la première base peuvent avoir un triple but : 1° renforcer, par redondance, en quelque sorte, l’action de cette base; 2° la renforcer en Félargissant; 3° la corriger.
Quant à la dose de la base, elle est forcément faible, puisque l’on est limité par le poids des pilules et puisqu’il faut, sauf exception, réserver une certaine place à l’excipient.
Excipient. — La question de l’excipient est ici de la plus haute importance. Dans les pilules, l’excipient ne joue pas, naturellement, le même rôle que dans les potions et, d’une façon générale, dans les formes pharmaceutiques liquides des médicaments. Ici, il a pour rôle essentiel de donnera la masse pilulaire une consistance particulière, dite consistance pilu taire , consistance qui se tient entre le dur et le mou et qui est la consistance ferme.
Un très grand nombre de substances jouissant de propriétés physiques et chimiques fort dissemblables sont employées comme excipient des pilules. On les distingue en deux catégories, à savoir : 1° les excipients pulvérulents ; 2° les excipients mous. Les premiers, les excipients pulvérulents, s’associent aux bases molles et en accroissent la consistance. Les seconds, les excipients mous, s’associent inversement aux bases pulvérulentes, leur donnent du liant et en diminuent la consistance.
(1) Voir p. 89.
Dans la pratique, d’ailleurs, il s’en faut que les choses soient aussi simples et aussi schématiques.
Douées de propriétés physico-chimiques variées, les substances excipientaires sont également pourvues de propriétés physiologiques variées. Les unes sont inertes ou presque ; les autres, au contraire, sont actives, et leurs effets peuvent être mis à contribution par la thérapeutique.
A propos de l’art de prescrire les potions, je vous ai montré que, dans cette forme pharmaceutique, l’excipient parfois était susceptible d'ajouter son action à celle de la base. Il en va de même, comme vous le voyez, dans les pilules, avec cette différence que ce qui est exception là ne l’est point ici.
L’excipient en matière de pilules, outre son rôle primordial, qui est d’amener la masse pilulaire à la consistance voulue,^ peut donc en jouer un second résidant dans l’adjonction de son activité propre à celle de la base.
lln’estpas douteux, d’ailleurs, que lorsque, dans uneformule de pilules, on peut mettre utilement à contribution l’activité d’un excipient, il n’est pas douteux, dis-je, qu’il faille recourir à cet excipient plutôt qu’à tel ou tel autre corps inerte.
Mais entrons dans le détail de notre sujet et envisageons successivement les excipients pulvérulents et les excipients mous, que nous subdiviserons les uns et les autres en inertes et actifs.
Excipients pulvérulents. — Comme excipients pulvérulents inertes , on emploie principalement des poudres végétales inertes, telles que les poudres de guimauve et de réglisse. On se sert aussi du sucre de lait.
Comme excipients pulvérulents actifs (1), on a recours à
(1) La question de l’excipient en matière de pilules peut être envisagée à deux points de vue fort différents, le point de vue médical et le point de vue pharmaceutique .
Au point de vue médical, il y a lieu d’admettre l’existence d 'excipients actifs. D’ailleurs les divers auteurs qui ont écrit sur l’art de formuler n’ont pas manqué de leur réserver une place. Il en est ainsi du moins de ceux que j’ai consultés sur ce point : Trousseau et Réveil, Yvon, Dujardin- Beaumetz, Lemanski, Lyonnet et Boulud.
Le point de vue pharmaceutique est tout différent.
En principe, le pharmacien ne devrait pas intervenir dans le choix des substances, excipientaires ou autres, qui entrent dans la composition des
PRESCRIPTION DES PILULES
certaines poudres végétales actives, comme la poudre de quinquina , la poudre d'ipéca , la poudre de bourdaine , la poudre de scille , la poudre de belladone , etc.
On emploie volontiers les poudres végétales actives comme excipient des extraits végétaux actifs des plantes correspondantes.
Ainsi en est-il dans la formule bien connue de Trousseau :
Pilules belladonées (Trousseau).
Extrait de belladone Poudre de belladone
Pour une pilule : N° 20.
De 1 à 4 par jour.
Laissez-moi, d'ailleurs, vous faire observer au passage que, exécutées selon cette formule, les pilules sont trop molles et qu'elles se tiennent au-dessous du poids minimum de cette forme pharmaceutique, qui, vous le savez, est de 0 gram. 05.
Excipients mous. — Parmi les excipients mous inertes , je vous mentionnerai tout d’abord les extraits inertes des plantes, V extrait de chiendent , Y extrait de réglisse, V extrait de pissenlit , dénommé encore taraxacum , enfin Y extrait de tiges de laitue cultivée ou thridace , qu’il ne faut pas confondre avec le lactucarium. Le lactucarium est le suc épaissi des tiges de la laitue vireuse, et la thridace , je vous le répète, est un extrait des tiges delà laitue cultivée.
Le lactucarium a une certaine activité, si bien qu’on a pu
aa un centigramme.
pilules. Son rôle devrait se borner aies confectionner d'après les formules élaborées par le médecin. En fait, ainsi que je le montrerai bientôt, il en va souvent autrement.
Souvent, c’est lui qui, sur l’invitation du médecin, choisit tout ou partie de l'excipient. Il tombe sous le sens que, lorsqu'il en est ainsi, il ne peut s’agir d’excipients actifs, et que seuls les excipients inertes doivent être employés. L’on ne s’imagine pas un pharmacien, ne sachant rien d'un malade auquel un remède est destiné, en modifiant la composition et par suite l’action physiologique et thérapeutique.
Sa responsabilité s’en trouverait singulièrement engagée et vraiment d’une façon absurde.
Écrivant ici pour des médecins, je me suis placé, dans cette question des excipients pilulaires, au point de vue médical. Mais, pour éviter toute confusion, je tenais à bien spécifier respect tout différent que présente cette même question au point de vue pharmaceutique.
dire qu’il était un autre opium ; on l’emploie en médecine infantile comme calmant, sous forme de sirop de lactucarium. La thridace , elle, est inerte.
Outre ces extraits, sont usités, comme excipients mous inertes, certains sirops , en particulier le sirop de pomme ; des conserves , la conserve de roses notamment; des solutés de gommes tels que la gomme arabique ; le miel , le savon , la mie de pain .
Quant aux excipients mous actifs , ce sont certains extraits actifs des plantes faisant pendant aux poudres végétales actives correspondantes. Tels sont les extraits de quinquina , de coca, de gentiane , de quassia, de rhubarbe, etc.
Si la plupart des poudres végétales actives peuvent être appropriées au rôle d'excipient dans la préparation des pilules, il n'en va pas de même des extraits, lesquels sont doués de propriétés notablement plus énergiques. Bon nombre d’entre eux n'y peuvent intervenir qu’en tant que bases. Ainsi en va-t-il, par exemple, des extraits d'opium, de belladone , de jusquiame, de chanvre indien, etc.
Quelque grande que soit, d’ailleurs, l'activité d'un extrait de plante, il peut arriver que dans des pilules sa mollesse s’associe à la pulvérulence d'une autre base, si bien que de ce fait il serve réellement d’excipient à cette dernière. Ainsi en est-il, par exemple, dans les pilules officinales de Dupuytren : pourvues de deux bases, le mercure à l'état de bichlorure et X opium sous forme d'extrait , pourvues d’autre part de deux excipients, Yextrait de chiendent et la poudre de réglisse , il n’est pas douteux qu’au même titre que l’extrait excipientaire la seconde base ne fasse équilibre à la première et qu'au même titre qu'elle, par suite, elle ne contribue à réaliser la consistance pilulaire.
A côté des excipients actifs, il y a donc lieu, en art de formuler, de faire une place aux bases excipient air es. Où est la limite qui sépare les secondes des premiers? Jusqu’où peut s'élever l’activité d’un excipient actif? Jusqu’où peut s^ abaisser celle d'une base excipientaire ? Il y a là des questions auxquelles, on le conçoit, aucune réponse n'est possible. Aussi conçoit-on également que, dans l’appréciation de la qualité basique ou excipientaire à attribuer à une substance entrant
PRESCRIPTION DES PILULES
dans la composition d’une formule de pilules, des divergences de vue puissent se produire.
Au fond, il n’y a là qu’une question de mots : excipient actif ou base excipientaire, peu importe ; ce qui importe, c’est que le médecin qui prescrit et à qui incombe la responsabilité de sa formule ne méconnaisse pas, par les doses ordonnées, l’activité, c’est-à-dire l’action biologique et la toxicité de la substance en question.
Quoiqu’il en soit, si, au point de vue thérapeutique, le choix de la base des pilules représente le momentum important, au point de vue pharmaceutique, il consiste dans le choix de l’excipient. N’est-ce pas l’excipient, en effet, qui doit donner à l'ensemble de la préparation la consistance et le poids voulus? Avec des connaissances suffisantes en matière médicale, il est aisé d’innover et, sauf exception, d’adapter à telle ou telle base tel ou tel excipient, mais il ne faut s’avancer sur ce terrain qu’à coup sûr. Sinon il est préférable de s’en référer à l’expérience d’autrui et d'utiliser des formules éprouvées.
Il faut bien savoir, d’ailleurs, que nombre de formules publiées sont défectueuses : soit que vicieuses, elles soient inexécutables telles que présentées; soit qu’incomplètes, pour être effectuées elles aient besoin d’être additionnées de tout ou partie de l’excipient.
Voici, par exemple, une formule célèbre :
Pilules antisyphilitiques (Fournier) (1).
IProtododure d’hydrargyre 0 gram. 05
[Extrait thébaïque un centigramme.
Pour une pilule : N° 50.
Il tombe sous le sens, à la lecture, qu’elle est tronquée et que la quantité d "extrait thébaïque qu’elle renferme n’est pas suffisante pour donner à la masse pilulaire, qui sera formée de 2 gram. 50 de protoiodure d'hydrargyre plus 0 gram. 50 d’extrait thébaïque, la consistance pilulaire. Le maitre, dans sa formule, a donné place aux substances actives, le mercure et l’opium laissant au pharmacien le soin de la compléter. Celui-ci,
(i) À. Fournier, Traitement delà syphilis, p. 380.
étant donné que, dans l’hypothèse de la prescription de pilules de Fournier, la forme pilulaire serait réclamée en même temps, sur l’ordonnance, ajouterait pour la réaliser une substance inerte telle que le miel blanc ou la conserve de roses, par exemple.
Même observation pour cette autre formule :
Pilules diukétiques (G. Sée).
(Extrait de scille 0 gram. 10
I Poudre de scille 0 gram. 05
Pour une pilule : N° 30.
Il faudrait ajouter au moins 10 centigrammes de poudre de réglisse ou de guimauve par pilule pour obtenir la consistance pilulaire.
Désignation des quantités. — Maintenant qu’ont été envisagés les deux éléments qui entrent dans la composition des pilules, arrivons aux quantités.
Dans les pilules, de même que dans les potions et dans toutes les formes pharmaceutiques, la prescription des quantités, habituellement, se fait en poids, c’est-à-dire en grammes ou fractions ’de gramme. Quelquefois, c’est en volume et alors par gouttes, comme dans le cas auquel j’ai fait allusion ci-dessus de l’huile de croton (1).
Je n’insiste pas sur ces points, qui ont été précédemment traités, et je renvoie pour ce qui les concerne à ce que je vous en ai dit à propos de la prescription des potions (2).
Je vous renvoie au même chapitre (3), ainsi qu’à un chapitre antérieur (4), pour la détermination des cas où la prescription des quantités peut être faite en chiffres ou arabes ou romains, et de ceux où elle doit être effectuée en lettres ou en toutes lettres.
Autant que possible, vous spécifierez la quantité des deux éléments des pilules et non pas. seulement celle de la base. En tout cas, vous ne manquerez pas d’indiquer la quantité
(1) Voir p. 129.
(2) Voir p. 94 et suiv.
(3) Voir p. 96.
(4) Voir « Prescription des substances vénéneuses », p. 50.
PRESCRIPTION DES PILULES
de l’excipient, lorsque celui-ci ressortira à la catégorie des excipients actifs.
Il est un moyen de se tirer d’embarras, quand on hésite sur la quantité à prescrire d’excipient inerte. Il consiste, par l’emploi des deux lettres q. s. abréviatives de quantum satis, quantité suffisante (1), à laisser au pharmacien le soin de l’apprécier. Et mieux vaut, certes, procéder ainsi que de s’engager à l’aventure et s’exposer à l’erreur.
Convient-il d’aller plus loin et délaisser aussi au pharmacien la responsabilité du choix de l’excipient lui-même ?
Rien de plus facile assurément. A supposer que vous veuilliez prescrire à un malade des pilules de fer , que vous fixiez la dose du fer par pilule à 0 gram. 05 et que vous vous arrêtiez au chiffre de 30 pilules, vous n^ivez qu’à formuler de la façon suivante :
|Fer réduit par l’hydrogène 0 gram. 05
[Excipient q. s.
Pour une pilule : N° 30.
Mais n'y a-t-il pas dans ce procédé, plus encore que dans le précédent, outre un aveu d’ignorance, une véritable abdication du pouvoir magistral de formuler?
Il faut que vous sachiez, d’ailleurs, que sans inconvénient, en apparence, ce procédé ne l’est pas en réalité. Il peut arriver effectivement que votre malade, après avoir fait préparer ses pilules dans une officine, s’adresse à une autre officine pour leur renouvellement et qu’un excipient différent du premier et en quantité différente soit employé pour leur préparation, si bien qu’elles ne présentent plus le même aspect que les précédentes. Plus grosses ou plus petites que celles-ci, plus lourdes ou plus légères, plus fermes ou plus molles, de couleur et d’odeur autres, elles susciteront la surprise et l'inquiétude dans l’esprit du malade qui ne comprendra pas qu’une même formule puisse se traduire par des préparations dissemblables.
De là à accuser le pharmacien de s’être trompé, il n’y a qu’un pas. Vous savez combien dans le public on abuse
(1) Voir p. 94 et 4 05.
du raisonnement fondé sur le post hoc. Pour peu que des désordres se produisent dans sa santé, consécutivement à l’ingestion des nouvelles pilules, le malade ne manquera pas de les incriminer, et il pourra en arriver à poursuivre devant les tribunaux le pharmacien qui les a préparées.
Remarquez que le fait s’est réellement rencontré, et c’est pourquoi, tout en vous signalant cette façon de formuler ou plutôt de ne pas formuler, je vous mets sur vos gardes. Au cas où vous y auriez recours, ne manquez pas d’avertir vos malades de l’éventualité que peut occasionner le renouvellement des pilules par vous ordonnées.
Dans la formule des pilules, vous donnerez aux deux éléments constitutifs le rang qui leur revient logiquement, c’est-à-dire que vous placerez la base en tête et l’excipient en queue. Ceci fait, vous les réunirez par une accolade.
Lorsque deux ou plusieurs des substances de la formule seront prescrites en même quantité, vous ne réitérerez pas le chiffre qui exprime celle-ci, mais vous réunirez ces substances par une accolade postérieure (1) et ne ferez figurer le chiffre qu’une fois.
Il y a d’ailleurs deux façons différentes de prescrire les quantités des substances qui entrent dans la composition des pilules : on peut, ou bien formuler une seule pilule, àl’exemple de laquelle un certain nombre d’autres pilules seront préparées, ou bien formuler la totalité de la masse pilulaire à diviser en un certain nombre de pilules.
Je suppose, par exemple, que vous veuilliez prescrire à un syphilitique 40 pilules à base de protoiodure d’hydrargyre renfermant chacune 5 centigrammes de ce sel, plus 1 centigramme d’ extrait d'opium et autant d'extrait de réglisse ; vous pouvez formuler :
Pilules antisyphiliti^ues.
Protoiodure d’hydrargyre 0 gram. 05
Extrait d’opium un centigramme
Extrait de réglisse 0 gram. 04
Pour une pilule : N° 40.
(1) Voir p. 98.
PRESCRIPTION DES PILULES
ou bien :
Protoiodure d'hydrargyre. ... 2 gram.
Extrait d’opium quarante centigrammes.
Extrait de réglisse 1 gram. 60
A diviser en 40 pilules.
Vous avez le choix entre ces deux procédés : vous pouvez formuler une pilule, à l’exemple de laquelle votre pharmacien préparera 40 pilules semblables; ou bien formuler la totalité de la masse pilulaire que le pharmacien divisera en 40 pilules..
Vous concevez aisément que les deux manières de procéder reviennent pour le malade absolument au même résultat. Toutefois, il est incontestable que la première est pour vous préférable à la seconde : les malades, en effet, n’ingèrent pas la masse pilulaire, mais une ou plusieurs pilules; ce dont, par suite, la composition doit être connue de vous, ce n’est point la masse pilulaire, mais l’unité pilulaire.
Exemples de formules de pilules. — Pour terminer l’étude de l’inscription ou de la formule des pilules, il me reste à vous en fournir quelques exemples accompagnés d’un court commentaire.
Premier exemple :
Pilules sédatives.
aa vingt-cinq milligrammes.
Extrait de belladone
Poudre de réglisse
Pour une pilule : N° 20. — Une ou 2 par jour
L’excipient choisi, la poudre de réglisse , est inerte.
Cette formule est a rapprocher de celle de Trousseau précédemment relatée (1).
Elle est à rapprocher également d’une formule due à Bail qu’enregistrent les formulaires et dans laquelle l’excipient est Y oxyde de zinc.
(1) Voir p. 133.
Dans la formule de Bail, comme dans celle de Trousseau, l’excipient est actif. L’oxyde de zinc, qui, on le sait, entre dans la composition des pilules de Méglin , est en effet doué de propriétés antispasmodiques.
Deuxième exemple :
Pilules anti-anémiques.
Protoxalate de fer 0 gram. 10
Poudre de noix vomique. cinq centigrammes
Extrait de quinquina 0 gram. 06
Pour une pilule : N° 30.
Une au déjeuner et une au dîner.
Ces pilules sont à double base, le protoxalate de fer et la poudre de noix vomique. La première base est la principale; l’autre n’est qu’accessoire.
L’excipient, Y extrait de quinquina n’est pas inerte, mais légèrement actif ; ce n’est pas d’ailleurs un excipient actif quelconque. Son choix procède de la réputation dont a joui le quinquina dans le traitement des anémies.
Troisième exemple :
Pilules tonicardiaques.
i Sulfate de spartéine 0 gram. 02
[Extrait de Convallaria maialis 0 gram. 18
Pour une pilule : N° 20.
De 2 à 5 par vingt-quatre heures.
Ces pilules, appropriées au traitement de la myocardite, qui se traduit en clinique par le tableau du collapsus cardiaque, associent d’une façon heureuse à l’action tonique sur le cœur de la base pilulaire, la spartéine > celle beaucoup plus faible de l’excipient actif, Y extrait de 'Convallaria maialis ou muguet (1).
Une petite quantité de poudre de réglisse et de savon médicinal , 1 centigramme de chaque, en faciliterait la préparation.
(1) Excipient actif ou base cxcipientaire? (Voir p. 134).
PRESCRIPTION DES PILULES
Quatrième exemple:
Pilules anti-asystoliques et diurétiques.
Poudre de digitale
Poudre de scille
Extrait de chiendent.. . .
aa cinq centigrammes.
Pour une pilule : N° 20.
De 2 à 6 par jour.
Cespilules, particulièrementactives dans l’asystolie, exercent sur la diurèse qu’elles relèvent et sur les œdèmes qu’elles dissipent une action rapide.
Leur base est double, la seconde, la scille , renforçant directement l’action de la première, la digitale .
L’excipient, Y extrait de chiendent , rangé parmiles excipients inertes, doué lui-même cependant de légères qualités diurétiques, est bien approprié aux bases.
Cinquième exemple :
Pilules laxatives et cholagogues.
Évonymine.
Poudre de bourdaine Savon médicinal ....
Sirop simple
Pour une pilule : N° 20.
De 1 à 3 au coucher.
0 gram. 05 0 gram. 10
aa 0 gram. 02
A Y évonymine , base, est associée comme excipient la poudre de bourdaine , pourvue elle-même de propriétés purgatives. Le savon , souvent employé dans la préparation des pilules laxatives, est, lui aussi, laxatif, mais il est surtout usité à cause du liant qu’il donne à la masse pilulaire.
Quoi qu’il en soit, dans cette formule comme dans les trois précédentes, l’excipient est parfaitement approprié à la base, dont il renforce l’action ; il y a harmonie entre les deux termes de la préparation.
Si les potions, quelquefois composées de quatre termes, se réduisent le plus souvent à trois, les pilules, le plus souvent composées de deux termes, se réduisent quelquefois à un seul, la base.
Il en est ainsi lorsque celle-ci jouit de la consistance piluiaire. Tel est le cas, à la vérité exceptionnel, de la térébenthine cuite. Médicament maintenant peu employé, la térébenthine cuite a été surtout administrée dans le traitement des cystites à la dose quotidienne de 2 à 3 grammes. Si vous voulez y recourir, il conviendrait, d’une part, de la prescrire en pilules assez volumineuses à cause de sa posologie élevée ; d’autre part, de ne pas lui associer d’excipient.
Vous formulerez donc, par exemple:
Pilules contre la cystite.
Térébenthine cuite 0 gram. 25
Pour une pilule : N° 40.
Prendre 8 à 12 de ces pilules par jour.
L’excipient ne représenteraitpas seulement une superfétation inutile, ce serait un élément nuisible obligeant le malade, par la place qu’il occuperait dans les pilules, à prendre de celles-ci un nombre plus élevé que nécessaire.
Un certain nombre d’extraits possèdent une consistance quasi piluiaire. Il s’ensuit que quelques-uns d’entre eux, tels que Y extrait d’opium, sont parfois prescrits en pilules sansl’adjonction d’excipient. Cependant, soit en raison de leur nature, soit à cause de leur préparation plus ou moins récente ou ancienne, ils sont pour ainsi dire toujours ou trop mous ou trop secs, réclamant ainsi, pourconsti tuer une masse piluiaire irréprochable, l’association d’une matière excipientaire. Et c’est ainsi qu’à l’extrait d’opium il est souvent bon d’ajouter, pour empêcher laplatissement des pilules et leur fusionnement, une petite quantité de poudre inerte.
Souscription. — La souscription des pilules ne vise guère, à l’ordinaire, que leur enrobage. Lorsque vous prescrirez des pilules destinées à prendre la voie intestinale (1), il sera nécessaire qu’elles subissent un enrobageparticulier, tel que la substance enrobante ne* soit pas attaquée ni dissoute par le suc gastrique et qu’elle soit, au contraire, attaquée et dissoute dans la cavité intestinale par le suc pancréatique : vous recom-
(t) Voir p. 154.
PRESCRIPTION DES PILULES
manderez alors à votre pharmacien, dans la souscription, l’enrobage par la kératine , le gluten , la cire , le collodion , par un vernis salolé ou telle autre substance remplissant les conditions que je viens d’indiquer.
Les pilules ordinaires, destinées à l’administration par la voie digestive habituelle, sont, le plus souvent, simplement roulées dans une poudre inerte, lycopode , réglisse , guimauve , irw, etc.
Quelquefois cependant, notammentpour masquer leur odeur, on les enrobe d’un vernis à base de tolu , ou de gélatine , ou bien encore on les enveloppe d'argent ou d’or; enfin on peut les dragéifier.
Il peut y avoir aussi intérêt, dans la souscription, à recommander au pharmacien de préparer des pilules n’ayant point une consistance trop ferme. Les pilules offrent quelquefois une telle dureté qu’elles traversent le tube digestif dans sa totalité sans être attaquées ni dissoutes par les sucs gastrointestinaux, si bien qu’elles demeurent parfaitement inactives.
Lorsqu’aucune recommandation particulière n’est à faire au pharmacien, le f. s. a . traditionnel peut prendre la place de la souscription.
Instruction. — Reste l’instruction, qui, vous le savez, s’adresse au malade. Elle est relative au nombre de pilules que celui-ci devra prendre soit une seule fois, soit par jour (1), et, dans ce dernier cas, elle est relative aussi à la durée du traitement. Elle est relative encore au moment auquel les pilules devront être ingérées. Ce moment varie suivant les cas : quelquefois, c’est le matin qui est indiqué; d’autres fois, c’est le soir, au moment du sommeil : il en est ainsi pour la plupart des pilules laxatives, par exemple ; dans la majorité des cas, c’est au moment même des repas que les pilules doivent être prises, comme, d’ailleurs, toutes les autres formes pharmaceutiques, soit immédiatement avant la première bouchée, soit-au cours même des repas, soit immédiatement après.
(1) Les formules relatées ei-devant sont suivies de cette indication
J’ai déjà insisté sur ce fait que les médicaments ingérés au moment des repas, de façon à se mélanger aux aliments, sont moins nocifs pour l’estomac queprisàjeun ; c’est le moment qui permet le mieux d’éviter la gastrite médicamenteuse.
Les pilules se prennent dégluties à la faveur d’une gorgée de liquide : eau, eau sucrée, tisane ou boisson du repas.
De la meme façon se prennent la plupart des formes pharmaceutiques solides des médicaments, du moins, outre les pilules, les granules, les bols, les capsules, les perles et les cachets.
Il faut bien savoir d’ailleurs que, si les adultes, sauf exception, n’éprouvent aucune difficulté à cet égard, il n’en va pas de même des enfants. Jusqu’à l’âge de dix ans environ, ceux-ci, en effet, à moins qu’ils ne soient éduqués, sont incapables de déglutir telles quelles les pilules ainsi que les autres modalités solides des médicaments. Ils les rejettent ou bien ils les mastiquent, et alors ils les rejettent encore généralement en raison de leur goût d’habitude désagréable. J’aurai l’occasion de revenir sur ce point.
Prescription des granules. — Les granules ne se prescrivent point magistralement, ou, du moins, le fait est exceptionnel. Ils sont presque toujours empruntés à l’officine ou à telle ou telle spécialité. Par conséquent, ils se prescrivent de la même façon que les pilules officinales et industrielles : inscription courte, sommaire, sans formule et instruction .
Je vous rappelle que, le plus souvent, les granules renferment comme base des principes très actifs, toxiques à faible dose, comme Y aconitine , la digitaline , la colchicine, la strg chnine.
Prescription des électuaires et des bols. — Les
électuaires ( confections ou opiats ) sont tantôt prescrits magistralement et par suite formulés, tantôt empruntés au Codex et alors inscrits sommairement sur l’ordonnance.
Ils sont, par rapport aux bols, ce qu’est la masse pilulaire vis-à-vis des pilules.
Toutefois, alors que la masse pilulaire est toujours convertie en pilules avant d’être délivrée aux malades par le pharma-
PRESCRIPTION DES CACHETS. 145
cien, il n'en va pas de même des électuaires. Dans la règle même, cë sont les malades qui divisent ceux-ci en bols.
Le plus souvent, par conséquent, la forme pharmaceutique ici n’est pas celle de bol, mais celle d’électuaire. Le rôle du pharmacien s’arrête après la préparation de l’électuaire, et celui-ci est divisé en bols par le malade pour être ingéré, comme est partagée par lui en cuillerées la potion.
Vous devez donc, dans une instruction relative aux bols, lorsque ceux-ci seront préparés, non par le pharmacien, mais par le malade, non seulement faire connaître à celui-ci les heures auxquelles il devra ingérer le médicament et la quantité qu’il en devra prendre, mais vous devez encore lui fournir des notions sur la manière de préparer les bols, c’est-àdire sur la grosseur à leur ménager, sur l’enrobage à leur accorder, poudre de sucre, farine , pain azyme , etc.
Prescription des capsules et des perles. — Les capsules et les perles sont toujours empruntées au Codex ou aux spécialités. Ces formes pharmaceutiques ne sont jamais de provenance magistrale. Leur prescription, par suite, n’offre aucune difficulté.
Prescription des cachets. — 11 en va tout autrement des cachets qui, au contraire, représentent par excellence une forme médicamenteuse magistrale.
Certaines spécialités s’offrent également sous cette même forme, et le Codex , dans sa dernière édition, lui a donné une consécration officielle en lui accordant une place, dans ses pages, mais sans donner aucune formule particulière y afférente.
La prescription des cachets spécialiste ne présente aucune difficulté, après ce que j’ai dit et répété à maintes reprises, visant en général ou en particulier les spécialités.
Celle des cachets magistraux peut comporter, comme celle des pilules magistrales, trois parties : inscription , souscription et instruction.
Inscription. — L’inscription ne comporte au maximum qu’un seul terme, la base. Vous concevez fort bien qu’un ex- A. Gilbert. — L'Art de Prescrire. 10
cipient n’y puisse trouver place. L'absence de tout excipient distingue donc Ja formule des cachets de celle des pilules.
Comme base des cachets s’emploient par excellence des substances médicamenteuses solides, solubles ou insolubles. Naturellement, aucune substance liquide, contrairement à ce qu’on observe par exception en matière de pilules, ne peut jouer ce rôle. Entre les substances solides, solubles ou insolubles, celles qui servent surtout de base aux cachets sont celles qui se prescrivent à fortes doses. Quelques-unes de celles qui se prescrivent à petites doses peuvent aussi par exception être ordonnées en cachets ; mais communément, pour elles, c’est à la forme pilulaire qu'on a recours. C’est donc parmi les substances médicamenteuses solides, solubles ou insolubles et à posologie élevée, que se recrute principalement la base des cachets. A citer notamment : le calomel ; le fer réduit , le protoxalate de fer ; le glycérophosphate de chaux ; r antipyrine, le pyramidon , Vanilipyrine , la phénacétine ; les sels de quinine , sulfate , bromhydrate , chlorhydrate , etc.; le salicylate de soude, le salol , le salophène , Y aspirine] le henzonaphtol , le bétol ; Vurotropine, la théobromine ; le sulfonal , le trional , le véronal. Tous ces médicaments se prennent à doses telles que, communément, on ne peut les administrer sous la forme pilulaire.
Non seulement on ne peut pas prescrire, sous la forme de cachets, les substances médicamenteuses liquides, ce qui tombe sous le sens, mais il faut bien se garder d’associer dans la formule des cachets des médicaments susceptibles de réagir l’un sur l’autre, et par ce fait de tomber en déliquescence. Parmi les associations capables de donner naissance à ce résultat, je vous signalerai celle de Y antipyrine et du salicylate de soude . On pourrait être tenté de réunir ces deux médicaments, qui ont des propriétés antipyrétiques et analgésiques communes. Il faut bien se garder de le faire.
Je vous indiquerai de même, comme susceptibles de donner lieu à la déliquescence, le sulfonal et Y hydrate de chloral , médicaments qui ont des propriétés hypnotiques communes et qu’on pourrait être amené à associer aussi dans des cachets.
Enfin je vous mentionnerai encore, comme à éviter,
PRESCRIPTION DES CACHETS
l'association du salol et du camphre. Vous connaissez tous, d’ailleurs, l’emploi du salol camphré en chirurgie : le salol camphré résulte précisément de Faction déliquescente de ces deux corps l'un sur l’autre.
Pour prescrire les cachets, on peut procéder comme pour les pilules, c’est-à-dire de deux façons différentes : prescrire la masse totale et demander au pharmacien la division de celle-ci en un certain nombre de cachets, ou bien prescrire un cachet et ordonner un certain nombre de cachets semblables. C’est ce deuxième modus faciendi qui doit être adopté. Je vous ai indiqué, précédemment, à propos des pilules (I), l’avantage qu’il présente par rapport au médecin.
Je suppose, par exemple, que vous veuilliez prescrire six cachets de 25 centigrammes de bromhydrate de quinine ; vous écrirez :
Bromhydrate de quinine 0 g ram. 25
En un cachet : N° 6.
Si vous vouliez prescrire quatre cachets d'antipyrine de 1 gramme chaque, vous écririez de même :
Antipyrine 1 gram.
En un cachet : N° 4.
Enfin je suppose que vous veuilliez prescrire des cachets antigoutteux à base de carbonate delithine et de benzoate de soude ; vous formulerez :
I Carbonate de lithine 0 gram. 15
Benzoate de soude 0 gram. 10
En un cachet : N° 20.
Ces cachets sont utiles dans le traitement de la goutte chronique ; on en donne deux par jour, un à chaque repas, pendant quatre à cinq jours par semaine ; on doit les continuer pendant plusieurs mois.
(1) Voir p. 13H.
On peut introduire dans les cachets des quantités très variables de substances médicamenteuses. Toutefois, d’une façon générale, les cachets ont une contenance de 25 centigrammes, 50 centigrammes ou 1 gramme. On ne doit généralement pas dépasser cette dernière quantité.
Je vous disais que la formule des cachets ne comporte pas la présence d’un excipient. Il peut arriver cependant que, par exception, vous soyez amené à en prescrire un. Il en est ainsi lorsque vous administrez sous cette forme pharmaceutique des substances médicamenteuses en quantité tout à fait minime.
L’excipient alors n’a pas pour but, comme dans les pilules, de s’unir à la base afin de donner à l’ensemble des deux éléments une consistance particulière; il est destiné à en accroître Je volume, insuffisant par rapport à la capacité du contenant. Bien entendu, l’excipient devra être inerte, et ce sera, par exemple, de la poudre de sucre.
Je suppose que vous vouliez prescrire à un malade une série de 10 cachets renfermant chacun un centigramme de calomel; eh bien, vous feriez bien d’introduire dans leur formule un excipient et par suite de les prescrire de la façon suivante :
I Calomel à la vapeur.. 0 gram. 01 (un centigramme).
| Poudre de sucre 0 gram. 10
En un cachet : N° 10.
Souscription et instruction. — Je n'ai rien à vous dire relativement à la souscription des cachets et à l’instruction qui les concerne. Il y a cependant lieu, quelquefois, dans la souscription, de recommander au pharmacien de ne pas employer des cachets trop volumineux.
Prescription des poudres et paquets. — Les poudres peuvent être magistrales, officinales ou industrielles.
Officinales ou spécialisées , elles ne nous arrêteront pas.
Magistrales , elles se prescrivent sous la forme de paquets ,
PRESCRIPTION DES POUDRES
et ceux-ci se formulent exactement de la même façon que les cachets.
On peut ordonner un seul paquet et demander au pharmacien la préparation d'un certain nombre de paquets semblables ; ou bien, prescrire la masse pulvérulente à diviser en un certain nombre de paquets; mais le premier mode de faire est préférable.
Je suppose donc que vous ordonniez vingt paquets de protoxalate de fer de Qsr,15 centigrammes chaque. Vous formulerez :
Protoxalate de fer 0 gram. 15
En un paquet : N° 20.
Naguère, on prescrivait volontiers les poudres en pincées. C'est là une manière de procéder qu'il faut éviter, comme manquantd’exactitude : lapincée, en effet, varie d'un sujetà l'autre et varie même chez le même sujet d'un moment à l’autre Les poudres ne doivent pas être prescrites en pincées, mais en paquets.
On emploie sous la forme de poudres etdepaquets les mêmes médicaments qui s’emploient sous celle de cachets. La forme pharmaceutique de paquet est une forme ancienne, celle de cachet une forme récente, et l'on peut bien dire que cette dernière s’est substituée intégralement à la première, ou à peu près : là ou on prescrivait autrefois des paquets, on ne prescrit plus guère aujourd’hui que des cachets.
Il y a cependant intérêt, dans certains cas, à recourir à des paquets plutôt qu'à des cachets. Il en est ainsi, notamment, chez les enfants.
Vous savez que ceux-ci sont d’ordinaire inaptes à l’ingestion des formes pharmaceutiques solides des médicaments, pilules, granules, bols, capsules et cachets (1). C'est dans ces conditions que vous pouvez être amenés à prescrire, de préférence, les paquets aux cachets : la poudre constitutive des paquets, au moment de l’emploi, sera délayée ou dissoute dans un liquide quelconque, par exemple dans le liquide des repas,
(1) Voir p. 144.
ou bien dans une cuillère de potage, de purée ou de confitures, puis ingérée (1).
Prescription des granulés. — Les granulés ont pris place au Codex depuis sa dernière édition. Toutefois deux granulés seulement sont devenus officinaux : celui de cola et celui de glycérophosphate de chaux.
Cette forme pharmaceutique relève surtout de la spécialité.
Oflicinaux ou spécialité, les granulés ne comportent dans leur prescription aucune difficulté.
| lisse prennent communément par cuillères ou par demi-cuillères à café, au moment des repas.
h Prescription des tablettes, pastilles et comprimes, des pâtes, des chocolats et des biscuits. — Les tablettes , les pastilles , les pâtes et les chocolats sont des formes pharmaceutiques officinales et industrielles; les comprimés et les biscuits ont une source plus restreinte encore, ne figurant pas au Codex (2). Aucune de ces préparations ne relève de la prescription magistrale.
Assez peu souvent ordonnés par le praticien, les tablettes et pastilles, les pâtes , les chocolats et biscuits jouissent dans le populaire d’une certaine faveur.
Biscuits et chocolats ne sont guère usités qu’en thérapeutique infantile.
J ’en ai fini avec les formes pharmaceutiques des médicaments destinées à l’ingestion et à l’administration par la voie digestive commune. Gomme vous le voyez, celles-ci sont extrêmement nombreuses. Au total, ainsi que déjà je vous l’ai indi-
(1) Avant l'invention des cachets, alors que les poudres étaient d’un usage courant, on les faisait prendre souvent aux malades (aux adultes seulement, bien entendu) dans du pain à chanter.
Gomme cet usage n’est pas encore complètement tombé en désuétude, je rappellerai que le meilleur mode d’emploi du pain à chanter consiste à rhumecter disposé sur une cuillère à soupe, à le charger du médicament et à en replier les bords sur celui-ci, de telle sorte qu’il soit complètement ensaché. Il ne reste plus alors qu’à le faire prendre au malade, c’est-à-dire à le lui déposer sur la langue avec la cuillère et à le lui faire avaler avec une gorgée de liquide.
(2) Voir p. 127 les quelques lignes consacrées aux chocolats.